LIV. VllI, CHAP. IX
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gùgatj lOQ» un rot mînettr, était traitée en province dépendante par i'orgueiUeux maire du palai» de Neustrie, et la reine-mère Nanthîldis avait été forcée de leur accorder cette demande. Tout ce qu'elle avait pu obtenir, ce fut de faire accepter par les Bourguignons son favori , le Frank Flaochat en qualité de maire du palais (19). En même temps Ërchinoald avait obteoa cette même dignité en Neustrie ; et la reine Nanthildis étant morte la même année, les deux maires gouvernèrent séparément les deux royaumes. Us s'étaient promis, il est vrai, de rester unis Tun à Tautre et d'agir dans un même esprit; ils suivirent pourtant des voies différentes , ce qui produisit parmi les grands plus d'une résistance à leur autorité et plus d'un mouvement séditieux (20). La Neustrie ne pouvait donc, selon les apparences, rien faire, rien tenter contre l'Austrasie ^ et les Austrasiens de leur côté ne pouvaient guère tourner leurs vues vers la Neustrie.
£o conséquence Grimoald, calculant toutes ces rdations, pouvait bien compter avec sûreté sur la réussite de son plan. Toutefois et bien qu'averti par saint Romarich , il avait oublié de tenir compte de deux choses dans ses calculs : la puissance de l'habitude, qui nourrit, élève et soutient l'homme ; et Tenvie, qui, une fois excitée, trouve son aliment en elle-même.
Le roi Sigibert mourut l'an 650. Alors Grimoald, comme nous l'avons dit, fit couper les cheveux au fils du roi nommé Dagobert, confia le prince & l'évêque Dido de Poitiers, qui le transporta en Irlande. Il plaça sur le Irône des Franks son propre fils Cbildebert (21). Les Austrasiens toutefois furent tellement irrités par cette conduite audacieuse qu'ils se saisirent de la personne de Grimoald et le livrèrent chargé de chaînes à Chlodwig, roi de Neustrie. Grimoald fut jeté en prison à Paris, et il y reçut une mort méritée. Mais ici l'histoire elle-même offre de grandes difficultés , et elle ne reçoit aucune lumière de cette tradition suivant laquelle le roi Sigibert, à l'Age d'environ dix-sept ans , aurait adopté pour fils Cbildebert fils de Grimoald , pour le cas où il n'aurait pas lui-même d^enfans. On pourrait passer sur Tàge du roi, puisque d'après les récits antérieurs les rois de la race de Merwich sont représentés comme pères dés leur enfance, comme vieillards dés leur jeunesse. Mais chez les Franks^ le roi n'avait pas plus le droit de
disposer du tr6ne et du royaume qu'un homme quel qu'il fût, maire du palais ou non, n'avait celui de faire un roi sans plus de concours (22). Tout ce récit peut-être , ainsi que semblent le prouver le nom mérovingien deChildebert et le châtiment deGrimoald (23),n'a été imaginé plus tard que parce que dans la suite on vit paraître un roi, Dagobert, comme un fantôme dont on ne pouvait autrement indiquer l'origine (24) ; il est impossible de tirer de l'eau limpide d'une source trouble : ainsi les recherches qu'on pourrait faire à ce sujet n'auraient aucun résultat satisfaisant , puisqu'on n'en tirerait aucune lumière sur les relations des peuples et sur le caractère propre de l'époque. Les vagues s'agitent en tout sens ^ le trône royal est poussé par les vagues \ c'est un navire sans gouvernail et sans ancre, lancé sur les flots; et il est indifférent de savoir qui s'y trouve. Ce qu'on peut dire, c'est que Grimoald et Cbildebert, si toutefois Grimoald eut un fils de ce nom, ont eu une fin tragique, et qu'il est assez probable que le trône d'Austrasie soit resté vacant quelque temps. Mais on ne peut admettre ni nier avec certitude que Chlodwig II, décoré du titre de roi en Neustrie, ait été pareillement reconnu en Austrasie; mais il n'exerça aucune influence importante en Austrasie , non plus que son maire du palais Ërchinoald, car, dit un ancien écrivain, sa vie et sa mort n'ont rien fourni de remarquable à l'histoire (25).
Chlodwig mourut dans sa vingt et unième année, cinq ou sii ans après Sigibert. Sa femme Bathildis, d'origine anglo-saxonne, amenée, dit-on, et vendue comme esclave en Neustrie, (26) lui avait donné à ce que l'on prétend, trois fils, Chlotar, Childerich et Theuderich, dont le premier, qui pouvait à peine avoir quatre ans, fût élevé é la dignité royale par les Franks, mais vraisemblablement seulement par les Neustriens et les Bourguignons. L'histoire de cette époque ne fournit aucun renseignement pour l'Austrasie (27). Le maire du palais Ërchinoald mourut peu de temps après le roi Chlodwig. A sa place fut élu Hébroïn , homme, à cequ'il paraît, d'une grande pénétration et d'une grande énergie , qui sentait que l'empire tendait vers sa ruine, et qui avait la volonté de l'arrêter sur le penchant du précipice et de rétablir par une vigoureuse admi^ nistration l'ordre qui se dissolvait ; mais par
HISTOIRE OU PEUPLE ALLEMAND
là Hébroln s'attira la haine implacable de tous ceux qui étaient devenus grands et puissans, ou qui s'efforçaient de le devenir tant dans Tordre ecclésiastique que dans l^ordre civil (28). Tandis que ce nouveau maire du palais suivit sa marche vigoureuse, la reine-mère Batbildis, toute livrée à*ses exercices de piété, fonda beaucoup de couvens ou leur fit de grandes donations ^ quatre ans environ s'écoulèrent ainsi. Puis Childéricb , le second fils de Chlodwig , devint roi d'Austrasie: ce Tut sans doute sur la demande des Austrasiens, si toutefois on peut admettre ce fait douteux dans cette époque obscure et ténébreuse. Metz continua d'être le siège du gouvernement, et le duc Wulfoald fut élu maire du palais. Mais ce changement luimême n'apporte aucune lumière dans l'histoire. Il est difficile d'assigner une place à une reine Himnichildis,qui paraît vers ce temps en Austrasie ^ quelques écrivains modernes n'en ont fait la veave du roi Sigibert, mère de Dagobert qui ae trouvait en Irlande et bellemère future du roi mineur Childéricb, que pour sortir d'embarras (29). On ne peut nier d'ailleurs que cette supposition ne soit celle qui s'accorde le mieux avec les documens qui se rapportent qux événemens postérieurs.
Dès l'an 670 environ, le roi de Neustrie Cblotar mourut à l'âge d'environ dix-huit ans. On prétend qu'il était marié *, mais a-t-il eu un fils ? Cela est incertain comme tout ce qui est relatif à cette époque (30). Aussitôt le maire du palais Hébroln plaça sur le trône le troisième Qls de Chlodwig, Theuderich , sans convoquer les grands olQciers du royaume qi les grands vassaux pour les inviter à élire leur roi selon l'usage de leurs ancêtres (31)i Le procédé d'IlébroTn résultait peut-être de son ambition personnelle \ peut-être était-il l'effet de la prévision que ce simulacre d'élection d'un roi hâterait la ruine de la royfiuté tout autant qu'une élection véritable. Mais les seigpeurs en conçurent un vif ressentiment, surtout ^n Bourgogne, d'autant plu$ que précédemment le maire du pillais leur avait défendu de venir à la cour sans y être appelés ^ de tous côtés ils •6 mirent donc en mouvement. HébroTn défendit de nouveau toute réunion ; mais ils s'assemblèrent malgré la défense, et après une délibération tumultueuse dirigée par Léodegar, évêque d'Autun, ancien ennemi d'Hébroïn, neyçu et élève de cet évêque Dido, qui avait soi|-
teou, dit-on, les perfides pn^els do SfimoaM , ils s'adressèrent à Childéricb, roi d'AusIrasiè. Ceux qui n'accédèrent pas à cette fésolution n'eurent de salut que dans la fuite. Aussitôt une armée austrasienne s'avança vers laNeastrie avec tant de rapidité qu'Hébroln fut contraint de se réfugier dans une église pour mettre sa vie en sûraté (32). Les trésors qu'il avait amassés devinrent la proie de ceux qui purent s'en emparer *, on prétend que l'èvêque Léodegar fut cause qu'on ne lui ôta pas la vie, on se contenta de le forcer à prendre l'habit monastique dans le couvent de Luxeuil (33). Le Jeune roi Theuderich, bien qu'on ne pût, en raison de son ftge, lui imputer la moindre faute, eut le même sort. Le roi Ghildérich demanda à lui parler ; on lui amena le malheureux enfant qui déjà avait les cheveux, coupés. Childéricb demanda à son frère ce qu'il désirait qu'on fltt de lui \ Theuderich répondit ; « Je me v<ms injustement dépouillé du royaume , et j'ai . remis ma cause entre les mains du Juge éternel* n A ces mots on le transporta dans le couvent do martyr saint Denis, et Childéricb troisième du nom fut reconnu seul roi dans les trois royaumes d'Austrasie, de Neustrie et de Bourgogne. Mais il ne fut proclamé qu'après qu'il eut fait droit aux prétentions des prélats et des seigneurs : ils demandèrent que chacun des trois royaumes conservât ses anciennes lois et ses anciennes coutumes ; que dans chaque royaume le maire du palais fût choisi parmi les nationaux de peur qu'il ne s'élevftt un nouveau tyran td qu'Hébroln -, et pour que le maire du palais ne pût prendre une position supérieure à celle des autres leutes, il fut décidé que cette dignité ne serait plus donnée à vie , mais seulement pour un an (34). Childéricb confirma cette décision.