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CHAPITRE IX

LES FILS ET PETITfr-FILS DE DAGOBERT.

— RAOULF9 DUC HÉRÉDITAIRE DE THU- RINGE. — RUINE DE LA PUISSANCE ROYALE , INCERTITUDE DE L'HISTOIRE.

De ran 6M i Pan STO.

Dagobert fût le dernier roi de quelque importance de la race de Chlodwig. Après sa mort le trône resta bien encore pendant plus de trois générations dans la famille mérovingienne ; mais dans toute cette période on voit rarement un roi de cette race malheureuse arriver h l'Age viril ; on n'en voit aucun doué de cette énergie qui semble devoir être Tapanage de l'homme (1). Les Mérovingiens allèrent se dégradant progressivement Jusqu'à ce qu'ils arrivèrent A une nullité complète. Moins par imbécillité que par la force des circonstances , ils s^étaîent laissés resserrer si étroitement par la main puissante des grands officiers et des grands vassaux du royaume qu'ils ne purent Jamais réussir à se dégager ^ ils devaient périr ; la seule chose qui conserva quelque temps encore une triste et languissante existence, ce fut la Jalousie mutuelle des grands seigneurs. Le trône n'avait point perdu toute son ancienne dignité ; mais il manquait de cet éclat* nouveau que la vertu et l'activité peuvent seules donner. Il ne s'agissait plus de savoir si la dignité royale appartenait légitimement aux Mérovingiens; mais il s'agissait seulement de savoir en quelles mains elle devait être remise (^). Aucune famille nouvelle n'était encore assez élevée pour s'emparer, avec sûreté et sans exciter l'envie, du trône que les Mérovingiens possédaient depuis un temps immémorial. Une longue série d'eflbrts en tout sens était donc encore nécessaire pour amener un résultat décisif et placer une seule famille au-dessus de tous les autres, et pour voir enfin les descendans d'Arnulf, le pieux évoque de Metz, et de Taustère maire du palais Pippinde Landen, arriver d'abord à travers les intrigues, la violence et la discorde civile à posséder comme une dignité héréditaire, l'oiOcc de maire du palais, s'assurer ensuite cette possession par leur énergie et leurs exploits héroï-

ques, et l'entourer de considéraUon el de respect. Quand en en fut venu é ce point , les Mérovingiens ne purent se maintenir plus longtemps \ après avoir perdu le pouvoir , ils perdirent aussi la compassion du monde , et cette race disparut en quelque sorte au roilieu des nuages et des ténèbres, d'une manière aussi obscure que la nuit qui entoure son berceau.

La chronique de Frédégair« ne s'étend qu'A un petit nombre d'années au delA de la mort de Dagobert (3). Après Frédégaire aucun personnage contemporain des Mérovingiens n'a écrit ni indiqué les événemens; du moins aucun n'est arrivé Jusqu'A nous. Les saints, dont ce siècle est très-riche , et les fondateurs de^cou*vens, qui sans contredit étaient A cette époque un grand bienfait pour la conservation et le développement de la civilisation , ont trouvé plus d'attention parmi les écrivains des temps postérieurs que les grands événemens de l'histoire, tels que le destin de la famiHe royale ou le développement des rapports sociaux dans les empires et parmi les peuples. G^est dans la biographie des saints , dont les auteurs semblent plus d'une fois avoir perdu dam leur pieuses croyances le goût du monde, de la réalité el de la vérité; c'est dans des annales tirées de cette source qu'il faut en conséquence chercher et découvrir l'histoire. On ne trouve Jamais de connexilé dans les éerits'de ce genre ; rarement on y voit des détails qu'on puisse comprendre (4) . Aussi l 'histoire de cette époque est-éUe singulièrement pauvre, et par sa pauvreté elle fatigue, parce qn^e ne donne aucun aliment A l'esprit -, qu'elle laisse le cœur vide ou mécontent; que l'imagination ellemême n'y trouve pas un point d'appui sur lequel elle puisse asseoir le tableau qu'dle voudrait se faire des caractères de cette époque. Cependant le char dont on a suivi Jusqu'A présent la trace continue sa route dans la fange; les peuples teutschs de leur côté restent presque tous éloignés de la trame dont les fils se croisaient sur la rive gauche du Rhin et qu'on acheva d'ourdir enfin sur cette rive.

Après la mort de Dagobert, deux enfans furent revêtus de la dignité royale dans les deux royaumes des Franks. Le premier, Sigibert, troisième de ce nom, roi d'Austrasic, était Agé d'environ neuf ans. Chlodwig, le second , était Agé d'environ cinq ans. Le puis-

UV. yill, GHAP. IX.

«Dl Aegi, aiMiud Gblodwig aTaii élé reconn mandé ainsi qu'A «a mère Nanthildis par Dagobert moarant, eut avec celle-ci la régence du rojamne en qualité de maire du palais (5). D'autre part, Pippin de Landen prit de DOQfean radmioistratiOB de TAustrasie sous le mêiiie titre. Gar à peine Dagobert fut-il mort que Pippio, d'accord avec tous les Austrasieos qui, depuis la réuoion de Tempire par Dagobert, étaient restés auprès de ce roi , se b&ta deie rendre de Paris à Metz (6). Il fut reçu avec les jin% grandes marques de Joie par les lentes d'Austrasie, parce que le souvenir de sa sagesse et de sa vertu vivait encore en eux , et que les anciens ressentimens nés de ce qu'il était à la fois maire du palais dans les deui royaumes étaient entièrement éteints dès que rAostrasie était redevenue un royaume particidier. Pippm s'unit de nouveau à son ancien ami, au digne évèque de Cologne Chuoibert ^ le maire et le prélat, A force de sagesse et de doQceur, réussirent & maintenir la concorde eotre tous les lentes austrasiens et à se les attacher fortement & eux-mêmes (7). Forts de cette UDioD , Pippin et Chunibert lui-même, accompagnés de qudques-uns des bommes les plus inostres de TAustrasie, se rendirent A Gompiègne é la cour du jeune roi de Neustrie pour demander le partage de tous les trésors et de tous les Joyaux que Dagobert avait laissés. Aega et Nanthildis la reine-mère, qui connais" laieot bien le caractère décidé de Pippin , ne w refusèrent pas au partage. De Tancien héritage de la maison mérovingienne , ils obtinrent la moitié pour TAustrasie et pour le roi Sigiberl ^ mais Nanthildis obtint un tiers de ce que Dagobert avait acquis par lui-même. Les Austrasiens revinrent à Metz avec cette riche porlioo de lliéritage, ils la présentèrent au Jeune roi Sgibert et en firent un inventaire général par mesure de précaution pour l^venir (8). Mais par malheur la sage administration de Pippin ne dura pas longtemps , et la satisfaction que les Austrasiens éprouvaient d'un ordre auquel ils n'étaient pas accoutumés fit bientôt place aux regrets. Pippin mourut dès Taonée suivante, pleuré de tous plus que ne Tavait jamais été aucun roi des Franks. Aussitôt Grimoald, fils de Pippin, tâcha d'obtenir la dignité de maire du palais, ei Fanitiié de Chunibert pour le père se reporta sur le fils. Biais les leules d'Austrasie n'étaient pas tous

favorablement disposés pour Grimoald (9), qui déjà peut-être avait laissé voir Torgueil que recelait son âme et les vues ambitieuses qui le conduisirent à sa perle quelques années plus tard. Peut-être quelques hommes prévoyans craignirent-ils précisément pour cette raison la grandeur de la maison de Pippin ^ aussi Otto, fils d'Uro, qui avait la surintendance de réducation du Jeune roi , demanda-t-il hautement pour lui-même la dignité de maire du palais , et il eut un parti considérable. Ainsi s*èleva aussitôt parmi les lentes austrasiens une dangereuse discorde que Tévêque Chunibert ne put apaiser.

Radulf, duc de Thuringe, crut celte circonstance favorable pour atteindre le but auquel il avait aspiré déjà précédemment; il voulait se placer avec ses Thuringiens à Tégard des Franks dans la même situation où se trouvaient la Bavière et son roi ou duc , et il réussit. Le heerann (heriban) fut proclamé au nom du roi Sigibert ; tous les lentes du royaume d'Austra* sie forent sommés d'entrer en campagne contre le doc récalcitrant. Dans le fait, une armée se réunit et passa le Rhin ayant au milieu d'elle le Jeune roi Sigibert. On prétend que les peuples de la rive droite du Rhin qui appartenaient au royaume d'Austrasie se réunirent & cette armée, sans quil soit question toutefois de leurs noms ni de leurs exploits (10). Le premier général teuisch qui marcha contre cette armée , Parus, fils de Chrodoald , fldèlç partisan de Radulf, fut défait par les troupes frankes(ll). Lui-même succomba *, ses troupes sesoumirept aux Franks après une grande défaite, et les Franks s'avancèrent en vainqueurs à travers le Buchen-Wald en Hesse vers la Thuringe, fermement résolus A anéantir le duc Radulf. Mais Radulf s'éteit retiré sur une montegne, sur les bords de l'Unstrut , et il s'y était habilement retranché avec des palissades et des abatis d'arbres. Radulf lui-même se trouvait dans cette forteresse avec sa femme et ses enfans \ il rangea devant elle ses forces en bataille. Les Franks n'éteient pas d'accord. Une pigrtie des chefs insisteit pour une alteque immédiate ^ d'autres voulaient la remettre au lendemain , et comme le roi éteit enfant et que le maire du palais n'était pas encore élu , il ne se trouva personne qui pût trancher la question. De plus, plus d'un personnage était d'intelligence ^vec i^adulf. Qn accuse parfku-

liëremeni de perfidie les guerriers du canton de Mayenee (12). Il arriva donc que lorsque le duc Bobo et le comle Aenovalaus s'ayancèrenl avec une partie de l'armée jusqu'aux portes de la forteresse, Raduif s'élança de son côté et fit essuyer une grande perle à ces guerriers téméraires, qui furent mal soutenus par leurs compagnons. Bobo et Aenovalaus tombèrent mortellement blessés, et plusieurs milliers d'hommes périrent avec eux. Les débris de l'armée prirent la fuite sans qu'on pût rallier les fuyards, qui ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils furent arrivés au camp d'où ils étaient sortis avec d'autres espérances. Le Jeune roi Sigibert, témoin oculaire de la mort de tant de braves , pleura et gémit ^ mais il ne trouva personne qui fût capable d'empêcber ce malheur ou de le réparer. Les Franks désunis, menacés désormais, à ce qu'il semble, sinon assiégés par Raduif, prirent le parti d'en finir par un accommodement. Il fut convenu que les Franks repasseraient le Rhin sans obstacle ; que Raduif serait égal au duc de Bavière (13); qu'il reconnaîtrait la suzeraineté des Franks, mais que dans son pays il serait prince héréditaire. Ainsi se termina cette guerre. Ra* dulf, il est vrai , depuis ce traité , eut toujours Tair de reconnaître en paroles cette souveraineté des rois franks ; mais dans le fait il se considéra comme roi de Thuringe, et il fit pour son propre compte la paix et des alliances avec les Slaves Winides et d'autres peuples de son voisinage.

Les Franks reconnurent sans doute que leurs revers étaient venus de ce qu'ils n'avaient pas un maire du palais pendant la Jeunesse du roi. Peu de temps après leur retour, Otlo, rival de Grimoald, péril d'une mort violente: selon Frédégaire , il fut assassiné à l'instigation de Grimoald par Luithar duc des Allemanni. Ce qui est plus certain, c'est qu'après la mort d'Otto, Grimoald obtint ou prit la dignité et le pouvoir de maire du palais d'Auslrasie, et après les évén^nens qui venaient de s'accomplir, il exerça ces fonctions avec plus d'étendue et de succès que nul autre avant lui , Jusqu'à la mort de Sigtbert, c'est-à-dire pendant huit ans.

On prétend qu'à cette époque Grimoald, se voyant mattre d'une si grande puissance, sentit naître en lui te désir d'arracher aux Mérovingiens le trône d'Austrasie et d'y placer sa propre famille, mais les indications

; sur ce point sont très^incertaiDes (14). On ne ' peut niejr pourtant que si Grimoald Jetait les yeux autour de lui , il ait pu avoir cette pensée qui même ne devait pas lui sembler trop audacieuse. Le roi Sigibert était un faible Jeune homme à qui sa piété a bien pu mériter le titre de saint, mais qui n'avait aucune énergie et aucun génie pour le gouvernement. Il portait d'ailleurs en lui le germe d'une mort prématurée , et son fils Dagobert n'était qu'an très-Jeune enfant , puisque Sigibert n'avait luimême que vingt et un ans quand la mort Fattei* gnit (15). Les Austrasiens ne pouvaient guère avoir aucun sentiment d'affection pour un enfant dont le père n'arait eu ni le temps ni l'occasion de mériter leur estime. GrinKNild au contraire était honoré et estimé; sa maison Jouissait d'une grande considération ; sa mère Itta, issue d'une noble et riche famille d'Aquitaine, avait pris le voile après la mort de son mari et avait acquis pour elle et pour les aiens la faveur du clergé (16). Une de ses soKtrs, Gertrudis, était abbesse de Nivelle, couvent fondé par sa mère, et elle attirail sur elle les regards du monde par la sainteté de sa vie» Sa deuxième sœur, Begga, était mariée avec Ansegis, fils du respectable évèque Amulf de Metz, et un frère de cet Ansegis, Ghlodulf, était un homme tellement considéré qu'il succéda à son père sur le siège épiscopal. De plu» , Gbunibert, évèque de Cologne^ dont l'influence était si étendue, lui était dévoué et avait pour lui une amitié à toute épreuve. Grimoald pouvait donc bien espérer qu'il obtiendrait toute espèce de faveur du clergé si puissant d'Austrasie. D'un autre côté les seigneurs laïques étaient attachés par tant de liens à ce maire du palais qui avait tant de pouvoir qu'il pouvait regarder comme ses amis les plua illustres d'entre eux (17). Enfin, (la race de Chlodwig n'avait ni vie, ni sève dans la branche de Neuslrie. Le roi portait le beau nom de l'auteur de sa race, mais il n'avait ni le génie ni la vigueur de caractère de son aleuL Il était faible de corps et d'esprit (18). De plus il semble qu'il n'était pas marié, du moins Chlodwig n'avait que dix-sept ans & la mort de son frère Sigibert. Son royaunne s'était de nouveau divisé -, car après la mort du maire du palais Aega , l'an 641 , les Bourguiguons avaient demandé un maire du palais particulier, sans doute pareeque la Bour-

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