LIV. XXVI, CHAP. XI
les Lombards à prendre les armes ; car il se confiait aux promesses qui lui avaient été faites dans le Teutschland, comptait sur les princes et les villes de cette contrée, et croyait n'avoir plus rien h craindre que d'une armée que son père pouvait amener par les Alpes : les Lombards se seraient opposés à la marche de cette armée. Les premières propositions vinrent-elles de Heinrich on des Milanais? Cela ne peut guère être fixé ; pourtant il est probable que les Milanais firent les premiers pas vers une ligue avec le roi des Romains. Dans tous les cas, il est certain que Milan se montra très-disposée à s*allier avec Heinrich, et qu'il ne leur fut pas difficile de gagner aux mêmes résolutions les villes de Brescia , ^Bologne , Lodi et Novare, même le marquis de Montferrat. Au mois de novembre de cette année , Heinrich envoya d'Eszlingen son maréchal Anselme de Justingen et l'archidiacre Walcher de Wurlzbourg, avec des pouvoirs illimités , pour conclure une ligue avec Milan. A peine ces envoyés étaient arrivés à Milan, la ligue fut en effet signée et jurée le. 48 décembre. Cette conclusion rapide se comprend facilement; Ton était d'accoril avant la négociation. Chaque partie accorda sans hésiter ce que Vautre demanda. Pourquoi aurait-on dû marchander avec Tavenir, de la décision duquel dépendait la confirmation ou le rejet du traité? Ce que les Milanais promirent de faire était en partie sans importance, en partie pour eux-mêmes une nécessité de leur propre conservation, même sans la ligne; ils promirent de reconnaître Heinrich comme roi et de conlbattre pour lui, c'est-à-dire pour eux-mêmes, dans les limites de la Lombardic. L'on devait s'attendre à l'accomplissement du premier engagement, si Heinrich restait roi des Teutschs , indépendant de son père, ou s'il succédait un jour à son père sur le trône impérial. Le second était leur propre affaire, comme ils l'avaient montré depuis longtemps. De son côté , Heinrich accorda ce qui existait depuis longtemps , et donna ce qu'il n'avait pas : il reconnut la ligue des I>ombards , et renonça expressément à tous les droits qui étaient encore restés h Friedrich !•' sur la Lombardie à la paix de Constance , en exceptant seulement le nom royal. Ce fut une œuvre morte que cette alliance. Les Milanais peuvent h peine avoir eu un autre but que d'anéantir par là, ou du moins d'humilier la maison des Hohensfaufen ,
dont chaque prince lenr était également odieux. Quant an roi Heinrich , il faut comprendre dans le même jugement l'alliance et ses vues eu gé^ néral. Si Heinrich eut réellement la résolution de se rendre indépendant , et, en cas de nécessité , de s'opposer à son père les armes à la main , il était naturel qu'il cherchât à se procurer toutes les ressources possibles. Mais il pouvait être assuré, même sans traité, de l'assistance des Lombards dans les limites de leur pays , dans le cas où l'empereur y entrerait avec des troupes; il avait fait lui-même cette expérience. Mais, dans l'agitation du désespoir, il agit avec l'emportement passionné de la jeunesse , ou se laissa entraîner par de faux et ignorants amis. 11 est même possible que, par l'alliance et tout ce qu'il put faire , il ne se prpposàt rien autre chose que d'inquiéter son père, et de l'amener ainsi plus facilement à la bienveillance et à la réconciliation ; bar, vraisemblablement au moment même où il faisait partir son ambassade pour Milan, il s'adressait à Tévêque de Hildesheim , ainsi qu'à d'autres princes, les priant instamment de lui ménager une réconciliation avec son père, attendu qu'il n'avait en aucune façon attiré sur lui la colère paternelle.
En réalité , la conduite entière du jeune roi resterait pour nous dans une obscurité presque impénétrable, si l'empereur Friedrich avait trouvé bon de s'en - soucier aussi peu que des guerres particulières dont le Teutscbland était désolé, des Stedingers, des persécutions des hérétiques et d'autres faits. On ne voit pas qu'un seul prince important ait fait quelque chose pour Heinrich , ni qu'il se soit manifesté de l'enthousiasme pour l'indépendance • du Teutscbland à l'égard du roi de Sicile ; il parait au contraire que peu à peu Heinrich resta seul , et n'obtint rien que des promesses mensongères ou des conseils contradictoires. Il ne fut pas non plus en état do conquérir la ville de Worms, qui faisait de l'opposition contre lui parce que Févêque avait pris le parti du roi, à ce qu'il parait sincèrement, ni de soumettre le markgraf de Badcn. Mais Friedrich , dont la présence dans son royaume héréditaire n'était pas aussi nécessaire, en raison de ses relations amicales avec le pape .et. de l'état des choses dans ce pays, considéra les faits sous un autre aspect, ou du moins affecta de les envisager ainsi. On voit que le markgraf de Baden , dont
Heinrich s'était déjà défié , dont il avait reçu un fils en otage, se rendit, après les conférences de Boppard , auprès de Tempereur, rinforma des événements du Teutschiand, et le pressa de partir aussi vile que possible pour ce pays, afin de sauver Tcrapire ; on trwive aussi que Friedrich fut surpris, consterné des nouvelles du Teutschland. Le premier fait peut élre réel, mais il est difficile d'admettre le second.
Comment* croire que Frieilricli soit resté constamment sans nouvelles du Teutschland sur les mouvements de son fils, qu'il n'ait pas songé à Fontourcr de ses partisans? Un sentiment s'élève dans le cœur pour repousser la pensée que l'empereur ait pu laisser échapper par un geste , par l'expression d'un rcgnnl , le désir de voir son fils aîné engagé en de tels embarras , que lui-même s^c trouvât autorisé à lui enlever la couronne de la tèto pour la placer sur le front de son second fils Kunrad. Mais une autre question se présente : quel parti prit-on à l'égard des indignes fiatteui*s que l'empereur lui*môme accusait d'avoir entraîné son fils h la résistance contre l'autorité paternelle ? Si , après la ruine de son fils , Friedrich n'avait pas observé une conduite plulôt injuste que magnanime, s'il avait appelé à rendre compte ceux dont Heinrich suivit les conseils, l'histoire serait peut-être on mesure de se prononcer avec plus d'assurance. Mais Friedrich était satisfait de l'éloignement de Heinrich , et ne s'occupait guère de ces conseillers, quoiqu'il les eût traités précédemment d'hommes pervers, qui, par des attentats manilestes, lui étaient suspects ainsi qu'à l'empire.
De cette suite do faits op])Oscs, si confus qu'ds puissent être, ressort une contradiction manifeste. C'est un enchainemcnt de perfidies, d'hypocrisie y de mensonges et d'actes odieux de toute nature. L'empereur demeura tout Vhiver dans son royaume héréditaire, et ne fit pas la moindre disposition , comme s'il n'avait affaire qu'à un ennemi déjà dompté , abattu. il peut n'avoir considéré le danger ni comme menaçant ni comme très-grand; il n'était occupé qu'à mettre en réserve de l'argent et des trésors de toute espèce, sachant bien par expérience qu'à ces choses tient la durée du pouvoir. Il poussa aussi le pape à exprimer , dans un bref aux princes teutschs, sa^juste colère sur les attentats du roi Heinrich, et à engager ces prince» à délaisser lo fils pour se
ranger autour du père. Enfin il amena Grégoire X à faire menacer le roi de l'excommunication par quelques évoques , s'il ne se sonmettait pas aussitôt à son père. Ceci se passait au mois de mars de l'année 4255. Mais le saint-père ne pouvait agir autrement; il avait à craindre l'empereur , et le roi ne pouvait Ini rendre aucun service; il ne discernait pas d'ailleurs très-clairement les rapports du père avec le fils; et puis il était soupçonné d'avoir provoqué ou favorisé l'alliance entre le roi Heinrich et les Lombards , et il jugeait sans doute nécessaire do combattre ce soupçon. Friedrich assura même plus d'une fois que son coeur était déchiré de la plus violente douleur à cause de l'attentat de son fils; mais, dans sa poitrine, à côté de la douleur, il y avait encore place pour de tendres sentiments : car, dans cet hiv.cr même , il suivit ardemment des négociations pour un troisième mariage (2) avec la princesse Isabelle, jeune fille de 24 ans, que le roi Henri III , son père , avait désiré vainement, dix ans auparavant, fiancer avec le fifs aloé de Friedrich. L'empereur envoya une ambassade à Londres, ayant pour chef son chancelier , Pierre des Vignes, et le traité d'alliance fut en effet conclu au mois de février de cette année. Ensuite, au mois d'avril, une grande et nouvelle ambassade fort brillante, dans laquelle se trouvaient l'archevêque de Cologne et le duc de Brabant, partit pour l'Angleterre, afin d'amener la fiancée royale dans le Teutschland ; car le mariage devait être célébré dans ce pays de conjurations et de révoltes. Vers ce temps, après les fêtes de Pâques, Friedrich s'embarqua de sa personne avec son second fils Kunrad , pour se rendre dans le Teutschland , comme s'il avait l'intention de mettre le pied sur le sol germanique en même temps que sa jeune épouse. Il était entouré de la pompe et de la magnificence impériales ; sa suite était nombreuse et brillante, mais il n'y avait nulle trace d'armement militaire. 11 semblait qu'il s'agit bien plus d'un joyeux voyage de noces que d'une entreprise sérieuse pour dompter nn ennemi , pour étouffer une révolte. Friedrich débarqua heureusement à Aquiléc, on ne sait pas bien le jour ; Isabelle arriva le 45 du mois de mai à Anvers, où elle fut reçue de la manière la plus solennelle.
Dès ce jour, le roi Heinrich disparaît presque entièrement do rhistouc» Dans radmiraiion de
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la beauté et de la richesse de la fiancée impériale, dans rélonncment sur Téclat et la pompe qui cDviroDrfaicQt l'empereur, on parait avoir oublié de s'informer du jeune souverain. PersoDoe ne sait ce qu'il tenta, ce qu'il accomplit, ni même où il était. Le voyage d'Isabelle d'Anvers à Cologne est représenté qomme une suite ininterrompue de réjouissances et de fêtes. Princes et nobles voulaient manifester à Tenvi leur dévoùmcnt et leur joie ; le peuple faisait retentir l'air de ses acclamations nuit et jour ; le clergé entonnait des hymnes d'actions de grâces, et les villes, surtout la puissante Cologne, étalaient leurs richesses et les produits de leur activité artistique et industrielle. D'après ces descriptions ; l'on pourrait croire que le Teutschiand goûtait la paix la plus profonde depuis une génération; qu'il n'avait , supporté aucun desastre; que toutes les branches de l'activité humaine avaient été cultivées avec le plus grand succès. Quoi qu'il en soit, il £st certain que sur tout le Rhin , depuis la mer jusqu'à Cologne , ne se montra pas une ombre de trahison envers l'empereur,- pas une apparence de révolte, même d'opposition. A Cologne , Isabelle resta quelques semaines , parce que Friedrich n'avait pas encore préparé la garde-robe do la fiancée. Les affaires de l'empereur suivaient aussi la marche la plus prospère; partout où il se dirigeait, il ne trouvait que zèle et fidélité, ou du moins l'apparence de ces deux sentiments. Tous se montraient pt^ts à son service, et chacun accoui*ait pour ne pas arriver trop tard : car il avait quelque chose à offrir, et montrait aussi peu de roideur que dans les anciens jours. L'abbé de St-Gall et le duc de Bavière obtinrent sa faveur particulière , parce qu'ils furent les premiers des plus grands princes du Teutschiand à lui rendre hommage. A Landsbut, il fiança son fils Kunrad avec la fille dOlto, Elisabeth , enfant de six ans. A Ratisbonne, il trouva déjà rassemblé un grand nombre de princes ecclésiastiques et séculiers, qui crûrent ne pouvoir mieux se recommander qu'en déclarant Ueinrich indigne du trône. D'après les rares indications qui se trouvent dans les relations sur ce roi , voici ce que l'on peut tirer de vérité historique : Hcinrich fut abandonne de tous , grands et petits, dans sa détresse, et se retira sur le rocher de Trifels, résolu à s'y' défendre ; mais rcmpcreiur le fit sommer de se soumetti*e eu lui
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offrant son pardon. On rapporte qtie le grand maître de Tordre Teutonique, Hermann de Saka, mena la négociation, et persuada au jeune roi d'implorer la clémence de son père. Heinrich, cédant à ces conseils, parut le 4 juin à Worms devant l'empeceur. Quand il se fut reconnu coupable, et qu'il eut renoncé à Teropire, Friedrich le fit arrêter. Tout ce que l'on trouve cité d'ailleurs : que Friedrich reçut son fils en grâce deux jours auparavant , mais que celui-ci avait laissé voir qu'il ne rendrait pas Trifels; qu'il essaya d'attenter à la vie de son père par le poison , et qu'alors seulement il fut arrêté ; tout cela est d'ime invention trop grossière pour avoir pu influer sur l'appréciation de ce malheureux événement. H n'y a pas de doute que le roi captif fut d'abord déposé dans le château de Heidelberg , puis transporté dans une autre forteresse (3), enfin conduit avec son épouse et ses deux enfants, accompagné d'évêques, an delà des Alpes dans la Pouille, an chàtean-fortdeSan-Felice. Au bout de sept ans seulement, il trouva la mort dans la captivité. Quant à l'empereur, à peine délivré de son fils , il fit venir sa fiancée de Cologne, et dans le lieu même où Ueinrich fi^t chargé de chaînes, à Worms, seize jours plus tard, il célébra ses noces au milieu des fêles et des pompes les plus brillantes. Ces réjouissances durèrent plusieurs jours , et les princes teutschs , dans les éclats de leur joie , se montrèrent si généreux envers les danseui's et les mariés , que Friedrich lui-même crut devoir mettre un frein à leurs prodigalités. Probableinent avant ces fêtes, Friedrich avait indiqué une diète générale qui devait se t<'nir à Mayence. 11 désirait sans doute que tous les princes approuvassent ce qu'il avait fait; il lui convenait peut-être aussi , quinze années après son départ du Teutschiand, dans la fienr de la jeunesse, de se montrer une fois, en présence des représentants de tout le pays , dans la ma^ turité de l'âge et dans toute la majesté de la . dignité impériale ; de plus, il voulait probablement, sinon déterminer, au moins préparer l'élection de son fils Kunrad , et pour cela il lui convenait d'autant plus de ramener les esprits à la pensée de l'empire et du diadème des* Césars. Presque tous les princes teutschs, spirituels et temporels, beaucoup de nobles sei* gneurset une foule de petit peuple, accoururent à Mayence , assurément avec des dispositions et des vues diverses. La diète fut ouverte le
.45 avril, dura huit jours, et se passa de la manière la plus paisible. Il parait qu'il n'y eut ni débats ni oppositions. En effet les princes teutscbs devaient tant à la longue absence de l'empereur, qu'ils n'avaient aucun motif de lui rendre pénible son séjour parmi eux, d'autant plus que ce séjour ne devait pas être de longue durée, ainsi qu'ils le savaient fort bien. H semble que pas une seule voix ne s'éleva pour le malli£ureux roi Ileinrich : et à quoi bon des réclamations? l'affaire était décidée. ^D'ailleurs Friedrich prépara une suite de dispositions qu'il réunit dans un seul acte écrit sur parchemin ,
- et qu'il flt lire à tous les assistants en langue ieutsche. Les divers articles, considérés en euxmêmes, sont dignes d'éloge sous plus d'un rapport. On n'y voit pas, à la vérité, éclater cette grande et forte intelUgenèe dont Friedrich donna des preuves par ses créations et son ad-
' ministration en Sicile; mais l'empereur savait bien qu'il devait prendre sur le sol teutsch une tout autre attitude qu'en Sicile , s'il ne voulait pas heurter les esprits et rencontrer la plus vive résistance. Il ne reprit non plus rien de ce qui avait été accordé précédemment aux princes à l'égard des villes , et leur souveraineté territoriale n'est ni mise en doute ni limitée; mais il n'y aurait pas eu sagesse à tenter l'impossible. Tout se borne à des prescriptions pour le maintien de Tordre et de la paix dans Fempire, et dans les maisons princières dont le droit héréditaire à leurs domaines est supposé. D'après les dispositions de ces lois, chacun devait donner et recevoir la juslice. Des menaces de châtiments rigoureux étaient lancées contre les guerres particulières, les attaques violentes, les extorsions, le brigandage , la spoliation par de fausses et de mauvaises monnaies. Assurément ces lois auraient été accueillies par les bénédictions des classes inférieures, si elles avaient été réellement main-
^ tenues et mises rigoureusement à exécution; car elles leur auraient procuré du repos, et plus de sécurité pour la vie, la propriété, l'industrie et toutes les espèces de relations; elles auraient enGn adouci Fhuracur sauvage des grands et auraient fait gagner beaucoup à la civilisation. Elles supposent ce qui n'existait pas, et ce que Friedrich Ilï, le cœur tourné vers la Sicile , le regard dirigé sur la Lombardio , ne pouvait tenter de créer: un pouvoir public, l'action générale de l'État, Une loi ne reçoit la
vie que par la force qui la fait valoir ; sans cetie force, elle ressemble à une épée dont la poignée serait de fer et la lame d'argile. Si donc Fou met cette loi de Frjedrich II en regard de Fétat des choses tel qu'il est présenté, de la souveraineté territoriale des princes, des efforts des villes , du développement de la noblesse et de la liberté de la bourgeoisie , de la lutte du droit contre la force, de la lumière contre les ténèbres, il est difûcile de se défendre d'un sentiment pénible. 11 semblerait que Friedrich ne se proposait que de jeter , pour les éventualités de l'avenir, sur le sol teutsch, une ancre où s'attacher; mais les princes réunis purent bien donner leur adhésion , les uns , dont Fàme était élevée, parce qu'ils voulaient sincèrement Tordre et la paix, les autres parce qu'ils savaient combien peu ces lois seraient obligatoires.
Peut-étce y eut-il un intérêt plus grave dans la conclusion, à la diète de Mayence, d'une autre affaire qui , sans grande imporfaocc depuis quelques années , avait pourtant occupé le Tculschland durant trois gènëralionS) et amené sur le pays des malheurs incalculables : les débats entre les maisons des Waiblingen et des Welf% furent accommodés par acte authentique et pour jamais. Par la mort d'Otto IV, la lutte avait cessé , mais les sentiments hostiles avaient survécu, sinon dans les Welfs, au moins dans les Hohenstaufen. Huit ans auparavant, le palatin Heinrich du Rhin, le dernier des fils de Heinrich le Lion, était mort, comme son frère Otto, sans laisser de fils. Quatre ans avant sa mort, il avait reconnu officiellement son neveu Otto, fils de son frère Wilhelm, dernier rejeton mâle du tr6ne des Welfs, pour son unique héritier et légitime successeur dans toutes les villes et tous les domaines qui lui étaient échus en Saxe de la succession de son père, et même il lui avait attribué les fiefs qu'il possédait aux alentours , relevant des évèchés et des abbayes. Otlo parait d'ailleurs s'ètFe considéré comme légitime héritier de son oncle, indépendamment môme de cet acte. Mais, aussitôt après la mort de Heinrich, Terapereur Friedrich et le duc Louis de Bavière disputèrent l'héritage à Olto de Lunebourg , ainsi qu'on Ta déjà raconté. En effet Heinrich avait laissé deux filles qui soutenaient , ou plutôt pour lesquelles on soutenait que les alleux do leur père , parmi lesquels
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brillait la ville de Braunschweig, devaient lenr revenir. L'aînée de ces filles, Irmeogarde, était mariée au markgraf de Baden ; et, pour être en état de menacer de la Saxe même , de ce brillant patrimoine des Welfs, le dernier prince de cette maison , Tempereur Friedrich n'avait
* pas hésité à faire acquisition des droits héréditaires d'Irmengarde. Agnès, la plus jeune, avait épousé Otto , fils du duc Louis de Bavière. Le roi Heinrich et le duc Louis s'avancèrent sur la Saxe avec des troupes , le premieç, pour son père, l'autre pour sa belle-fille, afin de réduire Braunschweig avant qu'Otto ne fût en état de se mettre en possession de la ville. Mais cette tentative échoua contre la vieille fidélité des valeureux bourgeois de Braunschweig et contre la bonne épée du prince Weif. Otto fut reconnu par les bourgeois de Braunschweig pour leur seigneur, et il récompensa leur fidélité et leur dévoûment par des libertés et des privilèges. Durant sa captivité de trois années, après la bataille de Bornhovède, les tentatives de soumettre Braunschweig furent renouvelées; les évèques de Magdcbourg et d^Halberstadt les appuyèrent ; plusieurs burgrafs et vassaux du pays, entraînés h Tinfidélité, ou poussés par le désir de l'indépendance, abandonnèrent la cause du dernier Welf ; mais le zèle des bourgeois de Braunschweig se maintint toujours le même, et déjoua tous les efforts de l'hostilité et de la perfidie, grâce au secours que prêtèrent Otto et Jean , fils du markgraf Albert de Brandenbonrg, dont Otto avait
, épousé la fille Mathilde. Otto resta maître de Braunschweig et de tous les domaines des Welfs en Saxe. Maintenant l'empereur tint-il compte au prince Welf de son refus de se présenter comme un rival à l'empire? ou bien craignit-il qu'Otto, se réunissant au roi Heinrich, ne donnât ainsi une plus grande importance aux résolutions impuissantes de ce malheureux fils? Ou bien encore , à cause du duché de Souabe , qu'il dédirait posséder comme son patrimoine, espéra-t-il avoir les mouvements plus libres? N'eut-il enfin d'autre but que de donner aux princes teutschsunc nouvelle et grande preuve de la magnanimité impériale? Tout cela reste incertain Mais il est sûr que dès le mois de septembre de l'année précédente, alors qu'éclata la révolte de son lils, il chargea plusieurs grands princes leulschs, ecclésiastiques et séculiers , d'engager une'négociatlon
avec le prince Welf pour un aceommodemenf définitif. Ces princes acceptèrent la mission, et les accords arrêtés par eux furent rendus publics à la diète de Mayence. Là Otto parut devant l'empereur, plia le genou, et remit ses biens , le château de Lunebourg, avec tons les autres châteaux, domaines et sujets, de sorte que l'empereur pift en disposer selon son bon plaisir ; ensuite l'empereur réunit ces domaines et ces sujets à l'empire , afin qu'ils pussent être donnés en fief. Il réunit la ville de Brannsch-* weig, avec les terres et les sujets, également à l'empire; car il considérait aussi cette ville et ces terres comme sa propriété, attendu que dans l'intervalle il s'était entendu avec le duc Otto de Bavière au sujet des droits héréditaires de son épouse. Ensuite le Welf Otto prêta serment de fidélité à l'empereur. Alors Friedtich réunit Braunschweig et Lunebourg en un duché héréditaire, et en donna, suivant l'usage antique, l'investiture au Welf Otto, de telle sorte qu'il passât successivement aux descendants d'Otto, aux filles comme aux fils.
Après des actes si importants , l'empereur congédia l'assemblée, le huitième jour, par une fête brillante où il parut la couronne sur la tête. Là fut déployée autant de dignité que de pompe et de magnificence; on commença par le service divin , solennellement accompli , et tout se termina par un joyeux banquet que l'empereur donna à tous les princes et à leurs suites; puis il se rendit en Souabe. A Augsbourg il tint une assemblée de princes le 4^' dç novembre. Là , entre lui et le roi de Bohême , Wenzeslaw 111 , qui , en 4230,' était devenu roi, et avait épousé une fille du roi Philippe , se fit un accommodement équitable au sujet de l'héritage de l'épouse du prince bohémien : Friedrich compta au roi 40,000 marcs; moyennant cette somme, Kunignnde , reine de Bohême , et son époux , renoncèrent à toutes prétentions sur les biens de la maison de Hohenstaufen en Souabe. Durant l'hiver. Tempe-* reur tint à Haguenau sa cour , pompeuse et brillante commejoujours. Partout il put déjà rccobnatlre et remarquer, non sans dépit , que dans ces temps Téclat ne donnait aucune puissance , et que les lois étaient inutiles sans la force pour les appuyer; car en Lombardie s'éleva un incendie qui i'iuquiéla, et le jeune duc Friedrich d'Autriche, fils de Léopold, frère de l'épouse de son malheureux fils Heinrich ,
5S8 HISTOIRE DU PEUPLE ALLEMAND
lui donna mille motifs de mécontentement. •' LesLombfti^s continuaient à se livrer aux anciens débats dans lesquels ils aVaient toujours été engagé» entré eux, avec un tel acharnement que ren devait croire qu'ils seraient incapables do toute résîstaneo sérieuse envers Pempereor.' Mots' en même temps plusieurs villes 1mf)orta^tes conservaient le sentiment énergique de la eonfédération renouvelée entré les Lombards; iMilati^ surtout sa distinguait parmi ^^s cités «qui se montraient hostiles à Fempereurpai" leurs paroles et leurs '^ctes. On ^epeut décider si le sott du roi Heinrich exerça de 4^ntluonca sur ceK rapports; mais du lan^ gage des Lombards , qui se montraient ri hostiles à^^Yi^driehyil ressort clairement qu'ils ne lo regirdafien^ pa» comuDie grandi en pouvoir pajr lu ruine de son fils. JYiedrlcb, de son côté, ptm tenir pOiNr nécessairb dWecter des airsidc grandeur «ommc^ st l^s^ force» du Tentschlamf étakkiàset ordfes, con^me si tous les princes tftiitschff étaient prêts it marcher ^ur un ^gne do-.«ai'main- awecUni enltalié; Il tint done ie langage de la 'confiance « la^ plus audacieuse, Meiui^t sêi pi^tentionaplus haut que jama,ia« Il kaça'tnjénie. la. menace dé {ioniser t<)u» les ]^inees teatschs sur l?ltalie,sl ses réclamations utélaîeut jiayisatisfaites. Le sanit<>péi*e êftfin^ doBi Friedtich attendait J^excommttnic^oa {Bontref lies Loribards y «o tenait dans «ne hési^ iatioa 'forteffibarfassantO' en iaoe dos d«iix {Nurtis ; ii> était obligé d'épargner Tempei^ur, ! ^ ne pouviait vouloir rassujcttissemcQt des Lomba^sjll^tint donc un langage conciliateui: «t.patiûi[iie^ -et 'tandis ^ue, comptant *sur le «entimentviatimc dee Lombards j <. il paraissait carier contre «nx, il (k aussi ontendro le^ mot ite «roisaâe' dir^Sdignetfir contre remperourl ^Irriedrieh'futr vialemment iiTîté; til potid<^nc reganldH cjmnme d'autant plus nécessaire de iDofiliBcr atiX'Lomliards que scs<mcnuc8s n'é- <taloi<it pns..vaincs..<IHais, quels que fusscJot. ses isfibrtspnurdétermkiner toOs.tes prinecs teutsclis OQ bseâuGOup d'catrc eux ùuno expédition au delà «les Alpos^, en dépit des solennité^ «de Mayence, il ne put en gegacr un seul. Ses propres vassaux du duché de Souabc paraissent avoir refusé de le suivre, car il so vit réduit à louer cinq cents guerriers, moyennant une solde mensuelle, afin de pouvoir détacher, au printemps de l'année 425G, une avant>garde chargée d'annoncer rarrivce prochaine de la
grande arh)ée. Les Lombards s'étaient tenus dans une telle séèuiîté, on^avaîent^è^ jeiés4ans une telle ccmfusion, qu'une petite troupe réussit à. pénétrer jusqu'à Vérone, ^et k se foitifier dans cette ville. • . ' ' ^ v - Cependant» Friedrich s'était rendu à Marbourg. Ltannée-précédenta^ite papevvait cano* niséla markgraflnc Elisabeth. I^ Vr mai devait avoir lieu rélévatian dos saintes reliques. Bcauc/>ap de prinees et deceigoeum des deux ordres se rendirent à Marbourg pour^assislerà cette solennité ; et ii vint une iquantité* si prc^ digieuse drames pidusts^avidcs de: fcieônes édifiantes, ou de curieux, que^Ton^ en porta le nombre jusqu'à 4,200,00a L'empereur tssisia aussi à la fi^^ poussé sans doute par;inseDti'- Htent de dévotion ^ j[>eut- être taustd' dans la vue de ira vailier pour sou vayuge d'Italie. 11 «donna ksf lus belles mai*qucs de sentiments religieux, iieva le premier lapierredu lombeatr, et plaça «ne couronnai d'or snr la tète de la • sainte ; néanmoins il parait n'avoir rieni obtenu ponrses projets belliqueux* Il se Tendit donc àiC^laofer^ etappcla le& vassaux èe» coiitPées'dU/ba9Eùia à.rmcpédiiion de Lombardic; mais quelques*UBS À 'p(>ine ^répondirent à sa<ynix%'il ne ki^ restait pUi^i-qu'À convoquer les vassaux de ses de?* inaine^ héréditaires , de Souabc et- d'dlsace ,^et peut-être <no ks amenaeWl soiuK^sastdivqieaiix qu'au moyen Cargant m d'au^SLinéeniuiiés* Néamndinsierésujtàt de. celte Jevée,j»c,{at^ 4rès4mportant. Lori»|ue> vens la fin du. natdis é& Juillet 4 il \se mit en; mouvement d'^ig^mig avec les'hommes qu'à av^it «gagnés^,, il se ^ itou va que mille cavalieirs ouf guerriers à. cher ^al dasd son armée, don); pu .n<^ donne f>as le hombra des fai»|assins,< Avec ces tmiposi, pl«s fTopres ik une expédition d'aventurier qu'^ de n^kitables opéraiions^iniliiaiœs^Til p^étira^a«dacieusement en Lombavdie^ Et> on eflel o'éfai^t une véritable ■aventure que'^re.ju'^l; entreprit et acbcva« far sa ra[>idito, sa ré^Jutii)^. et sa vaillance, ihexdta fié^enneinent et yadiniration^, €^tsoiittint maints copibats avee ^ooès. jl^lai^, pour raccomplissf ment de ses pi*ojets, ii lui fallait compter sur tes divisions intérieures des Lombards, «et il ne pouvait réussir qu'en surprenant par de brusques attaques les troupes ou les villes guelfes, grâce à l'appui dès cités gibelines. Le défaut de combinaison de ses mouvements le rendait redoutable, et ses changements rapides de direction trompaient
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Fatiention de ses ennemis. Mais dentelles opératiDOsne ponvaieiil avoir dé vésëltat durable; ta.Jsaine de ses ennemis s'irrila encore par cette conduite de partisan indigne de ht majesté impériale. D'^ieurs , dès la fin du mois d'octobro^ Friedrich quitta ritalie. en laissant garnison daus Vérone et daus^Vicence, et repassa les Alpes. 11 trouva dans les affaires du due Friedrich d'AiUriche un prétexte opportun de pféveoir par cette retraite une fuite à laquelle il eût été bientôt réduit.
Ftfiedricii d'Autriche élait parvenu au duché dans l'aînée 4230^, lorsque son père Léopold mourut à St-Germano. Mais , à la nouvelle de la mœt de Léopold^ seigneurs et vassaux se ovèrenteb Autriche , Vimaginant que c'était maintenant à. eux. de régner. Dédaignant la joumesse de Friedrieb , ils attaquèrent, pillèrent , saccagèrent, dévastèrent comme s'il n'y avait pas de souveraia dans le pays, sans peutêtre savoir ce qu'ils voulaient spécialement. Le roi de Bohème aussi envahit l'Autriche, ne voulaotpat laisser passer une si belle occasion de. faite :dii butin. H est étonnant qi>e la ruine de Friedricb ne se soit pas accomplie ; mais il fut • sauvé par la fidélité des bourgeois de Vienneu La liche perfidie de la noblesse et des feudataires agit d'une manière terrible sur -le jeune bommo.. Son: âme se remplit de mépris |)Ooc eux 'i son cœur fat gagnée aux classes inférieures, dans lesquelles il avait trouvé fidélité et loyauté. Il prit la* résolution ^d'abaisser les nobles , d*élaver les bourgeois , en ménageant le clergé autant que possible. La nature l'avait doué de belles facultés ; son regard élait pendant , sa volonté ferme , il devint en peu de temps un héros de ichamp de bataille. Ainsi , dans le cours de quelques années , quoique les •Ilo0groi8> et le& duos de Kaiintlûe: et de Bayiète se montrassent hostiles, non-seulement il réduisit la noblesse du pays à la soumission, iuais purgea ses domaines^ d'étrangers, et fit de terribles irruptioos sur les terres de ses ennemis. JKais, au milieu de toute cette agitation , de ces luttes continuelles, de tous ces efforts convulsifs, il n'était pas possible au jeune prince de suivre toujours la voie légitime , et d'épargner ceux qui méritaient des ménagements. Plus le pillage exercé sur ses domaines avait été destructeur, plus se faisait sentir le manque d'argent dont il avait besoin pour.ses luttes. 11 se vit contraint de songer à tirer de
CHAP. XI. {^$9
Fassistance du clergé, et même à en exiger des couvents; il dut imposer des contributions aux bourgeois de sa fidèle ville de Vienne : il cxcitift l'indignation des prêtres et des moines, et les bourgeois de Vienne , qui avaient souffert des maux indicibles, commencèrent à chanceler. Alors se firent entendre des plaintes et des accusations sur les violences et les extorsions, les actes d'injlistice et de cruauté; des*calomnies de tonte nature se répandirent: l'histoire était dans les mains dès prêtres. \
Sur ces entrefaites commetiçait à se développer la funeste mésintelligencd entre l'empei-eur et le roi Heinrich. Y eut-il intelligence entre Heinrich et le duc Friedrich ? Onlne^eut ni le nier ni le soutenir avec assurance^ Mais comme le duc Otto de Bavière était ennemi du duc d'Autriche, et que le roi Beinrich erilrtuprit une campagne contre le duc Otto, cette intelligence est vraisemblable, et peut-être l'expédition-de Heinrich en fut une conséqiience. Friedrich , accablé sous le poids de ses propres nécessités, ne put secourir son malhefreux beau-frèrè à riieure du danger; maiis l'eiA]^reur ne pouvait se fier à lui et avait Tœil fixé sur tous ses mouvements : il acquit assez 'de preuves de l'indignation que te duc nourrissait contre lui. Il l'avait invité à' la diète quil se proposait de: tenir à Ravenné, et le due ne tenta pas une seule fois démarcher vers l'empereur. Ensuite il l'appela dans Aquilée; mais îe ducs*excusa, et ne se rendit pas même auprès de l'empereur quand ce monarque s'avança au* devant do lui jusque sur le territoire autrichien. Dans son dernier voyage dans le Teutschland , l'empereur avait pris la route d^Aquilée par la Styrie , vers la Bavière; inais le duc ne fit point un pas pour lei*encontrer, et l'un ne trouve pas non plus qu'il ait cherché à le re* tenir. 11 pénétra peut-être les mandîuvres dhigéos contre lui , et avait pei'du sa confiance.
Lorsque le roi' Heinrich fut renversé , Tem* pereur manda le duc indocile à la diète des princes à Augsbourg. Le duc ne répondit pas encore à cet appel ; et comme le roi de Bohême, son ennemi , était présent à Augsboui'g , et en rapport d'amitié intime avec l'empereur, ainsi qu'on l'a raconté, ses inquiétudes n'étaient peut-être pas sans fondement. Il avait beaucoup d'ennemis, et le sort de son infortuné beau-frère était un terrible avertissement pour lui. Quant à l'empereur , quelles que puissent
avoir été ses vnes relativement au duc , il ne put se dispenser de le mettre an ban de rem-* pire. L'exécution de la sentence fut confiée au roi de Bohême , au dac de Bavière et à quel* ques évoques. Ces princes acceptèrent la tâche, soit par respect pour la parole impériale, soit par inimitié contre le duc , et dans Tespoir de se venger maintenant sur lui. Au printemps de Tannée 4236, ils envahirent rAulriche par plusieurs points } et la noblesse autrichienne, aigrie contre son souverain , accourut se ranger sous la bannière des ennemis du duc, ou les seconda d'une autre manière. Friedricn , reconnaissant bien que dès le commencement de la guerre il était hors d'état de tenir tète à la fois à tant d'ennemis en xase campagne, leur abandonna le pays , se contentant d'occuper quelques forteresses avec ses plus vaillants serviteurs. Le pays fut donc facilement conquis et soumis à l'empereur. Comme le duc se tint tranquille dans ses forteresses, l'on espéra, prenant celte tranquillité pour de Tabandon , réduire bientôt ces places par la famine ou par la force. L'empereur ne crut donc pas devoir ajourner son expédition d'Italie à cause des affaires d'Autriche. Mais à peine avait-il franchi les Alpes, le duc Friedrich , sortant do ses forteresses, surprit ses ennemis, qui se croyaient en sûreté , se saisit des évèques de Freisingcn et de Passau , et chassa les autres du pays.
Maintenant ces événements décidèrent l'empereur à quitter brusquement ritalie, afin qu'un tel ennemi ne lui embarrassât pas le passage des Alpes. Sans doute il avait déjà dépêché des messagers dans IcTeulschland pour sommer les princes de se réunir à lui , afin de maintenir la condamnation de l'empire contre le duc d'Autriche ; car, aussitôt que Friedrich se montra de ce côté des Alpes , beaucoup de princes ecclésiastiques et séculiers accoururent à lui du Teutschland, du sud et de l'ouest, ainsi que le landgraf de Thuringe , pour marcher avec lui contre l'Autriche. Le roi de Bohème ne manqua pas non plus k cette campagne. L'em-
HTSTOIRÉ ftti PEUPLE ALLEMAND.
pereur se mit à la tète d'une pikissante armée. Le duc d'Autriche fit de nouveau la tentative qui lui avait si bien réussi précédemment ; mais, soit qu'il ne pût réunir à propos ses hommes et les instruire , soit que. ses fidèles serviteurs pei*dissent courage à l'aspect de l'empereur et d'une nouvelle armée formidable, il ne put cette fois conserver que la forteresse de Nenstadt , dans laquelle il se trouvait. L'empereur prit sa résidence à Vienne, et passa îliiver dans.cette noble cité, dont personne encore ne soupçonnait les hautes destinées pour l'avenir. Et comme le pays entier du duc Friedrich, dont les revenus sont appréciés à M,000 marcs, s'était soumis , il prononça que c'était maintenant sa propre possession , déclara Vienne ville impéritile, pour récompenser on gagner ses citoyens ; détacha la Styrie de TAutriche , en la comprenant dans l'empire; institua des gouverneurs et d'autres fonctionnaires, et agit comme sur ses propres domaines. Après l'acquisition de si beaux cantons et de à grandes richesses, il ne pouvait être difficile pour lui de terminer auprès des princes une affaire qui certainement l'avait occupé depub plusieurs années, qui lui tenait fort au coeur, qu'il n'avait pourtant pas encore osé traiter, parce qu'il croyait peut-être que le souvenir de son fils Heinrich était encore trop récent. Son second fils Kunrad, enfant de neuf ans, déjà nommé roi de Jérusalem du chef de sa mère, fut reconnu à Vienne comme son successeur, comme roi des Romains et futur empereur. Ensuite l'empereur quitta Vienne et se rendit à Ratisbonne. De là il invita les princes teutschs à des conférences à Spire; quelques princes répondirent. C'était an mois de juin. Ces princes réunis reconnurent aussi ou élurent Kunrad comme roi des Romains et futur empereur. Bientôt après cette élection, au mois d'août, comme si tout était obtenu , Temperear Friedrich repassa les Alpes , marchant au-devant de son propre destin , sans se soucier du Teutschland.
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