‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 133 sur 165 · CONTINUATION · texte numérisé non relu

CONTINUATION

L'ËlStmRË DÏLtÈMAGtNË.

FIN hu nÈÛNE DE FRÉDÉRIC II.

■. (4â57-4238.) La révolte dès villes de Umbardie rappelant l'pmpcreur au delù des Alpes, il «Bgage les ^tats , assemblés h Vienne ev Autriche , à élire roi des RooMÙns son second, (ils , Conrad IV. l/élection solenuellG so fit ù Spiro, par IcgEeids élèeUurs; les autres princes conimlirent senlemenl à ce que ces pfjre« â/ (es tumnairet ëe l'empire avaient arrêté. Les actes de réJGction portent entre autres que Conrad IV était redevable de son élévation au méi rite de st^ ancêtres {cummtritiprucluttit}, et qu'on espérait qu'il suivrait leurs ^traces, ne fut-ce que pour ménager à ses enlants nue semblable récompease. Frédéric 11 reloiirneen Italie, après avoii' confié la régence de l'Allemagiic au ieune roi des Romains, sous ladireolioa de i'iïloçteur de Itlayence. Il commeiuce la guerre contre la ligue des Lombards par Iq prise et la destruction de la ville de Vieence, s'empare de Alautoue, et défait entièrement )'armée des rebelles' à lu journée de Corl»- A'uoDfl. Les IHilanais perdirent dans la déroute leur carocium , et Frédéric il l'envoya à Rome pour y être exposé au Capitole. Celtç victoiro

ODtraliia la.sonmissioitde la plupart deq villes de U' LomlHrdio; et remp«regr..auwil pti, tepr nUn«r' dés la première campagne; une guerre ruinqiMe et tous ses mbajr-a^, sii resprj) de vengeance : dont Jl él^it animé fui ayait permis-d'accorder anx villes de Milan ^d^li'^* eia ràmaistif qu'elles lui demandaient; ""^^t 91 exigeant qu'elles se rtindissenl & discrétioa, i) Icuv lit trouver, dans i'e^tréme désespoiçi dos ' rcs^Qui'ces siiffisautes popr se souleaj^ contre tous sesofforts. . • ■ ,, /

L'Ile de Sai'daigne était alors .divisée,^ quatre districts,, gouvein grand juge qui preaait ass< titre de roi de sa province lets avaient prélé sermei)t.

(^régoire IX ; mais, Fi;é(ttirio jksoo lils. naturel fîntius^l'l de Turri et de Galiura^ Sardaigne , spus la mouvante de t'cmpire ^ro-

(1239-li4l.) Les succès de Trédcrîç 11 alàr; ment Grégoire IX sur la destiu^e de la ligue de» Lombards ,.qu'il regardi^jt comiif|e l||lniquf appui de son indâpendam^ centre les prétca-i tions du cbef de l'empire. 11 avait d'ailleurs 6t

yenger Tanéantissement total des droits que le saint-siége s'arrogeait sur la Sardaigne, et Tassistance que l'empereur avait prêtée cojUre lui aux Romains. Enûo Frédéric 11 ne dissimulait pas assez qu'il le regardait comme Fauteur se* cret des troubles d'Italie, pour ne pas faire redouter au pontife les effets de son ressentiment. Pressé par ces considérations , Grégoire IX conti'acte une alliance étroite avec les Vénitiens pour la défense de leur liberté commune, et lance un nouvel anathème contre l'empereur, sous prétexte que ses armées avaient pillé des églises , ravagé les terres du saint-siége et maltraité des ecclésiastiques; que Frédéric luimême s'était plu à susciter des troubles parmi les fidèles, et qu'il avait blaspbémé Jésus- Christ dans la diète de Francfort. L'empereur se justifie contre ces reproches odieux dans un ample manifeste qu'il fit afficher à Rome , et qu'il envoya aux principales cours d'Europe , surtout en France et en Angleterre. Il porte en même temps la guerre dans les États du saintsiége, et s'empare de Spolète pendant que ses généraux ravageaient la Lombardie. Grégohe IX fait prêcher une croisade contre ce prince, et monte lui-même en chaire pour inspirer aux peuples les sentiments de haine et de vengeance dont il était tourmenté. Cet expédient réussit un moment; le pontife rassenible en très-peu de temps une armée nombreuse de croisés et de rebelles ; mais Frédéric étant accouru avec des troupes choisies, il défait la milice papale , s'empare de la plus grande partie de l'héritage de Mathilde, et poçte ses armes victorieuses jusque sous les murs de la ville de Rome , que le pontife empêcha avec peine de lui ouvrir ses portes. Au milieu de ces succès, l'empereur engage son beau-frère , Richard de Cornouailles ^ à porter des propositions d'accommodement au saint-père ; mais Grégoire IX les rejette avec hauteur ; et, déclarant par une nouvelle bulle le trône de l'empire vacant , il exhorte les états d'Allemagne à procéder incessamment à une autre élection. Cependant ni cette invitation, ni l'anathèmc lancé contre Frédéric, ni les intrigues des émissaires du pape, ne produisirent aucun effet. I^s états d'Allemagne répondirent au pontife qu'ils ne trouvaient rien à redire à la conduite de Frédéric , et qu'au surplus les papes avaient bien le droit de couronner les empereurs , mais non pas celui de les déposer. Rebuté de toutes parts,

Grégoire offrit enfin la couronne impériale à Robert de France, comte d'Artois, et frère de saint Louis; il intéressa même la religion du roi à la lui faire accepter ; mais ce prince saint et magnanime ne se servit de l'autorité qu'il avait sur son frère que pour lui faire rejeter avec indignation les offres du pontife; et les ' barons du royaume, que Grégoire IX avait voulu intéresser à la réussite de ses projets, lui reprochèrent vivement dans leur réponse son emportement injuste et ses violences, en faisant d'ailleurs l'éloge le plus flatteur de la conduite sage et modérée de l'empereur. Il ne restait plus à Grégoire IX que de recourir à Texpédient que ses prédécesseurs avaient toujours employé avec succès , celui de faire de sa cause particulière la cause de l'Église universelle. Il convoque, pour cet effet, un concilé'général , dont les sanctions suprêmes pouvaient seules ranimer l'ancien respect des peuples pour les foudres du pontife, qu'on commençait à mépriser. Mais le nouveau roi de Sardaigne, que l'empereur avait nommé son amiral , attaque et défait , près de l'ile de Melora , une escadre génoise qui transportait en Italie nombre de cardinaux et de prélats étrangei's , et les conduit tous prisonniers à Naples, où Frédéric II fit d'abord relâcher ceux qui étaient sujets de la couronne de France. Ce désastre accabla Grégoire IX , et le mit au tombeau. Election et mort de Célestin iV. Le saint-siége demeure vacant pendant dix-huit mois , le sacré collège ne pouvant ou ne voulant pas procéder à une nouvelle élection, tant que plusieurs de ses membres étaient tenus dans les prisoos de l'empereur. Ce prince leur rend enfin la liberté, par considération pour le roi saint Louis. Les cantons d'Uri , de Schweitz et d'Unterwalden, envoient des secours à l'empereur, et obtiennent pour récompense une nouvelle confirmation de leur liberté et de leur indépendanco. Une nuée de Tartares se jette , à travers la Pologne, sur la Silésie, et la ravage impitoyablement : ils dévastent la Moravie et se répandent dans l'Autriche. Le roi Conrad IV, et un grand nombre de princes et de seigneurs , se croisent contre eux à Eslingen, et l'empereur renforce cette milice religieuse par un corps de troupes commandé par le roi Eutius. Les Tar** tares sont entièrement défaits , et un second échec leur fait abandonner leurs projets sur rAllemagne.

Première origine de la ligue Anséatique. II en sera parlé plus au long à la fin de cette période.

(4242-4244.) Electioq du pape lanocentlV: tout te monde la regardait comme le terme des haines et des troubles qui déchiraient, depuis seize ans, l'Église, T Empire etTllalie. On savait que ce pontife s'était toujours opposé aux résolutions violentes de Grégoire IX , et que l'anathème affreux dont Frédéric II fut frappé ne l'avait pi^ empêché de conserver pour ce prince une tendre et constante amitié. L'empereur seul désespéra de sa réconciliation avec la cour de Rome , et l'événement prouva qu'il en connaissait à fond l'esprit et les maximes. Il renouvela cependant au nouveau pontife les propositions de paix qu'il avait déjà offertes à son prédécesseur; mais Innocent IV exigea, comme conditions préliminaires de l'absolution qu'il lui demandait , la cession pure et simple de l'héritage entier de la comtesse Mathilde , la restitution de toutes les conquêtes que Frédéric Il avait faites siir le saint-siége, et une soumission parfaite de la part de ce prince pour le jugement que le pape prononcerait entre lui et les villes de Lojnbardic. L'empereur rejette ces conditions, et recommence les hostilités. Innocent IV se retire secrètement à Gênes, et, le roi de France ni celui d'Aragon ne lui ayant pas voulu accorder l'asile qu'il leur demandait, il se rend dans la ville de Lyon, qui n'obéissait plus , depuis la décadence du royaume d'Arles , qu'à ses archevêques.^ Il y excommunie l'empereur , et fait publier l'anathème dans toutes les églises d'Europe. Ce fut alors qu'on curé de Paris, après avoir fait lecture de la bulle , excommunia celui des deux , de l'empereur ou du pape, qui avait tort, et donna l'absolution à celui qui avait raison..

Frédéric II donne un diplôme de légitimation à Jean d'Avesnes et à ses deux frères , tous trois bâtards de la comtesse Marguerite de Flandre et de Hainaut, qu'elle avait eus de Rouchard d'Avesnes, chanoine de l'église de Saint-Pierre à Lille ; et il les déclare en même temps habiles à succéder à tous les fiefs que leur mère possédait sous la directe et la mouvance du Saint-Empire. Le roi Conrad IV déconcerte quelques complots que les électeurs de Mayence et de Cologne tramaient en Allemagne pour la faire révolter contre l'empereur. Frédéric II accorde au margrave de Misnie une expectative sur le landgraviat do

Thuringe, et le détache, par cette faveur du parti des rebelles.

(4245-4246.) Frédéric II tient à Vérone une diète générale des princes d'Allemagne et des États d'Italie qui lui étaient demeurés fidèles, et leur rend compte des conditions que le pape avait posées pour base de la paix. Elles sont rejetées par la voi$ unanime de l'assemblée, qui combla d'éloges la conduite ferme et modérée de l'empereur. Sur cette approbation de la diète, Frédéric se met lui-même la couronne impériale sur la tête, pour marquer la nullité de la déposition que le pape avait prononcée contre lui. Innocent IV le cite devant le concile qu'il venait de convoquer à Lyon. L'empereur y envoie l'évêque de Strasbourg, le grand maître de l'ordre teutoQique , le chancelier Pierre des Vignes, et un jurisconsulte nommé Thadée de Suessa , pour y plaider sa cause; et il s'avance lui-même jusqu'à Turin, aCn de se mettre à portée d'adhérer ou de s'opposer aux décisions du concile. Innocent IV, s'érigeanten dénonciateur, y accuse l'empereur d'une infinité de crimes : il lui reproche particulièrement d'avoir fait un traité de paix avec les infidèles de l'Asie ; de s'être arrogé une juridiction sur les biens et sur la personne des ecclésiastiques; d'avoir permis à ses troupes de commettre tonte sorte de désordres dans les terres du saint-siége , et d'être sorti, à l'égard du pape, des bornes du respect qu'il devait au chef de l'Église. Les ambassadeurs de Frédéric II le justifient vainement de la plupart de ces inculpations, en faisant d'ailleurs voir la frivolité des autres; Innocent IV, sans s'arrêter à ces défenses, et sans consulter aucunement les Pères du concile , renouvelle contre ce prince , avec un appareil effrayant, les sentences d'anathèmeet de déposition ; il relève tous ses sujets du serment de fidélité qu'ils lui avaient prêté , et enjoint aux électeurs d'élire incessamment un aulre empereur, se réservant de disposer du royaume de Sicile en faveur de qui il appaitiendrait. Alais les princes d'Allemagne lui déclarent de nouveau qu'il n'avait -ni titre ni qualité pour déposer les empereurs ; et Frédéric H lui-même proteste selcnneliement contre la forme et contre le fond de sa condamnation , dans laquelle le pape, qui était sa seule partie, avait fait à la fois les fonctions de juge et le métier d'accusateur. Le roi de France, pénétré de l'irrégularité de cette procédure,

et sentant anssi bien que tons les autres souv^falhs dfr TEordpe les coiaséquences dangereuses dtl décret qui s'en était suivi, çéunît ses efforls à ceux des prin<?es d'Allemagne pour i'éconcîHer le pape et Temperenr, et ponr rétablir la c6iïc6rde entre le sacerdoce et Teihl^rè/ Mais tous des soins furent inutiles; les ti'ois électeurs ecclésiastiques^, entraînés par les ftollicitattons continuelles du pape et parlciir propre penchant dans une révolte ouverte èoinre l'empereur, se joignent aux légats du poiirife , afin de soulever une partie des Etats, et parviennent enûn à former une ligue assez ooDsidérable pour oser braver le ressentiment de'Frédéricn. Hs offrent la couronne impériale à flenri- Raspon , landgrave dé Thuringe ,. que l'empereur avait nommé son vicaire générai en Allemagne; et ee prince, séduit par lesprônesle^ inagnifiquès du pape^ consent, après un lon^ refus, à^ laisser dlireroi des Ronutins , dans une assemblée des États rebelles tenne à ilochleim , près de Wurizbourg. II forme ^*suite h siège de la ville de Francfort. Le? roi Conrad IV accourt avec le peu: de troupes^ qu'il pût ramasser à la h^e, pour le fbire lever; maisv trahi par la noblesse de son duché patrimonial de Souabe; il perd la bataille , et se retire en Bavière. Le roi RaspoA s'empare de Francfort, et reçoit la soumission des villes rebelles d'Italie.

Frédéric le Belliqueux, duc d'Autriche, est tbé dans'uu combat contre les Hongrois^' peu de temps après avoir obtenu l'érection de sa province de Garniole en duché, et celle de son'diH:hé d'Auti'iche en royaume; mais cette dernière faveur n'eut point d'effet; il fnt Icilernier ' mâle de sa maison , qui s'éteignit avec lui. Comme les États qui composaient sa riche succession étaient des fiefs nûmcnt féminins, die devait appartenir de droit à ses deux sœurs et à sa nièce. L'aînée de ses sœui's, nommée Marguerite, était alors veuve de Henri VH , i*oi des Romains , dont elle avait eu dcux'^fils qui^viVaient encore dans un château de la Fouille. La seconde. Constance, était mariée avec Henri l'illnstre, margrave de Hisnie ; et leur nièce, Gertrude, fille du duc Henri , avait épousé le prince Ladislas , fils de Wenceslasj, roi de Bohème. L'empereur fî^il séquestrer toute la succession, et en confie le gouvernement à Otton , comte d'Eberstein , au nom et de la pail de l'empire.

BBTOip DO PEUPLE AU^HU^fl)., t' • > i^Vr

( ^247^4248. ) Henri Aaspon- entl^ m SoBdbe^ et asàiégeiiiiitilemént-le» vîAés'de Reutlingen et d'CHm. Repôu^é de tdutespàrt^, il se replie tout d'un coup sur Aii-la-Gfaapelle ponr's'y faii'ecouronner.'Conrad IV le ëtiit'jle défait et le repousse jusqu'au cœur de lu Tliaringé, oti ce prince malheureux finît ,'p^ de temps après, sesjoilrs, deis suites d'une MeimirB qu'il avait reçue. Il fut le dernier mâle de n race , dont rextinclton donna lieu à d^s discussions'fâcheuses par rapport â HSa sûccessîoi^ Elle fut disputée par tes fils des deux so&ors de Raspon^ et par la fille de son frère aine. La première de ses sœurs, Judith , savait épousé le margrave Tbierri de Misniè , et de <5e mahftge était serti' le maf^rave H^nrl rillusti^, à qui Tempereur donna, cri 4242, uiie «xpedative sur le landgraviât de Thuringe et ^t^r U comté palatin de Saxe. La seconde Mor, Ynnengarde'^ ayait été mariéd avec^Henri le Gros, premier prinôe d'Anhalt, et sbn fils ^ Sigefroi, réelHoiait à ses droits une partie de lasueeessioà. EnÛa le landgrave Louis le Saint 6n saint Louis , qui était fe frère ainâ de Raspén , avait. laiseè une fille nommée Sophie , mariée à Henri V , doc de Brabant, et mère d'un prince eneore an berceau , Henri , surnommé l'Enfant. La contestation ne roula d'abord qtte-sur une très^ petite paftie de la- succession du landgrave Raspon. Henri l'Illustre s'était tranquillement mis en possession du landgraviat de Thuringe et du comté palatin de Saxe, l'uni et l'autre fiefs d'empire , que l'expectati^Vo de FrédéricII lui avait assurés. Pareillement la duchesse de Brabant avait occupé sans difficulté le pays de Hesse, qui composait l'ancien patrimoine de la maison landgraviate , et qui lui avait appartenu en franc^alleu. Le litige ne concerna originairemenj que les allodiaux dont le landgraviat de Thuringe était entreoiéié ; mais, les esprits s'ctant aigris de part etd'aïrtre, le margrave de Misnie finit par disputer à sa cousine sa successibililé en* général; et Toa suscita alors, pour la première fois, la question de savoir si la nièce du dernier possesseur , fille de son frère aîné , devait être préférée on non à' sa sœur. Cette question ne put alors être décidée que par la voie des armes : dïe causa une guerre ruineuse qui ne fut terminée qu'eu 42G5.

Frédéric II , débarrassé de raoti«^césar Raspon , proposa un nouvel accommodement â

Innocent 'IV« sons la médiation du roi de France, il demandait , pour tonte condition ^ de pouvoir résigner l'empire en faveur de son (ils Conrad IV , et promettait à ce prix: d'em* ployer ïe reste de ses joui*s à faire la guerre aux inflclèles ; mais le pape demeura iuexo* rable. tl offre successivement la couronne impériale à Haquin , roi de Norwége; à Henri , comte âe Gueldre; au duc de Brabant, et & Richard d'Angleterre , duc de Cornouailles, et n'essuie de toutes parts que des refus humiliants. Cependant le légat Pierre Capuce, secondé par les saintes fureurs des trois électeurs ecclésiastiques et de .quelques autres prélats qpi ne prêchaient de tous côtés qu'une obéissance aveugle aux décrets du pontife, parvient enfin à séduire le comte Guillaume de Hollande. Cç jeune prince, à peiné âgé de vingt ans, ne put pas résister à Tappàt d'une couronne que les promesses du pape rendaient plus éclatante. Il accepte ses offres, et le parti rebelle l'élit solennellement roi. des Romains d'ans une assemblée tenue, pour tel effet, à Wœhringen, près de Cologne. 11 s'empare ensuite , avec une armée de croisés , et après un long siège , de la ville d'Aix-la-Chapelle, et s'y fait couronner par l'électeur de Cologne , après avoir reçu l'ordre de chevalerie des maius dli roi de Bohême, assisté du légat Capuce. *ll épouse la fille d'Otton, duc de Brunswick, pour s'attacher au duc de Saxe.

Mort d'Otton II d'Andechs , dernier duc de Méran et de Dalmatie, margrave d'Istrie et comte de Bourgogne. Sa succession fut partagée entre ses sœurs ; Tatuée , Adèle , porta la tranche-Comté à son mari Hugues, comte de Chàlons. Les vastes domaines que les ducs de Méran avaient successivement acquis en Franconie devinrent le lot des trois sœurs cadettes, qui avaient épousé, l'une le burgrave Frédéric de Nuremberg, la seconde un comte d'Orlamunde , et la troisième un comte de Trnhendingen ; mais ils furent peu de temps après réunis, à différents titres, dans la maison burgraviale , et ils composent aujourd'hui la plus grande partie des principautés d'Anspach et de Bareith. Le comté d'Andechs fut incorporé de nouveau au duché de Bavière par droit de réversion. Le comte de Goertz et du Tyrol occupa une partie du Frioiil et de l'Istrie , et les Vénitiens s'emparèrent du reste. Première origine de la ligue du Rhin*

(4249-4250.) Le roi Conrad iV s^oppos^ avec assez de succès aux progrès de GuiliaumQ^ et l'empêche de pénétrer dans les provinces dé la haute Allemagne. Entius, fils naturel de' l'empereur et roi de Sardaigne, est baitu.et fait prisonnier par les Bolonais , à la bataille de Fpstalta. Il ne recouvra plus sa liberté : les vainqueurs le retinrent pendant plus de vingtquatre ans dans une prisjon royale dan^ . laquelle il finit ses jours. Frédéric fait de nouveaux progrès eii ïtalic, et touchait au moment de réduire le parti rebelle sous son obéissanccc Déjà les états du royaume d'Arles, qui venaient de lui renouveler leur soumission , lui préparaient des secours nombreux; et le pape, ne se trouvant plus en sûreté à Lyon, méditait déjà de se retirer à Bordeaux, où il avait demandé asile au roi d'Angleterre : mais toutes ces espérances flatteuses s'évanouirent par Is^ mort funeste de l'empereur. On prétend qu'elle fut l'ouvrage du crime le plus atroce, et que ce malheureux prince fut empoisonné par son fils naturel Mainfroi. Tl venait de fané un testament par lequel il institua lé roi Con^ rad IV ' son héritier universel. Il donna lé royaume d'Arles ou celui de Jérusalem , au choix de Conrad', à son second fils légitime Henri ; il légua le duché de Tarente'à'soi) fils naturel Mainfroi, et la principauté d'Antioché à un autre fils naturel , nommé Frédéric. Enfin il pourvut son petit-fils Frédéric , qui était le fils aine du roi des Romains Henri VII et de la princesse Marguerite d'Autriche, des duchés d'Autriche et de Carniole, qu'il tenait encore en séquestre. On assure que Frédéric 11 prit,^ avant de mourir, l'habit de Cilcaux, et qa'il fut absous par l^évêque de Palerme.

Le caractère de Frédéric H était un composé de grands vices mêlés à de grandes vertus : ces dernières étaient dans-son cœur; les autres pu* raissent avoir été produits par les circonstances dans lesquelles il s'est trouvé. H est difficile de conserver de la modération avec un ennemi atroce et irréconciliable , et de la bonté vis-àvis de sujets qui ne respirent que la révolte. On ne soutient point de guerres civiles et ruineuses sans fouler les peuples; et la contagion de la mauvaise foi gagne les âmes les plus honnêtes, quand elles croient y trouier une ressource contre la trahison et la perfidie. Sage, prudent, intrépide, Frédéric fut le meilleur guerrier et le plus grand politique do son^siè*

HISTOIRE DU Peuple; allemand.

de : il opposa un courage invincible aux plus affreuses persécutions; il fut juste, humain, bienfaisant; il aima les lettres, et les cultiva avec succès. Nous avons de lui plusieurs ouvrages latins, et Ton voit à la bibliothèque du Roi une collection de ses poésies allemandes. Il enrichit notre littérature de plusieurs ouvrages d'Aristote, et de quelques philosophes et médecins arabes, qu'il fit traduire en latin. Il défendit les droits du trône contre les atteintes du sacerdoce, et devint la victime de la constance avec laquelle il soutint la souveraineté des rois d^AlIemagne sur Tltalie. Avec lui finirent les beaux jours de l'empire ; les troubles qui suivirent sa mort , et la faiblesse de ses successeurs , obscurcirent entièrement la splendeur de cette monarchie. Los vassaux étrangers cessèrent en mémo temps de la craindre et de la respecter. Les Italiens, secouèrent un joug que leurs révoltes habituelles n'avaient fait jusqu'ici qu'appesantir sur eux. Les états du royaume d'Arles s'arrogèrent une indépendance semblable à la souveraineté des princes d'Allemagne, et ceux-ci ne laissèrent plus à l'empereur que la gloire d'être le premier entre ses pareils.

Voici quelques remarques relatives au droit public d'Allemagne , qui appartiennent encore au règne de Frédéric II :

Les droits fiscaux de Fempercur ont essuyé , sous ce prince, des pertes irréparables. Les deux sanctions pragmatiques , touchant la liberté des princes ecclésiastiques et des étals séculiers, abrogèrent en leur faveur le droit d'auberge, ainsi que les subsides du clergé; elles défendirent l'établissement de péages nouveaux qui eussent pu dédommager les em> pereursde la perte des anciens, et restreignirent leur droit de monnaie en tout ce qui pouvait tourner au préjudice de la monnaie des princes, etc. Il faut ajouter à ces pertes celles du droit de mainmorte, auquel Frédéric renonça dans la diète d'Égra. Cependant il resta à ce prince de très-belles branches de revenus. Sans parler du produit des débris du domaine et des tributs de l'Italie , >!*» l'empereur percevait encore un tiers dans les sommes que les mines rapportaient aux princes d'Allemagne : Tolnerus a publié une charte par laquelle Frédéric céda an comte palatin du Rhin, et lui conféra en fief, la part qui appartenait à l'empire dans les mines d'argent qui étaient

situées dans ses terres héréditaires et dans les fiefs du palatinat; 2° les juifs continuaient de payer une taxe régulière en qualité de serfs du domaine. Frédéric II dit, dans une charte : Imperiaîis autoritas judœis à priscis iemporibus perpetuam indixit iervitulem; et Ck)nrad IV s'est prévalu , en 1245, de cette maxime , pour exiger des juifs une contribution universelle et extraordinaire ; S"* nous trouvons sous ce règne l'exemple d'un subside unique en son genre, c'est de faire contribuer les états à la dot des princesses impériales. L'ordre de fournir une subvention pro marilagio de la princesse Marguerite se trouve dans le recueil des lettres du chancelier Pierre des Vignes.

Nous avons, sous le règne de Frédéric II , le premier exemple d'une renonciation faite par une femme illustre à l'héritage de sa maison en faveur de ses collatéraux mâles. C'est la princesse Mathilde de Brabant, qui fut obligée de signer un acte semblable en épousant le comte Florent IV de Hollande.

Le diplôme de légitimation de Jean d'Avesnes , bâtard de la comtesse de Flandre et d'un ecclésiastique , est un acte tout à fait singulier, en ce qu'il le rendait habile à succéder dans les ficts de sa mère. Nous verrons cidessous que les intentions de Frédéric ont été parfaitement remplies, et que Jean d'Avesnes a hérité de toutes les terres que la comtesse de Flandce a possédées sous la mouvance et la directe de l'empire d'Allemagne.

Le collège électoral se montre , sous Frédéric II , dans tout son éclat et avec toutes ses prérogatives. Nous avons vu que Conrad IV a été élu par les seuls électeurs , et que les autres princes n'ont fait que consentir à son élévation. 11 y a même beaucoup d'apparence que dès ce temps-là le nombre des électeurs a été fixé à sept; au moins la qualité de Luminaria imperii^ qu'on leur donnait déjà, semblait elle *^e rapporter au nombre mystérieux des chanceliers de l'Apocalypse.

La sanction de la diète de AVurtzbourg, que nous avons rapportée sons Tannée I2I6, mit des bornes à la faculté que les empereui's s'étaient arrogée de soumettre les moins puissants d'entre les Etats de l'empire aux princes du premier ordre, soit à titre d'hypothèque, pour la sûreté des sommes que ceux-ci leur payaient pour cet effet, soit par une cession perpétuelle, qui se fondait sur une sorte de

vente. Comme les villes impériales ne profitèrent pas alors de cette exemption d'un droit véritablement tyrannique, quoiqu'elle eût été accordée à tous les États , on peut conclure de cette circonstance que les villes n'étaieat pas encore considérées comme États de Tempire.

Cepcndatit Texislence de ces petites républiques prit , sous ce règne , des accroissements cxtraordiuaircs. Le commerce, que les seuls vilains osaient faire, rassemblait dans leurs murs les richesses et l'industrie de .toute l'Allemagne y et y attirait journellement une foule de. nouveaux habitants. Leur puissance augmentait à vue d'œil avec le nombre de leurs citoyens, et déjà elle imposait à la cupidité des nobles, que l'esprit et les malheurs des temps avaient transformés en brigands. Les plus grands seigueurs ne dédaignaient plus de .s'allier avec les villes, et plusieurs y acquéraient même le droit de bourgeoisie, aûn de s'assurer à jamais leur appui et leur protection. II n'était pas nécessaire de se domicilier pour cet effet dans les villes mêmes ; il suffisait de s'y faire recevoir comme usburger ou bourgeois externe , et l'on jouissait , à l'ombre de cette qualité , de toutes les prérogatives des citoyens. Au surplus, il faut bien distinguer li^s usburgers ou les bourgeois externes , des pfalburgers ou bourgeois des palissades. On appelait de ce dernier nom toute sorte de serfs fugitifs et de gens sans aveu, qui venaient se mettre sous la protection des villes, et qui , ne pouvant être reçus citoyens , s'établissaient entre Tenceinte des mui*s et les palissades qui fermaient les faubourgs. Il y a quantité de lois qui défendaient d'admettre des pliilburgers ; mais cette quantité même prouve aussi qu'on ne s'est jamais trop piqué de les observer.

Il ne faut pas oublier un droit extrêmement singulier que les empereurs exerçaient de temps en temps dans les villes impériales , et dont on trouve le premier vestige sous Frédéric II. Il consistait. à pouvoir marier, à leur fantaisie, les enfants des principaux citoyens. Un héraut allait crier dans tous les carrefours que l'empereur avait fiancé Ja fille d'un tel à un tel ; dès ce moment le mariage était invariablement arrêté, et il s'accomplissait régulièrement, à pareil jour, Tannée suivante. Le roi Henri VII renonça à ce droit extraordinaire en faveur des citoyens de Francfort , par des lettres patentes de l'an <252, rapportées par Lerncst.

Les anciennes lois d* Allemagne luttent toujours contre le droit romain. Nous avons vu les règlements que les diètes de Francfort et de Mayencé ont faits en 4234 et 4j235 , afin de maintenir l'usage et l'autorité des lois provinciales et germaniques. Il est fort vraisemblable que les soins qu'on se donnait pour la conservation de ces lois ont engagé quelques particuliers à les rassembler dans un même volume, et à les rédiger par ordre de matières.

C'est ainsi qu'lilpko de Rebichau ou de Repkou compila les lois et les coutumes de la Saxe , et que Berthold de Grimmenstein rédigea celles de la Souabe, qui régissaient alors la plus grande partie de, la haute Allemagne. D'autres se bornèrent à réduire en corps les arrêtés d'un certain tribunal , comme l'auteur du Waichbild de Magdebourg, et plusieurs s'attachèrent aux seules coutumes féodales , à l'exemple d'Hugolinus de Porta, qui mit en ordre les recueils de Gérard le Noir et d'Albertab Orlo.

On croit assez généralement que la boussole était déjà «onnue du temps de Frédéric II, et que ce prince profita de cette découverte pour envoyer des vaisseaux jusqu'aux Indes. Il serait difficile de déterminer précisément les lieux que les vaisseaux napolitains ont fréquentés; tout ce qu'on sait, c'^st qu'ils faisaient des voyages de très-long cours, et qu'ils revenaient, au bout de deux ou trois ans d'absence , avec des cargaisons inestimables en or et en marchandises du plus haut prix. De là vinrent à Frédéric II les richesses immenses qu'il prodigua dans ses guerres , et dont il disposa par un testament.

Les frontières d'Allemagne ont fort peu varié sous Frédéric II.

L'Egder et la mer la bornent toujours au nord ; ^

L'Escaut et la Meuse , la Saône, le Rhdue et les Alpes, à l'occident ;

Les Alpes et le Muer, au midi ;

La Lcithe et la Yistule, à L'orient.

H nous reste à tracer le tableau comparatif des droits de l'empereur et des prérogatives des états.

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