‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 32 sur 165 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

CAPTIVITÉ ^)E RICHARD !*% ROI D* ANGLE- TERRE. —MARIAGE DE HEINRICH, FILS D^

H^miiiçq LE Liopr , avec ^gnèsî , fille

DU qQHTE PALATIN I^UMRAD pU RfllN.

t--i RÉGONqiLUTIOM DB HEINRICH LB LION AVEC l'empereur. — SA MORT.

DeranimàranUSS.

Dans le temps (|ue Temperenr s'efforçak d'apaiser les troubles de Bavière, il se passait un événement d'ane natnre étrange ^ inouïe. Quoique ce fait n'apporte ni gloire ni honte au peuple teutsch , il mérite d'être rappelé , parce qu'il porte un grand témoignage sur cette époque , et qu'il n'est pas non plus resté sans influence sur les projets de l'empereur.

Le roi d'Angleterre Richard Cœur-de-Lion avait quitté la Terre*Sainte , où il avait conquis l'admiration du monde par de grands et glorieux exploits , mais en attirant sur lui la haine nniverselle par son orgueil brutal. L'on croyait généralement qu'il avait l'intention de regagner secrètement ses États ; mais les traditions qui se trouvent dans les écrits du temps sur son voyage sont si merveilleuses, qu'elles paraissent appartenir à la fable plus qu'à l'histoire , et que difficilement on y ajouterait foi , si la fable n'avait fini par se transformer en une triste réalité. Richard , disent ces traditions , se laissa ballotter six semaines par les flots sur la Méditerranée, sans pouvoir suivre la direction qu'il voulait prendre. Alors il fit voile pour Corfou. Là son bâtiment fût attaqué .par des pirates; mais lui-même s'entendit avec ces ennemis, et leur loua leurs vaisseaux pour un plus long voyage. Il fit gouverner vers la mer Adriatique. Entre Venise et Aquilée il fit naufrage, et sut échapper à la mort. Arrivé à terre , il prit un déguisement , quitta bientôt ses compagnons, et se donna pour un marchand nommé Hngo , qui arrivait en pèlerinage de la Terre-Sainte. 11 voulait ainsi , à ce que l'on prétendit, rester caché pour ses ennemis; il voulait se glisser comme un malfaiteur poursuivi , et se rendre en Saxo auprès de son beau-père, le docHeinrich. Mais, au lieu de suivre le plus court chemin , il s'égara , et finit par porter ses pas du côté de Vienne , où le duc

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Léopold d'Autriche avait sa résidence. Il avait fait le plus cruel outrage à ce dùê , qui assurément ne l'avait pas oublié , soit qu'il eût trainé dans la boue Pétendard autrichien , soit quil eût frappé du pied le duc lui-môme. Mais eq route il avait déjà été reconnu pour le roi d'Angleterre, car il portait des bijoux sous le cos* tume de pèlerin , faisait des présents royaux , menait une vie royale. Néanmoins chacun le laissait passer son chemin, ou l'aidait à allev plus loin. Enfin, comme il se sentait fatigué, il s'arrêta dans un village près de Vienne , appelé Erdbourg, y passa plusieurs jours, envoya chaque matin son serviteur à la ville pour y faire des emplettes. Ces achats se firent d'une manière étrange; bien plus, le serviteur, par ses propos et ses gestes , fit remarquer ce qui paraissait devoir attirer l'attention , et enfin , comme personne ne s'occupait plus de lui , il plaça le gant du foi à sa ceinture par-dQvant. Ayant été arrêté et appliqué à la question , il déclara qu'il était serviteur du roi Biohar4 d'Angleterre, et qu^ le roi se trouvait à Srdbourg. Alors le bailli A^ Vienne se rendit à Erdbourg ; bientôt le duc Léopold y yint luimême. Le roi remit son épée au 4»^, el ftit mené prisonnier dans la ville (4).

Voilà en substance la tradition. Mais com*« ment eomprondre la conduite de Richar4 , si l'on admet qu'il eût l'intention de se rendre sans être remarqué en Saxe auprès de Ifeinriçh le Lion? Il est vrai que Richard Cœur-de-Lion était téméraire jusqu'à la folie. Méprisant tous les dangers , il paraissait se précipiter dans toute espèce d'aventures; sans souci des périls, négligeant toute précaution, il s'abandonnait indifféremment à tous ses caprices , et attendait avec une tranquillité qui touchait à l'indolence ce que le hasard pouvait amener. Et pourtant Richard était doué d'qne grande intelligence ; il savait bien mesurer tous les dangers, et assurément il ne laissa jamais jeter sur lui un filet que, dans une confiance orgueilleuse en la force de son bras et de son épée, il ne fût convaincu de pouvoir déchirer ou couper. Mais, dans le voyage de Vienne , cela est incontestable , il se montre en insensé. S'il ne se proposait pas de se faire reconnaître comme roi d'Angle^ terre, d'aller trouver le duc Léopold ; s'il voulait, au contraire, passer inaperçu , sa conduite est simple jusqu'à la niaiserie. Il y a donc, pour ainsi dire, nécessité morale à admettre

l'hypothèse suivante pour l'explication de tout le fait. Dans un transport d'orgueil , le roi Richard avait traité le duc Léopold avec indignité; irrité de Toutrage, le duc avait quitté la Terre-Sainte. Alors Richard , aussi capable du plus bel élan de magnanimité que d'orgueil insultant, reconnut et déplora son injustice. Il résolut donc , à son retour , d'aller s'expliquer auprès de Léopold , do lui donner satisfaction par la remise de son épée , et de se réconcilier noblement avec lui. Mais, amoureux du chant et de la plaisanterie, il eut quelquefois le caprice de se faire passer pour un homme du peuple, afin de montrer ensuite le roi dans tout l'éclat de sa majesté. Il put donc lui venir à la pensée de se rendre à Vienne en marchand pèlerin , afin d'arriver droit au duc, sans négociation, sans médiateur, sans pompe souveraine, ou d'attirer le duc auprès de lui. C'est ainsi qu'il s'arrêta à Erdbourg ; c'est pour cela qu'il envoya chaque jour son serviteur à la ville; qu'il ne voulait pas s'échapper quand il apprit qu'on l'avait reconnu ; qu'il ne fit aucun usage de son épée , qu'il déclara ne vouloir remettre cette épée qu'au duc en personne , qu'il la lui présenta quand le duc entra dans sa chambre. Mais son erreur et son infortune, c'est d'avoir cru que dans le duc Léopold vivait la magnanimité qui l'animait lui-même ; c'est d'avoir espéré que par la remise de son épée la réconciliation était opérée avec le duc, qui, satisfait d'un sinoble entraînement, l'accueillerait amicalement , et lui ferait honneur comme à un hôte royaL

Mais , de quelque façon que les choses se soient passées, et quelque jugement que l'on en puisse porter, le roi Richard Cœur-de-Lion , aussitôt qu'il se fut volontairement désarmé , fut arrêté prisonnier par le duc Léopold, et resserré fort étroitement. C'était le 21 décembre 'I'I92 ; à cette époque même Léopold se rendit à la diète que l'empereur avait indiquée à Ratisbonnc, comme on l'a déjà rappelé. Il mena son prisonnier avec lui à Ratisbonne , sans doute pour en être plus sur, et peut-être aussi dans l'espoir de faire oublier , par une si importante capture , sa criminelle invasion de la Bavière. En effet la captivité de Richard parait avoir produit une profonde et joyeuse impression sur l'empereur. Il prétendait avoir été aussi gravement offensé par ce prince, car il croyait ou affectait de

croire que l'usurpateur de son trône de Sicile avait obtenu l'assistance de Richard pour assurer sa proie. Et maintenant il parait que l'empereur et le duc s'accordèrent en secret pour retenir le prisonnier, sans se soucier de l'opinion du monde, et ne le remettre en liberté que moyennant une grosse rançon, laquelle serait partagée entre eux, peut-être en portions égales. L'empereur réclama bientôt la remise du prisonnier en son pouvoir, parce qu'il était contraire aux convenances qu'un roi fût retenu prisonnier par un duc. Au bout de quelques mois, le doc amena le roi sur le Rhin, et le remit à l'empereur dans la ville de Mayence, le dimanche des Rameaux, 25 mars de Tannée suivante. Et l'empereur ne ressentit pas le plus léger scrupule à retenir un roi qu'il n'avait pas vaincu , dont il s'était saisi d'une manière infâme, à l'aide de perfidies et par un odieux marché. 11 fit transporter le royal pèlerin, d'abord à Trifels, puis à Worms. Il le fit traiter convenablement, peut-être même royalement; mais en même temps il recommanda de le soumettre à la sun'cillancc la plus rigoureuse, de crainte de perdre la rançon.

11 parait que le roi Richard, après avoir surmonté le premier mouvement d'irritation sur le mauvais succès de ses plans , supporta dans le commencement sa captivité avec une grande égalité d'humeur, avec son insouciance habituelle. Il passa le temps à jouer de la viole, à chanter, à faire des sirventcs. Il donna volontiers à ses gardes des preuves de sa force corporelle, et se plaisait à trinquer avec eux en faisant les frais de la bouteille. Mais bientôt, sa captivité se prolongeant, la chose dut lui paraître plus sérieuse. Depuis longtemps son indigne frère Jean tramait de dangereux complots pour se saisir de la couronne et du royaume d'Angleterre ; ces complots pouvaient maintenant se poursuivre avec un grand succès. Informé par l'empereur de la captivité du roi Richard, le roi Philippe de France crut devoir profiter de l'occasion pour faire tourner les anciennes querelles à son avantage, et se venger des insultes que Richard lui avait faites aussi pendant la croisade. Les suites paraissaient incalculables; le monde commença donc à s'intéresser au sort de Richard. L'Angleterre s'agita. Richard écrivit aux prêtres et aux laïques de son royaume pour entretenir et

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animer ces mouvements. L'on délibéra çà et là sur ce qu'il y avait à faire. Des contrées étrangères aussi, des hommes de tous les ordres se remuèrent pour le roi. Poètes et chanteurs plaignirent son infortune, et portèrent son nom jusque dans les cabanes. Le saint-père luimême ne resta pas inactif; il réclama la mise en liberté da roi , et menaça de Tcxcommunication Tempereur, comme le roi de France, à cause de ses attaques sar les possessions anglaises. La mère de Richard surtout, la reine veuve Ëléonore, tenta tous les moyens pour obtenir la délivrance de son fils. Elle adressa par écrit au pape d'amers reproches de ce qu'il se contentait de lettres, et ne faisait pas usage du glaive apostolique ; de ce qu'il ne se transportait pas de sa personne en Allemagne, qu'il n'envoyait pas même un légat, dans une si grande et si importante circonstance. Mais, ajoutaitelle avec amertume, il ne s'agit ici que de l'obéissance au Christ, de l'honneur de l'Église, de la paix des États, du salut des peuples; il n'y a pas d'argent à gagner. Mais, au milieu de tous ces efforts, Femperear Heinrich resta inébranlable , et le duc Léopold ne fléchit pas plus que lui ; car tous deux avaient supputé la rançon et ne voulaient rien rabattre de leurs comptes.

Richard consentit à recevoir en fief sa couronne de l'empereur , dans la vue peut-être de comparaître devant un tribunal public , afin d'y entendre et d'y repousser les accusations qui avaient pu être produites pour couvrir l'injuste conduite tenue contre lui. En effet l'empereur s'érigea enjugesur lui àHaguenau, comme son suzerain , entouré des princes de l'empire. Il ne manqua pas d'accusations sur les actes d'iniquité que le roi pouvait avoir commis pendant la croisade ou contre le roi des Français. Richard, par ses explications, fit honte à ses accusateurs. L'empereur lui-même et le duc Léopold furent émus par sa défense , et pourtant le plus grand succès qu'il obtint fut un adoucissement de traitement dans la prison, sans que la surveillance fût moins rigoureuse. Enfin l'empereur se vit si fortement assailli de tous côtés , qu'il exposa au moins les conditions sous lesquelles il voulait accorder la liberté au roi d'Angleterre; car jusqu'alors il s'était refusé à les faire connaître, de crainte d'exiger trop peu. Le 29 juin, fut conclu un traité dans lequel on arrêta les stipulations sui-

vantes : Le roi devait payer à l'empereur cent mille marcs d'argent fin , au poids de Cologne; après quoi il obtiendrait sa liberté. En outre, dans le délai de sept mois après sa délivrance , il devait verser encore cinquante mille marcs , 30,000 pour l'empereur et 20,000 pour le duc Léopold; pour la garantie de cette somme, avant son retour en Angleterre, il remettrait soixante otages à l'empereur et sept au duc Léopold. Cette dernière condition fut, à ce qu'il parait, réduite à un article tenu secret , portant que Richard ne payerait pas 50,000 marcs, mais que l'empereur donnerait de sa caisse les 20,000 marcs revenant au duc Léopold , si le roi Richard pouvait déterminer son beau-frère Heinrich le lion à remettre ses deux plus jeunes fils, Otto et Guillaume, entre les mains de l'empereur. Il parait que dans ce cas l'empereur aurait encore promis d'abandonner de nouveau au duc Heinrich le Lion toutes les provinces qu'il avait jadis possédées sur la rive droite de l'Elbe. Tel fut le traité en ce qui concerne cette affaire. Cependant Richard dut rester plus de sept mois encore dans les prisons de l'empereur ; car il n'était pas facile de ramasser une aussi grosse somme en Angleterre , et il parait qu'en effet on ne put la réunir entièrement. Déplus, l'empereur étftit agité de temps en temps par le regret de n'avoir pas demandé assez , et par l'espoir de réussir à extorquer davantage. Enfin le roi de France fit toutes sortes d'offres pour décider l'empereur à retenir plus longtemps le roi Richard , afin de pouvoir lui-même se saisir plus facilement des possessions de ce prince en France. Cependant l'empereur, pour pousser Richard à de plus larges concessions , l'entretenait dans une séduisante pensée qui paraît avoir enflammé son imagination aventureuse : c'était de lui conférer, suivant l'usage féodal , le royaume d'Arles, qui pouvait à peine se rattacher encore à l'empire germanique. Enfin , une grande partie de la somme ayant été versée, et des otages donnés pour le reste; la mère de Richard étant venue en Allemagne pour implorer la miséricorde de Dieu et la pitié des hommes ; Heinrich le Lion , par condescendance peut-être pour sa belle-mère, ayant livré ses deux fils entre les mains de l'empereur ; les princes teutschs, saisis d'indignation et de honte , réclamèrent la délivrance du roi avec une telle insistance, que l'empereur ne jugea

pas à propos de persister pi as longtemps dans son intraitable avarice. Le 4 février 4494, Richard fut conduit à sa mère par les archevêques de Maycnce et de Cologne. Mais si faible était la conûance dans la parole et les projets de l'empereur , que Richard , au milieu des acclamations dont il fut salué dans son voyage, particulièrement à Cologne, resta toujours dans Tinquiétude sur une nouvelle surprise, et préféra se livrer à une mer orageuse plutôt qu'à ^escorte de Tempcrcur ramain ; il ne se crut véiitabiement en sûreté qu'au moment où , le 43 du mois de tuai, il ihit )e pied à Sandwich sur )e soi de son royaume.

À peine cette honteuse affaire était arrivée à un tel résultat, deux nouveaux faits se produisirent qui assurément jetèrent l^empereilr ïlcinrich dans un grand trouble; car ils le tirèrent en seûs contraire avec une torce égaler Mais il ne resta pas longtemps dans cette incertitude ; un troisième événement ih mit en état de prendre son parti.

b^abord le jeune Eieinrich, Hisainé de lîeinricb le Lion, parut à la cour de l'empereur, et demanda pour son père les province^ saxonnes sur la rive droite de i'Ëlbe. Il avait pour instruction de ne pas quitter Tempereur avant quHl n*ejit été satisfait à sa réclamation (2). Mais comment ^eut-on s'expliquer que le jenne heinrich, qui, par sa fuite du camp devant N'aples) avait soulevé contre lui la tolère impériale, ait osé maintenant reparaître à la cour de Tempereur? comment comprendre que le père ait commandé à son fils d'insister si résolument sur sa demande? Assurément il fallait que Tcmperçut eût fait au duc tlcinrich de nouvelles promesses bien obligatoires; el ces promesses quai)d put-il les faire, sinon à l'occasion de raccommodement avec le roi Richard, alors que Hcinrich consentit à livrer ses deux jeunes fils Otto et Cuillaunle comme otages à Tempcreur ? car incontestablement ces jeunes

Î)rinccs devaient être des gages de la tranquilité, de l^attitude pacitiqlie de tieinrick le Lion, i)lutôt que du payenient de la somme. En efrct on ne trouve pas que l'empereur ait repoussé comme inconvenante la réclamation du duc , iiî qu'il ait rudement traité le jeune Hcinrich qui la présentait; il s'entretint plutùtdaus l'espérance d'obtenir ce qu'il demandait. La concession n'eut pas lieu ; moins, à ce qu'il parait, parce qiiô l'cmpe'rtur y était pèU disposé ,

que parce que ses affaires d'Italie réclamaient tous ses soins. Car, sans une campagne en Saxe, il lui eût été impossible de mettie le duc Heinrich en possession des provinces au delà de l'Elbe', et comme l'empereur avait évité jusque-là une telle entreprise, môme contre lé duc, il devait encore plus s'y soustraire quand elle devait être faite en l'aveur de cet ancien ennemi. Le second fait dont il a été parlé devait encore détourner rem|;>ereur plus fortement d'une guerre en Saxe. Peu de temps après le départ du roi Richard, en Sicile le roi Tancrède était mort le 20 février. Son fils aine , Roger, l'avait précédé dans là tombe, et cette perte parait avoir brisé l'àme paternelle de Tdncrède. lin fils mineur, Guillaume , lui survivait seul , et cet enfant n'était pas 6n état de défendre le droit au tràne et à la couronne ^ue son père lui avait transmis. L'empereur devait d'autant plus désirer d'entreprendre une nouvelle campagne en Italie, pour soumettre le royautne de Sicile rapidement , avant que de nouveaux incidents n'enfantassent de nouvelles difficultés ; il pouvait d'autant moins penser à une guerre en Saxe. Hus ses embarras étaient grands , plus vif était son empressement & employer tous les moyens pour apaiser par un accommodement le duc Heinrich le Lioûi et avec lui le teulschland septentrional.

Une troisième circonstance entièrement inattendue amena cet accord. Le jeune Heinrich , fils de îleinrich le Lion, épousa Agnès, flllc unique du comte palatin Kunrad du Ûhin, oncle de tteinrich VI ; et ce mariage se ût si brusquement et si tnystérieusenàent , que le monde Tapprit seulement quand Heinrich se montra ayant à ses côtés sa jeune épouse, b'après les iiîlatiorts dans lesquelles l'empereur était engagé , et d'après ta marche ordinaire des choses , on ne peut se défendre de penser que cette union avait été convenue entre l'empereur, le cortite palatin Kûrirad , qui se trouvait à Spire, à la cour de l'empereur, et le jeune Heinrich, envoyé comme plénipotentiaire de son père près de cette même cour , et que l'empereur avait promis de conférer au jeune Heinrich, comme époux dfe l'hériliôre de son oncle, Tinvcstiture de tous les biens et de toutes les possessions du palatiû , afin de lui accorder ainsi une belle indemnité pour les provinces au delà de l'Elbe. Et le prompt àccomplissement du mÂTiàgô serait âUsâi kcÛQ à

ijv, xiiy,

comprendre que le secret même dont il fut enveloppé ) l'empereur n'avait pas de temps à perdre, et une négociation publique aurait excité beaucoup de passions ^ d'intrigues et d'entraves de plus d'un côté. Mais aussi ce dénoùment si prompt et ce mystère ^ dans un tempis qui se montra sensible à la poésie et au cbant, et commençait à célébrer l'amour, donnèrent lieu à rintroduction de la lable et du merveilleux , et ce merveilleux est passé dans l'histoire.

L'empereuir Friedrich , ainsi dit la tradition, avait déjà promis sa nièce pour épouse au fils de Heinrich le Lion , et les parents donnaient le nom de fiancés aux jeunes enfants. Mais lorsqu'Agnès eut grandi et fut devenue Tunique héritière de son père, beaucoup de princes sollicitèrent sa main. Au premier rang des poursuivants était le roi Philippe de France, qui avait répudié son épouse danoise, Ingelburge. Le palatin et l'empereur consentaient volontiers à ce mariage ; mais la jeune princesse s'y refusa, et déclara à sa mère, Irmengarde, que son cœur était à Heinrich , le fiancé de son enfance. Sa mère approuva cet amo'ûr , el , pour tranquilliser sa fille , envoya aussitôt un message secret au jeune Heinrich. Celui-ci se rendit rapidement, déguisé, à travers mille dangers, de Spire à Staleck, château dans lequel se trouvait Irmengarde (5) avec sa fille. Aussitôt un prêtre célébra la bénédiction. Alors* le palatin fut invité à se trouver dans le château ; Kunrad accourut, A son arrivée , Heinrich et Agnès, comme époux et épouse, lui présentèrent leurs hommages. Le palatin fut très-irrité , mais ce qui était fait ne pouvait se changer ; il donna sa bénédiction paternelle, et se rendit auprès de l'empereur. L'empereur fut transporté de colère; mais il revint bientôt à considérer que, le mariage étant réellement accompli, le mieux était de prendre les choses telles qu'elles étaient.

Qui peut nier que cette tradition n'appartienne plus à la poésie qu'à l'histoire , qu'elle ne soit en contradiction avec le caractère de l'empereur Heinrich YI , et avec les mœurs et les usages de cette époque? Mais, de quelque façon que le mariage se soit accompli, l'empereur donna son agrément, et promit au jeune prince l'investiture des domaines de son beau-père. Ensuite il indiqua une diète qui devait être tenue à Salfeld , pour arriver aussi à une ré-

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conciliation avec Heinrich le Lion» Le comte palatin se rendit en Saxe pour décider le vieux Heinrich à se trouver à Salfeld. Heinrich le Lion ne fit point d'opposition j il se mit en route. Mais à Berthfeld il eut le malheur de tomber avec son cheval , et de se blesser si grièvement à la jambe, qu'il fut hors d'état de

Soursuivrc son chemin (4). La première nouvelle e cet accident surprit l'empereur; d'anciens soupçons se réveillèrent, et il crut à une ruse de son vieux ennemi. Mais il tenait fortement à la réconciliation ; il retint donc les princes qui se trouvaient auprès de lui, jusqu'à ce qu'il pût se convaincre. Quand il acquit la certitude que le voyage était réellement impossible pour le duc, il transféra la diète à Dullethe, non loin de Kyffhauscn , dans le voisinage du duc malade. Heinrich le Lion se fit porter à Dullethe (5) , et là se fit la réconciliation. Heinrich le Lion conserva ce qu'il avait, et acquit la sécurité à l'égard de ses ennemis. Lui-même conçut l'espoir qu'il lui serait rendu quelque chose de ses anciennes possessions; mais on ne peut décider si l'empeï'élVr lui fit des promesses positives. Le jeune Heinrich reçut l'investiture solennelle du pala* tinat du Rhin , comme successeur de son beaupère, et s'engagea envers l'empereur à le suivre dans une nouvelle campagne d'Italie. On ne rendit pas au vieux duc ses deux plus jeunes fils, qui étaient encore comme otages entre les mains de l'empereur et du duc Léopold.

Bientôt après cet accommodement, dès le mois de mai, l'empereur, ainsi qu'on le racontera dans la suite, entreprit une nouvelle campagne de Fouille. Mais le duc Heinrich se rendit à Braunschweig ; là il se tint dans son château , seul , privé des consolations que lui donnait jadis sa défunte épouse, privé de ses enfants , accablé par les années , courbé par l'infortune , faible et malade. Mais son esprit était encore frais et vigoureux , et son unique soin était de mettre à profit pour son pays la paix dont enfin il jouissait lui-même. Il se consacra aux plus nobles occupations : il s'appliqua avec ardeur à la justice, et travailla pour l'ordre et le droit ; il orna les églises du Seigneur d*objets précieux el de belles œuvres d'art ; il travailla à la prospérité des villes , et chercha , par la concession de libertés et par la facilité des communications ^ à augmenter

HISTOIRE DU PEUPLE ÂLLEHAND

leur bien-être, à favoriser le développement de leur industrie. Il n'oublia pas non plus les sciences , et tourna particulièrement son esprit aux méditations sur Thistoire. Il fit recueillir les vieilles chroniques, que Ton transcrivait, qu'on lisait devant lui; et les traditions des anciens jours saisissaient si fortement son imagination, que souvent il passait des nuits entières à ces nobles travaux (6). Il vécut ainsi environ seize mois après la diète de Dullethe. Il eut aussi

la joie de revoir son fils aîné , Heinricb , lorsque celui-ci revint d'Italie ; et Heinricb fut témoin des derniers moments de son noble père. Le 6 août de Tannée 4 4 95 , le duc Heinricb le Lion quitta cette terre. Il descendit prendre place dans Tasile du repos à Munster St-Blaise, à côté de son épouse Mathilde; et les larmes de beaucoup d'honnêtes gens accompagnèrent ses restes. Il était âgé de 66 ans.

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