UY. KXIV, CHAP. XI
Saxe , il avait appris aussi quelques circoustances particuliôres ; mais ce fut seulement à la cour impériale , en Souabe, qu'il connut entièrement rëtat des choses. 11 reçut de grandes promesses de l'empereur; mais il lui parut difficile de gagner le Holstein, attendu que tous les abords étaient au pouvoir de Heinrich le Lion. Il était donc nécessaire d'attirer l'attention du vieux duc loin de l'Elbe. Adolphe se rendit donc en secret, à ce qu'il parait , au château de Scbauenbourg , berceau de sa famille. Mais les évéques de Hildesheim et d'Haïberstadt, l'abbé de Gorveî, et d'autres seigneurs et vassaux, furent déterminés, par l'assurance que l'empereur viendrait en Saxe aussitôt que possible avec une armée , à entrer en campagne contre Braunschweig , et à établir un camp fortifié non loin de cette ville, à Leiforde sur l'Ocker ; et l'espérance que l'empereur allait paraître pour ccpbattre et anéantir le duc était si grande , que l'abbé Ludolf de Braunschweig lui-même crut que le plus sûr était de s'attacher aux ennemis de son seigneur. Ludolf parait avoir eu l'intention de provoquer un soulèvement dans Braunschweig, afin de livrer la ville aux ennemis; mais, ce projet ayant échoué , il s'échappa par la fuite dans le camp de Leiforde, et nourrit contre son ancien seigneur une haine d'autant plus active que sa conscience lui iEaisait de plus vils reproches, et qu'il s'était rendu indigne de tout pardon. Du camp des princes, la désolation la plus cruelle s'étendait au loin sur le pays (6) , car on n'osait pas tenter une attaque sur Braunschweig; et Heinrich le Lion ne se hasardait pas contre ses adversaires en rase campagne, parce qu'il devait épargner ses forces, et ne pouvait savoir jusqu'où le poison de la trahison s'était répandu autour de lui. Mais, derrière le camp, le comte Adolphe se rendit de Scbauenbourg auprès du duc Bernard de Saxe; et ce duc , avec son neveu le jeune markgraf Otto de Brandenbourg , lui fit passer l'Elbe en toute sécurité à Arthenebourg. Sans doute des messagers secrets avaient été expédiés à l'avance ; car bientôt le comte vit venir audevant de lui son épouse , sa mère , et le comte Adolphe de Dassel, dont il a été si souvent question. 11 ne manquait pas non plus d'une escortera seigneurs et de vassaux de Stormaren et du Holstein. Et la nouvelle de l'arrivée du comte se répandant , tous les seigneurs
et les vassaux accoururent pour lui témoigner leur fidélité et leur zèle. Cn grand nombre avaient à réparer leur ancienne défection, toutes leurs hésitations postérieures. 11 arriva donc qu'en peu de temps le comte Adolphe se trouva en état de tourner ses armes contre Lubeck, et de serrer de trèsf rès cette noble cité si dé* vouée au duc Heinrich.
La guerre qui durant cette année et la suivante se continua, mais avec des interruptions, depuis les montagnes du Harz jusqu'à la mer, offre elle-même peu d'intérêt. Il n'est guère possible d'en embrasser la marche ; car elle ne présente pas un ensemble d'opérations , mais une confusion , chaque ennemi de Heinrich , sans direction supérieure , obéissant pour son propre compte, selon que l'occasion se montra favorable ; d'ailleurs on manque de dates piécises au moyen desquelles il soit possible d'ai;^ river à un système. Les faits particuliers sont sans couleur et sans caractère ; on ne voit que des actes de cruauté, des courses entreprises pour piller, brûler, massacrer; des actes de perfidie et de trahison qui ne se distinguent en rien des événements précédents. 11 est surprenant que le vieux duc Heinrich ne paraisse presque pas sur la scène. 11 dirige bien parfois l'attaque ou la défense de Lunebourg, de Braunschweig ; mais , en général , il confie l'exécution de ses plans à son fils aîné Heinrich , et aux princes, peu nombreux, qui lui restaient fidèles , comme le comte Bernard de Razebourg, dont les fils, du même nom, figurent parmi les ennemis de Heinrich, comme le comte Bernard de Welpe. Sans doute il était épuisé et ne comptait plus sur ses forces. Mais ce qui n'est pas moins étrange , c'est que cette fois encore il ne lui soit venu aucun secours de ses gendres, ni de Borris le prince slave , ni de Kanut le roi de Danemark. Kanut fit bien une irruption dans le Holstein , mais il n'entreprit pas volontairement la guerre ; il y fut contraint parce que le comte Adolphe , après avoir réduit Lubeck à la soumission , était entré dans une ligue contre lui avec l'évèque de Schleswig et le roi de Norwége et de Suède ; et moyennant 400 marcs d'ai'gent il accorda la paix au comte, sans faire mention du duc Heinrich. On ne peut savoir si des relations personnelles on politiques avaient amené cette indifférence. Au reste , le résultat de la lutte de Saxe fut que Heinrich le Lion conserva tout ce qui lui avait
mSTOIRE DU PEUPLE ALLEMAND.
été enlevé lors de son premier bannissement ; mais qne tontes les conquêtes qnli avait laites depuis son second retour furent perdues, à l'exception de Lauenbourg.
Ainsi en était-il en Saxo. Et les choses n'allaient pas beaucoup mieux en Bavière , dans l'autre duché qui jadis avait été en la possession de Heinrich. Les actes désordonnés et les guerres privées qui déchiraient ce pays pou* vaient bien avoir une autre origine. Dans tous les cas, telles étaient les vues de ceux qui provoquaient et soutenaient ces luttes : ils aspiraient à rindépendance et à de plus grandes possessions dans les domaines spirituel et temporel ; ils avaient en outre un besoin d'agitations violentes, de manœuvres perfides et d'effusion de sang. Les longues disputes sur l'archevêché de Salzbourg avaient engendré un esprit dHnquiétude et de trouble, et provoqué partout d'énergiques passions. Heinrich le Lion avait presque toujours été absent de ce pays , et n^avait pu que par instants comprimer, étouffer le désordre.' Les convoitises, les prétentions avaient reçu un nouvel aiguillon par la translation du duché à la maison de Wlttekbaeh , par le morcellement de diverses portions détachées , par la collation de nouvelles dignités. Le doc Otto de Wittelsbach avait déployé une grande énergie ponr rétablir Tordre; sons son fils mineur, Louis, les vieilles passions éclatèrent de nouveau , quelque habile , quelque intelligente que fût l'administration de sa mère, la duchesse Agnès. Lorsqu'ensuita la pensée de la croisade s'empara des èmes , il y eut trêve aux querelles en Qavière , et la réunion de l'armée des croisés à Ratisfaonne contraria tons les complots , poussa grands et petits en d'autres voies. Beaucoup de seigneui^ et de vassaux de Bavière suivirent l'empereur , et celui qui resta se crut obligé à ne pas empêcher la sainte entreprise. Mais bientôt Tenthonsiasme s'éteignit; les passions au contraire subsistaient toujours. Après que Heinrich VI eut pris les rênes de l'empire , ces passions firent encore explosion , et s'enflèrent toujours pendant sa campagne de Fouille; le retour de l'empereur eiïraya pour un instant.
En avril do l'an 4 402, une grande assemblée fut tenue à Laufen , à laquelle assistèrent tous les évêqnes du pays et la plupart des comtes , pour amener un accommodement. Bientôt après, à nne diète que l'empereur tint à
Worms à la Pentecôte , le 24 mai , le jeune duc Louis int déclaré digne de porter les armés, en même temps que le frère de l'empereui" , le duc de Sonabe. Mais comme IVmpéreur était déjà à cette époque embarrassé dans les affaires de Luttich , qui le préoccupaient beaucoup , et comme la lutte était engagée en Saxe, les princes et les seigneurs de Bavière crurent alors avoir la liberté de leurs mouvements relativement au jeune duc. Une effroyable tempête qui éclata le U du mois d'août sur le pays , et causa de terribles ravages , ne les retint pas. Bientôt après tous étaient sous les armes contre tous, et une grande partie de la contrée fut désolée avec une fureur si sauvage, que les choses saintes ne furent pas respectées, que Ton n'épargna ni l'âge ni le sexe. La cause immédiate de ce déchaînement fut donnée par le comte Adelbert de Bogen , burgraf de Âatisbonne, qui entra en débats au sujet de rapports de chasse et de fiefs avec les comtes d'Ortemberg; et comme le guerrier redoutable et plein de convoitise pouvait trouver cette lutte trop difficile à soutenir pour lui seul , il attira à son aide le duc Berthold de Méranie , le due Ottokar de Bohême , et le duc Léopold d'Autriche, auquel venait d'échoir la Styrie par héritage ; et les escadrons de ces trois princes, menés par le comte de Bogen, répandirent au loin la désolation et la mort. Le jeune duc Louis ne manqua pas à son rôle ; il s'efforça de purger le pays des brigands bohémiens , et de châtier le cruel burgraf; mais sa puissance était insuffisante contre les forces de tant de princes, et il ne restait plus aux Bavarois d'espoir qu'en l'empereur. En effet , les événements de Bavière avaient attiré l'attention de Heinrich ; tandis qu'il paraissait ne pas s* occuper de la lutte en Saxe , il rêvait aux moyens d'étouffer les affirenx désordres des États bavarois, parce qu'ils menaçaient d'atteindre les possessions de sa propre maison. Aussitôt que cela lui fut possible , il se rendit en Bavière , sans doute avec des troupes. A la fin de cette année et au commencement de Tautre , 4 493 , il tint deux diètes à Ratisbonne; et, après avoir mis au ban de l'empire le comte de Bogen dans la première , il parvint, dans la seconde , sinon à ramener la concorde entre les princes belligérants , du moins à rétablir quelque repos dont le pays avait un besoin si près* sant.
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