‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 67 sur 165 · LIV. XXV · texte numérisé non relu

LIV. XXV

Philippe se tronydt pentétre depuis le cornmenceùiént du mois dé juin à Bamberg , où H Vivait pris sa' résidence danà le palais de Tévèque. A Batnbérg devait se rassembler rarmée avec laquelle il pensait à pénétrer en Saxe , pour attaquer soti advei-saîre le r^î Ollô, et l*ïlllîé de de prince , le roi WaUlemar de Danemark. Une grande partie était déjà réunie; oii stvàit amené beaucoup d'équipages et de matériel nécessaire pour la conquête de villes et de forteresses. L*e5fpîratioti de la trêve était proche , et la guerre devait commencer à ce terme. Le dimanche soir , 21 juin, le roi, après avoir marié sa niJte Béatri)^, fille de son ft'ère Otto , avec le duc Otto de Méranie , se fit saignet au^ deux bra:s, espérant par la perte du sang sedtir moins Vivement la grande chaleur dti jour. H se tint donc^ , contre son habitude, ddns la retraite, et se mit à tnidi sur un ïit de repos. Auprès de lui se trouvaient, pour le distraire, révèque Kunrad de Spire, son pratonotaire; puis son écuyer Heioriôh de Waidbourg, et son chambellan. Il n'y avait pd(s d^autre^ pertonûes dans rapparteméilt. Jusque-là il n'y il point de différence, au moins pas de contradiction' dans les récits; mais ensuite il en est autrement.

' A 5 heures (4) parut Otto le palatin.'D'après Vuh des écrivains qui rapportent ces détails, il entra seul , n'ayant personne derrière lui ; selon ùti autre, il vint aU palais avec une suite de seize cavaliers; un troisième dit que la suite de cavaliers aurait appartenu à l'évéque Eggibert de Bamberg, et à son frère le markgraf Heinrich d'Andechs; si l'on en croit un quàtriètne récit^ le markgraf était auprès de lui, ainsi que le duc de Bavière. Tous s'accordent pourtant sur ce point qu'Otto vint seul dans l'intérieur du palais. Il demanda d'être admis auprès du roi, ce qui lui fut aussitôt accordé comme toujours ; car Otto, au milieu des changements continuels, était resté constamment fidèle à Philippe, toujours auprès de lui dans les jours périlleux, et il avait été chargé par Ibi dé missions difficiles. Peut-être même, ce jour-là, fut-il accueilli avec joie; car Otto était un homme d'humeur vive et piquante, qui savait égayer paf ses plaisanteries et ses saillies. Le roi se promettait donc une agréable distraction dans son état de douce langueur. Maintenant les récits sont eu complet désaccord î « 11 chtra Fépée nue à la main; »— « Il

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entra en prenant secrètement une épée des Uiains d'un écuyer J » — « Voyant que le roi était presque seul, il revint à la porte, l'onvrit, et reçut une épée d'un serviteur; » — « Il était ceint d'une épée , et, à son entrée, la tira du fourreau; » — « Il avait Tépéè cachée sous ses vêtements, et la lira après qu'il fut entré. » A ces diverses citations on ajoute qu'il se mit à jouer avec l'épée , et l'agita autour de la tête du roi; en s'approchant, suivant une autre version, comme s'il voulait parler au roi à l'oreille; d'après une autre encore, commo s'il voulait saluer le roi (2). Philippe, à ce que rapporte un écrivain , lui cria : « A bas l'épée; ce n'est pas le lieU de pareils jeux. » — Otto répondit : « Non, mais le lieu où tu dois expier ta perfidie. » Une autre relation remarqué que le roi interdit le jeu , et qu'Otto répondit : « Aussi ce ne sera point un jeu pour loi !» — « et puis Olto poussa et tua le roi d'un coup. » Encore : « Il l'atteignit au cou, et n'ajouta pas une seconde blessure. » — Ailleurs : « Oltd, effi'ayé par les cria de récuyci" Heinricli de Waldbourg, put à peirie porter un coup , et i^p fit au roi qu'une petite blessure au col; maïs il coupa l'artère. » Le blessé seleva ,* mais s'affaissa lorsqu'il eut fait quelques pas , et ne se releva plus. Otto se dirigea vers la porté. L'ëcuyer et le chambellan essayèrent de la lui . barrer; il s'ouvrit un passage par la force, U l'écuyer reçut une blessure à la joue. Otto courut chez l'évéque Eggibert; mais bientôt 'il s'élança sur son cheval et s'enfuit, à ce qu'il parait, accompagné du markgraf Heinrich . d'Andechs.

Ainsi parlent les relations. A toute la scède deux témoins seulement assistèrent, récuyerët le chambellan; l'évéque s'était éloigné par crainte. jOn pourrait bien soupçonner que ces deux témoins avaient jugé avantageux pOUr eux de représenter les choses autrement qu'elles ne s'étaient passées, afin de se mettre à l'dbri de tout reproche, pour se donner de Fimportancê, pour jeter une sorte d'éclat sur leurs blessures. £n supposant même qu'ils aient voulu dire la vérité pure , leur pensée fut peut-être troublée par la consternalion , et, après la mort du roi, les choses purent leur apparaître sous uU aut^e jour qu'auparavant; il ne faut donc pas donner aut cofitradictions dans lès récits plus d'importance que de raison. Mais ce que pèN sonne ne peut nier , c^ést que jamais (bsââsfa

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HISTOIRE DU PECJPLE ALLEIHAND.

ne se mit à Tœavre avec plus de maladresse et d*nne manière plus étrange que le palatia Otto. S'il s'était proposé de tuerie roi, voyant sa victime tranquille devant lui, dépourvue de toute arme et sans aucun secours , il aurait dû se jeter aussitôt sur elle, et lui aurait plongé son épée dans la poitrine. Mais ses passes d'armes, qu'il ne fit certainement pas sans parler , ne témoignent ni d'une passion emportée , ni d'une intention criminelle; et jusqu'au dernier moment le roi lui-môme ne vit dans ces tours d'escrime que des* jeux et des espiègleries. L'apostrophe que l'on prête au palatin, immédiatement avant la blessure du roi, ne prouve rien contre lui; comme chaque témoin parait avoir entendu d'autres paroles , ces deux-là peuvent aussi s'être mépris. Sa fuite , enfin, qui pourrait la signaler comme l'effet d'une conscience criminelle, puisqu'il courut d'abord chez l'évéque de Bamberg? Aussi toute pei'sonnc sans prévention, dégagée de toute, préoccupation, osera dire : Des relations sur ce fait, il ne ressort nullement qu'Otto de Wit- •lelsbach ait eu l'intention de tuer le roi Philippe , et même on ne voit pas du tout qu'il ait été la cause immédiate de la blessure du roi. Après avoir tout pesé avec la balance applicable aux choses humaines, voici ce que l'on peut tirer des relations :

Le comte palatin Otto savait que ses plaisanteries avaient coutume d'égayer Philippe, particulièrement ses tours d'escrime; ce jour-là surtout, il pouvait le croire plus sensible à cette sorte de divertissement. 11 se rendit donc dans l'appartement, et se mit à faire des tours, des passes , pointant vers l'artère du roi , maniant avec agilité son épée, comme un chirurgien sa lancette. Mais, Philippe ordonnant de cesser ce jeu , soit parce qu'Otto poussait trop loin la plaisanterie, ou parce que la vue de l'épée nue avait mis en fuite l'évoque de Spire, l'écuyer Heinrich de Waldbourg se leva, et voulut empêcher le palatin de continuer ses plaisanteries; peut-être lui retint-il le bras. Alors Otto ne fut plus maître de son épée; et le roi,* qui lui-même ne resta pas dans l'immobilité, reçut le coup mortel. Epouvanté à la vue de l'effroyable catastrophe, Otto se réfugia chez l'évéque de Bamberg ; mais Tévêque, remarquant le bruit, le tumulte et les cris qui s'élevaient, grandissaient d'une manière terrible , put bien l'engager à fuir rapidement,

parce qu'il voyait sa propre vie et celle de son frère en aussi grand danget que la vie de Tinfortuné. S'il y avait à espérer qu'on rendit la justice à Otto, assurément on ne pouvait la trouver qu'après l'apaisement des passions.

Ce qui appuierait cette manière de présenter le malheureux événement , c'est qu'en définitive il ne se trouve rien dans les relations qui témoigne d'une résolution d'assassinat dans ce palatiu. Les écrivains ne contiennent que de vagues propos. Dès qu'une fois, sans examen préalable , il fut bien arrêté dans leur esprit que le comte palatin était aKassin de Philippe, ce fut un besoin pour le cœur humain de combiner quelque chose qui le fit meurtrier ; et comme sa vie n'offrait rien qui pût expliquer le crime, on eut recours à des conjectures qui, arrangées diversement par la renommée, sont passées dans Thistoire. Otto est traité d'homme rude, dur, cruel, mais seulement après la mort de Philippe, sans preuve, sans faits à l'appui de l'ppinion nouvelle. A la vérité, il poursuivit sans pitié des voleurs et des brigands, et punit de mort des fautes légères; cette conduite lui aura fait sans doute, comme à l'évéque Kunrad de Wurtzbourg , des ennemis de certains chevaliers adonnés au pillage; mais elle témoigne en sa faveur. On assure qu'il tua un homme considérable, appelé Wolf ; mais les circonstances sont inconnues, et il parait qu'il ne fut pas porté de plaintes. On l'accuse de la mort de beaucoup de nobles hommes; mats pas un nom n'est cité; on ne précise ni temps ni lieu (5) . Ce qui repousse cette accusation générale , c'est qu'il fit des fondations pieuses pour le salut de son àme, ainsi qu'on peut le prouver par des titres. Peut-être ces écrivains ne regardèrent pas ces accusations comme suffisantes pour expliquer le crime commis par Otto sur Philippe. Le seul motif qu'ils purent trouver, c'est que Philippe avait d'abord promis une de ses filles pour épouse à Otto , et qu'ensuite il la lui refusa. Mais ceci est fort peu vraisemblable ; car, sans que l'on connaisse bien Tàge d'ptto, on sait qu'il n'était plus jeune, et , à la mort de Philippe, la fille ainoé de ce prince n'avait guère plus de onze aps (4). On dit bien aussi que le fiancé aurait été'non pas Otto, mais son fils; et même que Philippe, quoique marié déjà, aurait promis d'épouser une fille d'Otto. Une extension de cette fable enfin , que nous trouvons dans un seul

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