LIV. XXV
écrivain , tombe d'elle-même , et mérite à peine d'étrç mentionnée. Otto, dit-on, quand la fille du roi lui eut été refusée, rechercha une fille du duc de Pologne. Afiu d'arriver plus vite à son but , il fit rédiger une lettre de recommandation pour le duc , et pria le roi de la revêtir du sceau royal, comme si elle venait de lui. Philippe promit; mais, quand Otto reçut la lettre scellée , une tache imprimée à Tenvcloppe excita ses soupçons. Jl la fit donc ouvrir, et trouva que la lettre avait été altérée par Philippe. Furieux de celte perfidie , il ne rôva plus que la mort du roi, et pourtant conserva son ancienne fidélité.
Ainsi nulle circonstance de Taccusation contre le comte palatin Otto de Wittelsbach ne peut soutenir un examgn sérieux. Le devoir de rbistorien est de justifier l'innocent , de défendre les causes justes mais délaissées , ôomme de noter d'infamie les coupables ; et le blâme ne tombera pas sur lui, s'il s'est efTorcé d'effacer une tache de l'histoire du peupte teutsch, de justifier un prince de noble race d'un crime qui pendant plus de six siècles a été attaché à son nom.
Mais que la mort de Philippe ait été le résultat d'un forfait bu du hasard, peu importe quant aux conséquences; un tel événement ne pouvait qu'entraîner de grands résultats. Philippe quittait la vie à l'âge de 55 ans , laissant derrière lui quatre filles, et son épouse Irène, enceinte d'un cinquième enfant. La noble dame, qui lui avait été attachée par un amour inaltérable, se sentit frappée par cette mort malheureuse jusqu'au fond des entrailles; abattue par la douleur, elle se fit transporter, quoique malade, au château de Staufen pout s'y mettre en sûreté. Là, au bout de quelques mois , elle fut prise avant terme des douleurs de l'cnfai;!temônt, et descendit dans la tombe avec le fruit prématuré de son corps. De la grande race des Hohenslaufen il ne restait pins donc d'autre rejeton mâle que le jeune roi Friedrich de Sicile, fils de Heinrich VI, maintenant parvenu à l'âge de 14 ans. Mais peut-être personne dans le Teutschland ne pensait à ce jeune garçon ; et si par hasard ce nom rappela un souvenir à quelques esprits , on ne s'y arrêta pas ; on ne crut pas devoir tenir compte du fils et de l'élève d'une terre étrangle que l'on avait éliminé depuis dix années. Les grands, domaines de la maison des Hohenstaufen , leurs
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possessions , leurs biens , leurs droits et honneurs dans le Teutschland , paraissaient donc comme vacantsf Cette vacance ouvrait une vaste perspective à maints grands seigneurs , et donnait à beaucoup de plus petits l'espoir d'acquérir et de faire du butin. Dans tous ceux peut-être qui savaient manier l'épée , les passions furent de nouveau provoquées ; mais la carrière s'ouvrit sans limites devant le VVelf Otto , jusqu'alors l'adversaire du prince décédé. On ne pouvait guère attendre qu'après Philippe un prince dans le Teutschland osât se lever contre Otto , pour lui arracher du front la couronne du Teutschland, pour lui disputer le diadème impérial. Si Philippe, avec sa grande puissance , y avait échoué , personne ne semblait devoir y réussir tant que le pape se tiendrait du côté d'Otto. Le Teutschland pouvait enfin espérer de se voir délivré des horreurs de la guerre, dont il avait si cruelle* ment souffert durant dix années.
La suite immédiate de la mort de Philippe fut la dissolution de l'armée réunie près de Bambcrg. Dès le lendemain du jour où le ca« davrc royal fut déposé dans le lieu de l'éternel repos , les princes commencèrent à partir avec leurs troupes, chacun pour son pays. Avec un empressement égal , et plus grand peut-être, se retirèrent ceux que Philippe avait amenés de ses propres domaines. L'on craignait , en général , des désordres et des excès, des guerres particulières et des violences , et chacun était préoccupé de l'idée, sinon d'augmenter, au moins de ne pas laisser diminuer,' dans ce temps d'incertitude et de trouble, ce qu'il appelait son bien. Ce n'était pas un vain souci; car partout où fut connue la mort de Philippe, s'éleva une grande agitation, non moindre parmi ses ennemis que parmi ses amis. Partout se manifestait une profonde horreur pour le meurtre dont personne ne doutait. Le sort do Philippe, au contraire^ était diversement apprécié. Quelques-uns louaient les grandes qualités de ce prince, et gémissaient comme sur un héros tombé; d'autres voyaient dans sa chute tantôt un jugement de Dieu envers le roi Otto , tantôt un juste châtiment des attentats contre les églises et contre les individus. Et l'on peut bien admettre que les plaintes et les éloges eussent été beaucoup plus rares, s'il n'avait pas été établi comme une vérité que Philippe était tombé sous les coups d'un
assassin. Toutefois la pins grande agitation se inanifcsta, surtout dans les possessions de Philippe , et d'une manière toute particulière. Lps comtes ) les châtelains , tous les fonctionnaires, considérèrent ce qu'ils avaient jusqu'alors gouverné, administré, comme un patrimoine
3*ui leur aurait été laissé par ce roi , et prirent es mesures pour défendre ce qu'ils désiraient conserver. Chacun saisit sa proie. Le brigandage menaça partout ; il n'y eut plus de sécurité nulle part. Des villes furent saccagées et livrées aux flammes; des couvents et des cloîtres furent pillés et dévastés. Le droit semblait n'être plus que d^ns la force et dans l'épée.
Le roi Otto était armé pour la défense. A la nouvelle de la mort de Philippe , son premier soin fut de tourner maintenant vers l'attaque ce qu'il avait préparé pour se mettre à l'abri, de soumettre par les armes les princes par lesquels il avait été rejeté jusqu'alors , et d'abord saQ3 ,doute les princes de Saxe. Mais ceux-ci le Prévinrent. Le vieux et opiniâtre archevêque Ludoif de Magde})0urg était mort depuis trois années,, e$ le nouveau prélat, Albert, jadis
f)rieur. du dôme de Magdebourg , afin d'obtenir a confirmation du pape , avait déjà promis de ne pas s'opposer au roi Otto. En conséquence, et parce qu'il aspirait après la fin de la guerre, il se rapprocha du roi , et lui conseilla de ne pas chercher par la force des armes ce qu'il pourrait atteindre paisiblement. 11 lui promit même son assistance.
Bientôt .suivirent les évéques de Minden et de Halberstadt. Ensuite à Halberstadt se tint une assemblée des princes de Saxe , à laquelle se trouvèrent aussi le duc Bernard de Saxe, le markgraf de Meissen et le landgraf de Thuringe. Là Otto fut reconnu roi des Bomains, empereur futur, toujours auguste , ou, suivant l'expression accoutumée, fut élu à l'unanimité. En même temps cette disposition en faveur d'Otto se manifesta aussi en dehors dos frontières de Thuringe et de Saxe. Le comte palatin Heinrich duBhin, frère d'Otto, se tourna aussi de son cêté , et travailla en silence pour lui de tout son pouvoir. L'évêque de Spire lui-même , chancelier de Philippe , donna au roi de fortes assurances, et appliqua tous les ^fforts de son zèle à le servir. En outre, les évéques, barons, abbés, châtelains et feudataires en Souabe, dans les provinces du haut et du bas Bhin j dans d'autres parties de l'cm-
HISTOIBG DU PEUPLE ALLEMAND
pire, envoyèrent des adresses à Braunsehweig pour témoigner au roi Otto leur fidélité et leur dévoùment, parce que le temps nç leur avait pas permis de paraître encore devant lui.
En de telles conjonctures, Otto écrivit au pape. 11 réiùerciB, le saint-père de tout ce qu'il avait fait pour lui jusqu'alors , et lui rendit compte de l'état actuel des choses. Enfin il le pria d'agir auprès de tous les princes, et sur quelques-uns d*entrc euf spécialement, parles exhortations, les conseils et les ordres, et de renvoyer dans le Teutschland les deux archevêques Sifrid etBrono de Mayence etde Cologne, qui se trouvaient encore à Bome , parce qu'ils pourraient lui être d'une grande utilité. Mais une telle prière n'était pas nécessaire]; à peine informé par sqs légats de la triste fin de Philippe, Innocent avait écrit lui-même à Otto, ainsi qu'à tous les archevêques du Teutschland et à leurs snffragants, à tous les princes ecclésiastiques et séculiers, et en particulier à ceniiç qui,. comme le roi de Bohêqie , le landgraf de Thuringe, le duc de Brabant, paraissaient avoir besoin d^cxhortations plus instantes et plus spéciales; il avait donc ainsi accompli par avance la demande d'Otto. Au roi Otto il dit que sans interruption, avec constance et amonr, il a toujours agi dans l'intérêt de son honneur et de son profit , alors même qu'il étajt délaissé par tout le monde , même par ses parents et ses amis ; qu'il veillait pour lui qui peut-être était endormi; que pour lui il avait supporté des adversités, sans lui en parler néanmpins, parce que lui Otto était accablé dans la détresse. Maintenant que son adversaire n'était pins , il allait travailler de tous ses efforts à empêcher qu'un autre ne s'élevât contre lui, quoique déjà le neveu de Philippe fût posé comme son rival. Après ces souvenirs et ces promesses il donne au roi de bons renseignements , l'engage à se tenir sur ses gardes et à ne pas perdre de temps , à ne pas laisser échapper les occasions. Il ordonna aux archevêques et évéques, puisque par une décision de Dieu la cause de division avait été désormais écartée, d'employer tous les moyens pour empêcher le choix d'un autre roi rival, et défendit à tous et à chacun, sous peine d'excommunication, de bénir ou de couronner tout autrci candidat qui aurait été élu par d'autres. Aux princes en général il enjoi-^ * gnit , conformément aux décisions de la Pro-
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