LIV. XXV
de tons sed efforts son élévation au trône des Tentschs. Le roi Jean , frère de Richard, avait moins fait pour lui; cependant des secours d'argent lui étaient venus de ce côté, et, lorsqu'il avait été rédujjfc aux dernières extrémités, abandonné de tous ses partisans, Jean Pavait reçu y honoré., fêté comme le premier prince de la chrétienté. Philippe- Auguste, au contraire, parait l'avoir offensé personnellement; il est certain qu'il avait cherché par tous les moyens à empêcher son, élection et son élévation au trône impérial. Quand le pape prononça l'excommunication contre lui , Philippe-Auguste avait aussitôt excité les princes teutschs à l'élection d'un autre roi , ou à la reconnaissance du jeune Friedrich , et les décisions de Damberg et de Nurnberg avaient été prises sons son influence ; enûn le même Philippe-Auguste, dès l'arrivée de Friedrich dans le Tentschland, s'était hâté de conclure à Vauconleurs une ligue avec lui contre Qtto et contre son oncle le roi Jean ; de sorte que le pape , Philippe-Auguste et Friedrich ne formaient pour ainsi dire qu'une seule puissance. H est donc à présumer que depuis longtemps Otto nourrissait une haine profonde contre le roi de France : car non-seulement il avait promis, sept ans auparavant , à l'époque de ses plus grands embarras, des secours à son oncle contre Philippe-Auguste , mais encore , an temps de sa prospérité, pendant son séjour en Italie, il aurait prononcé des paroles de menace contre lui.
Il est probable encore que tout récemment, quand Philippe-Auguste, se faisant l'instrument du pape, armait, sons le manteau de la religion , pour renverser l'oncle d'Otto du trône , et quand Jean, pour se maintenir, fut réduit à se faire feudalaire du siège apostolique , celte baine éclata en une passion furieuse i4). Maintenant, vers le commencement de lannoe ^12^, Otto se trouvait dans les provinces du bas Hhin, où le nombre de ses partisans était grand. Il châtia le comte de Gueldrè, qui ne lui avait pas encore promis fidélité ou qui ne l'avait pas conservée. Ensuite il se rendit auprès du duc Heinrich de Brabant , qui , depuis son retour d'Italie , avait combattu et souffert pour lui. 1! épousa Marie, fille de ce prince, avec laquelle il avait déjà été fiancé avant son premier mariage. Mais là ausstil fut témoin de l'irritation générale contre le roi de France , et recueillit
CHAP. XIII
peut^tre en même temps des bruits exagérés sur les mauvaises dispositions des Français euxmêmes. Le comte de Flandre, fier de la multi« tude armée qui garnissait ses villes, poussait à la guerre; le comte de Boulogne soufflait le feu partout; le roi d'Angleterre, revenu de son effroi , avait déjà débarqué une force imposante à la Rochelle , et des vassaux nombreux s'étaient rangés autour de lui; d'autres troupes étaient prêtes à marcher vers la Flandre ; enfin la plupart des princes , entre la frontière de France et le Rhin , appelaient la guerre de leurs vœux, et aspiraient à combattre pour la vengeance et leur sécurité. Aussi de tous côtés on pressa Otto de prendre part à une lutte dont rissue ne pouvait être douteuse. Ce n'était pas la force de laquelle disposait Otto que l'on désirait obtenir, car cette force n'était pas considérable ; mais c'était le chef expérimenté que Ton cherchait à gagner, c'était l'aigle impériale que l'on voulait voir déployant ses ailes sur les bannières; on espérait en outre opérer par lui une union plus intime^ étouffer de petites passions qui éclataient facilement dans cette masse confuse, à cause de la divei'sité des langues , des mœurs, et de l'opposition des vues. Otto sentit probablement que le moment était venu de tenir parole à son oncle. Il savait que pour ses domaines héréditaires,- pour le Tentschland du nord, il n'y avait rien à craindre de la part de Friedrich ; il était d'ailleurs convaincu que ce Friedrich ne se maintenait que par son union avec Philippe-Auguste , et que ce n'étaient pas les anathèmes du pape qui empêcheraient les princes teutscfis de l'abandonner. Il crut donc que Friedrich et son protecteur le pape seraient abattus avec le roi de France ; que par la guerre contre Philippe-Auguste il gagnerait l'empire et la couronne, sans affliger le Tentschland par une guerre civile; enfin sa haine emportée contre le roi de France put le disposer à une guerre qu'il n'aurait peut-être pas désirée si vivement sans cette passion malheureuse. Il entra dans la grande ligue, non pas légèrement, ni par l'effet d'un caprice ou gagné par l'argent d'Angleterre, non pour courir des aventures chevaleresques, non pas non plus par désespoir du triomphe de sa propre cause , mais par des motifs dont on aurait reconnu généralement la force, si la fortune rivait favorisé. Mais le sort lui fut contraire. Nons sommes mal informés de la marche des
mSTOIRE VO PEOPLB ALLEMAND.
ehosea. Après une latte aohafnée, raraiée française remporta uae victoire éclatante; personne ne peot lui contester cet honneur. Les eonfédérés forent battus , et l'empereur Otto , après «ne résistance héroïque , dompté par un deslîn implacable, dut se résigner à tourner le dos à l'ennemi. Il est impossible de dissimuler cet affront. Mais là aussi est exprimée la vérité tont entière ) le reste est incertain. Les écrivains tentschs glissent sor les conséquences de ces eroels événement», comme s'il ne s'agissait que de faits ordinaires. Les Français, au contraire, ont travsfopmé. la vérité en fiction , et se sont efforcés de donner de grandes proportions aux eboses vulgaires. On poursuivait trois espèces de bols } Philippe-Auguste, signalé par de grandes qualités royales , réconeiiié enfin avee son peuple an moyen de sa réuoipn avee ]u« geburg, épouse repoussée pendant IT ans, devait être fêlé ; le sentiment national devait être échauffé dans tous les habitants de la Franoe) l'Église enfin devait être glorifiée , et le monde devait eontempler la puissance écrasante de Tanathème l'eiigieax. Philippe^ A u^ giitte avait dans sa suite un chapelain, Guil-i knme le Breton, distingué par son es;prit et ses ooanaissanees. ^ ûoillaume a chantii son Hiattre Pfailippe^Anguste , et en particulier lea événements de cette gnerre , de la lutte d'un roi orthodoxe contre des vassaux rebelles rejetéa de l'Église, contre d'odieux ennemis, contre un empereur maudit par la puissance aposto-r liqne; et pour la gloire de Philippe, pour rbonneur de la France et l'exaltation de TÉglise, il a répandu aar ses tableaux les plus brillantes couleurs qn'il pouvait rassembler (2). U a donc' petiot les dangers de la France et de TÉglise eomipe inonïs , ka projets d'Otto et de ses alliés comme monstrueusement criminels*^ et leur puissance comme immense. 8ou« son pinceau , an coqlraire, le roi de France devint un héros pieux , et tous les Français de noms connus flonl des modèlea de fidélité et de vertu. Mais le même Qt^Uaame, comme si'it voulait nous metlie sur nos gardes a aussi décrit les mêmes événements d'un style historique, montrant par là que ses fictions ne devaient pas être tonnes pour la vérité. Toutefois il a donné lieu k dél^urer Tbistoire; il sera d'autant plus nécessaire de se tenir aux généralités qui paraissent n'être soumisea à aucun doute, An ^mmencement du woifi de juillçt , qu«nd
le rot Jean eut renoncé làehMiMit à toi eon** quêtes, et se fut enfui tout éperdu devant les faibles troupes que Louis, fils 4e Philippe, avait menées coiftre lui, les deux armées op* posées se réunirent sur la frontière de Flaqdre. Elles étaient à peu près égales en nombre) probablement ni l'une ni l'antre ne comptait 110,000 hommes en état de combattre, cavaliers et fantassins. Autour d'Otto s'était rangée une troupe de ses fidèles Saxons. De Westphalie aussi quelques cojntes et seigneurs étaient wenus à' son secours . entre autres les comtes ûtio de TeklcJibourg et Kunrad de Dortmuqd. Lea princes des Pays-Bas conduisaient leurs fenda^ taires, chevaliers et cavaliers. Le comte Ferrand de Flandre avait aussi tiré des viliea des ba-> taillons qui l'avaient suivi d'autant plus volontiers qu'ils avaient une grande vengeanoe à exercer et des biens considérables h sauver. Autour de lui et du comte de Bqulogne s^élaienl rangés^ aussi quelques vassaux françaia qui , comme voisins et amis, partageaient leurs sentiments. Enfin le comte tiuilknme de fiat> lisbury était débarqué avec des t^m^m aii« glaises, dont on ne peut pas plus préciser la force que celle de toute l'armée. Toutefois il est certain que les auxiliaires aeglaiiy pour la plupart, étaicAt des mercenaires. Varmén française était composée des vassaux des terres de la couronne, dont faisait partie présentement la Normandie; des grands vassaux avec lenr suite , et du contingent de qninxe villes érigées en communes , lequel était à pied , eontme on en voyait dans Farm^e des alliés, ii' armée du roi de France avait sur eelk d^ confédérée deux avantages que rien no pouvait oompenser* D'abord elle comptait dans ses rangs des prêtres, des évêques avec leurs vassaux prêts it enni* battre , et d'autres serviteurs de rKglise pour remplir les fonctions du culte divin; nu eontraire, tous les ecclésia,stiquea s'étaient t^ous éloignés de l'arniée des alliés. geoondm^Ht) les Français, qtielque divisés qu'ils fnsfient d'aillettrs , et quelle que f(tt l'hostilité de |enrs «entiqieuts à l'égard dn roi , étaient fénétré^ d^ ridée que les étrangers ne devaient pas tpqler le sol de la France , et ils étaient animj&s de cette pensée comme \in seul homme. I^aaa l'armée des alliés, la diversité de langues rendait l'accord difficile ; pour la plupart l'emperear était un prince étranger „ ^ chacnn suivait ses YUf»s persç9l>(?M^«
;uv. xxY, CHAp, xm.
8sr
L'armée confédérée s'ayaiiça Jusqu'à Valencienoes, sans doute pour marcher sur Péronoe , où les Français s'étaient rassemblés. Cependant Philippe-Auguste s'était détaché sur )a droite , et avait pénétré au nord dans la Frandre , dé- Tasiant tout autour de lui. H s'empara de Doornick. A cette nouvelle , l'armée alliée se détourna pour suivre les Français. Elle arriva dans le voisinage deDoornick, jusqu'au château de Uortain. Philippe* Auguste jugea convenable de ne pas attaquer, et de ne pas non pins attendre Vattaqne, mais de^se rolirerr Le dimanche 27 de juillet, il voulut marcher sur UUe. Il hii fallut passer Ja Marque, sur laquelle était élevé un pont près de Bovines. Lies confédérés résolurent donc de suivre vigoureusement les Français , de les attaquer au passage du pont I et d'en détruire une partie sur la rive droite de la rivière , tandis que Tautre , qui serait déjà sur la rive gauche , ne pourrait - apporter de secours. Ce plan, bien combiné , parut réussir. L'armée française commençait à passer le pont, Toridamme entête; mais alors la marche des alliés fqt signalée. Le roi Pbt^ li)>pe«Auguste n'avait plus le choix. Comme il ne pouvait transporter Tarmée tout entière au delà de la rivière avant l'aiTivée des ennemis > il en arrêta la marehe » et pendant que les pre* raiei*s rangs étaient rappelés , il fit disposer les autres en bataille le long de la rivière. Luimôme prit son poste devant le pont ; autour de lui se rangèrent les hommes les plus vaillants et les plus éprouvés ; au milieu d'eux se di'essait rétendard royal orné de fleurs de lis. Les alliés, trompés dans leurs espérances, pouvaient choisir entre la retraite et la bataille, lis se décidèrent pour le dernier parti , et se rangèrent en face des Français, ne s'apercevant pas, dans leur ardeur , que le soleil' liriiiant leur frappait au visage. Otto se tenait au milieu , en face de Philippe, ayant sous ses yeux ses fidèles Brunswickois et les autres Teutschs. Au-dessus de lui s'élevait l'aigle d'or, les serres appuyées sur un dragon , et attachée à un màt élevé qui, à la manière italienne, était planté sûrim chariot (3). Les bataillons des villes, les aichers e( les lanciers,^ étaient postés en avant avec des intervalles I et entre les rangs des ehevaliers revêtus d'armures , de sorte que les hommes les moins défendus étaient exposés au plus
Srand. danger. Enfin l'action s'engagea à Faile roiteii $( dçvijiA bientôt^néiaile i sane^a^itQ »
acharnée. L'ceil d'Otto était dirigé sur Philippe \ son plus ardent désir était d'en venir aux mains avec ce roi, homme contre, homme^ Mais comme il s'avançait, Philippe se retint derrière son escorte, ou fut repoussé et couvert par ses guerriers , qui voulaient ainsi le mettre à l'abri de la fureur jde l'empereur et des siens. Otto s'élança d'autant plus terrible sor lui| répandant la mort sous ses coups ; les Teutschs attaquèrent avec impétuosité ; mais II fut îm^, possible d'atteindre le roi. Pendant que la lutta était le plus acharnée , les fantassins teutschs parvinrent à percer la cohorte des ehevaliers qui défendaient le roi^ ils trouvèrent PUHppe tout à fait en arrière, n'ayant plus persouM pour le couvrir ; ils 8''approcbèrent et le tird<n rent avec les crochets de leurs lances en bas do son cheval, 11 tomba dans la poupère. 8m exeellente armure le préserva de la mort. Avani que les guerriers teutschs pussent triompher de cet obstacle, des secours furent envoyée rapidement, et le roi fut sauvé. Cependant l'empereur Otto, animé d'un tout autre esprit^ toujours en avant , s'enfonçait dans les masses de chevaliers français, qui , commodes gardes du corps , cherchaient à couvrii^ le roi. L'un da ces chevaliers saisit la bride du ebeval ^of lequel était monté l'empereur, afin de séparer entièrement Otto des siens, Sa tentative éekoua; mais un autre , Gérard Seropba , s'élança par deux fois avec un poignard sur l'empereur $ ki second" coup atteignit le cheval à TomI et pé-* nétia dans la cervelle. Le noble SiniaMd 9t^ cabra , se lança à droite et à gauche avec la force de l'agonie, se rejeta en arrière » puis tomba mort sous rjempereur. Un autre cheval fut amené, et Otto s'élança dessus. Mais déjà les choses avaient complètement change d'aspect» Ceux qui se tenaient serrés contre l'empereur , marchant toujours en avant, rayaient suivi sans s'apercevoir de ce qui se passait ; l'ordrèi fut rompu, les rangs s'ouvrirent^ les Français^ y pénétrant, se saisirent de l'aide et |M)urswvi^ rent l'empereur. Les comtes Otto de Tecklen** bourg et Kunrad de Dortmund essayèrenl d'arrêter la poursuite \ mais, dans la confusioQ^ générale, ils eurent le malheur de tomber enti^ les mains de rennemi. Otto, voyant qu'il n'y avait pas possibilité de résister plus )ongtempS| continua de fuir. Alors ses alliée furent défaits à leur tour. Un grand Qombro éohaippa à ^ mort^ beanoaup forent piis^ H PMW m^
les comtois de Flandre , de Boulogne et de Salisbury. Beaucoup aussi, après une lutte terrible , trouvèrent la mort sur le lien où ils avaient combattu. EnOn la victoire des Français fut complète; mais elle leur avait coûté bien cher. Philippe*Auguste n'était pas en état de poursuivre les fuyards; il n'osa pas même prendre possession du comté de Flandre. 11 revint sans s'arrêter , aGn de célébrer à Paris le triomphe qui lui avait été préparé dans la première joie du gain de la bataille .
L'empereur Otto se rendit à Cologne. Cette noble ville lui montra encore maintenant, comme par le passé, de l'affection et du dé- Yoûment ; car elle avait appris à connaître la disposition d'Otto à favoriser l'existence municipale et ses progrè§. Elle pouvait aussi se souvenir qn'elle avait été sauvée par lui de la colère de Philippe; et elle était maintenant avec lui et pour lui sous le poids de Fanathème pontifical. 11 resta à Cologne jusque bien avant dans l'année suivante. Vraisemblablement il espérait conserver à sa cause le Teutschiand du nord-ouest , car il sentait profondément le malheur de Bovines ; il avait aussi trop fottement éprouvé les vicissitudes de la fortune , et son àme avait été trop fortement trempée par les alternatives de succès et de revers , pour qu'il regardât comme perdus une couronne et un empire à cause d'une victoire que le hasard avait procurée à ses ennemis. Mais son espérance Alt vaine. Friedrich , son rival , avait observé tranquillement la marche des choses. Pendant la guerre avec la France , il ne s'était pas hasardé en Saxe, mais il avait parcouru le Teutschiand méridional comme précédemment, pour gagner des partisans, accommoder des diflérends, ou conquérir des châteaux isolés qui tenaient encore pour Otto. Lorsque la décision fut arrivée , alors seulement il descendit le Rhin avec des troupes pour mettre à profit l'impression qu'elle aurait faite sur les princes des Pays-Bas. Et en effet , à peine avait-il franchi la Moselle, que le duc de Brabant, beaupère d'Otto, se soumit à lui et lui donna des otages. Cet exemple fut aussitôt suivi par le ' duc de Limbourg, le comte de Juiliers et d'autres princes. Mais la ville d'Aix-la-Chapelle*, où devait se faire le cbufounement impérial , opposa de la résistance, peut-être parce qu'Otto était encore dans le voisinage , et il ne put la conquérir. Il retourna donc sur ses
• HISTOIRE BU PEUPLE ALIEMAND
pas , mais probablement parcourut les cantons de l'ancienne Lorraine suivant sa coutume.
A Metz , à cette occasion sans doute , et ponr confirmer la conclusion d'un traité avec le rgi Waldemar de Danemark, il fit rédiger un acte qui dut bien irriter les ombres des anciens empereurs, du grand Heinrich, des Otto, de la race franconienne, et celle de Heinrich le Lion , ainsi que l'esprit du peuple teutsch. Antérieurement , alors qu'Otto et Philippe se disputaient l'empire, les rois de Danemark, Knud et son frère Waldemar, avaient recherché l'amitié d'Otto, et une alliance s'était formée entre Waldemar et Otto. Ce n^élaient pas les relations de parenté qui avaient poussé Waldemar à cette ligne ; c'était le désir d'entretenir les luttes dans l'empire, afin de pouvoir rester plus facilement maître des cantons du nord sur les deux mers. Cela lui réussit. Jusqu'à l'Elbe , à partir de son embouchure dans la mer jusqu'au confluent de l'Elbe , et de ce fleuve ensuite jusqu'à l'Oder, tous ces pays, comme on l'a déjà remarqué précédemment , étaient tombés au pouvoir des Danois. Quand Otto fut devenu seul roi des Teutschs» Waldemar put bien éprouver quelque inquiétude au sujet de ces acquisitions : car il savait bien qu'Otto, fils de Heinrich le Lion , s'il revenait d'Italie paré de la couronne impériale , ne souffrirait pas que la domination danoise s'étendit sur ces cantons teutschs. Otto considérait laSIavonie comme appartenant à sa maison , et la perte de ces possessions et du Holstein en même temps était pour le Teutschiand non-seulement un affront, mais encore un préjudice incalculable. Les nouvelles divisions de partis dans le Teutschiand , pour Otto et Friedrich , furent sans doute pour le roi Waldemar un spectacle très-flatteur; et probablement il mit à profit le moment où la lutte était encore indécise, pour obtenir de Friedrich l'abandon régulier et légal des pays conquis ou occupés. Friedrich , pour provoquer un ennemi sur les derrières d'un adversaire que lui-même n'osait pas. attaquer de front, ne se fit point scrupule d'abandonner au roi de Danemark les pays qu'il désirait. « La gloire de la majesté impériale , est-il dit dans l'acte de Metz , con3iste pour elle à travailler par tous les moyens à augmenter la paix de l'Église universelle ; en conséquence , nous avons surtout à cœur, une fois parvenu par la gr&ee de Dieu au pouvoir paternel et à
UV. XXV,
rempire rodain, d'affermir la paix avec les rois voisins , afin qne réponse du Gtirist , pour la défense de laquelle nous manions Tépée , puisse jouir avec leur concours d*une paix continue. Par ces motifs , nous avons conclu une paix perpétuelle et inviolable avec Waldemar, roi des Danois. Et afin qu'il puisse maintenir la tranquillité de son royaume , et accabler les ennemis de notre dignité impériale, nous avons abandonné à son royaume, de l'avis et avec l'agrément des princes de l'empire romain (4), le pays au delà de VEider et de l'Elbe, apparte-' nant à l'empire romain , dont le roi Knud et son frère Waldemar ont pris possession par les armes, ainsi que les cantons acquis par Knud dans laSIavie, et nous confirmons cette cession par le présent acte. Aucun de nos successeurs ni aucun prince de Tempire romain ne doit, au sujet de ces pays , parce qu'ils ont une fois été soumis à Tempire , inquiéter jamais, par les armes ou par des réclamations et des plaintes, le bien-aimé seigneur roi Waldemar. » D'ailleurs cet acte est signé par quelques princes de l'empire, les uns ecclésiastiques, les autres laïqu^ , en qualité de témoins.
La brusque défection de son beau-père le duc de Brabant et d'antres princes des Pays- Bas dut jeter l'empereur Otto dans un assez grand embarras ; mais Tabaudon du Teutschland du nord-est par Friedrich parait avoir éveillé en lui de nouvelles espérances. Il ne pouvait s'imaginer quelles princes teutschs supporteraient la perte.de contrées si importantes avec indiflérence , et se décideraient à jeconnaltre comme roi 4in prince qui , s'intitulant toujours (iugwtey osait pourtant amoindrir l'empire. 11 pensait sans doute qne, si lui-même marchait contre les Danois, beaucoup de grands seigneurs, la plupart peut-être, se rallieraient à lui. Il est certain que vers les fêtes de Pâques de l'année 4 2i 5, il se rendit avec son épouse, et incognito , pour ne pas rencontrer d'obstacles, de Cologne à Braunschweig. Les bourgeois de Cologne lui avaient, conservé leur fidélité jusqu'a^i dernier moment , . et avaient cherché à faciliter son départ. Ils refusèrent le payement des frais que son séjour avait entraînés , et lui donnèrent en outre 000 marcs d'argent. Cette circonstance et sa retraite un peu mystérieuse paraissent avoir donné lieu au bruit qu'il s'était évadé secrètement, pour ne nas payer les dettes que son épouse avait cou-
CHAP. XI»
tractées au jeu de dés. Arrivé à Braunschweig, l'empereur parvint bienUit à former une ligne qui promettait d'heureux fruits. L'archevêque Waldemar de Bremen , de la maison royale de Danemark, avait été antérieurement évêquo de Schleswig , et avait soutenu contre ses cousins , les rois Knud et Waldemar , des hostilités si vives et si malheureuses pour lui , qu'il n'a» vait conservé la liberté qu'en se condamnant à un bannissement.
Néanmoins, sept ans auparavant, après la mort de Bartwich II , il était parvenu à l'arche- ^vêché de Bremen , tandis qu'à Hambourg, sous l'influence danoise , un autre archevêque , Burcbard , avait été élu ; et le pape Innocent avait confirmé ce dernier, parce que Waldemar, par haine contre le roi danois, alors dans le parti d'Otto , tenait pour Philippe. Et lorsque Burchard fut mort, au bout d'un an. Innocent, à l'instigation du roi des Danois , avait institué arbitrairement comme archevêque, pour l'opposer à Waldemar , uq comte de la Lippe , appelé Gérard , évêque d'Osnabruck , et avait frappé d'anathème Waldemar lui-même. Ce prélat fut ainsi poussé dans le parti d'Otto quand celui-ci eut été excommunié ; et l'empereur, après son retour d'Italie, saisit avec empressement la main que le prêtre lui tendait. En même temps s'accrut l'inimitié du roi de Danemark contre Otto. Depuis ce temps, l'archevêque Waldemar , assuré des Brémois et des Stedingers, avait lutté sans relâche contre le roi de Danemark et contre Innocent , dont il bravait et dédaignait les foudres. Sans doute il n'était pas resté triomphant, mais pourtant la fortune l'avait favorisé quelquefois. A lui s'était attaché le markgraf Albert de Brandenboûrg, dont le pays était continuellement menacé par les armes danoises, et le comte palatin du Rhin Heinrich avait servi luimême sa cause par amour pour son frère Otto. Ainsi la ligue recherchée par Otto cfxistait en réalité; il y entra et en devint le chef. Ensnite il conduisit une armée au delà de l'Elbe, et parut devant Hambourg. Les bourgeois de cette ville, teutschs de cœur et de pensée, détestaient la domination danoise; ils n'hésitèrent que pour satisfaire à certaines règles de prévision ou de convenance , puis ouvrirent les portes , et saluèrent avec joie Otto comme leur souverain et leur empereur.
Mais là se terminèrent les succès de l'entre-»
an
HÏSTOlllfi DU PEUPLÉ ALLEMAND.
prifti unAiè Dfiftcmark tttmait ptiiàsammetit. 11 «si préfiumttble qu'Otto ne négligea pas d'inroqtii^r auprès des princes tentschs l'honneur national ) mais personne n'entendit sa toix. On ae rattachait de plus en plus à Friedrich, qui j lonjonra bienveillant, allait, comme dès son débot, au-devant de tons les vd^ux , sans cesse prêt aux libéralités , aux concessions , aux conflrmationij anters 1m ecclésiastiqdes comme .enversles séculiers. Le premier de juillet, il «dressa au pape une lettre revêtue dune bulle â'ctr, atec cette formule : «< Friedrich , par la gràee de Dieu et du pape , roi des Romains et lonjoors auguste^ » Dans octte pièce il donnait an irêt''taini'pér$ en/éiuS'Chriii\tk promesse, aHMitàt qu'il aurait reçu la couronne impériale « d'affranchir de la puissance paternelle aon flis Heinrich , qui déjà était couronné roi de Sicile 4 f t de loi céder ce royaume qu'il devait tenir de l'Eglise romaine) de ne pins s'intituler dès lortf roi de Sicile , ct^ en attendant la ma* jorité de soa fils , de faire gouTernef cet Etat |Mr une personne choisie à cet effet , et qui aérait responsable devant l'Eglise romaine pour h» honneurs à distribuer et la justice à rendfe. U ajoutait i Gela doit arriver ^ sans dodte en Terta d'u traité conclu k Strasbourg, ailn d'é^loigfier toute inquiétude qu'un jotir lui-même, «lie fois parvenu à l'empire , ne réunit les deux Etals» Enfin son couronnement comme nri des Romains put s'effectuer sans empé-» ebement. Il êe rendit à Aix«la^Ghapelle , et, le 85 juillet) le siège de Cologne étant inoccupé , îl reçut la eouronne royale des mains du légat pontifical f Sifrid de Mayence, en présence d'un grand nombre de princes des deux ordres, au milieu de la pompe la plus solennelle. Le aouvesir d« Karl le Grand fut honoré par une nouvelle translation de ses restes dans une bière précieuse. Le lendemain , Friedrich , comme U Tavait promis, prit la croix des mains dd scholijsticus lean de Xante ; beaucoup de princes et seigneurs des deux ordres imitèrent soti exemple. En même temps furent reproduites et beaucoup augmentées ses promesses d'Eger ^ puis succédèrent des jours de fête embellis par la grâce et la libéralité du TfÂé Sur sa proposition, une condamnation fut apssi prononèée contre le frère d'Otto , le palatia Heinrich ; et le palatinat du Rhin fut transféré au^ duc de Bavière , à cause de ses grands services envers la maison royale. Alors
l'àrchevéqde Thiédëricti dé Trètés èé téhâil Cologne, et rétablit le service divin, ifitd-rom(»ii depuis 47 mois par Tinterdtt du légat poiltifiatt. Celte reprise des pratiques du culte téWgïent parait avoir causé une grande joiff. Aussi le roi, à son arrvée ft Cologne, fut-il accueilli ad bruit des acclamations publiques.
La nouvelle de tods ces événements rèmpilt sans dotite le eœur d'Otto d*uùe gfande amërttime ; elle lui donna peut-être tin ptofoûi dégoût pour la couronné et pour Templre , quand il se vit si complétemeut abandonné dans ^ne lutte pour l'honneur et les intérêts du tébtschland, contre un roi dont les ancêtres avaient été vassaux dé Tempire germanique. Au mois de novembre surgit un incident qui tiécè^alrement ajouta encore à son tesscntidiënt. De^ pois deux ans et demi, le pape Innocent avait travaillé à préparer la réunion d'un concile général où devraient se rendre des eeclétiastiques de tous les pays chrétiens , en Orient et en Occident. Le but déclaré était de travailler à raccord de toutes les Ëgll^, pour la doctrine et le culte , la règle et le droit , la constitùUoti et le gouvernement * et l'oU devait é' efforcer aussi de faire donner Tasslstance implorée poor la Terre ^Sainte» dont Innocent chercbÀit & faire tourner la détresse ati profit du alége apos» tollque et de lui-même. Cependant Innocent avait encore d'autres motifs. Il y avait maintenant seize on dix-sept ans qu'il siégeait nir la chaire de saint Pierre, et sa Vieillesse s'avançait à grands pas. Il avait déployé une activité prodigieuse , sans jamais se reposer ; et pourtant s'il mesurait l'espace parcouru et portait ses regards autour de lui, s'il dressait le compte de sa vie, le coeur pouvait bien lui battre d'inquiétude. En appliquant ft sa manière des idées transmises, il avait poursuivi des projets vastes, immenses , pour fonder sa domination , qu'il appelait la domination de TÉgllse, sur tous les pays de la terre. Il avait cru que la puissance pouvait être acquise par les armes spirituelies, que la marche des choses avait mises entre ses mains, par l'excommunication , l'interdit et la croix. Il les avait employées avec prodigalité contre tous ceux qui ne se courbaient pas de« vaut sa volonté. Par là il avait attiré des infortunes sans nombre sur des individus et des familles , sur des communautés et des diocèses, sur des populations entières; et pourtant il n'avait pas gagné une seule victoire poar le
m. iiv^
flérAl, ttans Temi^ irrMéct)! ^ili^tï feisait^ la paasiofi , et Tabiis dans bs dhiections cori^ traires qn'il iair dbUnait. Pbu à pm Ton se railla de raDathèikie^ tm dédaigna rMtet*dit^ 0n f esta soDnl è Tappd aux armes leDtttre les iti& fidèles ) et la croix elle-même servit dé Jbtitét aux eliflilits (il) . Les efforb des princes ceblésiasti^nes et séenlieni, dont les intérêts terrestres dônnaieilt seéls qaelqne force à l'exeSmmunicatiott) les luttes des peuples pour des biens temporels^ faisaient sentir lés Hgdeurs de Tinterdit ; l'esprit d'aventures^ le goût des voluptés et Tardeur pour de nouvelles joiiissances 4 les hipporté pénibles de la vie religieuse et de la vie bivilé-, pouvaient seuls pousser encore à la croisade. Ce qui arrivait au pape avec les Teutsebs, avec Tempire romain , se reproduisait dans ses relations avec presque tous les peuples , dans les alTaires desquels il s'était immiscé. Durant dix années il combattit, usa de toutes ses ressources en faveur d'Otto contre Philippe , et jamais Otto ne serait parvenu, à l'empire sans la mort sanglante de Philippe. Otto reconnut ensuite le pape comme son suzerain, mais un seul instant, qaand il reçut la couronne; passé ce moment, il voulut agir en maitre, et dès lors Innocent le combattit sans relâche au profit de Friedrich. Si le sort eût décidé autrement à Bovines, jamais Friedrich n'eût obtenu Tempire. En tirant parti de circonstances favorables, Innocent s'était saisi de la souveraineté sur Rome, et s'était mis en possession de provinces considérables qui plus tard furent appelées l'État de l'Église. Mais, quand bien même cette domi* nation eût été plus assurée , que cet État de l'Église eût été plus solidement fondé , qu'estce qu'un tel profit pour le siège apostoliqfle, comparé à la perte qu'il subit en son autorité et sa considération par l'ébranlement des États, par le détachement et les hérésies de tant d'hommes, par l'indifférence des princes et les terribles souvenirs des peuples? Un tel état de choses devait faire sentir au pape Innocent le besoin d'un grand concile , pour se montrer une fois devant tout le monde chrétien dans l'éclat de sa souveraineté pontificale, pour ramener les regards sur le saint-siége, pour réchauffer les pensées des hommes et réunir leurs sentiments. Une grande satisfaction fut donnée à ce besoin. On vit arriver à Rome quatre cent douze évéques, soixante et onze
pnflMts et nétioponfalns^ et pins Wè Irint ofiins ahbés et j^ri^^'rs. En ottttiè, bèAhMM|^ de fisft avaient envoyé des députés ; de hon^bnetlik M« giieuis laïques act;ourûre^t diè tetti eiMl pfiA conteA)^ler nné telle st^tennité. Devatit HtM MmiXe assemblée partit iMit>rs ittiioeébk ènM iouttd la pompe dé sA dightté j[)iE)ntifibai« ^ et fl trouva la plus belle occasion d'exposer sés sëtttiknents apostoliques et de déployt^ sbtt tàé^ l|tience pleine d'onction en Âicé du inôndd chrétien. Aussi fit-il adopta lêft qU'il l'était proposé. Qui aurait pu résistii^r à M tel pape dans une telle situation ? Chàiénh savait bien qu'entré une décision et rexécUtiM il y a oMinairemënt un» grahdé dlstànée. Au resté) lé dés puté de la ville de Milan se présenta devant l'assemblée pour plaider la cause de l'empereur Otto; cependant il n'arriva que ce qui était prévu. Le député fut à peine écouté ; le marquis de Montferrat lui répondit; et l'assemblée, toat agitée, au point que le pape dut lever la séance, se prononça, dans cette affaire comme dans toutes les autres, conformément aux volontés du saint-père. Innocent III , sans s'abuser sur les inclinations toutes mondaines de beaucoup . d'ecclési^jtiques , ni sur l'esprit général de l'assemblée, trouva pourtant dans cette cir^ constance une profonde satisfaction. Guerrier apostolique, toujours armé, il avait célébré devant le monde un beau triomphe qui pa* raissait ne pas devoir demeurer sans de grands résultats.
En effet, on voit qu'il produisit aussitôt nne forte impression sur l'empereur Otto ; car, dès cet hiver, Otto abandonna l'entreprise qu'il avait commencée avec succès. Quand bien même , sans appui du Teutschland , avec ses quelques alliés il eût été en état de la mener à fin , pourquoi aurait-il dû détourner du front de l'homme que les princes teutschs avaient élevé contre loi, et qu'ils avaient paré de la couronne , la honte de céder au Danemark, sans tirer l'épée, les provinces au delà de l'Elbe? Il s'en alla à Rrannschweig. Là il vécut, sans s'inquiéter de la couronne ni de l'empire , occupé , à l'exemple de son père, à encourager les travaux pacifiques dans ses États héréditaires, se consolant par l'amour et la fidélité de ses loyaux Saxons. H contempla les mouvements du monde avec une telle indifférence, qu'il ne s'émut pas même de la mort du pape fnno-, cent III , qui fut rappelé de cette vie huit mois
après la fête de son triomphe , le 46 juillet •1216. Une fois seulement, lorsqu'un de ses derniers amis, Tarcbevéque Waldemar de Bremen, abandonné d'abord par les Stedingers, fut aussi expulsé de Bremen , il parait qu'il fut saisi d'un transport d'indignation, de même que son père Heinrich ; mais il vécut exempt de périls dans le château de son père. Le roi Friedrich ne jugea pas à propos de l'attaquer pour le contraindre à la fuite , ni de lui arracher une renonciation à l'empire. On passe autour de lui comme autour d'un lion endormi. Après les fêtes de Pâques de Tannée 4218, comme il était à Harzbourg , il fut saisi de la Gèvre. La maladie persista, et il sentit approcher la disso-
lution. De son propre monrement , on à Tiiisti* gation de son entourage, il fit appeler l'évéque de Hildesheim et d'autres pieux ecclésiastiques, pour qu'ils le relevassent de l'-excommunication de l'Église. Il se confessa et reconnut aussi ses péchés envers le siège apostolique. II jura même que, si la vie lui était conservée, il serait désormais obéissant envers le pape; mab, Adèle à ses principes jusqu'au dernier moment, il ajouta : « Toutefois sons la réserve des droits de mon empire, auquel j'ai été légitimement élu. » Néanmoins il fut relevé de rexcommunication; le 49 du mois de mai, il mourut sans laisser d'enfant, ayant à peine atteint Tàgede 42 ans.
p«M— ■■■■■■■■■■■«— ••■■•••■^■^■■■^■■^■■■^■^■■^■■■■■■■■■■i*^y mMvfvrrvw)fa0i<Miitin-^tim;^ni