‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 77 sur 165 · CHAPITRE XII r · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII r

ALUAfrpE P OTTO CaNTfl^ L% RQl PHILIPPE- ÂUOU^TB. -^ BATAILLE DE BOVINES. *r« COURONNEMENT DE FRIEDRICH II ET MORT d'oTTO IV.

De Tan I2l4 à Tan 1318.

Dix ans auparavant, Philippe-Auguste avait arraché aalàche, au voluptueux et cruel roi Jean d'Angleterre, oncle de l'empereur, la Normandie, ta possession la plus importante

CHAP. xm.

4e ce prince en France. Toutes les tentative^ pour reconquérir cette province avaient échoua» en partie à cause des rapports hostiles de Jean avec le pape Innocent , mais surtout par ie% fautes et Tinconstanpe de ce roi désordopné* Elles n'avaient servi qu'à faire tomber au pou^ voir du roi Philippe les autres possessions des Anglais en France , au nord de la Loire. Phi^ lippe-Auguste put donc considérer* ses eon** quêtes, particulièrement la Normandie, coqfimo assurées à son trônç , et par là il a,vait pom ainsi dire doublé sa puissance. Mais, piar s^ ré* sistance contre les empiétements du pape , par ses encouragenM)nt$ donnés à Tjictivité intellpctuejje et aux sciences dans les écoles supét rieures de Paris , par des embeUissemeûts H des constructions d'édifices publics , par. de meilleures ipstitutions dans son royauipe, Phi* lippe était parvenu à un degré depouvoii; dont aucun roi av^nt lui ne s'était^glorifi^. it était aussi habile que résolu dans l'usaga qu'il eu faisait pour augmenter son autorité royale* Les grands vassaux du royaume, jusqu'atore les égaux plutât que les sujets du roi» eomraeo- Cèrent à craindre , non sans raison , que. Phi* lippe ne se proposât de les rabaisser au raogde lieutenants royaux, d*oTficiei*s de la couroniM soumis à ses ordres. Le comte Raynaud de Bûii^ logne montra d'une manière éclatante, coior bien une telle inquiétude soulevait les prgueitr leux seigneurs. Plutôt que de comparaître devant la justice h qiuse d'hostilités exercées contre i'évéque Philippe de Beauvais, parent dit roi, et, en attendant la sentehoe, de remctJtro ses forteresses au roi , il reuonça aux cinq comtés qu'il tenait «n fief du roi, et. quitta le royaume. Ses sentiments étaient partagés par la plupart des grands seigneurs* De ià, bleu des manœuvres pour contraindre le roi à renoncer à ses innovations et à s'en tenii* au bon vieux droit. Les Normands se sentaient humiliés d'être soumis aux Français , ^ui avaient si souvent été vaincui par leurs ancétresé Ils tenaient à l'Angleterre^ qui avait été conquise aussi par leurs pères , dans laquelle vivaient leurs parents , qui avait un coi i$su des Normands. Les princes teutschs en Belgique ét$denl tout prêts à prêter leur assistance, parce qu'ils ne voyaient de sûreté pour eux que dan^ la continuation de l'ancien état de choses en France. Les plus grands s^ours çnfln étaieot attendus du roi iean, auquel Û devait si fort

HISTOIRE BU PEUPLE ÀLIXUAND

importer d^affaiblir le roi de France, pour conserver ce qu'il possédait encore au midi de la Loire, pour regagne? ce qu'il avait perdu 4lans le nord. Cependant Philippe ne parait pas s'être beaocoup.inquiéléde toutes cesraanœavrcs secrètes. Bientôt les choses prirent une tournure qui devait faire tout oublier. Le roi Jean fut frappé d'excommunication par le pape, qui mit TAngletcrre en interdit. Afin de donner une force exécutoire à sa sentence , le pape lit inviter, par son légat le cardinal Pandolf, le roi Philippe- Auguste à débarquer en Angleterre, à renverser du trône le roi Jean , et à prendre possession du royaume pour lui-même et pour ses descendants. Beaucoup d'ecclésiastiques expulsés d'Angleterre appuyèrent cette offre. Aussitôt Philippe-Auguste cria aux armes, et personne n'osa s'opposer h cette entreprise; car Philippe la représentait comme une œtivre pieuse pour le salut de l'Église. Le comte Ferrand de Flandre seul déclara la guerre injuste et refusa d'y prendre part. Au printemps de l'année ^243, une grande armée était réunie à Boulogne ; une flotte était prête à la transporter. De l'autre côté du détroit, à Douvres, le roi Jean avait rassemblé des forces considérables , quoiqu'il n'inspirât pas de confiance. Mais dans ce moment, alors qu'une grande décision paraissait proche , Tadroit légat du pape indiqua au roi proscrit d'Angleterre le moyen d'échapper à un si grand danger. D'après son conseil, Jean remit son royaume au pape en pur don, et le reçut ensuite en fief du siège apostolique. Alors le légat défendit au roi de France de débarquer» eu Angleterre ; ce qui avait été un mérite auparavant deviendrait maintenant un crime. Philippe fut confondu; néanmoins il ^e consola , parce qu'il pouvait employer les forces qu'il avait réunies à écraser lé comte de Flandre. 11 parvint facilement à déterminer les vassaux à la conq^iête de la Flandre : car ce pays lui était odieux , ainsi qu'aux grands vassaux, comme jadis les villes de Lornbardie avaient été des objets do haine pour Tempereur Friedrich et pour les vassaux du Tcutschiand et d'Italie ; il n'excitait pas moins sa convoitise que l'ardeur de pillage des barons. La Flandre était alors le plus riche pays du monde chrétien ; les villes de Dam et de Bruges, Gand et Ypres, GravelinesetCassel, Courtrai, Douai et Lille, signalées depuis longtemps par l'adresse et l'habileté de leurs

artisans, mettante proûtia situation dnpays et le zèle des comtes pour les croisades , étaient parvenues à se former en communes, et, par leur loyauté , leur ardeur , leur économie , par toutes leurs vertus civiques, elles avaient poussé leur commerce et leur industrie à un degré de prospérité digne d'admiration. Nulle part on ne trouvait d'aussi beaux tissus, d*aossi riches dessins. Le monde élégant s'habillait avec des étoffes de Flandre. Une branche d'affaires en avait prodtiit une autre, de sorte que les manufactures et les fabriques de tonte espèce couvraient le pays et l'enrichissaientt Les comtes, d'abord spectateurs de ce mouvement, l'avaient ensuite favorisé. Rarement ils y mirent des entraves ; car la riche bourgeoisie se soumettait volontiers à l'ordre, conservait sa fidélité et ouvrait aux princes d'abondantes sources de revenus. iMais la richesse des villes et le sentiment de la capacité et de la loyauté avaient aussi enfanté dans les bourgeois ^ne certaine hauteur qui était considérée par les chevaliers et les seigneurs comme de l'outrecuidance et de l'égarement , parce qu'elle n'était pas disposée à se courber devant eux. De 1^- des rancunes. L'armée de chevaliers du roi de France, excitée par les mêmes jalousies, courait volontiers à la dévastation et au pillage. Philippe força la frontière, conquit, pilla, renversa. Le roi Jean ne put venir avec toutes ses forces au secoui*s du comte Fcrrand , parce que ses barons étaient opposés à une telle entreprise ; mais une flotte anglaise, conduite par le comte Raynaud de Boulogne , dont il a déjà été question, et par le comte Guillaume de Salisbury , fut assez heureuse pour enlever ou détruire en grande partie la flotte française, et causer ainsi au roi Philippe un immense dommage. Cette perte Tcnflamma du désir de la vengeance, et la Flandre eut à supporter des maux affreux. Le comte résolut de tout tenter avec ses fidèles vassaux et les dignes bonrgeois de ses villes , et en même temps d'employer les plus grands efforts pour amener une Jigae contre le roi de France.

L'empereur Otto n'était jamais resté étranger aux relations mutuelles.de l'Angleterre et de la France. La cour d'Angleterre avait été son refuge dans ses jours de détresse ; dans sa jeunesse, il avait été investi par son oncle Richard du gouvernement d'une possession anglaise en France, et ce monarque avait secondé

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