CHAP
I posa , il est vrai , pour condition , de le servir avec fidélité , et particulièrement d'arrêter les brigandages des Danois. Rorick y consentit ; mais ni l'un ni l'autre ne pouvaient compter sur un traité arraché par la nécessité et basé sur le mensonge. Lothar dut se soumettre à une telle honte, et devant elle étaient sans importance les avantages que les armes des Franks avaient obtenus dans l'Italie inférieure , même abstraction faite des relations équivoques où l'Italie se trouvait à l'égard de l'empereur.
Mais Ludwig, roi des Teutschs, ne fut pas moins embarrassé durant ces années. Les revers qu'il essuya à son retour de Moravie en Bohême n'avaient pas seulement relevé le courage des Bohèmes, ils avaient aussi réveillé et fortifié l'ancien esprit national chez tous les peuples slaves voisins. Ludwig, ne méconnaissant pas le danger qui naissait de ce réveil, chercha avant tout à garantir son flanc gauche dans la guerre contre les Bohèmes , pour empêcher les Sorbes de s'établir dans les montagnes de la forêt de Thuringe, et de prendre par là position sur ses derrières. Il déclara donc que le territoire slave , au nord de la Bohême , peut-être entre la haute Saale et l'Elster, formerait une marche à laquelle il donna pour comte ou duc Thaculf , homme vaillant qui s'était signalé dans la guerre contre les Slaves, afin que cet officier, investi d'un pouvoir extraordinaire , tint les Sorbes en repos. Bientôt l'utilité de cette nouvelle institution se fit sentir. Dès l'an 848 , les Bohèmes pénétrèrent avec une grande audace dans le Teutschland ; mais ils furent repoussés avec une perte considérable par Ludwig, fils du roi Ludwig; et ce jeune prince dut peut-être en majeure partie cette victoire à cette circonstance, que les Sorbes furent empêchés par Thaculf, comte de leur Marche , de prendre aucune part aux opérations des Bohèmes. Ceux-ci, toutefois, ne renoncèrent pas à leur œuvre; ils se préparèrent pour l'année suivante à une nouvelle entreprise contre le Teutschland. De son côté , le roi des Teutschs , bien qu'il fût malade , ne perdit pas non plus de temps : il mit en campagne une grande armée, pour renverser les projets que les Bohèmes avaient conçus pour leur liberté, et dans lesquels les Teutschs voyaient une perfidie manifeste (5). Il confia le commandement en chef de cette armée au duc Ernest , qui tenait le premier rang parmi ses amis; et beaucoup de
HISTOIRE DU PEll»LE ALLEMAND.
comtes cl d'abbés suivirent ce général avec leurs bandes. Thaculf aussi , duc de la Marche des Sorbes, soutint cette entreprise, et se joignit an général en chef au jour du danger. L ue bataille fut livrée dans les limites mômes de la Bohême. Les Teutschs attaquèrent les retranchements des Bohèmes; beaucoup d'hommes tombèrent des deux côtés ; Thaculf fut blessé au genou gauche. I^s Bohèmes repoussèrent cette attaque , mais ils n'osèrent pas en soutenir une seconde , et envoyèrent en conséquence au duc Thaculf des ambassadeurs, avec des propositions de paix : ils ne voulaient traiter qu'avec lui , parce que, disaient-ils, il connaissait parfaitement les mœurs et les habitudes du peuple slave. ,Lc duc, surmontant ses souffrances, monta à cheval pour cacher aux ennemis qu'il avait été blessé. C'est ainsi qu'il reçut les ambassadeurs. Il fit annoncer leurs propositions a quelques hommes éminents de l'armée principale. Ceux-ci ne purent supporter que Thaculf leur fût préféré. Dans leur jalousie, ils accusèrent ce duc de vouloir attirer à lui le commandement en chef. Pour le punir de cette prétention , ils résolurent , dans leur envie , de se jeter sur les Bohèmes , qui se croyaient à l'abri de toute hostilité , il cause des négociations commencées. Cette résolution fut exécutée; mais les Bohèmes , irrités de cette perfidie , se levèrent pour en tirer une terrible vengeance. Ils flrent essuyer uno grande défaite à leurs ennemis , poursuivirent les fuyards jusque dans leur camp , qu'ils cernèrent , et les firent descendre à une telle humiliation , qu'ils durent donner des otages à ceux dont ils avaient refusé d'en recevoir et acheter a ce prix leur retour dans leur patrie. On leur prescrivit la route qu'ils devaient suivre dans leur retraite ; tous leurs bagages et leurs équipages restèrent entre les mains des ennemis , et il leur fallut même livrer les armes. Une telle honte était inouïe parmi les peuples teutschs ; la confusion qu'elle causa fut grande et générale ; on ne put l'expliquer qu'en supposant qu'un mauvais géuie avait présidé à cette guerre , et qu'il avait été secondé par les démons de l'orgueil et de la discorde. Et cette croyance était peu propre à tranquilliser les esprits.
Heureusement les Bohèmes profitèrent tout anssi peu de cette nouvelle victoire que de la première. Sans doute ils avaient également éprouvé des pertes considérables qu'ils ne pou-
vaient réparer aussitôt; peut-être la calamilc qui , l'an 850 , s'appesantit sur les peuples teutschs, s'étendit-ellc jusque sur eux. Il régna dans leTeutschland une si grande famine , qu'à Mayenec une mesure de blé coûtait vingt sicles d'argent ; quedes mères, qui avaient nourri leurs enfants des dernières forces vitales qui leur restaient , tombèrent à terre , mortes de faim , sous le poids de ces malheureux , et que des parents furent réduits à un tel désespoir , que la pensée leur vint de manger la chair de leurs propres enfants pour soutenir leur existence! Mais , au milieu de cette désolation , se montra aussi , sous mille formes diverses , une sublime vertu , la sainte charité. L'archevêque de Mayenec, Rai banus Maurus , que ses contemporains surnom- I maient le Sage, et célébraient comme le plus grand des poètes , prouva qu'il était réellement animé des sentiments pour lesquels il savait trouver de si belles expressions : il donna chaque jour à manger à trois cents personnes affamées , et jouit de la reconnaissance de ceux qu'il avait rassasiés, bien que, du reste, dans son esprit sacerdotal et dans son zèle pieux , il ne fût pas sans dureté , soit envers ses subordonnés , soit envers ceux qui avaient sur les intérêts les plus importants de l'humanité une opinion différente j de celle qui lui semblait la véritable.
Au milieu de ces événements et de ces désastres , Ludwig , roi des Teutschs , mit tout en œuvre pour maintenir du moins la paix entre lui ! et ses frères et rétablir entre eux la concorde. | L'an 847 , il entretint constamment des rapports d'amitié avec l'empereur l-othar. Il se rendit ; auprès de lui ; il l'invita a son tour. Et , bien | qu'il ne réussit pas à triompher du ressentiment de l'empereur contre Karl, il parvint néanmoins û faire envoyer des ambassadeurs communs , bien que sans résultat , à Rorick , appelé roi des Danois. Au mois de février de l'année suivante, j les deux frères, Ludwig et Lothar , curent une j nouvelle entrevue* Coblentz. Lothar y chercha à • réveiller dans l'Ame de Ludwig les anciens soupçons contre Karl , et à rallumer l'ancienne I haine. Il n'épargna ni séduction , ni raisonnement , ni flatterie. Ludwig , toutefois , résista à tous les artifices , soit que dans le fait il rougit de violer un traité solennellement juré , soit qu'il ne vit de garantie contre son frère atné que dans l'amitié du plus jeune. Mais comme cette tentative avait également échoué , et comme il vit se former une alliance nouvelle et plus
UV. XIII,
étroite entre Ludwig et Karl , à laquelle le premier consentit vraisemblablement dans ses inquiétudes , il triompha enfin de son ancien ressentiment , et se montra disposé à une nouvelle union fraternelle. Et, en réalité, il avait de graves motifs de rester du moins en paix avec ses deux frères , car bientôt il fut profondément inquiété, même au sujet de sa dignité impériale.
Le pape Sergius II mourut au mois de janvier de Tan 847 ; et , quelques jours après , fut élu un nouveau pape qui prit le nom de Léon IV. Celuici reçut aussi la consécration , sans que l'empereur Lotbar y eût donné son assentiment , et même sans que l'élection eût été notifiée à l'empereur. Sans doute , il fut question de ce dernier à Rome ; mais on crut que l'urgence des circonstances , la possibilité d'une nouvelle attaque de la part des Sarrasins, et la nécessité d'avoir sur le siège de l'apôtre , en une telle occurrence , un homme qui pût ordonner et réunir les forces, ne permettait pas d'hésiter, et justifiait une conduite aussi illégale. On ne sait pas comment l'empereur reçut les excuses des Romains ; mais il est certain qu'il ne fit rien ou ne put rien faire contre eux. Cependant on peut à peine douter qu'il y eut des discussions au sujet de cet événement, et pourtant aucun document n'en parle. Evidemment il s'accomplit des choses que l'on a passées, à dessein , sous silence. Trois ans après l'avènement de Léon au saint-siége , Ludwig , fils de l'empereur , roi des Langobards , vint à Rome , par l'ordre de son père , dit-on ; et , à son apparition , il fut couronné par le pape et salué du nom de Ludwig II , empe- i reor. Ce fait , qui certainement avait déjà de l'importance en lui-même , n'a été mentionné que par un seul écrivain ; il ne l'a indiqué qu'en peu de mots et sèchement , sans dire ce qui l'amena, à quoi il se rattachait, ou quelles en furent les conséquences. Du reste, il n'est presque jamais question des relations de Lotbar avec l'Italie, avec Rome et avec l'évèque apostolique. On conjecture , presque malgré soi , que l'Italie était entièrement perdue pour l'empereur , et que le couronnement de Ludwig comme empereur eut lieu sans que Lothar en fût instruit d'avance et le voulût. Mais le pape , qui ne pouvait vouloir que le roi des Langobards fût en même temps empereur , et devint par là même souverain de Rome , ne se prêta probablement à ce couronnement que parce qu'il redoutait les armes de I Ludwig; et c'est peut-être la raison pour la- j
ClIAP. II. Jl
quelle l'auteur de la vie de Léon IV ne dit pas un mot du couronnement de Ludwig.
Au milieu de ces faits et de ces événements, Ludwig eut enfin , l'an 851 , une entrevue avec ses deux frères , qui précédemment déjà s'étaient réconciliés et s'étaient donné des témoignages réciproques d'une confiance apparente. Elle eut lieu à Mersen sur la Meuse. Chacun des trois frères était accompagné de ses vassaux les plus éminents ; et avec l'assentiment et d'après le conseil de ces hommes, ils conclurent un nouveau traité dont voici la substance : « Tout ce qui s'était passé entre eux d'hostile, et toutes leurs discordes, devaient être pour toujours livrés à l'oubli. A l'avenir , ils voulaient se traiter en égaux , avec affection , avec un cœur pur et une fidélité sans dissimulation. Aucun ne devait envier à l'autre son royaume ou ses fidèles , sa fortune, et sa dignité royale ; aucun ne devait écouter des insinuations secrètes et des calomnies. Rien plus, chacun devait être prêt à soutenir les autres de ses conseils et de son bras , et après lui, ses enfants. Quiconque troublerait la tranquillité dans le royaume de l'un ne devait pas être reçu dans le royaume des autres , mais on devait le poursuivre partout en commun. Tout individu , homme ou femme , auquel un évéque avait imposé une pénitence ecclésiastique , ou qui était exclu de la communion des fidèles , ne devait trouver de protection auprès de personne. Les fidèles des trois partis ne devaient éprouver aucun dommage contrairement à la loi et à la justice. Les trois rois frères devaient plutôt donner leur assentiment aux résolutions communes de leurs fidèles ; mais ceux-ci devaient être réellement fidèles , et la résolution devait , selon la volonté de Dieu et de notre Sauveur commun , avoir pour but le rétablissement de la sainte Église , l'affermissement de l'empire et le maintien de la dignité royale et de la paix parmi le peuple. Ils voulaient donc , eux , les frères , être unis entre eux, eux-mêmes avec leurs fidèles , leurs fidèles avec eux , et tous avec Dieu. »
Ce traité (6) , qui n'est pas sans importance, parce qu'il révèle les maux qui régnaient alors et qu'il devait détourner , fut signé de la propre main des trois rois frères , et notifié par eux, dans des lettres spéciales, à leurs fidèles laïques et ecclésiastiques.
l'empire divisé sous lothar, ludwig et karl, jusqu'a la mort de lothar.
De Tan 8&1 à l'an 855.
Le traité entre les trois frères rois était signé; la paix était conclue ou rétablie; mais les dispositions des esprits restaient les mêmes , et les relations de l'empire ou des trois et même des quatre royaumes n'étaient pas meilleures. Dans le moment même où l'accord se faisait, les ennemis des rois franks étaient sous les armes ; ils épiaient une occasion favorable; avides de butin et de vengeance, ils menaçaient partout les frontières.
Les provinces septentrionales de la France furent visitées de nouveau par les pirates nordmans ou danois. Le couvent de Saint-Bavon , àGand, fut brûlé par eux; la ville de Rouen pillée , Beauvais détruit. Et personne ne pouvait repousser ces désastres ; à peine un homme essaya-t-il de le faire. Karl le Chauve , il est vrai, fut délivré d'un autre ennemi, du redoutable Nomenoius , duc des Bretons , soit par un meurtre , ou , selon le bruit qui courut , par la vengeance du ciel à cause de ses exactions envers les églises, en tout cas par un moyen violent; mais le fils de cet ennemi, Hérispog, ramassa le glaive tombé des mains de son père , et s'en servit avec plus d'audace encore. Karl le Chauve marcha contre lui avec une armée; mais les Franks prirent la fuite devant les Bretons et éprouvèrent des pertes considérables, et Karl ne sut détourner de plus grands malheurs qu'en négociant avec l'ennemi. Il reçut le prince Hérispog à Angers , le reconnut comme roi et comme son égal. Il ne se contenta pas de lui laisser tout le pays qu'avait possédé Nomenoius son père, mais il lui abandonna encore les villes de Rennes et de Nantes pour prix de sa condescendance (t). D'autre part, Karl eut le bonheur, l'an 852, de voir tomber entre ses mains son neveu Pippin d'Aquitaine; mais il ne tira aucun avantage de cet événement. Ce malheureux prince, qui avait de bonne heure usé les forces de sa jeunesse dans le terrible tumulte de la vie, fut, avec l'assentiment de l'empereur Ixrthar , son oncle , mis en surveillance dans le monastère de St-Médard de Soissons , de même que l'on avait contraint son frère Karl a s'en-
fermer dans l'abbaye de Corbie ; mais les habitants de l'Aquitaine, conservant l'ancien esprit d'indépendance des Goths, ne renoncèrent pas à leur haine contre les Franks , et ne donnèrent pas leur affection au roi Karl , dont ils furent forcés de reconnaître la souveraineté. Ils désiraient ardemment trouver un homme qu'ils pussent mettre à leur téte pour conquérir ou maintenir leur indépendance ; mais comme ils n'en voyaient aucun parmi eux dans lequel tous eussent confiance, ils ne purent arriver à l'union , et partout s'élevèrent des passions qui s'opposèrent à leurs vœux.
L'empereur Lothar voyait les cantons septentrionaux de son royaume exposés aux incursions de ces mêmes essaims de Nordmans qui ravageaient les contrées maritimes de la France; et, de ce côté , ces pirates aventureux rencontraient tout aussi peu d'obstacles qu'en France: il était À peine en sûreté dans sou palais d'Aixla-Chapelle contre cette race audacieuse. Mais s'il portait ses regards au delà des Alpes, il n'y voyait pas une perspective satisfaisante. A Rome, on se souvenait bien de temps en temps du vieil empereur, parce que Ludwig, le jeune empereur, ne pouvait, précisément à cause de son voisinage , avoir d'amis dans la ville éternelle , et que ses armes seules le faisaient respecter ; niais ce souvenir présentait peu d'avantages et sauvait peu de choses. L'empereur Ludwig lui-même était continuellement en lutte , dans l'Italie inférieure , avec les Sarrasins et avec leurs alliés ou leurs fauteurs ; il ne luttait pas toujours sans succès. Toutefois , le pape l<éon IV avait si peu de confiance dans ces succès , que , pour empêcher le sanctuaire de l'apôtre d'être encore une fois souillé par les infidèles , il crut devoir entourer de murs le Vatican , et faire communiquer ces murs avec ceux de la ville. Et , dans le fait , l'empereur Ludwig ne méritait pas une grande confiance ; il manquait de la pénétration et de la résolution nécessaires pour profiter des avantages qu'il avait conquis et pour rattacher des victoires aux victoires.
Ludwig , roi des Teutschs , se trouvait dans la meilleure position , et était le plus respecté. Les Nordmans ménageaient les côtes du royaume tcutsch , soit qu'ils n'y trouvassent pas le butin qu'ils cherchaient comme digne récompense de leurs fatigues et de leurs efforts , soit que les armes des Teutschs leur inspirassent plus de crainte que celles des autres peuples. Sur le con-
tincnt aussi , les Danois restaient tranquilles , et une circonspection réciproque régnait sur les rives de l'Eider. D'antre part , les peuples slaves , fidèles à leur ancienne inimitié , attendaient , il est vrai , l'occasion ; mais les victoires qu'ils obtenaient en détail par leurs armes ne leur donnaient aucun avantage durable, parce que le défaut d'union les empêchait d'en tirer parti , et qu'ils dissipaient leurs forces au lieu de les resserrer énergiquement. Dans l'année 831 encore, les Sorbes firent irruption dans le royaume teutsch. Il est vraisemblable que ces incursions se rattachaient aux tentatives antérieures des Bohèmes, et l'on peut supposer, en conséquence , que les Sorbes tournèrent au nord la Marche qui portait leur nom , et étendirent leurs ravages sur la Saale inférieure : ils avaient peut-être pour but d'attirer pins au nord les forces du roi teutsch, pour faire jour aux Bohèmes et leur faciliter des irruptions sur le territoire teutsch entre le Dannbe et le Mein. Mais les Sorbes maintenant , comme précédemment les Bohèmes, firent seuls quelques efforts, sans que d'antres branches du grand peuple slave y prissent part. Ludwig marcha avec des troupes a travers la Thuringe contre les Sorbes. Ils reculèrent. H les poursuivit jusque sur leur territoire. Ils s'enfermèrent dans leurs villes et dans leurs forteresses. Ils y forent assiégés par les Teutschs; leurs campagnes furent dévastées, leurs espérances anéanties. Fatigués ainsi par l'épée , et affaiblis par la faim , ils crurent que le meilleur parti était de s'humilier et de reconnaître la suzeraineté du royaume teutsch , dans l'espérance de temps meilleurs et avec la ferme volonté de briser plus tard le joug auquel ils se voyaient maintenant forcés de se soumettre.
Ludwig se crut, pour quelque temps du moins, à l'abri des irruptions des Slaves. Il porta donc toute son attention snr les relations intérieures de son royaume , s'appliquant à les régulariser ou à les consolider. 11 passa l'hiver dans son palais de Ratisbonne, qu'il préférait à toutes les villes et à tous les domaines du pays teutsch. Au printemps de l'an 852 , il tint une diète à Mayence. Cette ville antique était considérée comme la capitale du royaume teutsch : d'abord sans doute parce que dans son sein avait été érigé le premier siège archiépiscopal, que saint Boniface, de bienheureuse mémoire , avait occupé; mais sans doute aussi
I à cause de sa position , car dans le Teutschland I les autres peuples teutschs s'éclipsaient devant le royaume originaire du premier roi des Teutschs, devant la Bavière, où Ludwig avait sa résidence , et devant la Saxe , qui avait rendu son nom si célèbre dans l'histoire , de telle sorte que tout le Teutschland était désigné sous les noms de Bavière et de Saxe. Et Mayence semblait planer en quelque sorte sur les deux plus grandes parties du Teutschland , et servir en même temps de point d'appui à d'anciens droits et à de nouvelles acquisitions sur la rive gauche du Rhin. Tous les évéques et tous les abbés , tous les princes et tous les dignitaires du royaume, furent convoqués à la diète de Mayence. I*s ecclésiastiques se rassemblèrent sous la présidence du vénérable archevêque Rabaous Maurus; le roi présida en personne les seigneurs laïques. Les ecclésiastiques délibérèrent sur les affaires de l'Église et des monastères, afin que l'arbitraire reçût des bornes et qu'une marche légale fût fixée. 11 fallait aux résolutions la confirmation royale , et elles la reçurent sans aucun doute après que l'on eut entendu aussi les observations des officiers séculiers. On ne les connaît pas en détail. Quant à l'assemblée des princes et des seigneurs laïques, elle s'efforça de concilier les différends et de rétablir l'ordre ou de le consolider. Toutefois, nous n'avons non plus aucun document sur ces résolutions. Du reste, on vit venir à cette diète de Mayence des ambassadeurs des peuples slaves et des Bulgares. I<e roi les reçut et les entendit ; mais on ne peut rien dire du but de ces ambassades, pas plus que des suites qu'elles curent.
Le roi Ludwig fut , à ce qu'il semble , satisfait du résultat de cette assemblée. Après l'avoir congédiée , il retourna , il est vrai , en Bavière pour y régler des affaires urgentes; mais il se hata de revenir sur le Rhin , et descendit ce fleuve jusqu'à Cologne. Là il eut une conférence avec quelques vassaux ou dignitaires éminents de Lothar : elle avait vraisemblablement pour objet les relations personnelles des trois frères, qui commençaient encore une fois à se brouiller; puis il se rendit en Saxe. 11 se sentait coupable de grandes fautes envers les Saxons , et sa conscience le tourmentait à cet égard. Mais ses officiers, qui se rappelaient son ancienne colère contre ce peuple soumis , vexaient et tourmentaient celui-ci de mille manières. Le
UPLE ALLEMAND.
roi voulut tout voir et tout décider par luimême, et affaiblir du moins les injustices. Il voulait aussi reprendre et assurer à sa maison des possessions qui faisaient partie de l'héritage de son père et de son aïeul , mais dont d'insolents vassaux s'étaient emparés. Il tint une assemblée générale des Saxons à Minden sur le Wéser, montra de la justice et de la sévérité, et gagna par là beaucoup d'esprits. Puis il parcourut plusieurs cantons du pays (2) ; il s'arrêta partout, écouta partout les plaintes, et décida le mieux qu'il était possible. H passa en Thuringc. A Erfurt, il tint une diète dans le même esprit et dans les mômes dispositions. Il chercha particulièrement à mettre plus d'ordre dans l'administration de la justice. Il ne revint à Ratisbonne qu'aux approches de l'hiver , certainement avec des souvenirs qui , s'il se comparait à ses frères, devaient lui inspirer un sentiment d'orgueil , quelque affligeantes que fussent , du reste , certaines choses dans la vie des Teutschs.
Et ses frères voyaient bien que sa position valait mieux que la leur. Dans le môme temps où Ludwig voyageait paisiblement dans son royaume , dans des vues de conservation et d'amélioration , Lothar et Karl , ses frères , avaient à subir une honte nouvelle. Les Nordmans recommencèrent leurs dévastations dans les deux royaumes, le long des cotes, depuis les frontières orientales de la Lotharingie jusqu'à la Seine et au delà de ce fleuve ; et lorsque les deux frères réunirent leurs forces pour attaquer ces bandes insolentes, les vassaux de Karl le Chauve refusèrent de tourner leurs armes contre elles. Et les rois se virent forcés de souffrir les ennemis en France partout où il leur plut de rester ; et ils restèrent jusqu'à ce qu'ils eurent tout consumé et tout dévasté , pour aller ensuite plus loin , vers la Ivoire, donner carrière à leur fureur contre les hommes et contre les choses. Il est difficile de dire sur qui , des rois ou des vassaux , doit retomber la faute de ces atrocités. 11 faut sans doute en accuser moins les hommes que les relations , et que la nature dissolvante , paralysante , destructive de la féodalité , et les troubles sauvages nés de l'agitation passionnée qui avait suivi la mort de Karl le Grand. Mais ce qu'on ne peut nier, c'est que ni Lothar ni Karl n'étaient des hommes capables de gagner ou d'entraîner les masses. Lothar se consumait dans le souvenir d'espérances non accomplies
et de projets déjoués ; et la mollesse indolente au sein de laquelle il cherchait et ne trouvait pas l'oubli , n'était nullement propre à lui concilier le respect. Il ne pouvait pardonner à son frère Ludwig d'avoir repoussé ses insinuations contre Karl; aussi cberchait-il avec d'autant plus d'ardeur à gagner Karl contre Ludwig, que les avantages dont le roi des Teutschs se félicitait étaient plus grands. Mais Karl trouvait des obstacles dans le souvenir des jours passés, qui lui fermait les cœurs ; et sa lutte si longue et si acharnée contre le malheureux Pippin , son neveu , et la On déplorable du duc Bernbard, avaient soulevé beaucoup de passions. Les cœurs des Aquitains lui étaient fermés pour jamais; mais ils reconnaissaient de plus en plus qu'ils avaient besoin d'un roi pour conjurer les maux qui les menaçaient de tous côtés. Au pied des Pyrénées et sur les rivages de la Méditerranée, les Sarrasins acquéraient une puissance toujours croissante, et conquéraient et dévastaient les villes et les campagnes. Sur la mer occidentale, les Nordmans poussaient de plus en plus avant leurs courses audacieuses. Rien n'était assuré , rien n'était certain. Us remontaient la Loire , et se répandaient sur ses deux rives sans rien craindre et sans rien épargner. Ijl ville de Tours elle-même finit par tomber en leur pouvoir , l'an 833 , et l'antique sanctuaire de saint Martin , auquel se rattachaient tant do grands souvenirs , et qui avait assuré des consolations et des secours à tant d'hommes pieux , fut livré aux flammes. La terreur excitée par de semblables événements était grande; la désolation était générale.
Dans ces circonstances , les Aquitains portaient de tous côtés leurs regards autour d'eux pour trouver un prince sous les drapeaux duquel ils pussent réunir leurs forces et trouver un appui contre les ennemis du dehors et du dedans. Ou fit une tentative pour déliver de son couvent et ramener en Aquitaine l'ancien roi Pippin; mais elle échoua: les moines qui s'étaient chargés de l'exécution durent expier leur crime, et le malheureux prince Pippin fut forcé non-seulement de revêtir l'habit religieux et d'embrasser la vie monastique , mais aussi de jurer à son oncle Karl qu'il ne ferait plus aucune tentative pour s'échapper du cloître. Puis une partie des Aquitains, dominés par le sentiment de leur abandon, s'adressèrent à Ludwig, roi des Teutschs, le priant : « de venir les sauver;
LlV. XIII, CIIAP. III.
(l'envoyer du moins son Aïs, s'il était empêché ou s'il dédaignait de recevoir lui-même leur foi ; ils voulaient lui jurer soumission ; ils voulaient lui donner des otages en garantie de leurs promesses ; s'il rejetait leurs offres , ils se verraient contraints, pour se délivrer de la tyrannie de Karl et des violences d'ennemis étrangers , de chercher auprès des ennemis de la foi chrétienne le secours qu'ils ne pouvaient trouver dans le peuple chrétien et dans la maison de Karl le Grand. -
Ludwig fut séduit par les propositions des Aquitains. La nouvelle alliance hostile que Karl avait formée contre lui avec Lothar avait excité sa colère. Du reste, l'Aquitaine semblait de toute manière perdue pour Karl, ou du moins il ne paraissait pas que la possession de ce pays lui serait jamais solidement assurée. De plus, l'honneur de sa maison semblait exiger que Ludwig ne laissât pas tomber l'Aquitaine au pouvoir d'uu prince étranger ; l'honneur du nom chrétien semblait exiger qu'il ne la laissât pas tomber au pouvoir des infidèles : il ne repoussa donc pas les Aquitains.
Mais il ne jugea pas convenable d'entreprendre lui-même l'œuvre à laquelle on le sollicitait si instamment. Bien que, d'après les assurances des envoyés, il pùt facilement concevoir l'espérance que dès qu'il se montrerait, tous les Aquitains se réuniraient et accourraient sous sa bannière, il n'accorda pas plus de confiance qu'il ne le fallait aux députés d'un peuple serré de près et divisé en tant de factions. D'ailleurs , les relations intérieures de son royaume n'étaient pas assez bien ordonnées, et ses frontières n'étaient pas assez garanties contre toute attaque étrangère , pour qu'il pùt oser s'éloigner longtemps. Dans le fait , il se manifestait à cette époque, parmi les peuples slaves, et même parmi les Bulgares, des mouvements inquiétants ; alors même régnait l'opinion que ces nations étaient excitées par les frères de Ludwig, jaloux de sa position et unis dans des dispositions hostiles contre lui. Précisément pour cette raison, le roi résolut de ne pas aller loi-même en Aquitaine, mais d'y envoyer son fils Ludwig, afin d'être du moins complètement instruit de l'état des choses et des dispositions des habitants du pays.
Au commencement de l'an 854 , Ludwig , fils de Ludwig,se renditen Aquitaine, accompagné, sans aucun doute , de quelques hommes fidèles,
mais non d'une armée; le passage par la Lotharingie lui rendait impossible la marche avec une armée. A son arrivée sur la Loire , le jeune prince fut reçu av ec une graudejoie, mais probablement seulement par une faction ; d'ailleurs son apparition sans année et sans moyens d'action n'était pas propre à réunir les esprits dans un pays aussi déchiré. Karl le Chauve cependant ne vit pas la chose avec indifférence ; avant tout, il chercha a maintenir et a consolider son amitié avec Lothar; et cela devait lui être d'autant moins difficile , que le succès de cette entreprise semblait pouvoir entraîner pour Lothar aussi des conséquences inquiétantes , et que l'empereur ne voyait que d'un œil envieux le bonheur de son frère Ludwig. Karl et Lothar eurent une entrevue dans le village de Liège. Ils y renouvelèrent leur alliance ; ils se promirent une fidélité inviolable , et jurèrent solennellement, en présence d'un grand nombre de témoins, et la main étendue sur de saintes reliques , le vœu réciproque ; ils étendirent même la fidélité qu'ils se juraient au delà de leur propre vie , sur leurs femmes et sur les enfants qui leur survivraient. Là dessus, Karl , enflammé de colère , accourut en Aquitaine avec une armée, et exerça partout où il se présenta une vengeance si barbare, qu'il ne se borna pas à faire entraîner comme captifs tous les individus qui lui tombèrent entre les mains, mais qu'il livra même au pillage et aux flammes les églises et les autels du Seigneur.
Pendant ce temps, Ix>thar avait invité son frère Ludwig à une conférence sur les bords du Rhin. Dans leur première entrevue, les deux frères eurent une querelle violente. L'empereur reprocha au roi Ludwig sa perfidie , parce qu'il s'était mêlé des affaires d'Aquitaine, pays qui cependant avait été laissé à leur frère Karl en vertu des traités. Le roi ne manquait pas non plus de reproches a faire à l'empereur, soit sur le passé, soit sur le présent. Tous deux reconnurent qu'ils n'étaient (tas justes l'un pour l'autre. On se fit donc des concessions des deux côtés, et cet orage d'inimitié se résolut eu réconciliation fraternelle; ils firent entre eux une nouvelle alliance. On ne nous a pas transmis le contenu de ce traité ; mais comme Lothar avait toujours haï son frère Karl , et qu'il ne s'était rapproché de lui que parce qu'il avait échoué dans la tentative de gagner Ludwig contre lui , et parce que Ludwig lui inspirait de bien plus
HISTOIRE Dl PEl'PLE ALLEMAND.
grandes inquiétudes quo Karl ne pouvait lui en inspirer , il est vraisemblable qu'il revint à son ancien plan de se liguer avec Ludwig contre Karl , et que Ludwig fut déterminé à y accéder par l'état actuel des choses. Évidemment Karl redoutait une alliance de cette nature entre ses frères; car il quitta soudainement l'Aquitaine et somma l'empereur Lothar de se rendre à une entrevue. Lothar , toujours incertain et irrésolu, et maintenant plus faible que jamais, parait avoir éprouvé de l'effroi devant la colère et devant l'armée de Karl. H se trouva à l'entrevue dans le palais d'Attigny, et se laissa facilement décider par Karl à une autre résolution , par persuasion , par séduction ou par crainte. L'ancienne alliance fut renouvelée. Ensuite les deux frères envoyèrent une ambassade à Ludwig , roi desTeutschs, pour le sommer de rappeler son fils d'Aquitaine; mais, sans attendre le résultat de cette ambassade , Karl fit , dans l'automne même de cette année, une nouvelle campagne en Aquitaine. Pour donner plus de force à cette expédition , il fallut que Pippin , son neveu , probablement d'après ses ordres ou à son instigation, s'échappât du monastère où il lui avait fait donner la tonsure monacale, pour faire valoir encore une fois ses droits à la dignité royale en Aquitaine. Le résultat de cette démarche avait été bien calculé. A l'apparition de Pippin en Aquitaine , la désunion fut plus grande que jamais. La plupart de ceux qui , après les derniers revers , désiraient encore avoir un roi particulier , abandonnèrent le prince teutsch Ludwig , et passèrent du coté de Pippin , qui avait été jeune avec leurs fils. Karl le Chauve se conduisit comme si la cause et les actions de Ludwig lui étaient entièrement indifférentes; il ne tourna ses armes que contre Ludwig. Bientôt celui-ci se vit délaissé par tous ceux qui l'avaient appelé ou qui avaient pris son parti. 11 ne resta plus à ce prince d'autre ressource que de retourner vers son père et dans sa patrie.
C'est ainsi que se termina sans honneur et sans profit pour le roi des Tcntschs la première entreprise où il n'avait pas eu en vue les intérêts de son peuple et de son royaume, mais où il avait été conduit par la colère et par l'ambition. Mais, d'ordinaire, les passions des hommes sont plus fortes que leur sagesse , et Ludwig ne tira pas de cette malheureuse tentative des principes capables de le mettre a l'abri de tentatives nouvelles. Pendant ce temps , il avait par lui-
même assuré les frontières de son royaume, et il y avait énergiquement maintenu l'ordre. Mais l'année suivante , 855 , ce royaume fut effrayé par plusieurs phénomènes extraordinaires. Dans le pays de Mayence , il y eut un tremblement de terre, et des tempêtes et des orages causèrent de grands désastres. La foudre tomba, pendant la célébration des vêpres, sur l'église de Saint-Kilian à Wurtzbourg , et détruisit la majeure partie de l'édifice ; toutefois , les reliques du saint martyr furent sauvées ; et , bien que plusieurs ecclésiastiques fussent atteints par le feu du ciel , l'habit sacerdotal ne fut pas touché; plus tard, enfin, nn nouvel orage renversa entièrement les murs de l'édifice qui avaient résisté aux flammes. A la vue de ces phénomènes , qui ébranlaient les âmes, le roi Ludwig entreprit de la Bavière une expédition contre les Slaves-Moraves; car le duc Rastiz , qu'il avait mis à la tête de ce peuple , lui refusait l'obéissance. Hais cette expédition aussi ne rat pas heureuse : une partie du pays fut dévastée ; beaucoup d'hommes périrent; mais Rastiz se tenait dans un camp fortifié que Ludwig n'osa pas attaquer. Bien plus, il eut à soutenir lui-même une vigoureuse attaque dans son propre camp; et bien que cette | attaque fût repoussée au prix de beaucoup de sang, le roi éprouva, à ce qu'il semble, une perte considérable dans sa retraite ; car Rastiz le poursuivit jusqu'au delà du Danube, et exerça de terribles représailles, peut-être jusqu'en Bavière , des ravages commis sur son territoire.
Cette même année eut lieu un changement qui semblait ne pouvoir être sans influence sur les relations de l'empire : l'empereur Lothar quitta le monde et la vie. C'était un homme malheureux. Entraîné dans sa jeunesse par les orages du siècle hors de la carrière dans laquelle seule les grands comme les petits peuvent arriver au bonheur et au contentement, il fut poussé de trouble en trouble , et il n'avait jamais retrouvé le vrai chemin. Son esprit était rempli d'idées confuses, son cœur de farouches désirs , sa mémoire de souvenirs de tentatives déjouées. Dans ses dernières années même, la contenance extérieure et l'assurance lui avaient manqué : il avait rompu avec le monde , et ne pouvait plus se rattacher à rien : il sentait l'abandon où il était tombé par le destin de sa vie et par sa propre faute. Accablé du poids de ses erreurs , il résolut de remettre les pays eu
delà des Alpes, où son nom était encore reconnu, a ses deux plus jeunes lils, Lothar et Karl , et de s'enfermer lui-même dans l'enceinte sacrée d'un monastère pour y attendre sa dernière heure. Il ne pouvait plus être question de l'Italie : elle avait son roi. Il assigna, avec l'assentiment des vassaux , à celui de ses lils qui portait son nom , le pays situe entre la mer teutonique et les Alpes , et à sou fils Karl les contrées situées entre les Alpes et le Hhônc. Puis il se rendit nu monastère de Prum , dans les Ardenncs, se fit donner la tonsure monacale , prit le froc et fit les vœux monastiques. Mais six jours déjà après son entrée dans le couvent , le 28 ou le 29 septembre, la mort le délivra de ses anciennes souffrances et de ses nouveaux devoirs.
l'eMPIRE DIVISÉ ENTRE LLDWIG, KARL ET