LIV. XVII , CHAP. VI
soit que, dominé par les superstitions chrétiennes , il ne crût pas que Dieu pût se déclarer pour des infidèles, pour des païens , soit que, ce qui assurément est moins vraisemblable, il espérât faire rougir les Saxons et les ramener à des sentiments plus humains dans le cas où le jugement de Dieu tournerait contre eux, Kunrad accepta cette proposition avec l'assentiment des princes de l'empire qui se trouvaient autour de lui (5). On choisit un champion de chaque côté. Le combat eut lieu; et Dieu montra qu'il est un Dieu de vérité : le Tcutsch Tut blessé et tomba. Aussitôt les Slaves poussèrent des cris de joie ; et la présence de l'empereur les empêcha seule d'attaquer leurs ennemis, dont l'injustice était maintenant si claire à tous les yeux , et ne pouvait être mise en doute ni par les Teutschs ni par l'empereur lui-même. Aussi l'embarras de Kunrad fut sans doute très-grand. 11 n'était pas moins dangereux d'élever des prétentions que de faire des concessions. Il ne lui restait guère d'autre moyen que de laisser les choses dans l'état où elles se trouvaient , jusqu'à ce que le temps eût affaibli l'impression produite sur les deux partis par l'issue du duel. Peut-être espérait-il arriver ensuite à un accommodement équitable. II mit donc dans le château de YVcrben une forte garnison sous le commandement du comte Dedi , et obligea les princes sjaxons , par ses ordres et sous serment, à rester unis et à empêcher les Liutitzes de passer l'Elbe.
Mais, dans le cours de l'hiver (6), les Liutitzes réussirent non-seulement à forcer le passage de l'Elbe, mais aussi à se rendre maîtres par trahison, dit-on, du château de Wcrben, et à en emmener la garnison prisonnière. Cet événement contraignit l'empereur à lever, au printemps de l'année 4035, une armée en Saxe pour mettre ce pays en sûreté contre les courses et les brigandages de cette race téméraire, et pour imposer un frein à cette race elle-même, qui croyait avoir obtenu dans le jugement de Dieu un gage de victoire et la liberté de commettre tous les crimes. Il ne fut pas difficile à Kunrad de nettoyer la rive gauche de l'Elbe ; mais ses ennemis lui disputèrent le passage du fleuve. Enfin à quelque distance de l'ennemi on trouva un gué , et une partie de l'armée passa le fleuve sans être remarquée. C'est ainsi que l'autre rive du fleuve devint libre , et toute l'armée impériale traversa
l'Elbe. Alors s'engagea un combat terrible où Kunrad, général et soldat tout à la fois, fit de glorieux exploits. On le v it à plusieurs reprises, dans l'eau et dans les marais jusqu'aux genoux, combattre de sa personne et exhorter les siens au combat. Les Liutitzes furent vaincus partout où Us se présentèrent en plaine devant l'empereur; ils furent forcés à se soumettre et à s'engager à un tribut plus considérable que celui qu'ils payaient auparavant. Mais Kunrad souilla la gloire dont il se couvrit , aux yeux de ses contemporains, par des cruautés dont sans doute il faut accuser, plus que lui-même , les idées de son siècle et le zèle des ecclésiastiques, si cruellement blessés, et auxquels contribua peut-être aussi la confusion que lui causa le jugement de Dieu si inattendu en faveur des liutitzes. On trouva une image en bois du Dieu crucifié , que les païens ou les chrétiens apostats avaient maltraitée et mutilée : en particulier, ils avaient crevé les yeux à cette image et lui avaient brisé les bras et les jambes. Pour venger ce crime, Kunrad fit mutiler de la même manière la plus grande partie des païens prisonniers, qui furent ensuite égorgés. Cette cruauté lui fit donner, dans un panégyrique en vers , le surnom de Vengeur de la foi , et le fit comparer aux anciens empereuis romains (7). Mais dans les cœurs des Slaves il laissa le plus amer ressentiment et le plus brûlant désir de vengeance : aussi les relations entre les peuples restèrent-elles aussi déplorables qu'elles l'avaient été jusque alors.
ÉTAT DR L EMPIRE TEUTSCIi; ACTION DE KUNRAD SUR CET EMPIRE. SOULÈVE- MENT DES VAVAS8EURS D ITALIE CONTRE LES PRINCES DU PAYS.
De l'an 1035 à l'an 1036.
Dans les onze années durant lesquelles Kunrad II avait déjà porté la couronuc de l'empire teutseh , il avait obtenu des résultats singulièrement étendus , bien que pendant deux ans il eût lutté et combattu dans un autre pays pour des choses qui étaient sinon tout à fait, du moins en majeure partie étrangères au peuple teutseh. l«cs frontières de l'empire avaient été partout assurées , et , sur divers points, elles avaient reru une extension impor
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tante, tantôt parties traités de paix solides, tantôt par la force des armes , que l'on avait montrées plutôt qu'employées. Dans l'intérieur de l'empire toute pensée hostile n'était pas effacée, il est vrai , mais toute résistance avait cessé , cl les ennemis du roi étaient tous anéantis ou intimidés et calmés. Parmi les princes et les seigneurs ecclésiastiques et laïques de l'empire, il y avait peut-être encore divers dissentiments, résultant de vieux ressentiments et de nouvelles passions, de la jalousie, de l'envie, de l'arrogance et de désirs effrénés; mais on en venait rarement ou jamais a des fehdes ouvertes et à la guerre civile, a la violence, à l'effusion de sang et à des scènes honteuses. Dans le fait , si l'on étudie l'état de l'empire sous llcinrich II , le décousu de toutes les relations, le désordre, la confusion , le mépris et le dédain se manifestant partout , et si avec cela l'on n'oublie pas les faibles moyens avec lesquels hunrad , capricieusement tiré du milieu de ses égaux comme par une majn invincible, et élevé au dessus de ses supérieurs , fut placé en face tic cet état de choses, on ue peut lui refuser son admiration. Car il était sans argent , sans armes, sans puissance. Il n'avait réellement que lui-même , la prudence da sa femme , et l'adresse de quelques ecclésiastiques qui en définitive cherchaient bien plus à av ancer leurs propres affaires que les siennes. Et si Kunrad , pressé par les nécessités de la vie, ne s'est pas toujours montré juste et noble, humain et doux, on ne niera pas du moins qu'il se soit toujours montré rétléchi, actif, prompt , résolu et plein d'énergie; et c'est par ces qualités et par ces vertus qu'en si peu de temps il avait obtenu tant et de si grands résultats. «
Et en combien de choses aurait-il pu réussir désormais , si , s'appuyant fortement sur les résultats obtenus, il avait consacré ou pu consacrer à l'avenir toutes ses forces à son peuple et à sa patrie , et triompher de lui-même et des relations de la société. Assurément il connaissait bien les besoins du temps et du pays. On ne trouve pas , il est vrai , qu'il ait plongé ses regards jusqu'au sein des classes inférieures de la société humaine, sur lesquelles pesait le joug si dur de la servitude, ici vieux malheur héréditaire, la création nouvelle de l'insolence et de la violence; on ne trouve pas qu'il ait en général éprouvé de la pitié et de la compassion pour ces classes ; mais il
écoutait volontiers de justes plaintes, et il décidait prompteinent pour les opprimés ; et peutêtre est-il hors de doute que par les lois et le droit l'on ne pouvait rien faire pour toutes ces classes d'hommes, tant que la loi et le droit n'auraient pas introduit plus d'ordre parmi les classes supérieures, tant que l'ordre n'aurait pas produit des mœurs meilleures et des pensées plusdouees. Les villes, au contraire, n'échappèrent point h son attention : et au sort des villes se rattachait le sort des serfs ; d'elles seules pouvait venir la liberté, dont la compression était dans la nature du système féodal. Kunrad ne méconnut pas la valeur de l'industrie et du commerce , ces deux grands leviers de la civilisation d'un peuple , qui agissent avec une force égale en haut et en bas. Sans doute nous sommes mal informés de l'activité qu'il montra peut-être au sujet des villes; mais quelques concessions on confirmations de juridictions tic marchés prouvent qu'il chercha à affermir et à cucourager.
Il était dévoué aux ecclésiastiques. Il les avait trouvés en possession d'une grande puissance , d'une grande autorité , de grandes espérances ; il leur devait la couronne ; cliez - eux il trouvait les secours les plus actifs pour le maintien et l'extension de son pouvoir royal; nulle part son autorité n'était plus grande que dans la collation des sièges ecclésiastiques; chez les ecclésiastiques aussi se rencontrait la plus haute culture, et c'était d'eux qu'il devait attendre l'action la plus énergique. Mais une soumission irréfléchie à la volonté des ecclésiastiques était loin de lui; il s'opposa plus d'une fois à eux. Sans doute il fit aussi des présents et des donations aux églises, particulièrement à la prière de sa femme , qui se laissait aisément gagner par les seigneurs ecclésiastiques, et de son fils chéri Heinrich, dont il était également facile de gagner la jeune àmc ; mais il accorda aux évêques , dans le lieu de leur résidence ou dans quelques cantons de leurs possessions, l'exercice de la puissance temporelle , exercée ailleurs par des comtes, comme Heinrich II l'avait déjà fait pour quelques évêques, plus volontiers qu'il n'augmenta leurs domaines. En tout cas, il n'imita pas la prodigalité dont s'étaient rendus coupables les empereurs de la maison de Saxe, et I particulièrement le dernier d'entre eux, de I sorte qu'il y eut une barrière aux progrès des
ecclésiastiques vers des possessions infinies.
Quant aux princes et aux vassaux laïques , Kunrad avait évidemment des principes clairs et exacts. 11 ne toucha pas aux Marches de l'empire ; il regarda la dignité des markgrafs comme héréditaire. Il savait bien qu'il était bon d'entourer les [routières d'une forte puissance , et qu'un changement dans la formation de celte puissance et dans la position des margrafs pouvait aisément entraîner des bouleversements désastreux ; peut-être aussi reconnut-il que les markgrafs, qui visaient toujours à se rendre indépendants des ducs , pouvaient en cas de besoin devenir contre ces ducs d'importants alliés. Dans l'intérieur de l'empire il s'efforça de limiter le pouvoir des grands ducs, etde faire de ceux-ci, ce qu'ils étaient et devaient être réellement, des dignitaires de l'empire, établis par le roi pour l'administration des provinces ; il tâcha d'autre part d'élever et d'encourager contre eux les officiers inférieurs et les vassaux , afin de rendre générai le sentiment qu'ils appartenaient aussi à l'empire et non au duché. Soit qu'il eût étudié la conduite de Karl le Grand , ou qu'il eût été dirige par son propre génie , soit encore qu'il eut été éclairé par les principes que les vassaux de Souabc exprimèrent contre son beau-fils, le malheureux duc Krnst, son but final semble avoir été la suppression complète des grands duchés, suppression qui paraissait assurément être la première condition de la véritable unité de l'empire et de la véritable autorité royale. Et il avait déjà obtenu un résultat important. Il n'établit point de duc chez son peuple , parmi les Franconiens; en Bavière, il avait conféré la dignité ducale à son propre fils , encore miucur, et par là il retenait le pouvoir entre ses propres mains; quant au duché île Souabc, il en avait investi son beau-fils ilermann, qui, se rappelant le sort de son frère , était soumis sans réserve à son roi et seigneur. Deux choses, il est vrai, paraisseut en contradiction avec le projet que Kunrad semble avoir poursuivi, comme ces relations le font conjecturer. D'a- Iwrd il laissa le duché de Saxe subsister comme il av ait subsisté jusque alors , et en second lieu, en Lotharingie, il réunit entre les mains d'un seul la puissance ducale, qui, dans ce pays, était exercée par deux hommes. Mais la position déjà du duché de Saxe et ses relations avec les nations slaves ne permettaient guère
d'y toucher ; et de plus, il était dangereux pour kunrad le Franconien de réveiller l'ancienne haine chez les Saxons, qui jusque alors avaient obéi en silence ; et Bcrnhard , duc de Saxe , était un homme fier, facile à irriter, d'une grande autorité, qui commandait toute sorte de ménagements. En Lotharingie , au contraire, la mort de Friedrich , duc de la haute Lotharingie, arriva précisément dans le temps où l'empereur, pour acquérir la Bourgogne, se voyait forcé de combattre Odo , comte de Champagne, sur ses terres héréditaires. Aussi tint-il beaucoup à maintenir la tranquillité en Lotharingie, afin de pouvoir, en cas de besoin, disposer des forces de ce pays. Il jugea donc à propos de témoigner toute sorte de confiance à Gozelo , duc de la basse Lotharingie , pour s'assurer de lui. Il le fit en conséquence aussi duc de | la haute Lotharingie (1). Et Kunrad ne s'était pas trompé au sujet de Gozelo; celui-ci lui resta fidèle toute sa vie.
Dans cet état de choses , Kunrad , à ce qu'il parait, aurait obtenu des résultats grands et réels , s'il avait vécu tout entier pour la patrie. Il ne pouvait rester station naire. Mais s'il voulait aller plus avant , il lui fallait revenir à l'ancien usage des diètes généraler , que Karl le Grand lui-même n'avait jamais mé|>risées. Ces diètes étaient tout à fait tombées en oubli. Les querelles sanglantes des fils de Ludvvig le Pieux avaient déjà apporté un grand trouble dans l'ordre ancien ; et les bouleversements qui suivirent avaient empêché, par la faiblesse des rois et l'arrogance des vassaux , le rétablissement de l'ancien ordre. Bien que les diètes n'eussent pas entièrement cessé, du moins, comme elles furent tenues arbitrairement ot dans des occasions particulières, et par là même sans connexité, elles avaient perdu leur importance originaire. Les rois et les empereurs de la maison de Saxe, malgré toute leur gloire, tout leur éclat et toute leur grandeur, n'avaient également pas tenu les diètes à l'ancienue manière. Ils les avaient évitées , négligées, dédaignées. Ileinrich 1", qui , par modération et par une sage appréciation des circonstances , resta plutôt duc des Saxons qu'il ne fut roi des Teutchs, aurait du croire dangereux, lors même qu'il n'en aurait pas été empêché par ses guerres pour la sûreté de l'empire, de rassembler les ducs , les comtes , les markgrafs. les évêques, les archevêques , les
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abbés, et en général les vassaux ecclésiastiques et laïques de tous les peuples teutschs, autour d'un trône qu'il aimait mieux dérober aux regards que montrer, et sur lequel il ne pouvait pas même paraître avec une couronne. Otto le Grand, son fils, aurait pu sans doute se risquer à convoquer des diètes générales, s'il avait su nourrir et cultiver le sentiment national qui avait éclaté d'une manière si surprenante lors de son couronnement à Aixla-Chapelle. Mais ses querelles difficiles dans l'empire, ses expéditions en Italie , sa longue absence de la patrie , lui auraient rendu plus tard l'exécution d'une telle pensée complètement impossible , même si son orgueil et son caractère ambitieux lui avaient permis de la concevoir. Sous son fils et sous son petit-fils, sous un adolescent et sous un enfant , ce que l'on avait dédaigné ou négligé de faire ne put être réparé. Aussi les choses s'étaicnt-elles tellement disposées , qu'an temps du dernier Saxon les princes des nations teutsches et les vassaux ne venaient plus auprès du roi lorsqu'il avait besoin de leurs conseils, de leur concours et de leur aide; mais que le roi devait se rendre chez les princes et chez les nations, et qu'en conséquence il y eut bien des diètes provinciales ou de pays en présence du roi, mais non des diètes d'empire.
Et les résultats de cette position s'étaient manifestés. Nous les avons exprimés ou indiqués sous diverses formes dans le récit des événements. Le Tcutschland, la grande patrie commune , était sinon effacé , du moins obscurci. l,cs désirs des hommes avaient cherché à se satisfaire dans le canton, dans le diocèse épiscopal, dans la Marche, dans la peuplade. La législation pour tout l'empire était entravée ; les fragments qui en restaient des anciens temps étaient dispersés parmi les peuples, où ils continuaient à se maintenir misérablement, et où ils avaient perdu la plus grande partie de leur importance et de leur sens. Cette interruption ne se faisait pas moins sentir dans le système ecclésiastique que dans la société civile; elle s'y faisait sentir peut-être plus fortement encore , parce que les malheureuses relations du saint-siège ne permettaient que rarement aussi de ce côté uncaction bienfaisante. Sans doute les églises teutsches ne manquaient ni d'hommes instruits nid'évêques distingués par leur génie et par leurs vertus ; mais l'action isolée de ces
CLE ALLEMAND
hommes ne pouvait ni assurer à l'ensemble un ordre et une discipline , ni faire régner parmi les hommes le véritable esprit de la doctrine de Jésus-Christ.
La diète de Kamba, où Kunrad II fut élu roi , rappela d'une manière inattendue les souvenirs de l'empire et de la patrie; mais jusqu'à ce moment il n'était résulté pour l'empire et pour la patrie aucun avantage de ces souvenirs. Sans doute le roi avait souvent rassemblé autour de lui les princes ecclésiastiques et laïques de l'empire ; il avait conféré avec eux sur les relations; il avait reçu leurs conseils et avait cherché à les concilier à ses desseins. Mais, à l'exception du concile de Francfort, ces assemblées n'eurent lieu qu'aux grandes fêtes de l'Église chrétienne , où tous les princes de la province, où le souverain, célébraient ces fêtes et quelques princes de tout l'empire avaient coutume de se montrer à la cour plénièrc , en partie incontestablement pour lui témoigner leur dévoùment et leur fidélité, en partie sans doute aussi pour se faire donner des domaines et des fiefs et assurer des droits; ou bien le roi appelai"! auprès de lui ceux en qui il avait une confiance particulière; ou bien enfin il convoquait à sa cour les princes et les seigneurs d'un duché qui avaient l'habitude de tenir pour eux des diètes spéciales, ou tout au plus ceux des pays environnants du lieu où il se trouvait. 11 parait que jamais , dans les assemblées de cette nature, on ne traita d'autre chose que des relations du moment. Le jugement d'un dignitaire ou d'un vassal félon ou traître; l'utilité, la nécessité d'une expédition militaire; la question de savoir comment , quand et avec quels auxiliaires celte expédition devait être entreprise; peutêtre aussi les besoins du pays auquel appartenaient les princes assemblés : tels étaient les objets des délibérations ou des résolutions. Peut-être était-il à peine quelquefois question des affaires générales de l'État , des lois qui , dans l'ordre civil on ecclésiastique, devaient être obligatoires pour tous les Teutschs, des progrés de société et de la civilisation de toutes les contrées teutsches.
Les circonstances où Kunrad fî s'était vu placé jusque alors font tout comprendre et le mettent h l'abri de tout blâme. Mais désormais il aurait pu revenir aux anciens usages ; bien plus , il aurait dù y revenir, en consacrant à la seule patrie toute la force de son génie. Et s'il
y était revenu , un sentiment élevé de nationalité aurait bientôt , à en juger d'après le caractère du siècle , pénétré les âmes de tous les Teutsehs, au nord comme au midi, et la grande patrie commune leur aurait donné la satisfaction , but de tous leurs désirs. Mais ce moment aussi passa sans proût. L'empereur fut forqé , ou crut du moins nécessaire, de quitter encore une fois la patrie, et d'entreprendre une nouvelle expédition en Italie. Par là toutes choses restèrent , dans le Tcutschland , dans l'état où elles se trouvaient ; en Italie , il ne rencontra que désolation et misère; par les plus grands efforts, par les plus grands sacrifices, il ne put établir ni ordre ni confiance; et enfin , à son retour dans la pairie, il ne rapporta qu'irritation, chagrin et le germe d'une mort prématurée.
En Italie il y avait, à cette époque, une violente excitation. Tous les éléments de la vie semblaient mis en mouvement. Et comment l'esprit humain aurait-il pu rester en repos? comment n'aurait-il pas été excité à tendre toujours plus avant , par les contradictions criantes dont la société était remplie , et par les secousses continuelles qui ébranlaient toutes les relations? Cette belle contrée avec son soleil , avec son ciel, avec les riches productions qu'elle fournissait à l'activité et aux jouissances, et cette confusion de tous les rapports sociaux, ces bouleversements et ces inquiétudes , cet insolent corps seigneurial et cette déplorable servitude ; celte nationalité du peuple , que la nature rejetait sur lui-même par la mer et par de hautes montagnes , et qu'elle destinait à la grandeur, à la force et à une civilisation sans entraves , et cette dépendance de l'étranger , ces invasionsd'armées du dehors dans les plaines de la patrie ; cette violence et ces mauvais traitements, ce mépris et cette arrogance qui forçaient a l'humilité , à la soumission et à l'abaissement ; cette multitude de villes qui , par leur nom et même par les ruines de monuments antiques , éveillaient tant de grands souvenirs et rappelaient des jours de gloire et de magnificence, avec leur bourgeoisie mutilée, leur organisation municipale bouleversée , leur industrie paralysée ; et ce système vassalitique si oppressif qui , s'appuyant sur de sombres rochers hérissés de châteaux orgauisés pour la tyrannie et le brigandage non moins que pour la sûreté cl la défense , étranger , hostile bien plus à toute liberté , se formait et développait
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ses membres avec une force toujours croissante; où chacun cherchait à opprimer les autres, pour s'élever par leur servitude un degré plus haut sur l'échelle d'une domination basée sur la pointe de l'épée; la haute autorité que le saint-siége , fondé sur les besoins les plus sacrés du cœur humain , avait obtenue du pieux dévoùmentde tout le monde chrétien d'Occident , et la vulgarité , l'ignominie, le déshonneur de tant d'hommes qui, élevés sur le saint-siége par la violence ou par des moyens réprouvés , abusaient honteusement de cette autorité; la sainteté du sacerdoce chrétien , les consolations du soin des âmes, la sublimité du culte, et le caractère mondain de tant d'évèques, leur avidité, leurs usurpations, leur goût des armes, leur ardeur guerrière, enfin leurs tendances terrestres de toute sorte , qui ébranlaient tout le système ecclésiastique, et détruisaient l'ordre et la discipline parmi les ecclésiastiques séculiers comme dans les monastères: tout cela formait un effrayant spectacle. Il ne pouvait en être autrement : des contrastes aussi tranchés devaient offenser et blesser les plus nobles sentiments du cœur humain , et soulever et séduire les sentiments les plus vulgaires. Mais, dans cette lutte des sentiments et des passions , l'homme noble et l'homme vulgaire , ébranlés dans leur foi, entravés dans leurs actes, avaient perdu tout appui et toute direction ; aussi la pensée devait s'éveiller, et l'esprit devait être tenté de faire des doctrines de l'Église et des relations de la société l'objet de ses réflexions et de ses jugements. Des hérésies dans les choses ecclésiastiques et le mécontentement et l'opposition dans les choses temporelles, ne pouvaient manquer de se faire jour.
Depuis plus de quatre générations un sentiment national contre la domination teutsche s'était manifesté chez les habitants de l'Italie, d'une manière confuse , il est vrai , mais sans interruption et avec une force toujours croissante. Bientôt quelques villes avaient montré un esprit d'opposition inouï jusque alors, et ne s'étaient humiliées devant la force qu'avec une amère douleur. L'ancien état de choses s'était extérieurement maintenu; mais les âmes étaient hostiles à cet état de la société. La colère et la haine, l'irritation et le ressentiment, le mécontentement et la douleur les remplissaient , et nulle part il n'y avait d'amour ni de confiance (2). Dans les derniers temps, lorsque
HISTOIRE Dl PEUPLE ALLEMAND.
déjà Kunrad 11 avait obtenu la couronne impériale, s'étaient montrées, dans l'Italie supérieure comme dans la France méridionale, des doctrines religieuses qui étaient en contradiction tranchée avec les doctrines de l'Église. Sans doute elles n'étaient pas encore dirigées immédiatement contre l'Eglise; mais elles étaient en dehors de 1 Eglise , et elles devaient, en se répandant et en se développant , devenir dangereuses pour elle. Et ces hérésies s'étaient si profondément enraciuées dans les âmes de ceux qui les professaient , que beaucoup d'entre eux ne purent être amenés à se rétracter ni par la persuasion ni par la contrainte. Héribert, archevêque de Milan , s'était emparé par la force des armes de Montcfortc, siège principal des hérétiques, et toute la société réunie dans ce lieu fut emmenée prisonnière , sans en excepter la comtesse de la forteresse. Mais au lieu de chanceler, ils tentèrent, même dans la captivité , de propager leurs doctrines. Quelques-uns perdirent courage à la vue du bûcher, se prosternèrent devant la croix , et se convertirent aux doctrines de l'Église catholique ; mais la plupart allèrent avec joie chercher la mort dans les flammes, et donnèrent par là même une nouvelle force à leur foi et à leur conviction. Ces cruautés, exercées du reste par de puissants laïques contre la volonté de l'archevêque Héribert , ont pu inspirer la crainte; elles ont pu empêcher la confession publique d'hérésies ; mais Pesprit ne fut pas réduit au silence, et où l'on avait obtenu le silence par la force la pensée ne fut pas anéantie. In nouveau scandale, qui rejaillit sur le saintsiège, fut sans doute bien propre à animer plus d'un esprit faible , à exaspérer plus d'un esprit ardent. L'an 4055 était mort le pape Jean XIX, qui était arrivé par des voies indignes au siège apostolique et l'avait indignement occupé et, après lui, l'église chrétienne avait reçu un pape à coté duquel ce Jean XIX est presque un modèle de justice et de vertu. C'était un neveu des deux derniers papes , un fils d'Alberich , qui n'était pas encore arrivé à Page d'homme , et il s'appela Benoit IX ; il n'arriva à cette hante dignité que par l'or et les coupables intrigues de son père et de ses parents; et il ne rougit pas de souiller le pontificat par les actes les plus insolents, les plus impudents, les plus ignobles. Dans le fait, c'est pour l'homme qui pense un sujet de pro-
fonde affliction que de voir d'aussi affreux abus, et des insultes aussi impies aux sentiments les plus sacrés; mais aussitôt son àroe se relève par celte observation que même de semblables ignominies ne peuvent détruire ni même affaiblir la foi aux choses réellement saintes. Voilà combien était profond le désir de'sortir de ces agitations, et combien était vil le besoin d'un appui spirituel vers lequel pussent se tourner l'œil fatigué et le cœur torturé.
Aussi, dans cet éveil de la pensée , la tyrannie du système féodal agit immédiatement sur l'état des choses avec plus de force que de tels événements. L'esprit de liberté avait pénétré môme dans le monde des vassaux. Ce monde renfermait trois ordres. Au plus haut degré étaient les princes du pays, sur deux rangs: les. archevêques, les évêques, les abbés, comme princes ecclésiastiques; les ducs, les manjub, les comtes, comme princes laïques. Ils étaient vassaux de l'empire; l'empereur et roi était leur seigneur. Mais les services qu'ils rendaient à ce seigneur étaient des services mercenaires; leur fidélité envers lui était la fidélité de IVgoïsme. Ils tenaient à lui et agissaient en son nom pour assurer leur propre intérêt, pour se maintenir les uns à côté des autres et les nus contre les autres, pour s'élever, augmenter leurs possessions, étendre leur puissance. Était-il présent en Italie avec une armée, la craintede* armes tcutsches leur arrachait le langage «Ici* vérité et de l'humilité; mais dès que la craiote s'était évanouie, ou que l'empereur était retourné dans le Teulscliland, ils se regardaient comme les maîtres du pays, et ne s'inquiétaient plus de l'empereur qu'autant que cela semblait nécessaire pour pouvoir résister, en cas de besoin, à l'envie et à la jalousie des autres. Les vassaux qui possédaient des flefs sur I* territoire soumis à leur administration
étaient
tous considérés par eux comme leurs propres vassaux , pour lesquels c'était un devoir de leur obéir et de les soutenir dans leurs guerres pnj vées ; et , à ce qu'il semble , ils pouvaient d au- ! tant plus hardiment nourrir cette idée, que" l'absence de leur propre seigneur ils se hasardaient à punir et à récompenser, à donner et | à retirer des fiefs, et à poser telles exigence» : qu'il leur plaisait. Mais le grand nombre de | villes et de forteresses qui couvraient le p»î* rendait nécessaire d'y mettre des garnies, <•»
partie pour les,défendre pendant la guerre, en partie pour en tenir les habitants en bride et les faire rester dans l'obéissance et la soumission. Ces garnisons se composaient des hommes féodaux des princes. Anciennement peut-être ces hommes féodaux avaient alterné dans le service des villes, de manière qu'une partie restait dans ses terres, tandis que l'autre tenait garnison. Mais avec le temps, au milieu des orages continuels qui grondèrent sur l'Italie , et particulièrement depuis que l'esprit de liberté s'était éveillé chez les habitants des villes, on avait probablement renoncé à faire ainsi alterner les hommes. Les vassaux , qui ne devaient former réellement que la garnison des villes , on devinrent eux-mêmes habitants , et y vécurent avec leurs familles, tandis qu'ils faisaient cultiver et administrer leurs biens féodaux par des mains non libres. 11 se peut même que sur plusieurs points , selon les relations et les circonstances, tous les vassaux des environs d'une ville aient fixé volontairement ou par nécessité leur domicile dans celle-ci. Depuis cette époque, ces hommes féodaux avaient sans doute conservé le nom de vassaux ; ils portaient aussi le nom commun de gens de guerre; mais habituellement, peut-être parce qu'ils avaient à défendre les retranchements ( vallum ) et les murs des villes, ils furent appelés watvassores , et divisés en deux classes. Les chefs des watvassores y qui , en récompense de leurs services plus importants , obtenaient des fiefs plus considérables, furent considérés comme vassaux princiers immédiats, et reçurent le non» de hauts watvassores ou de capitaines ; les hommes féodaux ordinaires furent traités par ces capitaines comme s'ils étaient leurs vassaux et seulement vassaux médiats des princes. Aussi , par opposition aux hauts watvassores , les appela-t -on petits watvassores ou walvassmi. Parmi eux on comprenait aussi les fils des hommes féodaux qui faisaient, il est vrai, le service militaire pour acquérir des fiefs , mais qui n'en avaient pas encore. C'était sur tous les watvassores y bien qu'ils jetassent un regard de supériorité sur les autres habitants des villes ou sur le bas peuple, et qu'ils se tinssent fièrement isolés, que pesait réellement tout le fardeau du système féodal. Ils devaient combattre dans les batailles et soutenir les guerres privées des princes, et étaient exposés à leur arbitraire, et souvent même à leurs violences. Et si les hauts
watvassores se dédommageaient souvent sur les inférieurs, c'était sur ceux-ci que retombait tout le mal.
Or l'esprit de liberté dont nous avons parlé se répandit parmi les simples hommes féodaux ou watvassores ; et il est hors de doute que ce fut la vie commune dans les villes qui le fit naître. Ils ne voulaient nullement la destruction du système féodal pour transformer leurs fiefs en propriétés pures; une telle pensée était trop élevée pour ce siècle; mais ils voulaient se mettre à l'abri de tout arbitraire. Ils demandaient la possession assurée de leurs biens, et une détermination précise des droits de leurs seigneurs et de leurs propres obligations. Et bientôt les hauts watvassores partagèrent leurs désirs, et bientôt la division fut générale, de sorte que partout le plus petit lutta contre le plus grand.
L'espoir de la multitude reposait sur l'empereur. De même que les vassaux de Souabe avaient déclaré , avant la diète d'Augsbourg, qu'ils n'étaient pas tenus à suivre le duc sans condition, mais qu'ils appartenaient au roi qui av ait chargé le duc de les commander ; de même les watvassores d Italie pensaient qu'ils étaient les hommes de l'empereur , et qu'ils ne devaient que conditionnellcment obéir aux princes d'Italie et les servir. Ils demandèrent que l'empereur vint parmi eux , et décidât le différend par les voies légales. Si notre empereur, dirent-ils, ne veut pas venir, nous serons forcés de faire nous-mêmes la loi. kunrad répondit : Si l'Italie a soif de lois, j'apaiserai bien celte soif (5). Hlais il ne vint pas assez tôt pour prévenir un éclat. Sa lutte contre les Liutitzes, qu'il soutint peut-être avec tant de cruauté, parce qu'il voulait la terminer promptement a cause de Tllalie, retarda son expédition. Celle-ci exigeait aussi des préparatifs qui ne pouvaient s'achever en peu de temps ; il fallait prendre des mesures pour la tranquillité et l'ordre de l'empire teutsch. Du reste, toute cette affaire n'était peut-être pas encore claire pour l'empereur , et par conséquent il ne savait pas quel parti il devait prendre. Alors on en vint a des scènes sanglantes en Italie.
L'occasion de l'éclat fut donnée par Uéribert, archevêque de Milan. Ce prélat, homme de génie et d'énergie, distingué par plus d'une lwnne et glorieuse qualité , av ait perdu toute modestie et toute modération par suite du grand
bonheur qui l'avait constamment accompagne; parce qu'il avait réussi dans tant de projets, il ne pouvait pas même croire à un échec, ni supporter la moindre contradiction. Prince de l'Église et prince du royaume tout ensemble, il avait un orgueil qui lui étail propre, et qui se montrait tantôt dans le caractère du prêtre , tantôt dans le caractère du prince temporel , tantôt sous cette double forme. Par suite de la dégradation du siège apostolique, il pouvait sans peine regarder son siège archiépiscopal comme le premier du monde ; et sous le rapport de la puissance militaire, il ne le cédait, dans l'Italie supérieure, à aucun prince ecclésiastique ou laïque. De plus, la faveur dont il jouissait auprès de l'empereur Kunrad l'avait rempli d'une audacieuse conflance. Il avait été le premier des princes de son pays à saluer le roi des Teutschs roi d'Italie; par lui la cause de Kunrad avait été maintenue en Italie et favorisée. Il avait aussi marché en Bourgogne pour l'empereur avec une armée, et il avait contribué à la soumission de ce royaume. Pour prix de tels services, Kunrad lui avait, sans aucun doute, fait des promesses sur lesquelles il comptait, et accordé des fiefs dont il cherchait avec énergie à conserver la possession. C'est ainsi que Kunrad lui avait accordé, vraisemblablement à Constance, la nomination au siège épiscopal de l-odi ; et dès l'an 1027 il mit ce droit à profit; il éleva à ce siège vacant un ecclésiastique éminent de l'église de Milan, Ambrosius, en l'investissant par la crosse et l'anneau ; et les habitants de Lodi ayant refusé d'accepter pour évèque un homme qu'Héribert voulait leur imposer arbitrairement comme leur seigneur suzerain, contre les anciens principes de toute l'Église et contre tonte coutume , il prit les armes, et les contraignit, par la force et au milieu de grandes destructions, à recevoir son évéque. Et de même que de cette manière il causa une grande exaspération parmi les habitants de Ià>ô\ , de même il donna peut-être partout, par sa conduite, lieu à des haines et a des discordes. Toutefois, ne remarquant pas ou méprisant les dispositions des esprits, il persista dans sa voie , comptant sur son bonheur et sur la faveur de l'empereur.
Mais, l'an 1035, ayant arbitrairement dépouillé de son fief, pour des raisons inconnues, un homme puissant parmi les walvafsores , les walvassorcs se révoltèrent ouvertement contre
lui à Milan même. L'archevêqu» réussit , il est vrai , à battre les rebelles avec le petit nombre d'hommes qui lui étaient restés fidèles , et avec l'aide des bourgeois de Milan. Mais cette facile victoire ne lui rendit pas son ancienne puissance : les vaincus se retirèrent de la ville , et bientôt le feu de la sédition s'étendit dans toute la contrée, et bientôt l'on entendit retentir en tous lieux les armes de ceux qui demandaient des lois et un droit. L'orgueilleux prêtre fut effrayé de cette révolte, d'autant que les IValvat/tores , d'autres évêques et d'autres princes entrèrent en mouvement , et que le peuple de Lodi , dans l'espoir que le jour de la vengeance était arrivé , courut précipitamment aux armes. II céda donc. Il essaya de négocier, adressa çà et la des exhortations, et exprima dans un langage modéré de douces intentions. Mais en même temps il se ligua avec les autres princes d'Italie, ecclésiastiques et laïques, pour prendre en commun les mesures nécessaires, et ni lui ni ces princes ne négligèrent d'augmenter le nombre de leurs fidèles et d'agrandir leurs moyens. Les négociations avec les lf'alva*sores n'eurent pas de succès , en partie parce que les Walvassorcs n'avaient pas confiance aux paroles des princes, en partie parce que dans les tentatives de ceux-ci pour arriver à une réconciliation ils ne voyaient qu'une preuve do leur extrême embarras. Enfin les deux partis marchèrent l'un contre l'autre, et une bataille fut livrée entre Milan et Lodi. Elle fut terrible et sanglante, également malheureuse pour les deux partis ; et, loin d'être décisive, elle laissa toutes choses incertaines.
Cet état des choses en Italie n'était pas resté inconnu à l'empereur Kunrad ; il n'avait pas non plus regardé ces événements comme insignifiants. Bien plus, depuis son retour de la guerre contre les Slaves ses pensées avaient eu constamment pour objet une expédition an delà des Alpes. L'an t055 il déposa Adclbcrt, due de Carinlhie, qui sans doute ne parait avoir rien fait pour lui jusque alors, mais qui peut-être ne fut accusé de trahison que parce que dans les relations d'Italie il n'avait pas garde la position qu'il eût dû conserver. Kunrad donna bientôt après ce duché, avec la Marche de Vérone , au duc Kunrad, son cousin (4), qui jadis lui avait disputé la couronne, mais qui, instruit par l'expérience et dominé par la fortune de l'em- | pereur , avait renonce à ses anciens desseins ,
et était resté fidèle et
avait été préféré et qui se montrait digne de cette préférence. Par la l'empereur s'était assuré lentréc de l'Italie. Il fit plus encore. Son beau* lils, le jeune Hermann , duc de f'ounbe , qui , se rappelant le sort de son frère, restait sans réserve sous la direction de Kunrad , fut marié a une fille de Meginl'ricd , marquis de Snse; et l'empereur, indépendamment du duché de Souabe, lui donna le marquisat de Suse. Le mariage de son fils, le jeune roi Heinrich , avec la fille de Kanut , roi de Danemark , semble aussi avoir été hâté, parce que le roi réfléchissait à l'incertitude des choses humaines, et voulait assurer si maison avant d'entrer eu Italie, dans ce monde soulevé par les tempêtes. Pendant ce temps on fit tout ce qui semblait convenable ou nécessaire pour entreprendre cette campagne dès qu'il le faudrait, et la pousser avec vigueur. Aussi , lorsque, après la bataille sanglante et douteuse livrée entre Milanct Lodi, l'archevêque Héribert pria l'empereur de venir en Italie et de rétablir l'ordre dans son royaume , il était tellement prêt , qu'il put se mettre en route «lès la lin de l'automne de celte année. H célébra les fêtes de Noël a Vérone.