‹ Histoire d'AllemagneChapitre 62 sur 100 · B LIMON DU ROYAUME DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

B LIMON DU ROYAUME DE BOURGOGNE

A L'EMPIRE TEUTSCI1.

Do l'an 1030 à l'an 1035.

Pendant que ces événements aventureux et sanglants se passaient dans la forêt Noire, l'empereur avait commencé contre les Hongrois la guerre dont nous avons fait connaître les causes ; mais il était difficile que , même par la guerre, il visât à autre chose qu'à une paix supportable, s'il reportait ses regards sur le Teulschland septentrional et sur les Polon ai . Plus cette paix sciait vite conclue, plus clk* devait être agréable au roi. Aussi, pour ef-

IJV. XVII

frayer Etienne, roi de Hongrie, Kunrad pénétra avec vigueur dans ses États jusqu'au Raab , et parla, a l'égard des Hongrois, un langage ferme, menaçant, méprisant. En même temps, et sans doute à l'instigation de l'empereur, Drezislav , prince des Moraves , fils d'Othelrik , duc de Bohême (4 ), se jeta avec des bandes nombreu ses et avec une grande audace dans la Hongrie, contre la volonté de son père, qui, s'il ne violait pas la foi jurée, n'était pourtant pas favorable aux Tcutschs.

Ijc roi Etienne fut effrayé de cette double attaque, comme Kunrad s'y était attendu; mais la crainte ne l'amena pas , comme Kunrad s'y était également attendu , à ce point de faiblesse de solliciter la paix de l'orgueilleux empereur , qui avait élevé contre lui une guerre injuste. H ordonna des jeûnes et des prières dans son royaume pour implorer du Seigneur , en qui son âme mettait sa confiance , secours contre l'ennemi et protection pour son peuple. Et sa foi ne le trompa point. Ses Hongrois, en se retirant, ne laissèrent derrière eux qu'un désert. L'armée tcutschc ne trouva que des forêts, des fleuves et un pays désolé. Ce fut au tour de l'empereur à s'effrayer, et d'autant plus sans doute qu'Othclrik, duc de Bohème, ordonna aussi à son fils de ne pas combattre les Hongrois. Dans cet état de choses, il avait plus qu'Etienne besoin d'un accommodement tolérable avec ce roi. Il réussit à le conclure ; mais il est difficile de croire ce que l'on nous dit, soit de la manière dont se fit cet arrangement , soit de ses conditions. Il parait toutefois quo l'empereur, voyant bien qu'un traité ne pouvait être conclu par lui, parce que Etienne n'en faisait pas la proposition , et qu'il ne croyait point pouvoir la faire lui-même, s'éloigna et chargea d'arranger cette affaire des prêtres adroits, particulièrement Egilbert, évêque de Freisingcn , qui avait été chancelier sous Heinrich H , et qui , depuis la mort de Bruno , évêque d'Augsbourg (2) , était gouverneur du jeune roi Heinrich , fils de Kunrad H. Voici ce que l'on raconte : « L'empereur, hors d'état de pénétrer dans le royaume de Hongrie , tira , en pillant et en incendiant la frontière , une vengeance suffisante des injures reçues , et rétrograda ensuite pour achever en temps opportun ce qu'il avait commencé. Mais son fils , le roi Heinrich, à peine sorti de l'enfance, et qui était confié a Égil-

bert , évêque de Freisingen , reçut une ambassade du roi Etienne , qui demandait la paix. Heinrich l'accorda à Finsu de son père, et seulement d'après le conseil des princes de l'empire. Et certes c'était chez lui un acte de justice et sagesse de faire amitié avec un roi injustement blessé, qui pourtant demandait grâce volontairement. » C'est par ces assertions que se terminent les récits de la guerre de l'empereur Kunrad contre Etienne , roi de Hongrie.

En tout cas, la paix avec les Hongrois per* mit à l'empereur de marcher enfin contre les Polonais pour défendre ou venger l'empire de leurs insultes. Cette entreprise fut couronnée d'un grand succès ; mais Kunrad le dut vraisemblablement aux troubles qui désolaient la Pologne, et très-peu a sa propre puissance et à ses propres exploits. En effet , Otto , frère de Mjesko, s'était enfui chez les Russes, anciens ennemis des Polonais. De là il s'adressa à kunrad , et promit de se soumettre à la suzeraineté de l'empire teutsch, si l'empereur voulait soutenir une entreprise qu'il méditait, et si, par cette attaque commune contre Mjesko, il arrivait au souverain pouvoir en Pologne. L'empereur accéda à cette proposition ; mais avec la résolution évidente de ne rien faire lui-même de grand , mais d'enflammer seulement, d alimenter la guerre civile entre les Polonais, et d'en tirer parti. Il se rendit donc en Saxe; et dans l'automne de l'an 4031 il s'avança avec une petite armée , composée do Saxons, dans le pays entre l'Elbe et l'Oder, qne les Polonais occupaient. En même temps Otto se jeta de l'autre coté sur la Pologne , et son apparition parmi ses compatriotes causa , à ce qu'il paraît, un grand mouvement : car Mjesko s'était rendu généralement odieux comme prince par la violence de sa domination; et comme homme il s'était fait mépriser par l'immoralité de sa conduite. Dans le principe , l'empereur ne fit donc pas de progrès, et il ne pouvait en faire, parce que ses forces étaient trop peu considérables. Mais lorsque les conséquences de l'irruption du prince Otto en Pologne se développèrent avec un caractère de plus en pins dangereux , le roi Mjesko reconnut qu'il ne lui restait quelque espoir de se maintenir que s'il pouvait traiter avec l'un de ses ennemis, avec l'empereur. 11 s'adressa donc à celui-ci; et Kunrad , sans s'inquiéter de son allié , n'hé-

HISTOIRE Dli 1*EI'PI.E ALLEMAND.

sita pas à faire la paix. Mjesko rendit à l'empire le pays de Liusizi ( peut-être la haute Lusace), que lîolislav avait conquis, ainsi que quelques villes hors de ce territoire ; il lui fallut aussi rendre ou compenser le hutin, en hommes et en choses sans doute, que les Polonais avaient fait durant ces dernières années dans les limites de l'empire. Mais cette paix ne sauva pas le roi Mjesko. l'n mois à peine après qu'elle eut été conclue, il se vit forcé de prendre la fuite devant son frère et devant les Polonais révoltés. Il se rendit en Bohème auprès du duc Othelrik, qui lui-même s'était montré infidèle envers l'empereur pendant la guerre contre les Hongrois. Le nouveau prince des Polonais, Otto, qui, du reste, n'était pas, à ce qu'il parait, meilleur que Mjcsko comme prince et comme homme , envoya aussitôt la couronne et les autres insignes de la royauté à kunrad, bien que celui-ci ne se fût pas inquiété de lui, et lui promit humblement de lui rester soumis.

Ces événements inquiétèrent Othclrik , duc de Bohème. Il craignit que l'empereur ne tournât désormais ses armes contre lui pour le châtier de sa conduite douteuse ou de sa trahison. Il tenta donc aussi de rentrer dans les bonnes grâces de Kunrad. II offrit de lui livrer le roi Mjcsko, venu vers lui en suppliant. L'empereur rejeta cette offre faite sans pudeur et sans honneur. « Je ne veux point , dit-il, acheter un ennemi d'un ennemi. » Ce mot a été admiré; cependant il est facile de voir ce que l'empereur eût pu gagner en devenant maitre de la personne d'un homme qui n'avait plus ni soldats ni territoire, et dont pour cela même l'inimitié ne semblait plus être dangereuse. Mais les choses prirent tout à coup une tournure nouvelle et inattendue.

Otto, le nouveau prince des Polonais, fut assassiné , par un de ses affidés, selon les uns ; selon les autres , à cause de sa cruauté et de son inhumanité , à l'instigation de ces frères. Pourtant la première de ces assertions laisse tout dans l'incertitude ; et d'ailleurs Otto avait à peine eu le temps de donner carrière à son inhumanité et à sa cruauté. Mais peut-être s'était-il attiré la haine de son peuple , qui venait de se soulever pour lui et de contraindre son frère à s'enfuir du pays , parce qu'il s'était permis d'envoyer la couronne et le sceptre à l'empereur, au roi des Tcutschs détestés , pour se soumettra avec sa nation à- cet étranger.

Cette conjecture , fondée sur l'incontestable sentiment national des Polonais , semble confirmée par cette circonstance que Mjesko osa non-seulement revenir parmi son peuple aussitôt après la mort d'Otto, mais put encore rentrer en possession du pouvoir suprême. Mais Mjesko n'était plus le même ; ses forces étaient brisées ; sa foi en la fortune était anéantie. Il se crut aussi hors d'état de soutenir encore contre l'empereur une guerre que celui-ci , séjournant en Saxe , semblait préparer. Il chercha donc de toute manière , et particulièrement par l'impératrice Cisela, à gagner les bonnes grâces de Kunrad. Et celui-ci , dont les |>ensées se récriaient constamment vers le midi, ne pouvait non plus désirer la continuation de ces luttes désastreuses dans ces contrées dévastées et malheureuses. Il n'était donc nullement éloigné d'un arrangement honorable , tel qu'on semblait pouvoir l'obtenir maintenant. On tomba d'accord. Au mois de juillet de l'an 4052, Mjesko vint à la cour de l'empereur, à Merselnmrg. Il fut reçu avec bienveillance, et le traité , désiré des deux côtés , fut conclu.

Mais il est difficile de dire quelles en furent réellement les conditions. On assure que Mjesko se soumit à l'empereur , et s'obligea à un tribut; l'on assure aussi tantôt que l'empereur partagea la province des Polonais), tantôt qu'il partagea le royaume que Mjesko avait possédé seul en 'deux ou trois parties; [qu'il n'en laissa qu'une à Majesko et donna l'autre ou les deux autres à un ou à deux autres princes / | affaiblir la puissance de ce peuple (.T. Mais assertions sont conçues en termes si vagues qu'elles éveilleraient le doute , lors même que l'on n'y trouverait pas de contradictions. D'après l'état des choses , il Vest nullement vraisemblable que Mjesko se soit soumis en qualité de prince des Polonais au roi tcutsch, et qu'il ait fait de la Pologne entière un fief de l'empire tcutsch ; il est tout aussi peu vraisemblable que l'on ait donné a l'empereur , qui n'avait pas gagné la bataille sur les Polonais , qui n'avait pas occupé leur pays, qui,;bien plus, n'était pas même venu en Pologne, le droit de partager toute la Pologne en deux ou trois parties, et de les inféoder arbitrairement ; on doitplutôt croire'qu'il n'est question'que des pays situés entre l'Elbe et 'l'Oder, et peut-être aussi au delà de l'Oder, lesquels, conquis autre-

fois par les Teulschs, avaient été soumis à la suzeraineté tic leur empire, puis abandonnés, toujours sous celte suzeraineté , aux princes des Polonais , et enfin déclarés par Bolislav indépendants de l'empire teutsch : ces pays furent j ramenés sous la suzeraineté de l'empire , divi- l ses en deux ou trois parties, et les princes partiales, dont Mjesko était l'un, se soumirent à l'empereur. Au surplus, c'est là une cliose pou importante, parce que cette nouvelle institution ne dura que peu de temps, et que bientôt Mjesko redevint seul maître dans tous ces pays. Le résultat le plus important et le plus satisfaisant de tous ces conflits entre les Teulschs et les Polonais , fut qu'à partir de ce moment la tranquillité dura longtemps, et que le Tcutschland jouit, de ce côté, de la sécurité dont il avait besoin pour que les pays depuis l'Oder jusqu'à l'Elbe et même jusqu'à la Mulde , jusqu'à la Saale , ne fussent pas complètement changés en solitude , et ne perdissent pas même les germes d'un avenir meilleur. Les Teulschs renoncèrent à l'idée de faire des conquêtes au delà de l'Oder , et , dans le pays des Polonais , il s'était répandu des semences si fécondes de discordes intérieures , que de leur coté ils ne pouvaient être tentés de chercher de la gloire ou du butin dans des guerres contre les Teutschs.

Après être arrivé à cette paix avec les Polonais, Kunrad semble s'être arrêté à la résolulion de profiter de ces heureux événements pour terminer aussi les dissentiments qui exis- | taient encore entre l'empire et d'autres peuples slaves. Il voulut châtier Olhclrik, duc de Bohême , et forcer les Liutitzes à se soumettre.

Othelrik , en effet , avait encore une fois montré ses dispositions hostiles, et gravement provoqué la colère de l'empereur. Kunrad l'avait appelé à la même cour plénièrc de Mersebourg où Mjesko se déclara son sujet ; mais , au mépris de cet appel , il ne s'y était point présenté.

Quant à ce qui concerne les Liutitzes , il est difficile , peut-être impossible d'éclairer, même jusqu'à un certain point, l'histoire des peuples slaves des contrées septentrionales. Les monuments sont trop pauvres, les indications trop décousues. Précédemment on désignait sous le nom de Liutitzes un peuple particulier du Nord , qui habitait peut-être la Poméranie.

Maintenant on peut à peine s'empêcher d'admettre que ce nom est très-souvent employé pour tous les peuples slaves qui se maintenaient indépendants de l'empire teutsch. Peut-être était-il devenu si célèbre depuis que les Liutitzes ou Luitizes avaient donné le signal dn grand « t horrible soulèvement des peuples slaves contre la domination teutsche et contre le cler gé chrétien , soulèvement dont nous avons parlé plus haut; et peut-être cela explique-t-il pourquoi les Liutitzes sont toujours considérés comme des Slaves païens? Ce soulèvement fut , il est vrai, paralysé dans son cours ; les Teulschs aussi s'étaient avancés de nouveau fort avant dans les pays slaves ; mais probablement les Wagriens et les Abodrites seuls furent réellement vaincus et forcés à se soumettre. La guerre continua avec les autres peuples , que dès lors on nomme d'habitude Liutitzes, et elle se prolongea mollement et lentement pour le malheur des deux partis. Peut-être les incursions des Polonais dans les Marches teutsches avaientelles aussi iniliié sur cette guerre, sans que les Teulschs eussent profité de celte inllucncc. Dans les derniers temps, les Slaves, appelés Uutitzes, avaient regagné la rive de l'Elbe; ils passaient ce fleuve tantôt au dessus, tantôt au dessous de l'embouchure du llavel , et répandaient en Saxe le malheur et la ruine. Pour porter remède à cette désolation , l'empereur prit position près de Wcrbcn , et fit les préparatifs d'une expédition dans le pays des Liutitzes.

Sur ces entrefaites, on lui apporta la couronne du royaume de Bourgogne et les autres insignes de la dignité royale , avec la nouvelle que Rudolf, le dernier roi des Bourguignons , était mort le 0 septembre. Cette nouvelle , qui assurément n'était pas inattendue, mais qui pouvait surprendre , engagea l'empereur à ajourner ou à modifier ses projets : car il savait bicu que, s'il tenait la couronne de Bourgogne , il ne possédait pas le royaume lui-même, et qu'il ne devait pas rester longtemps absent , s'il ne voulait pas livrer à une puissance étrangère, au moment de le saisir, le prix de beaucoup de maux publics et d'un grand malheur domestique. Dans le fait , il accourut vers le Tcutschland méridional, prit sa résidence à Strasbourg, et y rassembla une armée avec laquelle il songeait à marcher sur la Bourgogne, malgré la saison avancée. Mais la nouvelle

année 4055 arriva avant qu'il lui fat possible de réunir cette armée; et cet intervalle fut assez long pour changer sous plus d'un rapport l'état des choses.

Odo ou Eudes, comte de Champagne, pénétra avec des troupes exercées dans le royaume de Bourgogne , qu'il s'était accoutumé à considérer comme son héritage. 11 réduisit sous son pouvoir une partie considérable du pays. 11 s'empara des forteresses de Neufchàtel et de Morat , y mit de fortes garnisons , et se rendit maître de plusieurs villes, tantôt par la force , tantôt par la ruse. Mais il ne trouva point le favorable accueil qu'il avait espéré recevoir de tous les Bourguignons : car la suite d'années qui séparait les premières négociations entre Heinrich II et le roi Rudolf et la mort de ce roi , n'avait pas manqué son effet sur les esprits, et la désunion et l'incertitude avaient pris la place de l'ancienne conûance. Aussi le comte Odo , bien que ce fût un homme résolu et audacieux , hésita-t-il à faire le dernier pas. 11 ne prit point la dignité royale ; et s'il est vrai qu'il dit à plusieurs reprises qu'il voulait être, non roi, mais lieutenant du roi, il est permis de croire qu'il ne prit position en Bourgogne que pour contraindre l'empereur à un accommodement en vertu duquel il obtiendrait du moins le gouvernement du pays , tandis que l'empereur en garderait la souveraineté. 11 croyait peut-être que la marche des choses humaines lui fournirait tôt ou tard l'occasion de tirer un meilleur parti de relations ainsi réglées, pour faire enfln valoir dans toute leur étendue ses droits sur la Bourgogne. Mais ses projets , quels qu'ils aient été , échouèrent tous.

Au mois de janvier , l'empereur partit de Strasbourg , et entra en Bourgogne en se dirigeant par Baie sur Soleurc. Il ne rencontra nulle part de résistance. A Péterlingcn se rassemblèrent autour de lui les grands et les petits vassaux du pays , aussi loin qu'il n'était pas occupé par Odo, et, le 2 février, ils le saluèrent et le couronnèrent roi. Cet heureux début inspira ^ l'empereur l'espérance de tout terminer promptement et d'un seul coup. Malgré le froid rigoureux de l'hiver , il mena son armée plus loin , et entreprit le siège des deux forteresses qui servaient de point d'appui à Odo, celles de Morat et de Neufchàtel. Mais c'était une entreprise d'une hardiesse trop folle ; la gelée

paralysa toute force : jeunes geus et vieillard se ressemblaient 'comme enveloppés de glace; hommes et bètes s'abattaient roidis par le froid Kunrad fut contraint de ramener son armée

à Zurich , pour qu'elle ne fût pas entièrement détruite. Affligé de ce retard , quoique plusieurs vassatu de la partie du pays occupée par OoV> se rendissent près de lui à Zurich , avec la veuve de Rudolf, et non sans danger, et lui prélassai serment de fidélité, il résolut au commencement d'une saison plus douce, de porter la hacbe aux racines de l'arbre, et d'attaquer le comte Odo dans ses possessions héréditaires. Et aie de ne pas entrer, par cette attaque, dans de mauvaises relations avec le roi de France , il prolita de l'imer pour tranquilliser et gagner ce prince. A cette époque, la France avait poar roi Henri 1er , fils de Bobert, petit-fils do Hugues Capet. C'était un jeune homme <i virou vini:t ans, qui n'avait pour lui que sa jeunesse ; il ■'avait ni volonté, ni énergie, ni goût prononcé, ni activité. Mais il nourrissait une certaine haine contre le comte Odo, parce que celui-ci avait pris parti pour sa mère , qui avait cherché à l'éloigner du trône pour y placer Bobert, son plus jeune frère. Poppo, abbé de Slablo, le détermina d'autant plus facilement à une alliante amicale avec l'empereur, que Kunrad promit de lui donner pour époiw dès qu'elle aurait l'Age convenable , sa fille Matliilde , dont la beauté était remarquable ! Mors l'empereur, sans que l'on s'y attendit et sans qu'on l'eu empêchât, entra dans les plaim> de la Champagne, tandis que le comte de ce pays préparait, dans les montagnesde Bourgogne, le* moyens par lesquels il espérait pouvoir prévenir les attaques des Teutschs. Odo fut effrayé de cetteinvasion de l'empereur sur ses terres héréditaires. I^»s Teutschs y exerçaient de terribles ravages, et il n'était pas en état d'y |>orter remède. Pour mettre avant tout un terme à cette désolation et gagner le temps «pie demandaient de meilleurs préparatifs de défense, il se rendu auprès de l'empereur, parut devant lui avec humilité , et promit , ce qu'il n'avait nullement envie de tenir, d'évacuer la Bourgogne et de donner à l'empereur toute satisfaction kunrad se laissa-t-il jouer par le comte Odo » désira-t-il seulement donner aux Bourguignon» l'occasion de manifester leurs passions , afin de les tranquilliser, et d'achever la formation de leurs factions , afin qu'il apprit à connaître sc>

amis et ses ennemis? ou bien encore, inquiété par d'autres relations, désira-t-il terminer le plus promptement possible celte affaire ? C'est ce que l'on ignore : mais il est certain que l'empereur accepta les offres d'Odo, reçut de lui le serment d'accomplir toutes ses promesses, se fit donner des otages, et repassa ensuite le Rhin avant que son adversaire eût évacué le royaume de Bourgogne.

Il courut de coté et d'autre pour protéger et ordonner autant qu'il le pourrait. Mais ce qui lui tenait surtout à cœur, c'était d'un coté la guerre désastreuse entre les Saxons et les Liutitzes, dont il avait à peine été témoin l'année précédente , et pour laquelle il n'avait rien pu faire, et d'un autre côté l'arrogance avec laquelle Othelrik , duc de Bohême , avait bravé son autorité impériale. Kunrad se rendit donc de nooveau en personne à Werben , en partie sans doute pour voir de ses propres yeux l'état des choses, en partie sans doute aussi pour faire mieux fortifier Werben, afin que ce château pût présenter quelque défense jusqu'à ce que, au printemps suivant, l'expédition projetée pût être entreprise; quant à Othelrik, il fit vraisemblablement armer contre lui, aOn de l'attaquer encore cette année. Mais le duc de Bohême , ébranlé par le bonheur de l'empereur en Bourgogne, et frappé de ses armements, crut ne pas devoir pousser plus loin sa vieille insolence. Dans l'espoir d'apaiser par sa soumission la colère de l'empereur, il quitta son pays , vint dans le Teutschland, et se montra à Werben. Mais il se vit cruellement déçu dans ses espérances. L'empereur lui fit faire son procès; convaincu de trahison , il fut envoyé en exil. Voilà comment l'empereur atteignit en apparence l'un des buts auxquels il visait. Quant aux Liutitzcs, il fallut encore une fois ajourner la guerre contre eux.

Le comte Odo de Champagne abusa de la confiance de Kunrad. Lorsque celui-ci se fut retiré de ses terres héréditaires, il n'abandonna nullement la partie du royaume de Bourgogne qui était déjà entre ses mains, mais il chercha à se fortifier mieux encore ; il semble même avoir cherché à disposer par la ruse , par l'intrigue, par des artifices de toute espèce, l'autre partie, dont Kunrad avait déjà reçu l'hommage , à se détacher de l'empereur. L'empereur crut devoir prévenir cette perfidie avec autant de promptitude que d'énergie, pour

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terminer enfin l'affaire de la Bourgogne. C'est pour cela qu'il ajourna l'entreprise contre les Liutitzcs; et pour le printemps de l'année suivante, 1034 , il leva deux armées qui devaient pénétrer de deux cotés en Bourgogne. Avec l'une de ces armées, formée de Bavarois et d'Allemanni, il entra lui-même du Teutschland en Bourgogne; l'autre, formée dans l'Italie supérieure , et ayant à sa tète Héribert , archevêque de Milan, et le puissant Boniface, marquis de Toscane, élevé par l'empereur à cette dignité, remonta le val d'Aoste, franchit les neiges éternelles du Grand-Saint-Bernard , et enfin , sous la direction de Hubert , comte de Mauriennc, atteignit heureusement les bords du Rhône. Partout où l'empereur se montra il fut salué comme seigneur et roi; les villes ouvrirent leurs portes; les forteresses tombèrent. Morat seul , où le comte Odo avait jeté ses plus vaillants guerriers, tint bon. A Genève, l'armée italienne opéra sa jonction avec l'armée teutschc. Alors les partisans d'Odo s'enfuirent de la partie occidentale du pays, comme il s'était enfui lui-même; et partout où la résistance fut essayée elle n'eut ni durée ni succès. D'autre part , les princes et les seigneurs accoururent se soumettre au plus puissant et au plus heureux. Kunrad s'avança au milieu d'eux , la couronne de Bourgogne sur la tête , et reçut leurs hommages et le serment de fidélité. 11 ne jugea pourtant pas superflu de donner à la fidélité un lien plus fort que le serment, que ces seigneurs refusaient aussi rarement qu'ils se le rappelaient. Il se fit livrer un certain nombre des hommes les plus considérables comme otages de la loyauté de cette promesse. Et comme ensuite le marquis Boniface avait aussi forcé le château de Morat et fait la garnison prisonnière , toute la Bourgogne reconnut l'autorité de l'empereur et roi des Teutschs, de sorte que Kunrad put désormais regarder cette œuvre comme terminée, et sa quatrième couronne comme affermie sur sa tête.

Voilà comment fut ajouté à l'empire teotsch tout le pays des Hanles-Alpes, que la nature semble avoir jeté là comme éternelle limite de trois grands pays, autant pour favoriser le développement de la nationalité des peuples, sans laquelle une véritable civilisation est impossible, que pour faciliter les communications des hommes entre eux, grâce à de

grands fleuves. ta frontière de l'empire teutsch à l'ouest s'étendit désormais de l'embouchure du Rhône , en remontant ce fleuve et la Saône, et en tournant au nord , à la Meuse; puis, en descendant la Meuse, vers l'Escaut, jusqu'à l'embouchure de ce. dernier fleuve. Tout le royaume qu'avait jadis obtenu l'empereur Lothar, fils de Ludwig le Pieux, lorsque, deux cents ans auparavant , il avait partagé avec ses frères Ludwig le Teutsch et Karl le Chauve le puissant empire fondé par Karl le Grand, tout ce royaume appartint désormais à celui qui était alors échu à Ludwig le Teutsch, à l'empire teutsch, que de son temps on appelait France orientale; et le troisième royaume dont Karl le Chauve fut roi , la France occidentale , la France proprement dite, disparut presque devant la masse de territoire sur laquelle s'étendit maintenant le nom teutsch. Mais la majeure partie de cette conquête donna plus de gloire que de puissance. A l'exception de la Lotharingie et de la partie orientale de la Bourgogne, qu'habitaient des Ailemanni, ces acquisitions étaient contraires à la nature. Combien de temps la Lotharingie elle-même avait-elle penché tantôt d'un côté, tantôt de l'autre! Et pouvait-on dire maintenant qu'elle s'était réellement identifiée avec le reste du Teutschland? Quant à l'Italie , elle luttait, elle se tournait en tout sens, elle rampait; elle ne tenait au Teutschland que par toutes les passions ignobles, tout en s'efforçant de rompre avec tout ce qu'il peut y avoir de bon , de noble et de louable dans un peuple : cela résulte incontestablement des observ ations que nous avons faites jusqu'ici sur les relations de l'Italie avec le Teutschland. Et la Bourgogne ? Ce pays avait été attaché durant trois ou quatre siècles à l'empire teutsch sans avoir aucune affection pour lui, à l'exception de la contrée au delà du Jura , habitée par des Ailemanni. Et pourquoi les vassaux auraient-ils dédaigné de se ranger sous le nom impérial , qui en tout cas était le plus brillant? D'ailleurs celui-là n'a point de maître , qui n'a pas besoin d'obéir. Les villes, là comme partout, attendant leur temps, suivaient leurs propres voies, et devaient approcher plus près du grand but de la liberté , à mesure que l'esprit humain se fortifiait et que la civilisation devenait plus grande. Du reste, la Bourgogne ne fut pas

Teutschland, comme nous le raconterons en son lieu. Et pourtant sa séparation du Tcutscliland exerça sur l'esprit humain une action plus forte que n'en avait exercé sa réunion à cet empire.

Kunrad, tenant compte moins du revenu que la Bourgogne donnerait à lui et à l'empire, que de son honneur et de celui de ses couronnes, repassa le Rhin avec joie, et là une autre satisfaction l'attendait. Avant d'entreprendre son expédition de Bourgogne , il avait célébré les fêtes de Pâques à Ralisbonnc. lit Othelrik, que l'année précédente il avait dépouillé du duché de Bohême et envoyé en exil, se présenta devant lui pour implorer sa grâce. Kunrad , qui ne pouvait prévoir quelle résistance il rencontrerait en Bourgogne , s'était réconcilié avec Othelrik. Il avait toutefois divisé la Bohème , n'en donnant que la moitié à Othelrik , et l'autre moitié à Jaromir, frère de ce prince. Mais à peine Othelrik était-il revenu en Bohème, qu'il s'était mis à faire la guerre à son frère , et, après l'avoir vaincu , il avait exercé sur lui les plus horribles cruautés. Aussi, pendant que l'empereur se trouvait en Bourgogne, le jeune roi Ueinrich avait entrepris une expédition en Bohème , pour châtier le duc criminel et faire respecter les décisions de son père. Sous les ordres, ou du moins sous les yeux du jeune roi , les Teutschs avaient glorieusement combattu; Othelrik, dont au reste la fin est enveloppée de ténèbres impénétrables , fut vaincu, et le fils de Kunrad v int apporter victorieux à son père , qui revenait également victorieux , la nouvelle de son heureuse entreprise contre les Bohèmes. C'est là la nouvelle satisfaction qui attendait le roi.

Kunrad crut d'autant plus qoe le moment était venu d'en finir aussi avec les Liulitzes. Son désir toutefois parait avoir été de calmer par des v oies pacifiques ces malheureuses querelles , et d'amener sans combat ces Slaves à reconnaître la suzeraineté de l'empire teutsch; du moins fit-il de Werben une tentative pour arranger cette affaire par des négociations. Les Liutitzcs déclinèrent toute responsabilité de tousces malheurs : ils prétendirent qu'une impérieuse nécessité et les mauvais traitements intolérables auxquels ils étaient exposés les avaient seuls décidés à se soulever et à faire

acquise par de grands et glorieux exploits ; elle usage des armes. Ils offrirent de confirmer cette fut perdue sans gloire et sans activité pour le | assertion par un jugement de Dieu. Kunrad,

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