‹ Histoire d'AllemagneChapitre 92 sur 100 · V. XVIII, CHAI». XIII · texte numérisé non relu

V. XVIII, CHAI». XIII

divers corps peu éloignés les uns dos autres, j l^cs Souabcs, le duc Kudolf à leur tôle, prirent la première place pour engager l'action. Même daus les anciens temps, disaient-ils, les Souabes avaient précédé tous les autres Tcutschs; aussi réclamaient-ils comme un privilège l'honneur de soutenir le premier choc , le choc le plus rude. Le roi se trouvait, avec le cinquième corps, entouré d'une troupe de jeunes hommes les plus vaillants et les plus magnifiquement armés , et dont la fidélité était sans tache. On se porta ainsi en avant.

Les Saxons, formant plusieurs divisions, étaient campés sur l'Unstrut , dans le voisinage de Langensalza, de telle sorte que leurs positions s'étendaient du couvent de Hohcnbourg sur la' rive gauche du ileuve , jusqu'à Noegelstadt sur la rive droite : car une partie de l'armée se trouvait encore assez loin en arrière sur l'autre rive. Comme ils savaient que le roi était arrivé le jour précédent à Elen, et comme ils ne pouvaient s'imaginer qu'une armée eût pu faire en un seul jour le chemin depuis Elen jusque dans leur voisinage , ils étaient parfaitement tranquilles et sans inquiétude, ne pensant à rien moins en ce jour qu'aux armes et au combat. Mais tout à coup ils remarquèrent d'immenses nuages de poussière, puis ils découvrirent l'armée royale tout entière s'avançant rapidement sur eux. Le trouble fut grand, l'empressement tumultueux, le cri aux armes universel , et ce désordre infini s'accrut encore , parce qu'avec d'amers reproches ces hommes se rejetaient la faute l'un sur l'autre. Il ne fallait pas songer à l'ordre et à la discipline. Un petit nombre seulement se montrèrent complètement armés ou étaient en état de s'armer complètement; la plupart étaient mal armés; plusieurs, dans leur terreur, oublièrent même de se couvrir de leurs vêtements. Chercher ses compagnons , la bannière sous laquelle il fallait se ranger, c'est ce qui ne fut possible a personne ; chacun se joignit à ceux à côté desquels le hasard le plaçait. Beaucoup perdirent aussi tout courage et tout sang-froid, et prirent aussitôt la fuite pour échapper à leur perte. Sous les mure de Hohcnbourg toutefois s'était posté un corps nombreux de cavaliers saxons. Ceux-ci, ne regardant ni à droite ni à gauche , maïs enflammés de colère et de rage, se précipitèrent en avant dans un farouche désespoir au milieu des bandes souabcs, qui étaient conduites par le duc Rudolf, m.

Et alors commença une lutte qui fut cruelle jusqu'à l'impiété : car ce n'étaient pas seulement des Tcutschs qui combattaient contre des Tcutschs , mais le frère levait ses armes contre le frère , et le fils contre le père , et de côté et d'autre Us se donnaient en aveugles des blessures et la mort. Les Souabcs n'auraient pu résister à l'impétueux assaut des Saxons, si le duc Welf n'était arrivé à temps avec les Bavarois. Mais ce renfort même fut impuissant à rompre la force du ressentiment qui animait les Saxons. Du javelot et de la lance on en vint aussitôt à l'épée; et, plus que tous les autres Teutschs, les Saxons savaient manier l'épée avec la plus grande dextérité. De plus, chacun d'eux était armé de deux ou trois épées. Beaucoup de vaillants hommes trouvèrent la mort dans la mêlée. Le markgraf Ernest d'Autriche, célèbre par plus d'une victoire sur les Hongrois, tomba grièvement blessé, et rendit le lendemain le dernier soupir. Le comte Engilbert , deux fils d'Eberhard, comte de Nellenhourg , beaucoup de nobles de Souabe et de Bavière, périrent misérablement par l'épée des Saxons. Le duc Rudolf fut, il est vrai, garanti par sa cuirasse de coups si dangereux , mais de nombreuses contusions témoignèrent du danger qu'il avait couru; et le markgraf L'do eût eu le crâne enlevé, si le coup n'eût été amorti par la force de son casque. Dans l'armée des Saxons , se signala par-dessus tous Otto de Nordhcim, autrefois duc de Bavière. C-énéral et soldat tout ensemble, entouré de jeunes hommes les plus vaillants, il se portait de tout côté, il était partout oû la lutte était le plus animée , se faisait jour à travers les rangs ennemis les plus serrés , et n'oubliait même pas au milieu d'une si affreuse boucherie d'exciter les braves et d'encourager les faibles par le souvenir de la liberté de la patrie et de la grande cause pour laquelle ils avaient pris les armes. La lutte était si douteuse, que déjà on s'attendait à voir fuir les Souabes et les Bavarois , et qu'A plusieurs reprises l'on annonça au roi que tout était dans le plus grand danger. Mais au moment de cet extrême danger, d'un côté le comte Hcrmann de Glizberg , et de l'autre les vassaux de l'évéché de Bamberg, tombèrent sur les flancs des Saxons, et maintinrent ainsi le combat. Enfin arrivèrent les corps de l'armée royale , qui étaient restés en arrière sous la conduite des ducs Wratisfav de Bohême el C.o-

zelo de basse Lotharingie ; et le roi en personne arriva avec sa troupe d'élite. Alors il ne resta aux Saxons d'autre ressource que la fuite. Ils firent volte-face, et se sauvèrent à bride abattue. Les vainqueurs les poursuivirent. On ne pouvait rien distinguer dans cette affreuse mêlée, et beaucoup d'amis furent massacres comme ennemis. Les fuyards furent poursuivis jusqu'à TUnstrut. Beaucoup de Saxons trouvèrent la mort dans ce fleuve. Le camp, qui offrait un riche butin , fut emporté d'assaut , et l'infanterie

saxonne, qui s'y était établie, et qu'on y avait oubliée, fut égorgée avec la plus grande cruauté, surtout par les Bohèmes. Les ténèbres de U nuit mirent seules un terme aux massacres, mais non au pillage.

Bientôt après le coucher du soleil, le roi quitta ce sanglant champ de bataille pour rentrer dan* son camp. Il ressentit une grande joie de cette déplorable victoire, et ceux auxquels il la devait le reçurent avec de grandes acclamations.

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