CHAH. XIII. MU
nuit la réunion et le pays, pour se ranger du côté du roi ; et parmi eux il s'en trouvait deux qui piécédemment avaient montré les dispositions les plus hostiles contre le Roi, et qui avaient effectivement contribué a exciter le soulèvement en Saxe : c'étaient Wilhelni, que son goût pour le luxe avait fait surnommer le Roi , et Friedrich de Bcrg. Des faits de cette nature épouvantèrent les Saxons qui tenaient encore à l'ancienne révolte. Aussi , pour réveiller l'esprit de sédition qui s'assoupissait, les princes dont le roi avait demandé l'extradition se mirent en avant, et déclarèrent dans un langage équivoque , commo toujours : « Qu'ils n'avaient pas violé la paix de Gcrstungen ; que, si le roi les tenait pour coupables, ils étaient prêts à prouver leur innocence sous toutes les conditions que Axeraient les autres princes de l'empire; que de plus ils reconstruiraient l'église de la Hartzbourg, et la rendraient plus magnifique qu'elle ne l'avait été auparavant; qu'ils donneraient aussi des indemnités pour ce qui avait été pillé ; que le roi pourrait leur ôter en argent et en terres tout ce que l'honneur et la dignité lui permettraient de leur ôter, pourvu qu'il épargnât à la Saxe les horreurs de la guerre, et remit dans le fourreau I'épéc qu'il en avait tirée. Bien plus , lors même que , dans sa passion , il rejetterait ces offres , ils ne prendront pas les armes contre lui; au contraire, ils iront nu-pieds au-devant de lui, ils lui présenteront leur poitrine découverte, et souffriront tout ce qu'il voudra leur faire souffrir. » Les envoyés du roi partirent avec cette déclaration, et, de leur coté, les Saxons chargèrent des dépntés nommés par eux de recevoir la réponse du monarque. Mais licinrich , auquel ce langage déplaisait, et qui remarquait en même temps que les princes saxons continuaient à mettre tout en œuvre pour faire retomber les autres princes de l'empire dans leur ancien aveuglement, n'écouta point ces paroles, et renvoya sèchement et froidement les députés des Saxons. De nouvelles tentatives eurent le même résultat. Le roi tînt bon , et les princes qui s'étaient déclarés pour lui ne chancelèrent pas.
Dans cet état de choses, les princes saxons cherchèrent à enflammer les esprits de leur peuple et du peuple des Thuringiens par toutes les pratiques religieuses que l'Église catholique a imaginées pour les moments critiques et pour
les jours de danger. Us poussèrent les choses au point , que les hommes erraient couverts d'un cilice et de cendres, qu'ils jeûnaient, répandaient des aumônes, remplissaient jour et nuit les églises, et cherchaient par d'ardentes prières, par des pénitences et par des vœux, à apaiser la colère de Dieu, à s'assurer son assistance. En même temps furent partout organisées de petites réunions pour exciter encore plus les àmes, et l'on répandit le bruit que les Liutizcs eux-mêmes et les Polonais avaient offert leur secours aux Saxons , soit immédiatement contre le roi , soit du moins pour repousser une invasion des Danois. Enfin il fut ordonné que l'armée des Saxons et des Thuringiens se trouverait rassemblée à Lupczen , endroit dont la position est inconnue , le môme jour que l'armée royale serait réunie il Breitenbach.
Au temps fixé, les deux armées se trouvèrent aux lieux désignés. L'armée royale était si forte et si belle, que, selon l'opinion commune, il n'en avait jamais encore été réuni de semblable dans l'empire teutsch. Tous les évêques, tous les ducs , tous les comtes , tous les personnages revêtus d'une dignité temporelle ou spirituelle, avaient employé les dernières ressources. Un petit nombre seulement avaient été retenus parune gèneextrême, et re petit nombre même envoyèrent leurs vassaux en grand nombre. C'est ainsi que le roi permit nu vieux Hanno de Cologne de rester dans ses foyers , plutôt assurément parce qu'il n'avait pas de confiance en lui, que parce que l'archevêque avait de la répugnance à porter les armes contre son frère 1 évêque de Magdcbourg , et contre son parent lévèque de Halberstadt. ï/évèque de Liège fut dispensé du service militaire , en partie parce qu'il se sentait épuisé par une longue maladie, en partie parce que, durant la guerre , la reine Bcrtha était mise sous sa protection. Quant à l'abbé Widerad de Fulda , il boitait dès sa jeunesse ; depuis deux ans il était paralytique, au point qu'il ne pouvait changer de place qu'appuyé sur une canne ou porté sur les épaules de ses serviteurs. Pourtant il se vit forcé d'assister à l'expédition. La fatigue , dans les chaleurs de l'été, e[ quoiqu'il allât en voiture, anéantit aussitôt ses dernières forces et le fit mourir. D'autre part l'armée des Saxons et des Thuringicns était aussi très-forte. Les éclaireurs du roi lui annoncèrent qu'en nombre et en armes cette
armée égalait la sienne, et que pour le reste elle était supérieure; que, peu soucieuse de h multitude de ses ennemis , bien pourvne do tontes les munitions nécessaires , elle était tranquillement campée et assurait sa santé a l'ombre de ses tentes. Toutefois l'entourage du roi méprisa cet avis. Dans l'opinion de ce» hommes, un front de fer et de diamant ne pouvait résister à leur multitude et à leur bravoure ; ils étaient des guerriers consomme qui, choisis avec soin par chaque prince, avaient passé toute leur vie sous les arme* quant à leurs adversaires, les Saxons et le. Thuringicns , ce n'étaient que des hordes grossières, accoutumées à la charrue plus qui l'épéc; et, s'ils étaient entrés en campagne, or n'était pas qn'ils fussent animés d'un esprit belliqueux, mais parce qu'ils tremblaient devant leurs princes. Avant même que la lutte serait engagé, le bruit seul et les cris des bandes qui s'avanceraient contre eux devaient les mettre en fuite.
Dans cette confiance, le roi se précipita pins avant , afin de décider l'affaire aussi prompt**ment que cela serait possible , avant que les Saxons ne pussent amener dans son armée un changement de dispositions. Il la mena le premier jour à Elen ; le second jour, le 9 juin, on doublant l'étape, de grand matin , jusqu'à Bcringen. Là on dressa un camp pour se refairr. Le roi lui-même se coucha pour se reposer. Tout à coup Rudolf, duc de Souabe, vint \crs lui: les Saxons étaient tout près; soit par négligence, soit qu'ils n'eussent pas été informés de l'arrivée de leurs ennemis, ils s'étaient livres aux plaisirs de la table et du jeu ; si on laissait passer ce moment sans en profiter, jamais il ne serait possible d'effacer la honte; qu'il lui plût donc, puisqu'il lui restait la plus grande partir de la journée , attaquer aussitôt les Saxons en pleine campagne, on , s'ils ne se rangeaient pas en bataille, emporter leur camp d'assaut. A ces mots, le roi s'élança de son lit , remercia le duc avec un vif contentement , et lui déclara devant Dieu qu'il se rappellerait à tout jamais cette preuve de sa fidélité. Puis tous deux, sans perdre un instant , donnèrent le signal du combat , et la multitude se répandit au loin dans les campagnes. Les chefs coururent de côté et d'autre, et disposèrent leurs guerriers. Mais, comme la nature du sol ne permettait pas une attaque générale, l'armée fut échelonnée eu