AVANT-PROPOS. XXV
dont les froids rayons éclaireraient seuls le monde vivant de l'histoire. En m'élevant à ces hauteurs, je craindrais de jouer le jeu d'un adversaire. On peut servir aussi chez nous la vérité en servant son pays. Nous sommes appelés à nous défondre, il ne faut pas nous le dissimuler, dans lo passé comme dans le présent. Empruntons, si Ton veut, les procédés de l'érudition allemande, mais comme on emprunte les perfectionnements des armes de ses voisins, pour les tourner à son usage. Ce n'est pas de trop que la science française elle-même, qui avait autrefois et qui a encore de si beaux modèles, contribue aussi, pour sa part, à raviver le sentiment national un instant peut-être affaibli chez nous. Ce que le pays perd en étendue, il doit le regagner en énergie morale.
Répondrai-je aux attaques de la presse allemande, qui n'a rien trouvé de mieux que de traiter de renégat CabtrunnigJ un écrivain né à Paris et de parents, depuis bien des générations, français, parce qu'il porte un nom d'origine germanique? Il faut que les Allemands, nés d'hier à la vie nationale, se rendent encore bien peu compte de ce qu'est le patriotisme pour tomber dans de semblables méprises. Ni la naissance, ni la langue, ni la géographie, quoiqu'elles y puissent contribuer, ne sont la plus vraie et la plus pure source de cette vertu qui fait la force des