‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 14 sur 46 · AVANT- PROPOS, XXIII · texte numérisé non relu

AVANT- PROPOS, XXIII

pied avec ceux qui veulent bien me lire? Je sais, autant que personne, combien le tact et la mesure, en ce point, sont difficiles à observer ; j'ai fait tous mes efforts pour y réussir (I). On revient de l'éblouissèment que produit la science germanique et de l'attrait qu'exerce la bonhomie allemande, surtout depuis que la Prusse y a mis la subjectivité.

Si je respecte scrupuleusement la vérité histori-

(1) Je regrette, sous les réserves faites plus haut, de ne pouvoir admettre toutes les observations de détail qui m'ont été faites. J'ai fait droit à quelques-unes , dans la nouvelle édition du premier volume. Mais, par exemple, comment vouloir que j'écrive l'histoire des Théotisques, au lieu de celle des Allemands, et que je restitue, malgré l'habitude, beaucoup de noms allemands à jamais pour nous francisés. Ne faisons-nous pas bien de dire Clovis, puisque les Allemands eux-mêmes ne se décident pas entre Hlodowig, Chlodowich et C/ilodovech? Faudra-t-il écrire l'histoire des Heinrich, des Friederich et des Wilhelm, au lieu des Henri, des Frédéric et des Guillaume, etdir&Cœln, Mainz, Strasburg, et môme Nanzig pour Nancy, ou Verden pour Verdun. Nous écrivions autrefois bravement d'une rivière alsacienne la Loutre au lieu do la Lauter, et cela n'en était peut-être pas plus mal. Pourquoi vouloir me faire commettre des erreurs sur le jury, le mundium, la dot, etc.? Ne nous germanisons pas trop nous-mêmes, sous peine de perdre aussi une force. Parlons allemand, s'il se peut, mais ne soyons pas Allemands; jugeons le fruit, non à l'écorce, mais à la noix. Tâchons, les uns et les autres, de corriger les fautes d'impression que nous font commettre, en allemand, ces pauvres ouvriers français, que nous ne saurions cependant jamais trop remercier pour les peines que nous leur donnons. Ne peut-on aussi proclamer l'Allemagne la patrie de tout penseur, sans sentir que la France est la vraie patrie de tout Français ?

:;xiv AVANT-PROPOS.

que, pourquoi vouloir m'imposer d'écrire l'histoire de l'Allemagne au point de vue le plus exclusif des Allemands? Autant vaudrait me condamner à faire la simple traduction d'une histoire allemande, que peu de lecteurs français pourraient supporter. Les histoires ne sauraient-elles être écrites que par des nationaux, toujours juges et parties, et n'est-ce pas une nécessité que les peuples se contrôlent dans les histoires qu'ils écrivent les uns des autres, comme c'est une nécessité pour eux qu'ils se balancent et s'équilibrent les uns les autres dans la politique? Cela m'a conduit plusieurs fois à discuter, sur plusieurs points» les opinions de quelques historiens allemands, surtout des plus récents. Je l'ai fait le plus rarement et le plus modérément possible, mais je n'ai pas cru pouvoir me dispenser toujours de l'essayer. N'est-ce pas achever de peindre un peuple, que de faire connaître aussi l'opinion qu'il a ou celle qu'il veut donner de lui-même, et cela ne faisait-il pas aussi partie de ma tâche?

Que les admirateurs passionnés de cette Allemagne, qui a proclamé récemment que la science « devait être avant tout nationale et allemande, » opposent, s'ils le veulent, à cet excès une sorte de science impersonnelle, indifférente et cosmopolite, qui ne ferait aucune différence entre les peuples, e<

Page 1