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comme au retour d'une batterie de rempart (I). Je ne le nie pas. Mais cette œuvre de circonstance n'était-elle pas une réponse à tout un système de littérature historique agressif et hostile, savamment préparé et pratiqué contre nous, en Allemagne, sans provocation, dès longtemps avant la guerre? et, lors même que j'en eusse été capable, était-il bon de n'opposer qu'une t froide ou dédaigneuse indifférence » à cette guerre anticipée de la science , à cette invasion avant l'invasion, au risque de la laisser passer inaperçue, et sous le prétexte dune « générosité » qui ne serait certainement point sentie. Un livre garde toujours l'empreinte des circonstances au milieu desquelles il se produit. Le mien porte sa date; c'est celle, non certes de sa composition, qui remonte beaucoup plus haut, mais de sa publication seulement. Combien j'aurais voulu n'avoir pas à en tenir compte !
L'observation qu'on m'a adressée serait plus grave si elle retombait sur le livre lui-même. 11 n'est
(1) M. T. Tous^enel, un ancien maître, de qui je liens l'idée première de celte Histoire, et qui l'aurait si bien exécutée, s'il l'avait voulu. Combien il m'a été doux de voir se joindre à ses encouragements ceux de tant de mes élèves dont la sympathie publujui u j m'a pas fait défaut.
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d'efforts, en effet, que je n'aie faits, ici comme ailleurs, pour bannir de ce sujet « toute haine ou tout amour > qui pourrait altérer la connaissance ou l'exposition de la vérité. Mais combien l'application de cette règle est parfois délicate et difficile! L'exemple de Tacite lui-même, qui en avait trouvé l'expression forte et concise, sine ira et studio, ne nous le montre-t-il point? Et, si nous ne lui en voulons pas d'avoir laissé éclater ses généreuses haines contre le despotisme des mauvais empereurs de Rome, ne lui pardonnons-nous pas aussi beaucoup la prédilection qu'il laisse percer, dans la Germanie, pour les vertus barbares en face de la corruption romaine.
C'est que Tacite n'a pas altéré sciemment la vé > rite des faits en laissant ses plus nobles passions se faire jour dans l'expression et comme dans l'accent de ses immortels ouvrages. Non! On étudie, oh connaît avec son esprit, et il doit rester impartial ; on écrit, autant qu'on le peut, avec son cœur, et il n'est pas défendu à celui-ci d'être sensible. Un critique anglais, bien placé pour être impartial, quoiqu'un peu saxon, n'a-t-il pas trouvé la juste mesure de l'observation qui peut m'être appliquée? Il n'accuse, dans mon Histoire, ni les faits de manquer de fidélité, ni le dessein général de pécher par là
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vérité, il y revient plusieurs fois; c'est, en somme, contre la couleur qu'il proteste. It is almost wholly the colouring against which we protest ihvoughout (4). C'est là une question de tempérament. Pour se faire pardonner d'avoir cédé à cet entraînement, Tacite avait le génie qui peut légitimer la passion amour ou colère, en la glorifiant. Quel historien, en mettant la main à la plume pour traiter un sujet qui touche de si près à son propre pays et aux événements même de son temps, n'envierait ce privilège?
Cet aveu une fois fait, je passe aux principales objections qui découlent de la critique générale,
M. Alfred Maury, dans une étude aussi érudite que judicieuse, insérée au Journal des Savants, me fait observer que c'est la barbarie elle-même que j'ai dépeinte en représentant l'ancienne Germanie sous des couleurs aussi sombres , et il n'a pas de peine à me convaincre que les anciens Gaulois, au temps où ils prenaient et saccageaient Rome ou Delphes, n'étaient pas meilleurs que les Germains, six ou huit siècles plus tard, quand ils attaquaient l'em-
(1) Le critique, que je remercie, y revient encore dans les termes suivants : Il is a perversion of colouring not of mère narrative. Baturday Review, l,r et 8 février 1 873.