‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 4 sur 46 · AVANT PROPOS. IX · texte numérisé non relu

AVANT PROPOS. IX

pire romain. Encore que les écrivains grecs et latins nous représentent les Gaulois et les Germains avec des qualités ou des défauts particuliers, qui tendent à établir des différences assez tranchées dans la barbarie même, comme il y en a dans la civilisation, je suis heureux de reconnaître, avec un juge aussi autorisé, que nous avons tous été barbares et que la civilisation est une affaire de temps. Mais, n'était-ce pas un peu mon droit, quand les textes et la critique m'y autorisaient, de rabattre beaucoup de l'estime que Tacite pouvait nous inspirer trop complaisamment pour la barbarie, même germaine? et, n'y a— t— il pas, dans les distances de temps considérables qui séparent les différentes étapes parcourues successivement par les Gaulois et par les Germains, de la barbarie à la civilisation, une preuve de plus de l'infériorité des seconds pour les qualités d'initiative et pour les dispositions à la culture ou l'endurcissement dans la sauvagerie, quoique cette infériorité puisse tenir encore à d'autres causes qu'à celles tirées de la race?

Je suis heureux d'avoir ramené l'attention sur cette thèse soutenue par MM. Guérard et Littré, et par d'autres savants français des siècles précédents, que la barbarie germaine n'est pas venu régénérer les races latines, et que la civilisation moderne ne

ÀVA.„f-PROPOS.

doit d'autre reconnaissance à l'invasion des cinquième et sixième siècles, que celle que l'on peut avoir pour un mal dont il a pu sortir, par mille causes indépendantes de sa nature propre, un plus grand bien. Dans un champ ravagé et rendu à l'état de nature, il peut renaître plus tard une moisson plus abondante et plus belle, sans que ces ravages mêmes en soient la cause, et les tiges qui reverdissent ou les fleurs qui s'épanouissent de nouveau sur les ruines ne viennent pas d'elles, parce qu'elles s'élèvent pleines d'espérance au-dessus.

On me demande ce que la civilisation romaine, & peu près épuisée et la civilisation chrétienne, encore jeune cependant, pouvaient produire, et Ton me rappelle l'exemple de l'empire byzantin qui survécut dix siècles à l'empire romain dans une honteuse et stérile agonie. 11 ne s'agit point de savoir ce que la société romaine et chrétienne serait devenue sans l'invasion, mais bien ce que l'invasion germaine | apporté directement, aux sixième et septième siècles, à cette société : des ruines! voila tout. Qu'on me montre autre chose, jusqu'au huitième siècle, que d'informes essais de gouvernement aussitôt abattus qu'élevés. Tous les siècles de barbarie du moyen âge viennent de là?

L'empire byzantin,, quel que soit son mauvais re-

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