‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 39 sur 46 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

lema^ne faisait naturellement jeter un coup d'œil d'envio à ses souverains du plateau de Langres sur le bassin de la Saône; et, depuis que l'ambition de rester maîtres de l'Italie les avait pris, ils comprenaient qu'un moyen de la tenir était d'avoir la vallée du Rhône et, par conséquent, les passes occidentales des Alpes, comme celles de l'orient. Aussi la politique impériale avait-elle cherché à atteindre ce but. Ce fut l'empereur Henri II qui y travailla le plus.

Henri II était, par sa mère, fille aînée de Conrad, l'ancien protégé d'Otton, neveu du roi actuel de Bourgogne, Rodolphe III, aussi faible d'esprit et de volonté que l'avait été son père, et, plus encore que lui, dans la dépendance de la cour allemande. C'était un souverain d'autant moins obéi de ses évêques, de ses seigneurs et de ses villes, que l'ambilion des empereurs allemands entretenait toujours entr'eux l'hostilité. Le malheureux Rodolphe, ayant au-dessus de lui l'empereur, et au-dessous la féodalité, était comme entre le marteau et l'enclume. Vivant d'aumônes, souffrant de révoltes incessantes, il prend, en l'année 1016, le parti de remettre, à Strasbourg, son royaume entier sous la suzeraineté de son neveu, l'empereur, et promet de ne rien faire sans son aveu. Mais Rodolphe a pris à peine cette résolution que sa noblesse et ses évêques lui reviennent, sans y mettre assez de constance cependant, pour l'empêcher de rapporter, dans une nouvelle occasion, à Mayence, sa couronne aux pieds de l'empereur, mais pour la reprendre encore de nouveau. Il était difficile à l'empereur Henri de faire reconnaître les droits qu'il prétendait ainsi gagner à la suzeiainelô de ce royau-

et de maximis rébus sine eius consilio non fiendis sccuntalcm fir- VI-2VÎL Ces termes sont assez values.

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me. D'une part, il trouvait une certaine résistance à ses projets dans la duchesse douairière de Souabe, Gisela. Celle-ci, nièce aussi de Rodolphe III, fille du duc de Souabe, Hermann II, espérait la Bourgogne pour son fils Ernest II, fils d'Ernest Ier, auquel elle avait apporté son duché. D'autre part, les évoques et les seigneurs de Bourgogne prétendaient avec assez de raisons que, dans les vacances du trône, c'était à eux à disposer de la couronne, comme cela avait eu lieu en Allemagne et en France.

Ce débat amena, par deux fois, l'empereur Henri II en Bourgogne, c'est-à-dire encore hors de l'Allemagne, en 4 0 16 et en 1018. Il y rencontra, pour principal adversaire, Olle-Guillaume, un descendant de Bérenger II, dernier roi d'Italie, qui, après une jeunesse pleine d'aventures, était arrivé à posséder de grands fiefs en Franche-Comlé. Dans sa première et dans sa seconde expédition, Henri no put qu'exercer des ravages odieux et inutiles dans la vallée de la Saône et jusqu'au Rhône. Au retour de la seconde, il faillit éprouver un désastre semblable à celui qu'il avait essuyé en Pologne, et toute sa consolation fut d'assister à la consécration de la cathédrale de Baie, bâtie alors dans cette ville par son riche évoque, et l'un des plus anciens monuments, dans cette contrée, de l'art roman. Le royaume de Bourgogne, comme celui de France, était un pays résistant à l'empire d'Allemagne.

Cette ambition était vraiment bien hors de proportion avec l'énergie, la santé de l'empereur et la puissance réelle de l'empire. L'évêque Dithmar, de Mersebourg, nous fait le tableau le plus lamentable des guerres privées qui faisaient rage dans toutes les provinces de l'Allemagne. Le témoignage des annales des monastères, qui perdent alors tout

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caractère général et se bornent presque toujours à relatef la querelle qui les intéresse le plus, l'événement et le malheur le plus proche, ne confirment qne trop l'historien contemporain, qui termine son ouvrage en se lamentant sur les malheurs du temps, qui ne l'épargnent pas lui-même (1). Les ducs sont aux prises avec leurs comtes, parce que la force est le seul droit et la propriété, à son tour, la seule puissance. Les seigneurs sont en lutte avec les évêques ou entr'eux. Il n'y a encore, en effet, aucune organisation, aucune loi régnante. L'empereur se transporte de tous côtés pour apaiser les querelles, et ne montre partout que les preuves de son impuissance. L'excommunication de l'évoque expire au pied de la muraille du donjon féodal ; l'épéo du seigneur s'émousse, sans faire brèche, à la mitre épiscopale, et la main de justice de l'empereur n'est qu'un vain épouvantail. On n'en saurait donner que quelques exemples.

En basse Lorraine, après la mort du fils de Charles, ce dernier Carolingien, guerre entre le duc Gottfried de Verdun et le comte Gérard, frère de l'impéralrice, et avec bien d'autres. Ce ne sont que surprises, brigandages, meurtres et rapts sans fin. Il y meurt un Walter, Y Incendiaire, ecclésiastique d'habit, brigand d'habitudes, qui avait perdu sa journée quand il n'avait pas rougi son épée du sang d'un homme ou incendié une église. Dans une île entre la Meuse et le Wahal, au centre de la vieille forêt de Merewed, un certain Thiedrich, parent aussi de l'impératrice, bâtit une forteresse (Dordrecht), véritable repaire de brigands, d'où

(1) Dithmar, VIII, 12. Voir les Annales Leodienses, Masomagenses, Quedlimburgenses, etc., et les Vitx Chuonradi, Meinwerki, Èalderici, «te.

il infeste tout le voisinage. L'évêque d'Utrecht, Athelbold, rassemble à Nimègue un concile d* évoques qui ordonne de détruire ce foyer de rapines et de rendre l'île à l'état de nature. Le duc Gottfried, à la tête d'une armée fournie par les évoques de Liège, d'Utrecht et de Cambrai, tente d'exécuter l'arrêt. L'armée ducale et ecclésiastique est assaillie de tons côtés. L'évêque Athelbold se sauve avec peine dans un canot; le duc est fait prisonnier. L'empereur est obligé de traiter avec ces brigands. Près de là, la fille d'un comte de Gand, de race saxonne, empoisonne une abbesse, sa sœur, pour avoir son monastère, fait assassiner un de ses fils par un seigneur châtelain, son amant, pour un château. Elle est accusée par un autre de ses fils, Meinwerk, devenu évêque de Paderborn; condamnée, elle résiste à ses ennemis, aux condamnations des synodes, et elle reposait en paix dans sa tombe de l'église de Saint-Pierre, à Cologne, quand on jeta ses cendres dans le Rhin.

La guerre suscitée par les beaux-frères de l'empereur, à propos de l'évêché de Trêves, ne finissait pas non plus dans la haute Lorraine. « Quel temps, dit le biographe d'Adalberon II, l'évêque, on maudit la vie, on ne désire que la mort, les villes sont dépeuplées, les villages en cendres, les bois, les vergers dévastés; plus de vignes; partout la guerre, le feu, la peste. Les nobles sont réduits à la mendicité et l'herbe pousse dans la maison de Dieu (1). » L'archevêque de Trêves seul parvint à terminer le conflit en oblenant de l'empereur la promesse de restituer la Bavière à son ancien duc, le frère même de la reine, qui l'obtint,

(1) Vita Adalber., II, c. xxvn. — Gesta Trevirorum, c. xxx tt

en elîet. Henri II, il est vrai, se dédommagea en Souabe, après la mort d'Ernest II, fils de Gisela; car il enleva l'administration de ce duché à celui-ci lorsqu'elle eut épousé, en troisièmes noces, le célèbre Franconien Conrad. L'appui des deux margraves du Nordgau et d'Autriche, que Dilhmar appelle les deux colonnes de l'empire, et celui des archevêchés du Rhin, tous entre les mains des Bavarois, lui rendit possible cet acte d'autorité; il témoignait à la fois de son peu de goût pour les mariages féodaux, qui élevaient dans son royaume des puissances rivales, et surtout pour le rapprochement de la Souabe et de la Franconio dans les mômes mains. Mais en confiant l'adminislration de la Souabe à l'archevêque de Trêves, Henri II donnait une preuve encore plus grande de sa confiance dans l'Église et de son obéissance à sa femme.

La Saxe cependant, sous le dernier prince de la dynastie saxonne, était peut-être encore le pays où la paix avait le moins élu son domicile, grâce justement à sa trop grande prédilection pour le clergé. Là, ieducBernhard II, descendant des Billung, ne pouvait rester en paix, avec son Eglise que l'empereur remplissait aussi de ses parents ou de ses amis, tirés de sa chapelle. Ainsi Gero était arrivé à l'archevêché de Magdebourg, Unwan, à Brème, Meinwerk, à Paderborn, amis particuliers du roi. Bernhard fut une fois obligé de venir demander, pieds nus, à l'archevêque de Magdebourg de lever l'excommunication lancée contre lui. Mais les guerres recommençaient toujours. L'archevêque de Brème fit entourer sa ville de murailles pour la protéger contre les entreprises du duc de Saxe. « C'était, assure Dithmar, comme s'il n'y avait point eu de roi et d'empereur dans le pays; » et, en effet, souvent Henri II n'y pouvait rien. Ces conflits, près de la frontière de l'Elbe,

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amenèrent une catastrophe qui fut particulièrement sensible au gouvernement d'Eglise de l'empereur.

Eckhard, le margrave de Misnie, était chargé, au delà do l'Elbe, de la surveillance des Lulizes, et, comme ils pouvaient servir d'alliés et de défenseurs contre les Polonais de l'Oder, l'empereur avait pris le parti de leur laisser leurs idoles qui leur étaient chères. Bernhard, duc de Saxe, au contraire, contenait ses voisins du bas Elbe, les Obotrites , en tenant la main à ce que leur duc leur imposât, sous les peines les plus dures, l'observance de la foi chrétienne qui pénétrait déjà chez eux , grâce à l'évèché d'Oldenbourg. Il en résultait, entre les Lulizes et les Obotrites, des guerres de barbares à barbares encore moins favorables, sur la limite des deux peuples, à l'établissement chrétien et à la prospérité des évéchés d'Havelberg et de Brandebourg, alors veufs de leurs évoques. Au milieu de ces difficultés, les missions avaient cessé. Tout à coup, en 4018, les Lulizes pénètrent chez les Obotrites, donnent la main aux païens de la peuplade, chassent leur duc chrétien, et, du vieux sanctuaire de Rhetra, déchaînent toutes les fureurs païennes contre le christianisme naissant. On renverse les croix, on rase les églises; l'ôvêché d'Oldenbourg est détruit ; Hambourg est encore menacé; les prêtres sont massacrés. On choisit soixante d'entr'eux à qui l'on fend le crâne en croix pour mettre leur cervelle à nu; on leur attache les mains derrière le dos, et on les expose ainsi aux rires féroces des païens jusqu'à ce que mort s'ensuive.

ces nouvelles terribles arrivèrent en Saxe quand l'empereur Henri H, poussé par les évoques saxons, recommençait à faire laguerre au ducBcrnhard qu'il assiégeait déjà dans Schalksbourg. Elles les réconcilièrent. Leurs armes réunies ne purent cependant encore rétablir, au delà de

l'Elbe, ce qui avait été détruit; et l'on peut dire que, sous Henri le Saint, l'œuvre du christianisme, au delà de l'Elbe, des Monts Géants à la Baltique, était moins avancé que sous Olton le Grand (1).

Il y avait des désordres auxquels le roi réussissait plus facilement à porter remède. On le voit, en 1020, assiéger, sur les bords du Rhin, le roc d'Hammerstein. Là s'étaient retranchés le comte Olton et la belle Irmengarde, un couple amoureux, unis par mariage à un degré de parenté interdit par l'Eglise, et qui refusaient de se séparer malgré la condamnation de deux synodes. Henri II resta trois mois devant ce château, jusqu'à ce qu'il eut amené les époux, par la faim, à merci.

Triste année cependant que celle de 1020 pour l'empire si l'empereur n'y avait éprouvé la joie la plus consolante. L'hiver fit mourir de froid nombre de créatures, et la chaleur subite qui suivit augmenta encore la mortalité. Le sol trembla en Saxe; l'Elbe et le Weser, refoulés par la mer soulevée, sortirent de leurs lits, se répandirent dans les plaines, transportèrent ou submergèrent des villages et laissèrent, en se retirant, une vase épaisse et noire d'où s'échappèrent des nuées d'insectes hideux et malfaisants. Mais Henri II, en cette année, apprit que le pape qu'il avait fait à Rome, Benoît VIII, passait les Alpes et venait lui rendre visite.

Ce fut dans sa ville chérie et sur sa pieuse fondation de l'évôchô deBamberg, que l'empereur Henri II voulut recevoir cet hôte auguste. Quelle occasion pour lui de consa-

(1) Dithmar, VITI, 4. — Vita MeinwerJd, c. clxv. — Adam de Bièaie, II, 41, 42.

crer de nouveau l'Eglise pour laquelle il avait déjà Innt fait et où ses restes mortels devaient reposer! Quand le pape approcha de Bamberg, quatre chœurs de prêtres allèrent le recevoir, avec des chants et des hymnes, aux portes de la ville. L'empereur attendait le pape au portail de l'éulise; ils s'y donnèrent un baiser fraternel avant d'y entrer. Le pape officia lui-même avec l'archevêque de Ravcnnes et le patriarche d'Aquilée, consacra l'Eglise et annonça à tous ceux qui étaient présents la remise de leurs péchés. Quelques annalistes ou chroniqueurs, frappés de la présence du pape et de celte solennelle cérémonie qui produisirent, d'ailleurs, comme un apaisement momentané des passions et une trêve de l'anarchie, entonnent une corte d'Alleluia. « Le paysan, dit l'un d'eux, est joyeux sur son sillon et le clerc au cloître. Chacun peut, en sûreté, jouir des dons que le ciel lui a faits, et, sous la puissance impériale, la pauvreté elle-même paraît riche

Tous les climats semblent à l'envi se soumettre à l'empereur, et le monde est fier d'une joie d'autant plus grande et plus méritée que c'est un don de Dieu (1). »

Ce n'était cependant point la paix et la prospérité que le pape venait apporter à l'Allemagne. Son voyage avait surtout pour but de décider l'empereur à faire encore une expédition contre les Grecs et les Sarrazins en Italie, malgré les souvenirs que celles d'Otlon II et d'Olton III avaient laissés. La guerre ne réussissait guère à l'empereur Henri IL Elle lui était pénible et il aimait mieux, dans les négocialions ou les synodes, apporter aux maux de son temps de

(t) Annales QuedUmburg . : Cunctamundi climata colla subdendo inserviunt, etc., etc.

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mystiques remèdes qui allaient mieux à son tempérament. Mais que faire de la sorte avec des schismatiques ou des infidèles? Henri H pouvait- il aussi ne pas mettre sa puissance au service de l'Eglise? La légende ici est d'accord avec l'histoire. Elle raconte que l'empereur Henri, arrivé un jour au couvent de Verdun, dont son ami Richard était abbé, s'écria avec le Psalmiste : « C'est ici mon éternel repos, ici que je veux demeurer, cela me plaît bien. » Richard, effrayé de cette résolution subite craignait que la retraite de l'empereur ne fût la ruine de l'empire ; il reçut cependant, au milieu de ses frères, le vœu d'obéissance de Henri II, mais il lui donna aussitôt pour premier commandement de retourner au gouvernement de l'empire. Le dernier des grands actes d'obéissance de Henri II à l'Eglise fut sa troisième expédition en Italie.

L'intérêt du pape, plus que celui de l'empire, fut la causo de cette expédition. Benoît VIII avait assez énergiquement compris le gouvernement temporel de Rome et voyait avec peine que l'empire de Byzance, à la suite ne révoltes heureusement comprimées dans le sud de la péninsule, avait repris pied dans la Pouilleet dans la Calabre. Le prince de Capoue, Pandolf H, autrefois vassal des Oltons, avait envoyé les clefs d'or de sa ville à Conslanlinople, et Landolf même, dans Bénévenl, se voyait menacé par la forteresse que les Byzantins bâtissaient contre lui à Troja. Des hommes puissants du midi étaient déjà venus demander des secours à l'empereur, quand le pape Benoît VIII, craignant peut-être pour Rome, se décida lui-même à aller à Damberg et entraîna en effet avec lui Henri II.

Ce fut aussi comme une campagne ecclésiastique. Le nouvel archevêque de Cologne, Pelegrim, les évêques

d'Augsbourg, de Bamberg, fournirent les principales forces. En passant les Alpes, Henri vit venir à lui le patriarche d'Aquilée, Poppo, Bavarois de naissance, l'archevêque de Milan, Héribert, l'évoque de Parme, lous deux aussi Allemands, d'autres encore. Le pape Benoît VIII rejoignit l'expédition quand elle traversa l'Italie. Elle était nombreuse. Bien accueilli à Bénêvent, Henri II assiégea luimôme Troja et envoya l'archevêque de Cologne , Pelegrim, contre Capoue et Salerne. Après trois mois de siège, les habitants de Troja envoyèrent les enfants en suppliants hors de la ville. « J'ai pitié de ce peuple, » dit l'empereur, qui le reçut en effet en grâce. L'archevêque força, de son côté, Capoue, Salerne, et reçut la soumission de Naples. L'empereur donna ces villes en fiefs à des hommes dévoués, et alla jusqu'au Mont-Cassin, pour y installer aussi un nouvel abbé. Mais il se hâta de revenir pour soustrairo son armée aux effets désastreux du climat, et il était en effet de retour en Allemagne, auprès de l'évoque de Paderborn, Meinwerk, son fidèle ami, au commencement d^>

Chose étrange et qui s'explique cependant, la dernière

année de ce roi-prêtre, qui, poussant à bout la politique

des Ottons, avait enrichi, honoré l'Eglise et gouverné avec

elle, pendant vingt ans, est toute remplie des querelles,

des plaies de l'Eglise qu'il s'efforce d'apaiser ou de guérir.

La féodalité laïque paraît paisible ; las de lutter contre eux,

Henri a laissé les ducs, les margraves et les comtes à leur

indépendance et souvent à leurs querelles. Mais l'envie, la

jalousie, la discorde, la lutte mettent les chefs de l'Eglise

aux prises. C'est ce qui pèse le plus à la fin sur son cœur.

L'archevêque de Magdebourg est en conflit avec l'évcque

d'Halberstadt; le nouvel archevêque de Mayence, Aribo,

avec l'évoque d'Hildesheim. L'archevêque de Cologne dispute à l'évoque de Liège la juridiction de plusieurs abbayes. Les terres qu'ils ont ou qu'ils convoitent, les droits auxquels ils prétendent, tels sont les objets de leurs querelles.

La corruption naît aussi de la richesse ou du pouvoir, comme les insectes malfaisants et les reptiles de la chaleur. Un concile tenu en Italie, par le pape Benoît VIII, commence à rappeler à la rigueur des canons les prêtres qui se marient et qui élèvent des enfants à l'ombre des sanctuaires. Quoique surveillée avec une austérité jalouse par un roi valétudinaire et sans enfants, l'Eglise allemande n'est pas exempte de ce péché. L'archevêque de Maycnce, Aribo, veut recourir aux anciens pouvoirs de la primalic, qu'il tenait de Boni face, pour resserrer les liens et raviver les vertus de l'Eglise allemande, et il serait entré en conflit, sur ce sujet, avec le pape Benoît VIII, si l'entente du pape et de l'empereur n'avait conjuré ce péril. On n'en surprend pas moins là les germes d'une maladie sociale, née de la richesse et de la puissance de l'Eglise devenue féodale et politique au commencement du onzième siècle.

Les terribles conséquences de ce mal ne devaient éclater qu'après la mort d'Henri II, sous une autre dynastie. Que ce roi-prêtre cependant ait été déjà préoccupé de difficultés dont il avait le sentiment, sans les comprendre encore, on ne le voit que trop dans les derniers actes de sa vie. Le mois d'août de l'année 1023 le trouve sur les limites de la France et de l'Allemagne, aux bords du Chiers, affluent de la Meuse, entre Ivois et Mouzon, en conférence avec le roi de France Robert le Pieux, fils de Hugues Capet. Il convenait au fondateur de l'évêché de Bamberg et au maître de la discipline de l'Eglise allemande, au mari souvent en lutte

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contre Vinfluence de Cunégonde, de se rencontrer, dans une même pensée, avec le docile époux de la reine Constance, qui composait des hymnes pour chanter au lutrin de l'église abbatiale de Saint-Denys! Ils appartenaient à l'Eglise par leurs habitudes, par leurs pensées et leurs préoccupations constantes , accompagnées chez l'un de l'ambition de la royauté allemande arrivée à la toutepuissance, et chez l'autre de la modestie de la royauté française recommençante. Ils y échangèrent tous deux leurs idées sur la paix dont le monde avait besoin, sur les devoirs qui incombaient à l'Eglise dont ils étaient les patrons et les défenseurs, et ils rêvaient de rassembler, avec le concours du pape Benoît VIII, un grand concile à Pa- Tie pour accomplir cette noble tâche. Rien ne nous découvre mieux le caractère tout ecclésiastique de ce temps. Mais, à chaque jour ou à chaque homme suffit sa tâche, et la fin du règne de Henri II était venue.

Après avoir séjourné dans différents châteaux de la Saxo , le dernier des Ottonides fut obligé, par la maladie dont il avait souffert et qu'il avait maîtrisée toute sa vie, de s'arrêter à Grona, et il y mourut, après avoir recommandé de transporter son corps dans l'église de Bamberg, pour laquelle il avait tant fait. Les solennelles funérailles traversèrent, en effet, le cœur de l'Allemagne, au milieu d'un grand concours de peuples, de Grona à Bamberg, où les restes de sa femme le rejoignirent bientôt. L'Eglise reconnut bien le dernier des Ottons pour un des siens. Cent vingt années après, puissante et réformée, sous la papauté d'un disciple de saint Bernard, elle fit de lui Henri le Sainf- C'est avec justice qu'un prince de l'Allemagne moderne , pieusement reconnaissant pour toutes ses grandeurs, a consacré à son souvenir et à celui de sa femme

une des plus jolies chapelles de la ville de Bamberg, à la la place du monument contemporain que les hommes el le temps n'avaient point respecté. L'histoire, même générale, doit une place de choix à ce personnage qui représenta si bien son pays et son temps qu'on ne s'étonne pas trop do l'appeler le Saint, môme avant celui qui personnifia lo mieux plus tard, dans cet âge, mais en un temps meilleur, la royauté sainte, notre saint Louis.

Le dernier de la famille saxonne, après les fantastiques chimères de Y Enfant du Miracle, Olton III, Henri II unit les vertus du fondateur de la dynastie, Henri Ier, à l'éclat trompeur projeté en Allemagne et en Europe par Otlon le Grand, l'aigle de la dynastie. Il ramena la royauté allemande de Rome et de l'Italie, où Olton III la compromettait, en Allemagne, dans son pays, où était sa mission véritable. L'impuissance l'amena à ménager davantage lo pouvoir des ducs et même les autonomies féodales que le temps avait créées et qu'il ne pouvait pas plus soumettre à son pouvoir que ne l'avait fait Henri I". Comme ses prédécesseurs, il crut donner une base plus solide à son autorité en prodiguant le pouvoir, les terres et la richesse à l'Eglise, et il n'entrevit que trop tard qu'il avait commencé à la corrompre en l'attirant au monde auquel il était tenté parfois de renoncer lui-même. L'ambition et la puissance de ses prédécesseurs le poussèrent lui-même à la tâchP universelle, plus difficile encore à remplir, que la couronne impériale faisait peser également sur sa tête, cl, malgré son énergie et son bon vouloir, en se transportant sur toutes les frontières de l'empire, contre les Polonais, les Bourguignons ou les Grecs, il maintint à peine la suprématie qu'y avait commencé à élever Otlon lo

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Grand, et il fut moins obéi encore que lui en Allemagne par la féodalité et par l'Eglise.

Ce n'était, après tout, qu'une grandiose chimère du césarisme allemand que de vouloir égaler les limites delà domination allemande à celles de l'Eglise. Cette ambition européenne, universelle, qui était celle du Saint-Empire, compromettait la mission nationale de la couronne allemande. En voulant embrasser l'Europe, l'empire, risquait de perdre l'Allemagne; l'empereur d'Occident nuisait au roi de la Germanie. L'Allemagne faisant déborder périodiquement ses armées féodales hors de ses frontières, sans trouver son point fixe, son centre; et elle excitait par ses convoitises les haines et les résistances de tous les peuples voisins. Dépenser tous ses efforts à édifier une monarchie universelle , chrétienne, était-ce bien le meilleur moyen de fonder un royaume allemand et une nation allemande? Il n'y a d'universel et qui ne reconnaisse point de frontières que l'esprit, assez puissant, en effet, pour se jouer des différences des langues, du contraste des traditions et des entraves de la géographie.

Vainement le dernier roi de la dynastie Ottonienne, Henri II, chercha-t-il à triompher de l'impossible par une confusion plus étrange encore, en unissant en lui le prêtre au roi, et en se faisant, à la tête de l'Eglise, comme le vicaire de Dieu et le lieutenant du Christ, vicarius Ckristi. C'était la confusion de l'Etat et de l'Eglise, de l'empire et du sacerdoce, le dernier degré de l'absolutisme politique ; et là était le germe de la plus grande et de la plus terrible lutte du moyen âge qui éclata après lui : la querelle dite des investitures ou du sacerdoce et de l'empire. Henri H y gagna, pour sa mémoire, l'apothéose chrétienne,

la canonisation ; mais, la pensée de l'Etat souverain môme dans les choses de l'Eglise et de la conscience, c'est à-dire de l'Etat-Dieu où aboutit presque toujours l'ambition humaine, saturée de puissance, impatiente de tout frein, ei méconnaissante de toute limite, n'élait-elle pas aussi une sorte de retour au paganisme, où la canonisation prenait la place de l'apothéose; et, par là, la chimère du Saint- Empire romain germanique n'a-t-clle pas légué aux successeurs des Ottons plus de luttes et de misères que ces empereurs n'avaient donné de puissance et de gloire à l'Allemagne ? C'est ce qu'il importera d'éclaircir en faisant l'histoire de la célèbre lutte du sacerdoce et de l'empire au siècle suivant.

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