LE ROYAUME DE BOURGOGNE
lures d'un souverain tout puissant. En janvier (1157), on le trouve à Trêves, avec les évêques de Toul et de Verdun ; il y fait son frère Conrad comte palatin du Rhin. Au commencement de mars, il est à Wurtzbourg, et, à Fulda, à la fin du môme mois; il est aux fêles de Pâques à Worros, partout jugeant, partout entouré de princes. En avril, il proclame la paix publique à Nimègue.
Pendant la fin de l'année, son activité se partage entre la Pologne, dont le duc Boleslas IV refusait de le traiter en suzerain, et la Bourgogne, où il avait besoin d'affermir sa nouvelle autorité.
L'armée des princes du Nord, saxons et bohémiens, que Frédéric commande, passe l'Oder le 22 août. Boleslas IV s'enfuit d'abord, mettant le feu aux villes de bois de Glogau et Breslau, puis il vient s'humilier pieds nus et l'épée sur la nuque; il paie les frais de la guerre et livre des otages. Quand il arrive, en septembre, à Wurtzbourg, où l'empc* reur fait solennellement consacrer chevalier son (ils aîné, les ambassadeurs de Byzance, de Bohème, de Hongrie du Danemark, d'Angleterre, sont témoins, avec toute l'Allemagne princicre, de sa soumission et de la joie triomphante de Frédéric, le roi d'Angleterre Henri II, rival, il est vrai, du roi de France Louis VII, dépasse les flatteries des autres souverains. Dans une lettre il met son royaume et tout ce qui lui est soumis à la disposition de Frédéric, pour qu'il en dispose à son gré, et que la volonté de l'empereur soit faite en tout (1).
En octobre, Frédéric, avec sa femme Béatrice, se transporte à Besançon. Il avait déjà annoncé l'intention de
(1) Radev., liv. Ier : Ut ad nutum vcstrum omnia disponantur et in omnibus vestri fiât voluntas imperii.
restaurer complètement son autorité dans le royaume de Bourgogne en y créant un chancelier comme il y en avait un pour l'Allemagne et un pour l'Italie. Celte nomination était en contradiction avec la nomination de Berthold JV de Zsehringen comme régent. Mais on l'avait indemnisé en lui accordant, dans les évêchés de Lausanne, de Genève et de Sion, le droit d'investiture et les fonctions de i'avouerie (advocatiam).
Frédéric tient diète avec les archevêques de Lyon et de Vienne, les évoques de Valence et d'Avignon, de Tarentaisc et d'un envoyé de la métropolitaine Arles; pour s'assurer au moins la soumission de l'Eglise si puissante de ce pays, il ne lui ménage ni les grâces ni les privilèges. Il fait, Etienne l'archevêque de Vienne, ancien primat, chancelier de Bourgogne. Il confère tous les droits régaliens à Heraclius, l'archevêque de Lyon, dans son diocèse, pour que l'Eglise de Lyon se réjouisse toujours d'avoir reconnu l'empereur des Romains. Heraclius, infidèle à la conduite de plusieurs de ses prédécesseurs, accepte même comme summus princeps, le litre d'exarque du royaume. Nombre d'abbayes reçoivent des privilèges. Il y avait là des ambassadeurs venus de loin; sur tous les Bourguignons tombent, dit l'historien Radevic, les rayons bienfaisants de la grâce impériale. N'était-ce pas assez pour inquiéter le roi de France Louis VII (1)? Une entrevue allait avoir lieu, sur la frontière de l'empire et du royaume, entre l'empereur et Louis VII, justement effrayé, dans l'intérêt de la paix de l'un et de l'autre pays. Elle ne fut que projetée à celte époque. Frédéric repartit en effet subitement pour le centre de l'Allemagne.
(1) Georges Hùffer, 1. c, p. 37 et sqq.