‹ Histoire d'Allemagne (volume 4)Chapitre 19 sur 31 · CHAI». XIV. — I.ES OTTO.MUF.S · texte numérisé non relu

CHAI». XIV. — I.ES OTTO.MUF.S

faire valoir ses droits à la régence, ou tout au moins profiter de l’occasion pour obtenir de l’un des compélitcurs la rétrocession de la Lorraine? Déjà son frère, Charles, s’élait fait investir du duché de basse Lorraine. Une sœur de Hugues Capet, qui avait été mariée avec le duc de haute Lorraine ou de Lorraine Mosellane, Frédéric, comte de Bar, gouvernait ce pays, après la mort de son mari, pour le compte de Thierry, son fils mineur. N'était-ce pas une merveilleuse occasion, si l'on s'entendait de ce côté-ci, pour rattacher la Lorraine au royaume de France? La plupart des grands de ce pays prêtèrent un instant serment à Lolhaire comme au tuteur légal d’Olton III. L’archevêque de Reims, Adalbéron, qui ne faisait alors « qu'une âme et qu'un cœur avec son roi Lolhaire, » entraîne dans son parti son frère, Gotlfried, comte de Verdun et de Hainaut, en lui assurant pour un sien fils l’évôché même de Verdun. Tonl semblait un instant favoriser dans Lolhaire le dernier descendant de Charlemagne. L’archevôque même de Trêves lui revenait. On surprend bien, là encore, les perpétuelles hésitations ile la Lorraine entre les deux royaumes. L’archevêque de Reims, Adalbéron, et Herbert, alors son secrétaire, déployèrent la plus grande activité dans cette affaire (I). Il «st difficile cependant de se rendre un compte exact de la conduite qu’ils y tinrent. Attachés tous les deux aux Otions, ils travaillaient certes moins encore pour Lolhaire que contre Henri. On le vit bien, en effet, quand le Querelleur, effrayé, offrit à Lolhaire de lui rétrocéder, pour ne l’avoir pas contre lui, la Lorraine abandonnée à Otlon le Grand

(I) Voir, dans l.;s Œuvres de Gerberl, par M. Otléris, sur cette curieuse affaire, les lettres ‘27, 28, 29, 50. — Ditlimar, 1. IV, c. i. — Richer, I. III. 97, 98.

408 fondation de l'empire germanique.

par Louis d’Outre-Mer, et lui donna rendez-vous à Brisacli pour le 1" février 984, afin de conclure et de signer ce traité.

Le jour arrivé, Lothaire le Carolingien se trouva seul h Brisach, Henri n’osa pas faire ce sacrifice de crainte de nuire à sa cause et ne parut pas au rendez-vous. L’avenir de la royauté germanique était lié, on le voit, à la conservation au moins d’une partie de la Lorraine, et le partage de la rive gauche semblait dans les vœux de tous et dans les nécessités du temps. Il avait sufli, en effet, de l’idée d'uu abandon complet de la Lorraine à Lothaire pour modifier les dispositions d’un grand nombre. Lothaire, en revenant de Brisach, s’en aperçut aux obstacles dont on sema sa route, abattis d'arbres et fossés; on avait déjà changé de jeu derrière lui. Il fut obligé d’acheter cher son retour «à travers le pays gouverné par la sœur d’Hugues Capet et déjà retourné par l'archevêque Adalbéron et Gerbert. On voulait Otlon III en Allemagne et on espérait Hugues Capet en France. C’était là le vrai partage de la Lorraine, l’avenir et la séparation des deux pays. Lothaire se vengea, du moins, de sa déconvenue en s'emparant, avec quelques fidèles, de Verdun où étaient ses ennemis, et, d’un coup de filet, du jeune duc de la haute Lorraine, du puissant comte de Hainaut, Gotlfricd, et de son évéque, le neveu d’Adalbéron. L’archevêque de Reims avait évidemment pris parti pour Otton III en Allemagne contre le Querelleur, et pour Hugues Capet en France contre Lothaire, soit pour ménager ces deux partis puissants, soit par instinct ou sentiment réel de l’avenir.

Lothaire n’en conserva pas moins provisoirement pour le royaume de France une partie de ce grand pays qu’on appelait alors la Lorraine, quoique Gerbert accusât avec

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violence Verdun, « devenu une caserne de brigands, d’avoir brisé l'unité du royaume, l’unité de l’Eglise et l’unité du genre humain. * Telles étaient encore les passions que déchaînaient à chaque crise la possession du bassin du Rhin et le point de la séparation de l’Allemagne et de la France qui devaient se décider, du reste, sous Otlon III.

C’est en Saxe que se termina le double conflit élevé, pendant la minorité d'Otton III, dans la famille ollonienne et entre la France et l’Allemagne. Le Querelleur, arrivé sur celte terre, avait préféré trancher dans le vif et. au lieu de la régence, demander la couronne. A Magdcbourg, il avait trouvé assez de partisans pour pouvoir la mettre un instant sur sa tête, comme auparavant déjà à Ratisbonne, sous Otton II. Les fêtes de Pâques l’avaient vu à Quedlimbourg dans les ornements royaux ; Boleslas de Bohême, Micislas de Pologne et un prince des Slaves Obotrites saluèrent môme sa royauté nouvelle. Mais on voyait bien que, de l'un comme de l’autre côté, à l'orient comme à l’occident, c’était en sacrillant l’honneur et la grandeur de la famille ottonienne que Henri comptait édifier sa fortune. Les vieux Saxons, Bernhard, fils d’Hermann Billung, et les margraves qui avaient succédé sur l’Elbe à Géro, ceux de Nordmark, d’Ostmark ou de Lusacc et de Meissen ou de Thuringe particulièrement, moitié par attachement pour la glorieuse famille qui avait fait leur fortune, moitié par inimitié contre les Slaves, leurs vieux ennemis, prirent les armes pour défendre les droits d'Otton III. Henri marche contre eux sur Werla, près de Gozlar, en Westphalie. Mais il recule devant leur résolution arrêtée. Découragé, il se porte dans son ancien duché de Bavière, comptant sur l’opposition séculaire de ce pays du sud à la

FONDATION DF. I.’kMNRE GEnMA.NIOCE.

Saxe du nord. Il y est reçu, en effet, par un certain nombre d'évêques cl de seigneurs.

Dans ce grand danger, ce fut l'archevêque de Mayence, primat de la Germanie, longtemps conseiller d’Olton II et archichancelier de l'empire, Willigis, qui saura le trône d'Ottou III et le royaume d une dissolution véritable, en arrachant, selon l’expression de Gerberl, le petit-fils d’Otton Ier de la gueule du loup pour le rendre à sa mère. L'Eglise allemande, qui avait fait la Germanie avec Charlemagne et fait l'empire avec Otton le Grand, lira l'une et l’autre de l’anarchie en gardant le trône à Otton III.

En correspondance continuelle avec l’archevêque de Reims, Adalbéron, et Gerbert, le puissant prélat qui représentait toute l'Eglise allemande, Willigis, fit comprendre, par leur entremise, à Hugues Capet, duc de France, que sa fortune dépendait de la conduite qu’il tiendrait entre les droits de la famille oltonienne et les ambitions dn Carolingien Lothaire(I). « Si vous gagnez l’amitié de Hugues, disait Gerbert dans une lettre à Théophanie, vous pourrez braver les attaques des Français. » Il retint, en même temps, par l'appui de l’Eglise, en Bavière, le fils de Berthold, que Otton II y avait nommé duc, ainsi que le duc Conrad récemment nommé aussi, en Souabe, par la cour ottouienne. Toute celte partie de l’Allemagne resta dans l’obéissance d’Otton III et de sa mère Théophanie. Quand Lothaire voulut, en mai, attaquer la basse Lorraine où, bien que menacés chez eux, l'archevêque Adalbéron et Gerbert avaient soutenu la fidélité chancelante de l'archevêque de Trêves et d'antres vassaux, le duc de France, Hugues Capet, ras-

(I) Gerbert, F.p. 1.1, 10, 17, 207. — Dithm., I. IV, c. n.

sembla des chevaliers à Compiègne pourl’cn empêcher. Le secours du duc de Bohême, Boleslas, qui ne sortit armé de son pays que pour prendre un instant Meisscn, ne fut pas plus utile à Henri. Découragé, le Querelleur consentit enfin à venir à Rohrheim, près de Worms, rendre le jeune roi à sa mère, à sa grand’mère, à l’Allemagne et il renonça à tous ses projets.

L’archevêque Willigis rassuré venait, en effet, d’appeler les impératrices d’Italie où elles étaient encore. Là eut lieu, le 29’juin 984, la réconciliation que sembla célébrer une étoile apparue au ciel, disent les chroniques, en plein jour. Une nouvelle distribution des duchés en résulta comme sous Otlon II. Le duché de Bavière fut rendu à Henri le Querelleur pour prix de sa renonciation à la couronne ; et Henri le Jeune, qui l’avait bien voulu garder à Otton III, fut dédommagé de cette perte par la Carinlhie érigée en duché, avec la Marche de Vérone. Léopold, margrave de Carinthic, fils de Berlhold de namberg, reçut lui-même, comme dédommagement, la Marche de l’Est (Ostrick) qui paraît alors avoir été complètement reconstituée et avec une certaine indépendance de la Bavière. La convoitise était au fond de toutes ces révoltes et on ne pouvait les apaiser qu’à force de concessions. Enfin, la sœur de Hugues Capet, tutrice du jeune duc de haute Lorraine, son fils, dont l'intelligence et l’activité sont louées par Gerbert, mit le sceau à la paix, en réconciliant le roi Lothaire avec Hugues Capet, et ces deux Français, par conséquent, avec l’Allemagne. Ainsi Otton III fut reconnu roi, sans contestation, sous la tutelle de sa mère, la Grecque Théophanie, assistée de sa grand'mère Adelhaide, pour l’Italie.

Aux fêtes de Piques de l’année 985, une diète tenue à

Quedlimbourg, dans le vieux pays saxon, montra toute l’Allemagne, représentée par ses grands, les ducs de Bavière, de Souabe, de Carinthie, même ceux de Bohême et de Pologne, aux pieds d’OIton III, Agé de cinq ans, c’est-àdire aux pieds de Willigis et de l’Eglise allemande. Un nouveau règne ottouien commençait. L’Eglise, dévouée à la royauté, en Allemagne comme dans les autres contrées de l’Europe, l’avait gardée dans la ligne directe de la famille d’Otton le Grand. On ne pouvait cependant attendre une grande vigueur de ce gouvernement de femmes et de prélats. L’archevêque Willigis, la mère et la grnnd’mère du jeune Otton III, sa tante Mathilde, abbesse de Quedlimbourg, sa sœur, abbesse de Gandersheim, y eurent la pins grande part. Il ne manqua pas d’habileté; mais il eut quelque chose de faible, parfois de chimérique, qui n’était pas fait pour conjurer les défauts inhérents à la puissance royale allemande et à l’autorité impériale. On prodigua, en Allemagne et en Italie, à l’Eglise, les donations, immunités et privilèges; les baillis des évêques et des abbés commencèrent à substituer leur autorité dans les villes et dans les domaines ecclésiastiques A celle des comtes. Otton III donna même l’exemple, bientôt fréquemment suivi, de confier la charge de comte à des évêques. On vécut ainsi de concessions et on créa des embarras qui, plus tard, devaient se faire douloureusement sentir.

En Italie, er. effet, l'impératrice Adelhaïde, comme revenue dans son ancien royaume, fut heureuse de trouver, dans les principaux évêques de Lombardie, obéis par leurs comtes, et dans le marquis de Toscane, toujours un des pins puissants seigneurs féodaux d'Italie, assez d’appui pour ne pas permettre au royaume italien de se détacher tout à fait de l'Allemagne. Mais elle laissa une indépendance à peu

près complète aux ducs lombards du midi, héritiers de Pandolphc Tête-de-Fer, à Bénévent, à Capoue et à Salerne, et elle n’inquiéta pas plus les Grecs au midi que Venise au nord. Rome lui échappa à peu près. Dès 984, le pape Boniface VII, chassé par Olton III, revint de Byzance, où il s’était réfugié, à Rome. Un noble romain, du nom de Crescentius, bientôt plus célèbre, le reçut à bras ouverts,- et jeta un nouveau protégé des Allemands, Jean XIV, en prison, pour gouverner Rome sous le titre de patricc, avec lequel il pouvait ménager les prétentions de l’autorité impériale, touten maintenant son indépendance. Féodalité ecclésiastique et laïque, évêques ou seigneurs, restaient à peu près indépendants sous cette molle autorité de femme, au delà des Alpes, et le rapide passage à Rome de tant de fantômes de pontifes, jouets des factions, montrait une fois de plus qu’Otton le Grand avait empiré au lieu d’améliorer le sort du Saint-Siège en le dominant.

En Allemagne, l’archevêque Willigis et Théophanie ne se montrèrent pas moins débonnaires ou faibles, ils laissèrent à peu près indépendants aussi chez eux Conrad de Souabe et Henri le Querelleur, qui gagna depuis le nom de Pacifique, en comblant également de faveurs ses évêques. Sur la frontière du nord, ils firent faire à Otton, à l’àge de six ans, suivi par ses vassaux, une expédition contre les Wendcs et ensuite en Bohême une démonstration. On reprit Meissen pour le vaillant margrave de Thuringe.Eckhard, mais on ne put reconquérir pour l’instant, au christianisme et à l’Allemagne, les contrées au delà de l'Elbe où les Slaves avaient renversé les croix, détruit les églises et rétabli leur ancien culte. Le margrave Eckhard, tout en soutenant la guerre de défense contre les Slaves, s’affermit du moins solidement en deçà du fleuve en Tint-

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ringe el en Misnie. Mais près de lui le mariage du due dr Pologne avec la fille du duc de Bohème, Dombrowa, réunit ces deux puissants princes qui s’étaient fait souvent la guerre au profit des Allemands, et consolida ainsi leur indépendance sur la frontière allemande. Sans renoncer au christianisme, ils arrivèrent à se soustraire à la dépendance d’Otlon III et de l’Allemagne, puisque l’archevêque de Prague, le jeune Adalbcrt, que l’archevêque de Magdebourg y avait envoyé, découragé par les difficultés de sa tâche, au milieu de ses ennemis et des païens, abandonna la partie pour attendre des jours meilleurs. Le duc de Saxe, Bernhard, fils de Billung, plus au nord, eut même de la peine à défendre le christianisme et l’influence allemande dans le Sleswig, contre le successeur païen d’Harald à la Dent-Bleue qui, malgré les eiïorts d’Adaldag, archevêque de Hambourg, bouleversa les nouveaux évêchés de Aarhus, Itipen et Sleswig. Sous les Ollonides se trouvait encore plus compromise, comme on le voit, l’œuvre de Charlemagne qu’Otton le Grand du moins avait essayé de relever et de poursuivre.

La France échappa aussi, pendant celte minorité, à l'influence oltonienne, si redoutable pour elle au moment où devait s’accomplir la révolution qui substitua décidément la nouvelle dynastie des Capétiens à celle des descendants impuissants de Charlemagne. Elle y laissa, il est vrai, tout ù fait la Lorraine, sur laquelle elle avait encore eu, avec le roi Lothaire, quelques prétentions. Mais ce fut au moins un avantage pour elle que Pavénement d’une nouvelle dynastie qui n’avait plus rien à démêler avec l’Allemagne et qui en détacha complètement le royaume français.

Le remuant mais malheureux Lothaire, tantôt en lutte,

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tantôt en amitié avec Hugues Capet, avait décidément échoué à chercher une chance pour lui dans l'acquisition de la Lorraine. Il n’avait jamais réussi qu’à mettre la France aux prises avec l’Allemagne, et il n’avait pu garder jusqu’à la fin que quelques débris du royaume qui portait, avant lui, son propre nom (Lolherrègne). Le malheureux était mort subitement, non sans donner lieu à des soupçons, en 986, « mort, comme disait l’éloge funèbre de Gerberl, le second jour du terrible mars, qu'il avait représenté sous la pourpre. » Il laissait de sa veuve Emma, fille de l’impératrice Adelhaïdc, et assez mal famée en France, un fils, Louis V, jeune, mal marié et dissolu. Emma, qu'on accusa de la mort de Lothaire, et la duchesse douairière de haute Lorraine, Béatrice, sœur de Hugues Capet, deux princesses évidemment gagnées à l’Allemagne, s’entendirent avec l’archevêque Adalbéron et Gerbert, pour faire, avec la cour allemande, une paix peu glorieuse, mais qui assurait au moins au jeune homme le vain titre de roi. Louis V, renonçant, en effet, à toute ambition sur la Lorraine, rendait aux anciens ennemis de son père Lothaire la ville de Verdun, le comte de Hainaut et l’évêque de la ville, toujours prisonniers et délivrés maintenant, comme dit Gerbert, « des ténèbres de l'enfer. »

Ce dernier Carolingien était-il aussi dépravé qu'on le dit? ou bien, eut-il le sentiment de cette honte? Toujours est-il que, poussé par Charles de Lorraine, son oncle, un assez mauvais conseiller, il accusa sa mère, Emma, d’adultère avec l'évêque de Laon, Ascelin, et mit ainsi contre lui la cour allemande et l’archevêque de Reims. Il n’eut pas le temps de faire plus, et celui, dont les chroniqueurs disaient qui nihil fecit, mourut, au bout d’un an, d’une chute de cheval. Cette dynastie semblait condamnée. La reine veuve,

H6 rONDATlON DE L’EMPIRE GERMANIQUE.

Emma, qui était au moins bien peu digne de son mari, Lolliaire, avait à repousser le soupçon d’avoir contribué à la mort de son époux et à celle de son fils. La famille carolingienne s'éleignait au milieu de misérables scandales et de basses intrigues, favorables aux ambitions de la cour allemande. Il ne restait plus, comme héritier de la famille, que Charles, duc de basse Lorraine, fils cadet de Louis d’Outre- Mer, méprisé en France comme vassal allemand, prince remuant, inconsidéré et méchant. C’est dans ces conditions qu’une assemblée d’évéques et de seigneurs du nord de la France se réunit à Sentis et pourvut à la vacance du trône.

Lorsque Otton le Grand avait vu une de ses sœurs, Hedwige, mariée à Hugues le Grand, le père de Hugues Capet, et l’autre, Gerberge, à Louis d’Outre-Mer.lepère du dernier Carolingien, Charles de basse Lorraine, il avait pensé sans doute pouvoir exercer toujours une certaine influence sur les destinées alors fort débattues du royaume de France. Son petit-iils, Otton III, mineur, y gagna du moins de garder, comme un héritage carolingien, la Lorraine que la reine Emma, veuve de Lothaire, et la duchesse de haute Lorraine, Béatrice, sœur de Hugues Capet, contribuèrent à lui conserver. Mais il ne put empêcher cette fois l’avénement de la nouvelle dynastie (987). Notre Hugues Capet, cousin d’Otton III, frère de la duchesse de haute Lorraine, souvent l’allié des Oltoniens, était mieux vu à la fois de la cour allemande et de la France que Charles de Lorraine. Il avait l’avantage de n’offusquer personne et de plaire à tout le monde. « Il en est, dit l’archevêque de Reims à l’assemblée de Senlis où se trouvaient la plupart des évêques et des vassaux du nord de la France, il en est qui jugent Charles de Lorraine digne du trône à cause de sa parenté avec le dernier roi. Mais l’on n’acquiert pas la couronne à

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lilre héréditaire; elle appartient à celui qui, k la noblesse de son origine, joint la sagesse, la foi, la magnanimité. Voulez-vous un royaume malheureux, nommez Charles; voulez-vous un royaume heureux, nommez Hugues Capet. » C’était l’application du droit dont l’Eglise et les seigneurs allemands avaient fait usage quand ils avaient élu les souverains qui régnaient maintenant chez eux, depuis la chute de l’empire carolingien. Les Ollonicns ne pouvaient avoir rien à y reprendre.

La cour otloniennc qui avait, k différents intervalles, soutenu les Carolingiens par intérêt, ne fut cependant pas fort salisfailc de perdre, par cette solution, le moyen d’entretenir la faiblesse et l’anarchie dans le royaume de France à la faveur de la compétition de ces deux familles. On voit encore, en effet, sa main dans les troubles que suscitent les dernières réclamations de la famille déchue. Le duc carolingien de Lorraine, Charles, surprend la ville de Laon, vieille possession de sa famille. Après la mort de l'archevêque de Reims, Adalbéron, par une sorte de compromis entre des prétentions bien opposées, un bâtard carolingien, Arnulf, fils de Lolhaire, est fait archevêque de Reims; il livre k Charles de Lorraine cette ville archiépiscopale et royale, et lui donne ainsi un pied important en France. Les impératrices Théophanie, Adelhaide et le jeune Otton, que le moine Gerbert comparait pompeusement « k une trinité impériale, » bien que l'accord fût loin de régner toujours entre ces trois personnes, ne perdaient pas de vue ces événements. Gerbert, qui avait espéré être élu, et qui, passé néanmoins au service du nouvel archevêque, avait eu une entrevue avec Charles de Lorraine k Ingclhcim (t), écri-

(1) Richer. liv. IV. li. — G srbert, lettre 13î.

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