‹ Histoire d'Allemagne (volume 4)Chapitre 24 sur 31 · LES 0TT0N1DES · texte numérisé non relu

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tin, et fit raine de s’établir solidement entre l’Elbe et la Mulde. Henri II s'entêta à réduire, dans le Nordgan, ses ennemis de l’intérieur; il força ainsi, en effet, le margrave Henri à brûler lui-même sa forleresse de Kronacb, dans le Fichlelberg et à s’enfuir avec le frère du roi, Bruno, en Bohême, et il entra dans la dernière place et la vieille résidence de sa famille, à Schweinfurth. Le roi ordonnait de tout ruiner et de tout brûler, quand la vieille mère du rebelle, Eila, se précipita dans l’église et, en jurant qu’elle n’abandonnerait pas l’autel, obtint du moins qne la maison de Dieu fût conservée au milieu des ruines de tout le reste.

Les deux rebelles revinrent même bientôt demander grâce. Le margrave Henri fut jeté dans la forleresse de Giehlchenstein, et le frère du roi, Bruno, obligé d'entrer dans l’Eglise. Henri II consacra sa victoire en faisant relever l’évêché de Mersebourg, un inslant aboli, sous Otlon II, par l’archevêque de Magdebuurg, Tagino, une de ses créatures, et il pensa alors, mais encore beaucoup trop lût, à l'Italie. Ni la frontière de l’Est contre la Bohême et la Pologne, ni celle de l’Ouest en Lorraine, du côté de la France, n’étaient assurées. Mais était-ce là, sous les Ottons, le premier souci des souverains allemands?

En mars de l'année 1004, Henri II prenait, à Augsbourg, le commandement de vassaux bavarois, souabes, franconiens et lorrains (les Saxons restaient chez eux), pour étouffer le royaume italien naissant. En effet, il passait les Alpes, tournait le roi italien Arduin, qui gardait encore les cluses de l’Adige, en se jetant dans la vallée de la Brenla, et arrivait jusqu'à Vérone. Le marquis de Canossa, Tedald, fils de cet Azzon qui avait introduit Otton 1" en Italie, l'y attendait. La plupart des évêques, dont plusieurs étaient d'origine allemande, accoururent. Tous le

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conduisirent à Pavie, tandis que Arduin, abandonné, se retirait au pied des Alpes occidentales. On croyait tout achevé et l'œuvre d’Otton le grand raffermi.

Henri II fêlait, le soir du 15 mai, dans un banquet, !a cérémonie du matin, où l'archevêque de Milan, Arnolf, l’avait couronné roi, quand un tumulte s’éleva dans la ville. A défaut des évêques italiens, le peuple, soulevé par de petits gentilshommes, courait sus aux Allemands. L’archevêque ouvre les fenêtres du palais et veut haranguer la foule. Il est reçu à coups de pierres ; Henri II avait laissé une partie de son année dans la campagne ou dans les châteaux environnants. Il se voit bientôt assiégé par les rebelles. C'était la nuit. Pour se dégager et éclairer la lutte, il fait mettre le feu aux maisons voisines; l’incendie gagne bientôt les dépendances du palais ; mais la lueur répandue dans la campagne avertit les Allemands. Ils arrivent vers le matin, trouvent les portes barricadées, les enfoncent et se précipitent dans la ville. Retranchés dans leurs maisons, les habitants font pleuvoir la poix brûlante et les pierres sur les nouveaux venus. Furieux, ceux-ci mettent le feu aux quatre coins de la ville, dont la plupart des maisons étaient en bois, volent, massacrent, violent au milieu da désordre, et, quand le roi, à grand peine, s’est échappé, laissent, parmi leurs ruines noires etcroulantes, ce qui restait des malheureux Pavésans pleurer et ensevelir avec rage les deux tiers de la population étouffée ou massacrée (I). Telle fut la première expédition d’Henri II en Italie.

De retour en Allemagne, le vainqueur se mettait, l’an-

(1) bithmar, VI, 3-7. — Clironicon Venelum, source contemporaine, Mon. Germaniz, VII. — Chron., Novaliciense, app., c. xvi.

née suivante, à la tôle d’une armée de Saxons et de Thuringiens, pour punir aussi le puissant Boleslas Chrobry, qui devenait un redoutable rival de son empire. Il sut avec habileté dissimuler où il porterait ses coups. Des bateaux étaient rassemblés au-dessous de Meissen, sur l’Elbe, comme s’il voulait traverser le fleuve; mais il tourna tout ù coup sur la Bohême, et y pénétra à travers les monts Métalliques qu'on appelait alors Miriquidui, ou forêt sombre. Il amenait avec lui Jaromir, le duc bohémien dépossédé. L'entrée de son armée et la vue du prince tschèche suffirent pour produire un soulèvement contre Boleslas et contre les Polonais, déjà détestés. Au son des cloches qui retentissaient en signe de soulèvement dans les villages, Boleslas s’enfuit. On poursuivit les Polonais sur les grandes routes; et Henri II entré dans Prague, fit couronner le fils des anciens ducs dans la cathédrale et reçut son hommage. C'était mieux fait qu’eu Italie. Mais il fallait achever la victoire, au delà de l'Elbe, contre les Polonais.

Au mois d'août, après avoir traversé le pays des Dalminzes, entre la Mulde et l’Elbe, Henri passait ce fleuve, audessous de Meissen. Mais bientôt, au milieu des marais de la Sprée, il tombait dans une embuscade, perdait les meilleurs des siens et, après avoir franchi l’Oder, à la faveur d'un gué, tombait dans des plaines sans fin, entrecoupées de forêts de sapins, où l’ennemi, insaisissable et se dérobant aisément, n’apparaissait de temps en temps que par petites troupes, pour gêner sa marche, couper ses vivres et enlever ses traînards. Heureux d’envoyer l'archevêque de Magdebourg, Tagino, à Poscn, pour traiter de son retour, Henri ramena les siens sur l’Elbe, et il aie recouvra toute la Marche de Misnie qu’à la condition de la restituer au comte Hermann, fils du vaillant mar-

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grave Eckhard, mort en rebelle au commencement de sou règne, mais en donnant la forteresse de Meissen à garder à un comte Guncelin, apparenté au duc de Pologne, et qui donnait ainsi des gages douteux à l’un et à l’autre royaume. Henri II s'était montré aux deux extrémités de son empire, en Italie et en Pologne; mats il n’avait réellement ni renversé Arduin, ni arrêté les progrès de Boleslas. Il n'é- (ail pas beaucoup plus heureux en France.

Ce n’étaient ni l'ambition ni la volonté qui faisaient défaut à Henri U; mais la santé lui manquait, comme la puissance à sa royauté. On n'était plus au temps d'Ollon le Grand sous le dernier de ses descendants. Les relations d'Ilenji Il avec la France le montrent suffisamment. Ce n’était pas. on le sait, un roi redoutable que Robert, le successeur de Hugues Capel. La querelle entre le comte de Flandre, Baudoin, vassal du roi de France, et le comte de Uainaul, Arnould, vassal du souverain germain, à propos de la forteresse de Valenciennes, mit les deux rois en présence (t006>, sur les rives de la Meuse. Le successeur d’Ollon le Grand ne vient là que pour s’entendre avec le second roi capétien. Ils voulaient tous deux faire lâcher prise au comte de Flandre. Celui-ci leur résista dans la forteresse où il s’était jeté, et l'affaire se termina par un singulier compromis où Heurill se montra plus soucieux d’une vainc ambition que de la justice; car il finit par consentir à laisser Valenciennes à Baudoin, et il lui céda même File de Walcheren, mais à la condition que le duc de Flandre lui prêterait hommage. Ce qu'il voulait surtout, c’était compter un vassal de plus. Depuis ce temps, une partie des Flandres releva de l’Allemagne sans rendre pour cela l’empereur plus puissant.

L’ambition n’était pas, après tout, le trait principal du

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caractère d’Henri II, mais la dévotion , ou plutôt l'ambition chez lui prend cette forme dévote qui a Uni par faire de lui Henri le Saint. Ni la ruse, on l'a vu, ni la cruauté n’étaient absentes de celle âme du dernier des Olloniens. L’assassinat, la perlùlie concourent à son avènement. L’incendie de Pavic et le massacre de toute une population signalent le jour de son couronnement à Pavie. Après l’expédition de Pologne, qui lui a rendu la Marche de Misnie, il y fait massacrer tous les personnages marquants, anciens Slaves, qui avaient prété la main aux Polonais. Nul cependant n’observait plus strictement le jeûne, les fêles, tous les devoirs religieux. Il ne commençait aucune entreprise sans avoir préalablement prié au pied de la sainte lance. Une dévotion à accomplir entrait dans chacune de ses expéditions S’il va en France, c’était aussi pour visiter le tombeau de saint Servalius. En Italie, il veut voir les reliques de saint Ambroise. En Pologne, il eut été volontiers jusqu'à Gnesne, au tombeau de saint Adalbert. Quand il fera la guerre aux Grecs, il montera au mont Cassin où sont les restes de saint Benoit. Sa femme Cunégonde partage toutes ses dévotions. Son gouvernement est surtout un gouvernement d’Eglise; mais comme la dévotion est dans toutes ses entreprises, un certain esprit d’avarice et de rapacité domine dans son administration.

Dernier successeur des Otions, c’est surtout dans la richesse et le pouvoir politique donnés à l'Eglise qu’il cherche un appui contre la féodalité laïque. Il n'a conquis sa royauté qu’à force de concessions. Il est obligé de consentir presque toujours à nommer aux duchés et aux margraviats les fils des puissants, Bernhard en Saxe, le fils d’Hermann qui s’était révolté contre lui en Souabe, le frère aîné de sa femme, nommé aussi Henri, en Bavière, le fils

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d’Eckhard, son ancien compétiteur aussi, en Misnie. Sans doute il évite le plus souvent qu'il peut celle nécessité. Ainsi, le duc de Carinthie ne laissant qu'un fils en bas âge, il fait duc, à sa place, le margrave Adalbéron, époux de Béatrice, une fille d’Hermann II, duc deSouabe; mais, la maison de cet Hermann s’étant éteinte, il donne ce duché au comte de Bamberg, Ernest, époux de Gisela, une antre de ses filles, et, après la mort du duc carolingien de Lorraine, il confie cette dignité à l'ancien partisan des Otions en ce pays, Gotlfried de Verdun. Qu’il dispose on qu’il ne dispose pas des duchés, Henri parait ne pas sentir là un appui. Il a plus de confiance dans l'Eglise. Il est bien plus maître, en effet, du choix des personnes aux archevêchés, évêchés, abbayes; aussi leur prodigue-t-il les donations, les immunités, les droits régaliens, jusqu’à leur donner, en propriété ou en fiefs, plusieurs comtés. Il en fait de vraies seigneuries féodales, au risque de matérialiser, de féodaliscr ainsi et, par conséquent, de corrompre l’Eglise de plus en plus, comme on ne le vit que trop bientôt. < Dans ce pèlerinage de la vie, disait-il, il aimait à se décharger d’une partie du fardeau sur les épaules des évêques (I). »

Mais le trait de son caractère se retrouve partout : ces nominations, ces immunités, ces investitures des duchés, comtés, évêchés, abbayes, il se fait tout largement payer! II n’aime pas qu’on vienne à lui les mains vides. Le péché que les historiens lui reprochent le plus souvent, c'est l’avarice (?). Il demande surtout aux évêchés et aux

(1) Ann. Paderborn, t.I, p. 126: In lut jus vit* itinere onera nos Ira episcopis imponendn leviganles. — (2) Annales de Quedlimhourg, anno 1013.

abbayes auxquels il accorde tant. Ils doivent lui fournir les services de guerre et de cour, lui faire des prêts, des avances, des présents. « Il peut être demandé beaucoup, (lisait-il, à qui l’on donne beaucoup. » Ne restitue-t-il pas aux Saints d’ailleurs cet argent en riches présents, en belles châsses, en splendides ornements d’or et d'argent, en saints Livres? Comme il n’aura pas d’enfants, c’est le Seigneur, il le dira lui-même un jour, qu’il voudrait constituer son héritier.

Henri est moins, en effet, un roi qu’un membre de l’Eglise. S’il lient des diètes générales et provinciales, s’il y rend des décrets, y proclame la paix publique, s’il fait profession d’y gouverner avec l’assentiment des grands, s’il y rend des jugements, il se sert encore plus peut-être, pour gouverner, des synodes d’évêques et d'abbés. Jamais il n’y en eut en Allemagne autant que sous son règne; il les préside, il excite leur zèle, il ne leur épargne pas lui-même les citations des Evangiles, comme on le voit dans ses décrets et dans ses actes. Il tient en honneur les anciens canons, « dictés, dit-il, non par la bouche des hommes, mais par l’esprit de Dieu. » En 1004, dans un synode aux bords du Rhin, il fait rompre les mariages contractés en violation des lois ecclésiastiques. A Dortmund, en 1005, il déplore les vices qui se sont glissés dans le clergé. Dans ce synode, les évêques présents fondent avec lui une sainte confrérie dont les membres s’engagent, à la mort de l’un d’eux, à accomplir de bonnes œuvres. Il se fait même le réformateur de certains couvents, changeant leurs abbés, chassant les moines infidèles à leurs vœux, diminuant leurs privilèges ou leurs richesses. Des abbayes comme Ilersfeld, Fulde, Reichenau sont réformées par lui. Il eut été aussi sévère abbé qu’il était roi sévère. Quand il souffrait de sa ma-

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