CONRADIN
l'yrecevoir. Les gibelins, quitenaientle Colysée, l'iledu Tibre etle Vatican, ne veulent également pas se compromeltre en lui donnant asile. Déjà des guelfes, partis vainqueurs du champ de bataille, rentraient également dans la ville et attaquaientleurs adversaires, Conradin et Frédérie d'Autriche, Giordano Lancia et quelques autres se jetèrent désespérés, par la voie Appienne, bordée de sinistres tombeaux, dans It campagne, pour gagner les côtes. Ils arrivèrent au milieu des dunes de sable et des marais pestilentiels, en vue des tours du château d’Astura et avisèrent un pêcheur, qui les prit dans son bateau pour gagner la côte loscane, vers Pise (7 mai). Mais le seigneur Jean Frangipani, apprenant à Astura l'embarquement de deux étrangers, envoya äJeur poursuite" un fin voilier, qui les captura et les ramena au fort de Net, tuno. Les Frangipani avaient été gibelins sous Frédéric 1 qui les avait comblés de faveur, Gonradin crut sè sauver en se nommant. Mais Jean Frangipani, brouillé avec Man: fred, était redevenu guelfé. Sollicité à la fois par le cardinal de Terracine et par Charles d'Anjou, l'avide possesseur de ces deux otages les livra à celui-ci qui était arrivé en vainqueur par la voie de Préneste à Ganazzano, où étaient déjà prisonniers Henri de Castille, Conrad d'Antioche et d'autres.
C'était la mort pour le petit-fils de Frédéric IL; il ne pouvait s'y méprendre quand il apprit que Le vainqueur faisait décapiter Giordano Lancia et en condamnait d'autres aux plus affreux supplices. La plénitude dé sa victoire aurait pu désarmer Charles d'Anjou. Entré dans Rome, le 46 séptembre, il y était de nouveau nommé sénateur sans que le pape y fit opposition. Ce fut au Capitole cependant que Charles d'Anjou, après en avoir délibéré avec ses conseil= lers, décida, sans écouter la pitié pour cet enfant de dix-
LÉGENDES ET RÉALITÉ an
sept ans, de ne suivre que les conseils de la raison d'État.
On n'avaitqu'à constater le fait et à reconnaître l'identité des personnes. Quand Charlés d'Anjou ramena les malheureux à Naples avec Conradin, qu'il ne, {raitait pas mème de roi de Jérusalem, où il n'avait pas été couronné, il les qualifiit tous déjà de condamnés à mort (jam in eapitali pœna condemnatos). Leur sort avait été décidé à l'avance.
Il n'y eut point de procédure, quoi qu'en ait dit quelques historiens postérieurs, dont les détails se contredisent, mais seulementexécution, étexécution publique, devant des seigneurs et barons de Naples etdes villes voisines, convoqués à cet effet. Si Le pape Clément IV, qui n'était point à Rome, n'a point dit le mot qu'on lui prête où Conradini mors Caroli, au moins s'est-il tu et a-t-il laissé faire. Ce fut le 29 octobre que l'exécution ent lieu; les deux derniers héritiers des deux familles célèbresPdes Hohenstaufen et des Babenberg jouaient aux échecs quand on les prévint de leur sort. Après avoirfait leur testament et s'être confessés, car ils avaient été réconciliés avec l'Église, ils marchèrent courageusement à l'échafaud dressé sur le marché de Naples, près de la mer, Conradin le premier, puis Frédéric d'Autriche et deux autres; et tous moururent courageusement. Les détails émouvants dont on a entouré cette exécation, bien plus terrible et impitoyable dans sa Sécheresse et dans sa nudité même, les paroles qu'on prête au fils d'Élisabeth, mère au moins oublieuse, la colère exprimée par un seigneur français contre le greffier lecteur de la sentence, ce que Charles d'Anjou n'eût pas souffert, le gant jeté aussi par un gibelin et l'aigle qui serait venu tremper ses ailes dans le sang de l'innocente victime de l'ambition de ses ancêtres, font partie de la légende formée postérieurement à