INDIFFÉRENCE DE L'ALLEMAGNE
d'une ambition mainte fois déjà condamnée "par les évêénements! Maître de Naples, Conradinseût renouvelé Frédéric Il, Henri VI, Barberousse. Quis’en souciait?les Allemands tout entiers, pendant le grand interrègne, à leurs intérêts particuliers, moins que personne. Les vocables Guelfe et Gibelins ne servaient même plus de couvertures à leurs rivalités ou à leurs discordes intérieures, comme cela avait lieu pour les seigneurs et les villes de l'Italie. Le vieil empiré des Hohenstaufen et des Ottons était bien fini. Lors ménié qu'on restaurera plustard cette dignité en Allemagne, elle n'aura plus le même sens. De longtemps, les césars allemands ne nourriront sérieusemént la même ambition, de même que les papes, les grands rivaux des Henri IV et des Barberousse, frappés par leur victoire même, ne rêveront également plus sérieusement la domination temporelle du monde: Les Rodolphe de Habsbourg, les Adolphe de Nassau, ne seront pas plus des Ottonsou des Frédéric que les Grégoire X ou les Clément V ne seront des Grégoire VII et des Innocent II. Nés ensemble, pour se combattre le plus souvent, ces deux astresrivaux tombent ensemble, Ce monde est fini avec eux. Ce qu'on peut regretter seulement, c'est que l'implacable passé ait, avec Conradin, poussé une innocente victime dans cette tombe avant de la fermer.
Le 23 août au matin, Conradin, après avoir confié son avant-garde, composée de gibelins toscans, à Henri de Castilleet à Giordano Lancia, conduisit, avec Frédéric dAutriche, son corps d'armée, où les Allemands étaient les meilleurs et les plus nombreux, vers le pont du Sallo pour chercher à le franchir, afin de se frayer passage vers les Sarrasins de Lucera. Le pont était gardé, En voyant ce mouvement, Charles d'Anjou descendit de son camp d'Albe pour border le cours d'eau des deux côtés du pont et défendre le
passage. Les destinées du royaume étaient là. Sarl conseil du vieil Erard de Saint-Valery, qui venait d'Orient, Charles d'Anjou, & tout événement, eut soin de se dérober de sa personne, avec une forte réserve, derrière un pli de terrain qu'offrait la pente du mont San-Félice. Tandis qu'on s'observait au pont el qu'on commençait à se lancer des flèches ou à sonder un gué, un passage, Henri de Castille descendant la rive gauche du Santo, au milieu de broussailles et de. barques, trompa Ja surveillance de l'ennemi, trouva un gué, le passa sans Être aperqu, et attaqua vigoureusement en flanc la position de, l'ennemi pris au dépourvu. Conradin. profita du désordre causé dans les rangs ennemis. Il's'ems, para du pont sür ses défenseurs obligés de faire face de toute part. Le désordre se mit dans l'armée.de Charles, prise des deux côtés. Le maréchal. de Coutance qui, selon une coutume alors assez usitée, portait les. habitstet l'ar= mure du frère de saint Louis, chercha à rétablir le combat. 11 fut lué. Les Français, attaqués par les Gastillans, commencèrent à abandonner la place, à regagner Albe. Fort imprudemment, Henri de Castille, se croyant vainqueur, se jeta à leur poursuite, pour assaillir leur camp, au lieu de donner la main à Conradin, qui, après avoir passé le pont, poussait devant lui ceux qui lui étaient opposés, lesrompait et en tuait un grand nombre,
La majeure partie de l'armée angevine, poursuivie par Conradin et Henri, était à la débandade. Mais ceux-ci, qui se croyaient déjà vainqueurs, étaient séparés l'un de l'autre et ‘également dans le désordre d’une victoire qu'ils pensaient assurée. Erard de Saint-Valery, derrière la colline de San- Félice, avait eu de la peine à retenir dans l'inaction Charles d'Anjou, qui voyait fuir les siens. Avet le coup d'œil d'un vieux militaire, il s'écrie tout à coup : « ILesttemps!» et
de : -soRT Sgomuom 489 nie champ de bataille le roi et ses mille meilleurs liers. Ils firent merveille, Conradin, en v ramener j \ les siens de la poursnité vers les no x sn, pour 8 remettre en/bataille, sens 1 ordre I vit les à siens tomber malgré leur bravou on porte-bannière roula à terre à côté de lui. Les siens commencèrent à fuir. [ Il les suivit pour les ramener. Henri de Castille, qui à son - tour avait lout vu, revint sur ses pas, mais également en . désordre, pour porter secours à ceux de | Gonradin et faire | tête à Saint-Valery. Mais ceux qu'il avait poursuivis vers «f? + I Lee aussitôt sur ses derrières. Conradin et lui se trouvèrent à leur tour entr leux ennemis. Le héros "de la journée pour sa bravoüre, Henri dl stille, essayait * encore d'une dernière > charge contre Charles d'Anjou, quand Erard de Saint-Valery"ordonna de nouveau à ses cavaliers D decéder du terrain pour entraîner encore son adversaire à la poursuite et l'empêcher de ramener Conradin; puis il fit volte-face contre lui et acheva la victoire en le faisant prisonnier. Les vaincus se précipitèrent alors, en dévalant, le long du Salto, qu'ils repassèrent où descendirent, pour: suivis, massacrés, ou faits prisonniers par les vainqueurs qu'une si chaude journée n'avait pas fatigués !.
Ce n'est pas après une défaite qu'il fallait encore compter sur les Ilaliens. Après avoir repris le chemin qu'il avait suivi, pour rentrer dans Rome, le malheureux jeune homme, ne sachant l'accueil qui l'attendait, se glissait en se cachant et presque fou de aouleur (ingreditur latenter et mente captus), par la porte Saint-Laurent. Guy de Montéfeltro tenait le Capitole pour le sénateur prisonnier. 11 refuse de
4 Voir, sur la bataille, la polémique de M. Ficker et du major général Kæbter dans las Mittheil. der Inslutut für Œst. Geich. et la brochure de celui-el, 1884.