GOUT DE FRÉDÉRIC POUR L'ITALIE
maître de l'Allemagne, de l'Ialie et de la Sicile, quand il prit la croix, à Sutri, des mains d'un chapelain, semblait aboutir à une entreprise contre l'Orient, qu'il voulait soumettre tout entier à ses lois. Philippe de Souabe, pour désarmer Innocent, prit la croix, s’il ne partit point. Otton IV avait été en Terre Sainte avant d'être empereur. Enfin, Frédéric avait pris quatre fois le signe de la croix sur son épaule, à son couronnement comme roi, à Aix-la-Chapelle, à l'improviste (ex insperato signum vivificæ erucis accepit), deux fois en Allemagne, à l'instigation d'Innocent Hilet d'Honorius, une dernière fois, et dans l'occasion la plus solennelle, le jour même de son couronnement, à Rome. Tout porte à croire que Frédéric II désirait sincèrement aller en Terre Sainte plutôt peut-être comme souverain de Naples et de Sicile que comme empereur allemand. De très bonne heure, il s'était intimement lié avec le grand maître de l'Ordre Teutonique, le cèlèbre Hermann de Salza, qui, pour les intérêts de l'ordre, était aussi souvent en Europe qu'en Orient. Après avoir assisté à la prise de Damiette, en 1219, celui-ci se trouvait à Rome au moment où Frédéric JL prit la croix des mains du cardinal d'Ostie. Peu après son couronnement, Frédéric paraît avoir envoyé l'évêque de Céphalu en Syrie, pour y étudier la situation. 11 s'occupa au moins immédiatement d'envoyer en Terre Sainte les cinq cents chevaliers qu'il avait promis. Le 2 février 12%, il fait à l'Europe un appel qui semble sépondre à celui que Malek-el-Kamel venait d'adresser de Mansourah aux musulmans contre Damielle. Il rassemble l'argent des collectes, protège les croisés à travers le royaume de Naples. En avril suivant, Hermann de Salza, de duc de Bavière, Louis, et le margrave de Bade, Hermann, s'embarquent à Tarente avec les cinq cents chevaliers et
leur suite, sur quarante navires, et font voile vers Damiette, où ils doivent annoncer la prochaine arrivée de l’empe-
reur.
Si des intérêts politiques et commerciaux avaient déterminé Frédéric à commencer l’accomplissement de ses promesses, il s’en fallait de beaucoup cependant que ce fussent là ses soucisles plus pressants, à Naples, enSicile,en Italie. C'était avec bonheur (cum pace etgaudio) que le fils de Henri VI avaitrevu le royaume où il avait été élevé. Les huit années de son séjour en Allemagne semblaient lui avoir inspiré peu de goût pour son ciel brumeux, ses épaisses forêts de hêtres et de sapins, ses lourds châteaux, ses villes boueuses, pour la sombre végétation de pierre de ses cathédrales commençantes, moins encore peut-être pour les droits obscurs et enchevêtrés etleschicanes desesrudes seigneurs laïques et ecclésiasliques. Le beau ciel du Midi, son sol avec ses arbres toujours verts, ses pins, ses orangers etses-oliviers, la mer mythologique de Naples etde Palerme, les monuments anciens, encore çà et là debout dans leur majesté, les rues dallées, les pleins cintres et les arcades de ses basiliques, ses villas et ses palais plus aérés, plus gais, bâtis par les Normands, le prestige des souvenirs de l’administration impériale de Rome, la clarté de son ancien droit, dont l’étude refleurissait alors, lui plaisaient davantage. Il nous avouera lui-même plus lard qu’il faisait un sacrifice chaque fois qu'il quittait ce pays dont l'agrément et les délices lui plaisaient (deliciosa regni nostri suaoilas, amænitas), pour aller accomplir son devoir d'empereur au nord des Alpes. Mais il avait à cœur surtout de revenir en maître dans leroyaume où sa mère et sa femme et lui-même avaienttant souffert des factions rivales, italiennes, allemandes, pontificales, des usurpations de tous sur sa