‹ Histoire d'AllemagneChapitre 52 sur 150 · CHUTE DE DAMIETTE EN ORIENT · texte numérisé non relu

CHUTE DE DAMIETTE EN ORIENT

avancer. On se décida à reculer, quoi qu'en dit le légat Pélagius ; mais les vaisseaux musulmans, qui avaient peu de tirant d'eau, pénétrèrent à leur tour par un canal dans la bouche de Damiette et interceptèrent les communications de l'armée avec la ville. Les croisés étaient, ainsi que s'exprimait Frédéric plus tard, « pris comme des oiseaux dans des filets, ou mieux comme des poissons dans des rels, sicut aves ad laqueum et pisces ad megarim. » Ils ne pouvaient plus avancer ni reculer. Il fallait se résigner à mourir ou à traiter. Malek-el-Kamel offrit de rendre ce que Salaheddin avait pris dans le royaume de Jérusalem après la bataille de Tibériade, et de laisser libre à l'armée chrétienne la retraite à Damiette, contre la reddition de cette ville. Il y aurait trêve de huit ans, à moins qu'un souverain de l'Europe n'arrivât en personne. On signa le traité; on se livra réciproquement des otages, le 30 août. Les ratifications étaient à peines échangées que le second secours de Frédéric, amené par le comte de Malte et le chancelier de Sicile, Gaulier de Palear, arriva. Tous les chrétiens étaient mécontents; mais il fallut se résigner. Le 7 septembre, ils évacuèrent Damiette ; et le grand maître de l'Ordre Teutonique vintannoncer, en octobre, à la chrétienté, à Frédéric, à Honorius, cette aflligeante nouvelle, qui n'était pas faite pourdiminuer les dissentiments qui commençaient à s'aigrir entre le pape et l'empereur.

Honorius écrivit, le 9 novembre, à Frédéric une lettre dans laquelle il se plaignait, « le poignard dans le cœur », d’être accusé, pour sa condescendance envers son pupille, d'être cause de tout le mal, et il menaça celui-ci de l'excommunier s'ilélait encore traître à son serment. L'empereur, qui avait demaudé plusieurs délais, avait à donner de bonnes raisons de ses relards. 11 ne pouvait néanmoins dégager complète-

ment sa responsabilité dans ce grand malheur. Il proposa au pape une entrevue pour aviser aux moyens de le réparer. Celle-ci eut lieu le 25 avril1222, à Veruli. Ils se convainquirent aisément l’un et l’autre que l’état général de la chrétienté ne favorisait pas beaucoup l'exécution d'une grande croisade.

L'Allemagne, il est vrai, était tranquille sous l’administration d’Engelbert, « homme sage, modéré, d’un grand cœur, qu’il manifestait par ses actes plus que par ses paroles : » elle réparait les désastres d’une longue guerre civile, rebâtissait ses châteaux, cultivait ses champs. Engelbert faisait couronner roi, à Aix-la-Chapelle, son jeune pupille Henri pour lui donner plus d'autorité. « A chaque diète qu'il tenait, » dit la chronique de Trèves, « les princes laïques et ecclésiastiques lui prodiguaient les respects comme à un père. Il était la colonne de l'Église, l’ornement du clergé, l'égide de l'empire !.» Mais, dans son royaume de Naples, Frédéric achevait avec peine de reprendre Rocca- Bentra à l'abbé du Mont-Cassin, Suessa et Théano au comte d’Aquila et de punir Thomas de Celano en s’emparant de sa forteresse. 11 fallait réfréner maintenant les Sarrasins de Sicile; le pape lui-même avait des démêlés avec les Romains et les villes d'Orvieto et de Pérouse, qu'il voulait soumettre à des podestats.

Dans l’entrevue de Véruli, le pape et l'empereur étaient convenus d’une réunion nouvelle à Vérone, à la Saint-Martin suivante; et ils y invitèrent le roi et le patriarche de Jérusalem, pour fixer le jour du départ. En attendant, Frédéric, en présence de prélats, de princes et de barons, s’engagea par un serment solennel à se mettre à la tête de l’expédition, au jour qui serait fixé par cette assemblée ou par le

- 4 Gesla Trevir., Ed. Witteuhach et Müller, I, 313.

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