PROJETS ET DÉLAIS DE CROISADE
quillité. Enfin Waldemar partirait dans deux ans pour la croisade. C'était la part du pape dans le traité. Elle était un peu illusoire, car ce croisé honteux et forcé ne portait point en public, mais seulement dans le privé la croix qu'il avait prise ; illusoire aussi la rançon qu'il avait promise, car, aussitôt libre, il se garda de la payer.
Frédéric, lui, avait convoqué ses barons de Naples, entre autres Roger d'Aquila, pour agir en Sicile contre les Sarrasins de Girgenti qui avaient emporté la ville de Guastanella, occupé la cathédrale et chassé les prêtres. Ses vassaux mécontents s'étaient rendus à son appel avec si peu de monde, qu'il les fit garder en otage et séquestra leurs biens. Le maréchal de Catane relança néanmoins les Sarrasins jusque chez eux avec les barons et chevaliers siciliens et réduisit leurs cadis à descendre dans la plaine, ën inferiora loca, et à y faire leur soumission. C'est alors que Frédéric transporta les plus remuants de l’île sur le continent et les établit en Italie, sur les bords de l'Adriatique, à Lucera, en leur permettant d'y garder leur religion, leurs coutumes et leurs mœurs, sous un ciel, au milieu d'une nature qui leur rappelaient la mère-patrie, à la condition d’un service militaire qui les mettait à la disposition de leur vainqueur.
Cependant le temps du départ fixé pour la croisade en 1225 approchait. Hermann de Salza, dont le nom, dit un chroniqueur, faisait trembler les Sarrasins, étaitre venu. Frédéric ne voulut pas partir avant que son mariage avec Yolande lui apportât, avec une nouvelle femme, les droits du voi titulaire de Jérusalem, Jean de Brienne. Ce dernier roi, le patriarche de Jérusalem et Hermann de Salza, négo= ciateurs ordinaires entre le vieil Honorius et le jeune Fré= dérie, vinrent en informer la cour pontificale. Honorius en-
core en butte, comme il lui arrivait souvent, aux mécontentements et aux hostilités des Romains, était retiré à Rieti. Il invita Frédéric à se rencontrer à San-Germano avec le légat Pelagius, l'homme de la cour romaine le plus opiniâtre pour la croisade. Frédéric s'y rendit avec les évêques allemards de Bamberg, de Mersebourg, de Ratisbonne, le duc Léopold d'Autriche, Bernhard de Carinthie et d'autres, le 25 juillet, jour de la Saint-Jacques. Entre les mains du légat, il jura de partir en personne pour la croisade, dans deux ans, en août 1227, avec cinquante vaissaux de guerre et cent navire et d'y entretenir pendant deux ans mille chevaliers é quipés. Des dédits considérables seraient payés en monnaie d'argent ou en lingots, pour les chevaliers ou les vaisseaux manquants, et de fortes sommes étaient stipulées en faveur du roi et du patriarche de Jérusalem et du grand maître de l'Ordre Teutonique. Un serviteur allemand, Conrad, lefils de l’ancien duc impérial de Spolète, dévoué à Frédéric, jura sur son âme, que celui-ci exécuterait toutes les conditions dudit traité, à peine pour lui d’encourir l’excommunication. En revanche, l'empereur intervint bénévolement entre les Romains et le pape, qui rentra bientôt à Rome.
Frédéric 11 profita du nouveau délai, non seulement pour épouser Yolande mais pour marier son fils en Allemagne, afin d'assurer la continuation de sa dynastie. D'accord avec le pape, après avoir fait un traité d'alliance à Catane avec le roi Louis VIII, fils de Philippe-Auguste, il avait ménagé une entrevue entre ce prince et l'archevèque de Cologne Engelbert, en novembre 1224, à Vaucouleurs, pour trouver une épouse française à son fils. Mais l'archevêque de la riche ville de Cologne penchait pour une princesse anglaise, afin de conserver l'alliance de ce royaume plus favorable au commerce du Rhin. Il fit manquer le pro-