‹ Histoire d'AllemagneChapitre 55 sur 150 · MARIAGES DE FRÉDÉRIC ET D'HENRI · texte numérisé non relu

MARIAGES DE FRÉDÉRIC ET D'HENRI

jet. 11 s'en exeuse auprès du pape, parce qu'il était contrairé à l'Église romaine et surtout à Sa Saiuteté même {contra ecelesiam romanam et specialiter euntra vos), et auprès de l'empereur !, en vantant les avantages de Y'ailiance anglaise +. Frédéric n'élait pas très satisfait et hésitalt beaucoup à prendre pour belle-fille la sœur du roi d'Angleterre. Le duc d'Autriche, les rois de Bohème et de Hongrie désiraient d'ailleurs aussi le jeune roi pour gendre ; ils proposaient chacun leur fille, et offraient à qui mieux mieux les plus grosses dots. Au fond, s'il faut en croire un contemporain, Frédéric mettait presque la main de son fils à prix; car il avait soif d'argent et aimait à amasser, Ipse vero sitit nisi pecuniam, ut illam accumulet. En définitive, il consentit au mariage de son fils avec Marguerite, fille du duc d'Autriche.

Le mariage du père et celui du fils eurent lieu à peu prèsen même temps en Italie et en Allemagne. Jean de Brienne était allé avec l'archevêque de Capoue et l'amiral André de Malte chercher sa fille en Syrie avec quatorze galères. Le mariage fut célébré par procuration dans l'église Sainte-croix de Jérusalem, avec l'approbation du pape. Le couronnement solennel de la jeune reine fut effectué en grande pompe à Tyr, devant les grands et évéquesdu royaume. Yolande arriva er novembre à Brindes ; leroi la reçut avec de grandes cérémonies, le 9 novembre. Dèslelendemain, ilannonça à son beau-père Jean de Brienne, roïititulaire de Jérusalem, qu'il eût à lui résigner à lui le royaume avec tous les droits de sa femme, malgré l'étonnement et les réclamations de celui-ci, qui argumentait

# Monumenta Germaniæ, IV, 255.

# Dôm Bouquet, Chron. Turon., XVIII, 366; Champollion, Lettres des rois de France, 1, 44; Huill. Breh., Il, 2, 834. Tous V à

d'une promesse à lui faite de garder ce royaume sa vie durant, Frédéric prit, dès le mois de novembre, à Foggia lestitres d’'Imperator semper Augustus, Jerusalem et Sicidiæ rez. A peu près à la même époque, neuf jours après le second mariage du père, on célébrait avec une grande solennité les noces du fils avec la fille du duc d'Autriche Marguerite ; ces noces furent sanglantes.

L'archevèque de Cologne était en route pour s'y rendre quand son neveu, Frédéric d'Ysembourg, avec vingt-cinq coquins, l'attaqua au village de Schwelm, oùilvoulait consacrer une église,etlaissa pour mort, percédetrente-huit blessures, celui qu'on appelait le père de la patrie et l'honneur de la Teutonie, pater patriæ et decus Germaniæ. La plupart des barons et des chevaliers, nous dit la chronique d'Ursperg, étaient des brigands ; solent esse prœdones. L'archevêque de Cologne avait voulu les réprimer. De là, la vengeance. Lorsque les serviteurs de l’escorte de l'archevèque, les vêtements encore en lambeaux et en sang, vinrent demander justice, Henri s'érigea en juge dans le château qui domine Nuremberg. On discuta avec violence pour savoir sile meurtrier pouvait être condamné sommairement, ou s'il fallait le traduire devant la justice impériale. On en vint aux armes, séance tenante, et on se préciptaenfoulesi pressée dehors, que l'escalier croula avec mort de cinquante hommes, dont vingt-cinqchevaliers, sans compter ceux qui allèrent mourir dans les auberges environnantes. Condamné, Frédéric d'Ysembourg erra douze mois en banni tandis que le successeur de l'archevêque de Cologne, Henri von Sayn, faisait détruire ses châteaux. Pris enfin à Liège et livré aux habitants de Cologne, l'assassin de l'archevêque périt sur la roue. Le poète Walter de Vogelweide pleura, dit-il, la mort de celui qu’il avait loué dans sa vie. H

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