VIII PREFACE
une place plus considérable à l'histoire des deux derniers siècles qu'à la période -infiniment plus longue où l'Alsace du moyen âgé et du xvi® siècle vécut sa vie dans les cadres du Saint Empire romain. Mais je n'ai pas eu à faire le moindre effort pour me montrer impartial et même sympathique à ce passé lointain qui eut sa grandeur et sa beauté. Seulement j'ai dû retracer avec la même fidélité, avec une sympathie personnelle plus vive peut-être, le tableau si curieux de la formation d'une Alsace nouvelle, qui s'annonce à peine dans le dernier tiers du xvii* siècle, qui se poursuit, obscurément d'abord, puis de plus en plus visible, à travers les générations du siècle suivant, et se produit enfin, d'une manière évidente pour tous, après le grand mouvement de 1789. La Révolution, ici plus qu'ailleurs, bouleverse et renverse tout, les idées, les institutions et les mœurs; elle associe d'une façon toujours plus intime, à travers des crises aiguës, et d'immenses souffrances, la vieille Alsace et la France renouvelée. Notre province a eu sa part — une part glorieuse — aux longues guerres, aux victoires comme aux défaites, de la République et de l'Empire, et dans ces souvenirs heureux comme dans ces épreuves communes, elle s'est attachée à la France d'un lien si solide que deux générations, plus heureuses que la nôtre, ont pu le croire indestructible.
Bien des critiques justifiées seront adressées
PRBFACB. IX
sans doute à ce modeste travail. Mais, en déposant la plume, je demande la permission de répéter encore une fois que s'il doit le jour à l'affection profonde pour la terre natale, à l'amour de la grande patrie, il s'est inspiré avant tout du culte de la vérité historique. Ce culte s'impose à tous ceux qui veulent raconter le passé? et je n'ai cessé de le professer, pour ma part, depuis plus d'un demi-siècle que j'écris.
(Jumetl9l2.) -