LA GUERRE DES ÉVÊQUES ET HENRI IV
Aussi longtemps que Ferdinand I* (f 1564), puis son fils Maximilien II (f 1576) présidèrent aux destinées du Saint Empire romain, la paix confessionnelle ne fut jamais sérieusement ti:ouDlée entre les Etats catholiaues de l'Alsace et ceux qui s'étaient rattachés à la Réforme. Le premier avait rendu visite à Strasbourg en décembre 1662 et s'y était montré très reconnaissant de l'accueil qui lui avait été fait ; le second se concilia de même la reconnaissance des
f)rotestants de la province en accordant à l'École atine de Sturm les privilèges d'une Académie (1566) et en renouvelant vers la même époque les droits et privilèges de la noblesse immédiate de la Basse- Alsace en majorité luthérienne. Maximilien II, qu'on avait pu croire gagné personnellement, à un moment donné, aux idées des novateurs, tenait avant tout à la paix de l'Allemagne et ne s'opposa donc pas bien énergiquement à certaines usurpations de domaines ecclésiastiques commises par des princes protestants, malgré l'article spécial delà paix de religion d'Augsbourg qui les défendait pour l'avenir. Mais l'avènement de son fils Rodolphe II (1576- 1612) marque un changement notable.
Destiné, semblait-il, à succéder à Philippe II
LA GUERRB DES BVâQUES ET HENRI IV. 85
d'Espagne, longtemps sans héritier mâle après la mort de . Don Carlos, Rodolphe avait été élevé à Madrid et resta, sa vie durant, sous l'influence des Jésuites, ses anciens maîtres. S'açpuyant sur lui, le dominant plutôt, — car il était d'intelligence médiocre et plus faible encore de volonté, — le mouvement de la contre-réformation qui commençait alors par toute l'Europe se fit immédiatement sentir par la tension des rapports entre les deux fractions confessionnelles qui se partageaient TÉmpire. En Alsace aussi, les relations devinrent plus froides et bientôt hostiles. Le comte Jean de Manderscheid, élu prince-évéque de Strasbourg, en janvier 1569, se refusait à écnanger avec la république les serments traditionnels de bon voisinage et d'amitié qu'on se prétait d'ordinaire à chaque élection nouvelle. 11 s'engagea dans une série de conflits avec la ville qui aboutirent à une dénonciation formelle devant la Chambre impériale de Spire. Finalement, grâce à l'intervention du Grana Chapitre, Jean de Manderscheid consentit à signer à Saverne, le 9 novembre 1578, les formules accoutumées, mais cette réconciliation, peu sincère sans doute de part et d'autre, n'empêcha pas la situation d'empirer chaque jour. La tentative de l'archevêque de Cologne, Gebhart Truchsess de Waldbourg, pour séculariser son Électorat, c'est-à-dire pour le garder tout en se mariant et en passant à la Réforme, devait inspirer bientôt des tentatives analogues à Strasbourg où les membres du Grand Chapitre, dont Gebhart faisait partie, se divisaient depuis longtemps en deux groupes encore inégaux appartenant aux confessions rivales. La Réforme venait de triompher à Colmar, elle s'implantait à Haguenau ; pourquoi ne gagnerait-elle pas le siège épiscopal de la province ?
85 HISTOIBB D ALSACE.
L'accord entre l'Empereur, l'Espagne, le pape et les princes catholiques de l'Empire réussit à chasser l'archevêque hérétique de ses terres de Cologne. Il se retire en Alsace. La majorité du Grand Chapitre prononce la destitution de l'intrus et des autres chanoines protestants, mais ceux-ci se mettent sous la protection du Magistrat de Strasbourg, saisissent les archives, les greniers et les bâtiments du Chapitre, dits le Bruderhof, et, tandis que les chanoines catholiques quittent la ville pour se rendre à Molsheim et Saverne, ils font choix de nouveaux chanoines luthériens dans les familles princiëres de l'Allemagne. La ville libre, de son côté, négociait avec l'envoyé de Henri IV, le vicomte de Turenne, un accord, qui, en échange des sommes prêtées au roi de France et comme équivalent des dégâts causés par ses troupes, abandonnait à la république les biens de TOrdre des Chartreux, situés aux portes mêmes de Strasbourg. Cette protection royale était d'autant plus utile que les rapports avec Jean de Manderscheid se tendaient de f)lus en plus ; il fortifiait les villes de l'évêché, s'aliait au duc de Lorraine et portait plainte à Rodolphe II pour l'usurpation de ses droits ; c'est pour parer à ce danger que le Magistrat, résolu d'abord à rester neutre dans la querelle des deux chapitres, signa, le 8 novembre 1591, une alliance offensive et défensive avec les chanoines du Bruderhof. Six mois plus tard, l'évoque mourait au château de Saverne frappé d'apoplexie (2 mai 1592) et sa disparition subite précipitait la crise.
Les deux groupes convoquèrent le chapitre pour l'élection d'un successeur, chacim réclamantce droit d'élection pour lui seul. Les protestants, réunis à| Strasbourg, désignent, le 30 mai, comme administrateur de l'évêché, l'un des leurs, le jeune mar-
PI