‹ Histoire d'Alsace. Nouv. éd. rev., corr. et augmChapitre 23 sur 73 · LÀ GU£RR£ DBS BVÊQUBS ET HENRI IV · texte numérisé non relu

LÀ GU£RR£ DBS BVÊQUBS ET HENRI IV

grave Jean-George de Brandebourg, petit-fils de rÉlecteur de ce nom ; les, catholiques, siégeant à Saveme» élisent le prince Charles de Lorraine^ déjà cardinal et évoque de Metz. L'élection du margrave, encore presque enfant, était absolument illégale; Strasbourg ayant mis ses mercenaires à la disposition de ses alliés du Bruderhof qui se saisi*^ rent d'une série de bailliages épiscopaux, Charles, de son côté, fit passer des mercenaires lorrains dans la plaine d'Alsace. La guerre commença, guerre de surprises, de pillage et d'incendies, qui dévasta surtout le territoire de la ville libre, laquelle adressait, dès le mois de juin, d'émouvantes suppliques au roi de France, « afin de nous défaire et délivrer de la barbarique tyrannie » du duc de Lorraine. Malheureusement, Henri IV avait trop d'ennemis sur son propre territoire pour intervenir efiicacement en Alsace. Strasbourg engagea comme généralissime le prince Christian d'Anhalt, qui revenait d'une campagne en France ; il lui coûta beaucoup d'argent et lui rendit peu de services. On appela également à l'aide les alliés suisses, qui envoyèrent trois mille hommes. Les États voisins, la Régence autrichienne, le duc de Wurtemberg, l'évéque de Bâle essayèrent en vain de s'entremettre et la lutte se prolongea, sans incidents notables, jusqu'au mois de février 1693 ; à cette date, les commissaires impériaux ménagèrent un arrangement provisoire par lequel la solution du litige était renvoyée à la Diète devant une commission de six prmces, mi-partie protestants et catholiques; en attendant, les revenus de l'évêché étaient partagés entre les deux concurrents.

Le résultat le plus clair de cette « Guerre des* Évoques » fut la ruine économique de Strasbourg, dont les finances ne se remirent jamais entièrement

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de rénorme dépense causée par cette querelle, qui ne la regardait pas en définitive. Gomme on pouvait sy attendre, la commission princière ne put s'entendre sur une solution acceptable. Les protestants s'adressèrent alors derechef à Henri iV, qui par une déclaration signée au camp de Travecy, près La Fère (22 novemore i695), garantissait Tétat de choses présenta son « très cher neveu », le cardinal de Lorraine, et à son c très cher cousin ]», le marquis de Brandebourg; l'un et l'autre s'engageaient à n'y point o: attenter offensivement i» et luimême promettait, « en foi et parole de Roi, de prendre les armes pour assister celui des deux qui le premier aurait été agressé hostilement par l'autre » .

L'autorité du roi était déjà suffisamment rétablie en France à cette date pour que sa protection fût efficace, et, dans les années qui suivirent, l'Alsace put se remettre des maux de la guerre. Si les Lorrains et les Brandebourgeois reprirent leurs incursions et leurs pillages réciproques (i602), Strasbourg ne se mêla pius de la querelle. Henri IV, qui venait de signer la paix avec le duc de Lorraine, et qui constatait chaque jour la faiblesse et l'inertie des princes protestants de l'Empire, intervint une dernière fois dans l'affaire, mais il se contenta de réclamer quelques avantages pécuniaires temporaires pour le chapitre luthérien et son candidat. Jean- George de Brandebourg renonçait à tous ses droits sur l'évêché contre une somme assez considérable ; les chanoines, ses alliés, devaient jouir pendant quinze ans du Bruderhof et de ses revenus, mais Charles de Lorraine était reconnu par tous comme prince-évêque de Strasbourg.

Ce traité de Haguenau (22 novembre i604) consacrait donc une nouvelle victoire de la contreré-

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formation dans l'Empire. Le cardinal Charles de Lorraine ne survécut pas longtemps à son triomphe, mais avant de mourir, il put faire désigner par le Chapitre, comme coadjuteur, l'archiduc Léopold d'Autriche, le frère du futur empereur Ferdinand IF, et ce fut un Habsbourg qui vint occuper, en 1608, sans qu'on osât le lui disputer, le siège épiscopal de Strasbourg. A ce moment, la maison d'Autriche, possédant le Sundgau, la majeure partie de la Haute- Alsace, l'évéché de Strasbourg et le grand bailliage de Haguenau, pouvait se croire assurée de la domination sur toute la province, et peut-être cet espoir se 8erait-il réalfsé, si les guerres civiles avaient continué en France.

Mais la royauté française reprenait alors possession d'elle-même. Le prince qui la représentait, naguère hérétique, resté défenseur de la tolérance religieuse dans son propre pays comme au dehors, sut se montrer à la fois prudent dans ses combinaisons politiques et habile à les réaliser. Cette habileté ne s'est jamais montrée plus constante et jamais elle n'obtint de meilleurs résultats que dans ses relations avec les protestants d'Alsace et particulièrement avec leur métropole. C'est grâce à son intervention que la guerre oes Evoques ne fut pas désastreuse pour Strasbourg ; c'est grâce à sa protection bienveillante que l'Alsace put vivre dans le calme de 1604 à 1610, les seules années d'une tranquillité à peu près complète qu'elle ait connues dans ce siècle tourmenté. Ces services, quelque intéressés qu'ils aient pu être, lui valurent la reconnaissance respectueuse des dissidents de la province. Le souvenir du a grand Henri » fut pour beaucoup dans la confiance que les États protestants de l'Alsace témoignèrent plus tard à Louis XIII et à Richelieu.

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