TITA
La lettre tomba des mains de Jacques.
Il se renversa sur sa chaise en sanglotant.
« Elle est mortel criait-1l, morte et je .
l’accusais! morte et je vivais ainsi!
— D'où cette dépêche était-elle adressée à Galuzzi? demanda Frédéric après un silence.
— De Florence.
— Eh bien! ayons le cœur net de tout
cela et repartons demain pour Florence.
—. Mon pauvre Frédéric, dit Jacques en lui prenant les mains avec un sourire attendri. Quelle existence je t'aurai fait mener à toi qui n’as jamais aimé d'amour!
— J'aime d'amitié » dit Frédéric en
l’embrassant.
Le mont Cenis était vierge encore de rails et de tunnel à l’époque où se passe cetle histoire.
C'est pourquoi les deux frères, descendus de wagon à Saint-Michel, y louèrent une mauvaise calèche qui cahin-caha devait les transporter jusqu'à Suse.
Cependant les maigres chevaux n’en allaient pas moins assez bon train, et on
était déjà arrivé aux deux tiers de la
montée, lorsque pour la troisième fois le postillon se tourna vers ses voyageurs.
« Qu’y a-t-il? demanda Frédéric qui commençait à être las du long silence gardé depuis Paris. Est-ce un cigare que tu veux ou une histoire qui te vient?
Fume et parle, tiens.
— Cent fois merci, Excellence, répondit l’homme. Ce n’est pas une histoire qui me vient, c'est une peur.
— La peur de quoi?
— Le vent de galerne souffle et avant une demi-heure gare au grain, ne vous en déplaise |
— Mais il m'en déplairait beaucoup, s'exclama Frédéric. Entends-tu ce qu’il dit, Jacques?
— Oui, j'entends. Mais qu’il pousse ses
chevaux jusqu'aux Tavernettes ; j'ai aperçu une voiture derrière nous et je ne veux à aucun prix voir aujourd'hui âme qui vive.
— Les Tavernettes sont loin encore, Excellence, et ce serait véritablement risquer de ne plus jamais voir âme qui vive que d'y aller.
— Marche toujours, marche, cria Jacques, je te donnerai doubles guides.
— Serviteur aux doubles guides, selgneur voyageur, mais çà ne me donnera pas double vie. J'ai le goût du pain plus prononcé que celui de l'argent et, sauf votre respect, je m'aime mieux tout nu que couvert de neige.
— Alors, va où tu voudras, animal!
— À vos ordres, Excellence. »
Un quart d'heure après, la calèche s'arrêlait au grand refuge de la Ramasse.
La cour était déjà tout encombrée de voitures de toutes sortes, les écuries étaient pleines de chevaux, l'hôtellerie pleine de gens. Et postillons, palefreniers, et guides allaient et venaient en grande hâte, tout en échangeant au passage leur mot d'inquiétude sur le grain qui s’annonçait comme devant être assez méchant.
« Une chambre, demanda Jacques en entrant dans l'auberge.
— Et du thé, ajouta Frédéric.
— Ah! pour du thé, je n'ai plus que du café, répondit l’hôtesse, mais pour une chambre... |
— Vous n'avez plus qu’une cellule,
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dit Frédéric en jetant un regard attristé sur la petite chambre qu'on leur ouvrait.
— Ça, une cellule? Dieu de bonté!
mais c'est le musée du grand homme, Excellence. Il a couché là en 1800.
— On voit bien qu'il était petit, le grand homme, murmura Frédéric en se baissant pour passer la porte.
Ces gens-là ne sont pas Français, pensa l'hôtesse.
Et sans rien dire elle emporta la statuette de Napoléon qui était sur la cheminée. |
Le ciel s'était couvert de gros nuages noirs et cuivrés, le vent soufflait avec âpreté et l’on extendait dislinctement au loin les craquernents et la chute ef-
froyable des avalanches.
Il faisait à peine clair dans la chambre, malgré les larges et rouges flammes d’un feu de sapin.
— Brr! c'est lugubre ici, dit Frédéric en allumant une bougie.
— Ah! que ne suis-je là-bas où tout croule et où tout s'effondre, murmurait Jacques, que ne puis-je mourir pour elle qui est morte pour moi! |
Deux coups frappés à la porte tirèrent lcs deux frères de leurs réflexions.
— Entrez! cria Frédéric,
— N'entrez pas! avait crié Jacques en même temps.
— Je n'ai entendu que Frédéric, dit le seigneur Galuzzi, en ui tendant la main.
— Tiens, c’est Lélio, dit Frédéric.
— Moi-même, qui suis en route pour Golconde et Visapoor, comme Jacques a déjà dû vous le raconter.
Jacques se leva sans parler et alla se rasseoir sur l’escabeau qui était dans l’'embrasure de la fenêtre.
— Présentez-moi donc à votre frère, dit Lélio en riant, je vois avec peine qu’il ne me reconnaît pas du tout.
— Vous n'êtes pourtant pas changé, repartit Jacques assez sèchement, et je crois même que votre gaité de l'autre nuit n'est pas tout à fait.
— Dites cuvée, si bon vous semble, | poursuivit Lélio, et écoutez un conseil .d’ami que je vous apporte et que je vous aurais donné plus tôt si vous nc
vous étiez pas soigneusement dissimulé
à mes regards depuis Paris. Peut-être même ne vous serlez-vous pas du tout mis en route ? Il est certain, en tout cas, que vous n’auriez pas continué si longtemps à porter le diable en terre, car le diable est vivant, c’est moi qui vous le dis. Vous en apprendrez de belles sur son compte. Allez à Pise, caro mio, et que le deuil de vos illusions vous soit léger |
Jacques s'était dressé sans prononcer une parole, plus pâle encore que le Jour où il avait cru morte celle qu'on lui disait alors vivante et déshonorée.
— Qu'est-ce que cela signifie? demanda Frédéric.
— Cela signifie qu'au café Anglais,
l’autre soir, la sortie de Jacques m'avait
fait peine pour lui et honte pour moi.
J'avais légèrement parlé dans l'ivresse de la mort possible de la marquise; je tiens à rétablir les faits, en parlant non moins légèrement, mais à jeun cette fois, de son existence folâtre.
— Cela n’est pas, s’écria Jacques hors de lui-même; puis, se contenant : Pardon ! reprit-il, le démenti ne s’adresse pas à vous, mais à ceux qui vous ont trompé.
— Un notaire ne trompe pas un héritier le lendemain de son héritage; quelques jours après, oui, mais jamais le lendemain. Or c’est maître Balbi, de Florence, qui m’a détaillé les faits dans une lettre de six pages que j'ai là.
Madame Tita a déserté le toit conjugal
il y a six mois et a suivi je ne sais qui, je ne sais où. A l'heure qu’il est, depuis quinze jours environ, c'est-à-dire depuis la mort du marquis, elle est retournée à Pise et rentrée au palais Lanfreducchi Elle affecte d’y vivre dans la solitude et dans la piété. Cette attitude édifiante lui parait sans doute utile pour faire mieux valoir ses droits d’héritière déshéritée, mais vous comprenez que ma situation est excellente et que s'il y a procès.
— Mon Dieu! mon Dieu! est-ce possible? interrompit Jacques douloureusement. |
— Ce n’est pas possible, c’est certain, et vous me verriez aussi affecté que vous-même de cette déchéance si Je
n'avais dix ans d'expérience de plus que
vous. Ce qu’il y a de bizarre, c’est que personne n’a pu dire le nom de son amant. Oh! mais, nous le trouverons ; car vous comprenez bien que devant les tribunaux il me faudra produire les noms et qualités de ce monsieur, si tant est qu'il ait un nom et des qualités. Et le Galuzzi se mit à rire tout seul de sa propre plaisanterie. | Frédéric ne dquittait pas des yeux Jacques, toujours immobile, les bras convulsivement croisés sur sa poitrine.
Galuzzi continua de plus belle, sans
s’apercevoir du supplice qu’il infligeait.
— Quel qu’il soit, il n’en a pas moins
eu le don d’apprivoiser la sauvage, comme le Petruccio de Shakespeare.
Peut-être a-t-il employé pour lui plaire
les mêmes moyens énergiques. Nous en agissions, vous et moi, en vrais naïfs! 1l y a un an el demi, je crois, que je vous ai présenté l’un à l'autre. Était-elle belle ce soir-là, avec son casque de cheveux noirs sur sa nuque blanche! Quand cette femme-là apparaissait dans un salon, elle y apportait la clarté tranquille et pure d’un rayon de lune. Lune sans Endymion, alors! Je lui avais fait, je me rappelle, un sonnet italien dont je n'ai jamais pu me resservir pour personne, à preuve qu'elle avait son cachet à elle.
N'est-ce pas qu’elle avait son cachet?
Jacques, sans répondre, se mordait les lèvres jusqu’à saigner.
— Ah! comme on vous aurait étonné, comme on m'aurait étonné moi-même,
poursuivit l’imperturbable Galuzzi, si on m'avait dit qu'un jour ou qu'une nuit viendrait où elle jetterait son bonnet, voire son corsage par-dessus les moulins et que le tout retomberait sous la forme de sacs d'or à mes pieds.
La fureur de Jacques ne put se dominer plus longtemps.
— Assez! assez! interrompit-il violemment en marchant droit sur son bourreau.
— Qu'est-ce qui vous prend? interrogea l'Italien en reculant d’un pas.
— Il me prend l'envie de vous jeter par la fenêtre, vous, vos sacs d'or et vos conseils. Ce qu’a pu faire cette femme ne vous regarde pas, entendez-vous? Allez à votre héritage et laissez-moi à ma douleur.
Frédéric s'était rapidement interposé, mais Galuzzi jeta sur Jacques un regard de pitié :
— Qui est enragé est protégé, dit-il en italien. Et, haussant les épaules, 1l sortit lentement de la chambre.
Quand ils furent seuls, Frédéric courut à son frère, et, lui prenant les deux mains :
— Jacques, mon cher enfant, du courage! C'est le fer rouge cela, mais c’est aussi la guérison. »
Ainsi pensait Frédéric.
N'est-il pas étrange, madame, n'est-il pas certain pourtant que, si délicats que
soient les cœurs qui n’ont jamais aimé
d'amour il leur manque toujours la divi-
nation de ce qui sera.
À peine ont-ils l’idée juste de ce qui est. |
C'est là toute la différence entre ces deux belles choses : la pitié qui gémit pour. les autres de souffrances qu'elle ignore, la compassion qui pleure avec nous des misères qu’elle a connues.
Jacques, l’œil élincelant, allait et venait par la chambre, en proie à un véritable accès de frénésie. Tantôt se taisant longuement d’un air farouche, tantôt éclatant en folles bordées de paroles sans suite ou qui n'avaient de suite que dans l’enchaînement de ses pensées intérieures.
Frédéric, debout près de la cheminée, écoutait et regardait sans intervenir. Il
attendait que le transport de Jacques
s'épuisât de lui-même, convaincu que l'amour s'arracherait ainsi du fond de ce cœur désespéré.
Enfin Jacques s’arrèta devant son frère et, la voix plus calme, l'esprit moins enfiévré :
« Quelle misère! Cette femme dont je n'osais toucher la main qu’en tremblant! cette idole que je craignais d’offenser d'un regard, si haute sur son piédestal de vertu! A-t-elle assez menti!
m'a-t-elle assez trompé! Comme elle s'est jouée de nous! Et le marquis, ce faux héros qui devait tout massacrer ? Il n'aura été bon qu’à la défendre contre moi, l’imbécile! Et la voilà maintenant qui court le monde au bras d’on
ne sait quel faquin! Ah! mais lui.
moi aussi je saurai son nom cetje le tucrai |
Frédéric, cette fois, ne put s'empêcher de répondre :
— Quel droit as-tu sur elle, on pauvre enfant, qui puisse t'en donner sur Jui? Crois-moi, frère, rentrons à Paris. C’est la fin de tous les romans que ton histoire. La promise n’a pas attendu le fiancé. Vieille romance souvent chantée par bien des jeunes voix.
Tita est indigne de toi comme elle est indigne d'elle-même, oublie-la comme elle t'a oublié.
— Oui, je loublierai, mais c’est elle qui se ressouviendra de moi. Ce serait {trop stupide de la laisser goûter en paix son
parjurc. Je lui ferai relire, Je lui relirai
moi-même les serments écrits de sa main.
Je l’abreuverai de sa honte... Et même, et même. Elle s’est promise après tout... Oh! la misérable ! la misérable! .
je l’aimais mieux morte! »
« Si ces messieurs sont disposés, dit le postillon qui avait fini par entrer après avoir frappé trois fois inutilement, nous pouvons nous remettre en route. Le temps est rétabli et les chevaux sont prêts.
— Oui, en route! cria Jacques, en route ! Et demain matin nous serons à
Pise. »
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Par un lourd soleil de juillet qui faisait ployer les feuilles des arbres, Tita et son amie Francesca Hawkett étaient assises dans un coin sombre des jardins Lanfreducchi.
Pauvres jardins tant célébrés par la légende et tant vantés par Gambal Ils n'étaient guère reconnaissables avec leurs allées cachées sous l’herbe. Les arbustes
rares, les plantes précieuses ; les touffes
fragiles, si tendrement soignées jadis, étalaient de place en place leurs squelettes grisâtres ; les rosiers à peine fleuris enchevêtraient comme des ronces leurs longues branches rouges d’épines, et les couronnes de lierre des vieux ormes prenaient elles-mêmes je ne sais quel aspect funèbre et désolé.
C'est que la mystérieuse sauvagerie qui fait la splendeur des bois, n’éclatait là que par oubli; c’est que le renouveau y était mêlé de ruines; c’est que la liberté de tout faire, cette liberté chère aux forêts, n'était ici que de l’abandon.
Pauvres jardins! Pauvre Tita aussi !
Les deux jeunes femmes étaient tournées l’une vers l’autre, les mains dans
les mains. Toutes deux gardaient ce sr-
lence réfléchi qui suit toujours les longs épanchements. Ce fut lady Francesca qui le rompit.
« Ainsi tu ne veux pas me suivre ?
Tu ne veux pas que je t'emporte dans mon nid d’aigle du Cairn Gorn. Je t’assure que le soleil d'Écosse n’est pas du tout si noir qu'on le fait; il a même vraiment ses jours de gaîté, sans compter que moi j'ai tous les jours les miens.
Nous chasserons les coqs dans les bruyères; nous forcerons les cerfs dans les bois; nos lacs se couvriront de flottilles; les voiles blanches sur l’eau bleue, c’est très joli, tu sais. Allons, Titania, laisse-moi être ton Obéron, et enfuyons-nous ensemble au fond des bois.
La marquise l'écoutait avec un sourire triste et doux.
— Es-tu bonne, ma Cecca, es-tu tendre et secourable ! Et que tu as bien fait de venir ici!
— J'ai bien fait si je t'emmène, mais si tu restes ?
— Regrettes-tu de m'avoir apporté deux jours de tendresse et d’apaisement.
Les bonnes heures de ma vie t’apparaissent-elles donc si nombreuses, Cecca, que tu puisses compter celles-ci pour rien. À moi qui ne vis plus que de souvenirs ne sens-tu pas quel trésor tu me laisses ? Faut-il te redire toutes les chères paroles que J'ai recueillies de tes lèvres, te raconter tous tes soupirs et tous tes
regards pendant mon récit? Et tes
larmes ? tes belles larmes qui n'ont jamais coulé que pour moi, est-ce que tu les regrettes aussi, carina? Crois-tu qu'il ne me soit pas doux de les revoir en ce moment même dans tes yeux et n'est-ce pas ma douleur vivante et transfigurée que jJ'embrasse là sur ton cher visage.
— Îl ne tiendrait qu’à toi de l’y embrasser tous les jours, méchante Tita.
— Laissons cela, amie aimée. Tu ne sais pas de quel poids pèserait sur ta gaîté l’affreuse tristesse qui m'’accable.
Plus tu es bonne et dévouée, plus J'aurais honte de troubler ta vie, moins j’oserais m'abandonner franchement à ma douleur. Je ne serais plus moi.
— Nous serions nous, ce qui vaudrait
bien mieux et tu te consolerais toi-même de peur de m'attrister.
— Non, ma vie n’est plus de ce
monde, ma place n’est plus parmi les
vivants. Il me faut un cloître et non un château, des prières et non plus le bruit lassant des paroles humaines.
— Prends garde, chère Tita, le désespoir n’est pas moins décevant que l’espérance et la pire crédulité est de s’imaginer qu'on ne croit à rien.
— J'ai vu la vie, Cecchina.
— 0 Selvaggietta, la bien nommée, enfant ignorante et farouche! Tu as vu la vie, toi! Toi, qui ne l'as regardée qu'à travers tes chimères enchantées ou désenchantées, toi qui ne te doutes seulement
pas que le même prisme qui fait du
© en - ———————— $ —————
= ccm — - —
soleil un arc-en-ciel, nous montre la terre difforme et défigurée.
— Oui, je suis farouche ! oui, je suis ignorante | je suis une enfant, oui! Oui, je n’ai jamais eu que de fausses joies car je ne me suis jamais réjouie que de mensonges ! Oui, mes douleurs mêmes sont de fausses douleurs, car celui pour qui j'ai pleuré ne méritait pas mes larmes, mais de toutes ces erreurs, Cecca, a surgi une vérité cruellement vraie : le néant de tout mon être.
— En es-tu sûre, Tita ? Es-tu sûre de n’aimer plus jamais personne, sûre même de n’aimer pas encore quelqu'un?
Est-ce que ma rentrée au couvent n’est pas une réponse ?
— Écoute, Tita ; l'heure presse et il va
falloir nous séparer. Il me reste à te dire une chose dont je n'aurais voulu te parler que plus tard pour pouvoir t'en parler plus longuement. Quand je suisarrivée tu n'élais pas en état de l'entendre ; tu n'es peut-être guère même enccre en état de l'écouter. Il s’agit de M. de Lormond. Son frère m'a écrit il y a de cela environ un mois. Il me racontait comment Jacques et lui s'étaient mis à ta recherche après ta lettre de Messine. Il
me demandait si je ne savais rien de toi
depuis lors, me suppliant de lui dire tout
ce que j'en savais et m'affirmant que Jacques t’aimait toujours passionnément.
—— Et qu'as-tu répondu ?
— J'ai tenu ma parole; j'ai gardé le
silence promis.
mn +
— Tu as eu raison.
— Et si ne t'en ai rien écrit à toi, c'est que je savais, hélas! c’est que tu savais toi-même quelle existence M. de Lormond menait alors à Paris. J'étais certaine que ce message ne t'apporterait ni consolation ni espérance; j'ai trouvé inutile qu’il vint raviver ta colère.
— Et tu as eu encore raison. Véritablement l’inconscience de ces gens-là m'exaspère |! reprit Tita qui englobait injustement Frédéric dans son mépris pour Jacques. S'informer de moi entre deux orgies ! Venir prétendre que l’on m'aime toujours, au lendemain de quelque nuit de débauche... Ah! crois-moi, Cecca, ne me parle plus de cet homme et laisse-
moi retourner à mon couvent.
Milady Hawkett baissa la tête et resta un moment sans parler. |
— Qu'es-tu venue faire ici pourtant?
reprit-elle enfin en fixant ses yeux sur ceux de Tita. Si c'était moi seule que tu voulais revoir, la porte de ton couvent ne m'était pas fermée et je m'y serais aussi bien rendue à ton appel que dans les tristes murs de ce palais.
Dis-moi la vérité, Tita, dis-toi la vérité à loi-même, ce que tu es venue chercher
— Ce que je suis venue chercher ici, c'est moi seule, c’est moi, et je ne m'y suis pas retrouvée. J'ai voulu faire une épreuve, elle est faite; je suis morte à
la vie.
— Tu n'as revu que les pierres, les
arbres et les fleurs, et rien de tout cela n’a parlé assez haut pour réveiller en toi l'écho de ton amour. Mais puisque tu as . parlé d’épreuve, tente-la complète, loyale,
sincère. Revois-le cet homme que tu crois mépriser et haïr; laisse-moi la lui écrire cette réponse d’où dépend peutêtre ta destinée. Que M. de Lormond sache seulement que tu es ici, que tu y es libre, et que c’est à lui d'y venir chercher son arrêt.
— Qu'il vienne ou non, l'arrêt est irrévocable. » |
Tita parlait encore quand trois coups violemment frappés à la porte de bronze du palais retentirent longuement jusqu’au fond du parc.
Les deux femmes se dressèrent toutes
droites. La main de Tita serrait anxieusement le bras de lady Hawkett.
Deux nouveaux coups résonnèrent encore plus violents que les premiers, et la vieille nourrice de Tita apparut tout effarée.
« Saints du Paradis! ayez pitié de nous! Madame! C'est lui! s’écria-t-elle en accourant.
— Qui, lui? demanda lady Hawkett.
Un éclair traversa les yeux de la Selvagygietta.
— Ne lui ouvre pas. As-tu la clef de la petite porte du jardin? Donne-la-moi, et nous, Cecca, partons.
— Non, Tita, non, tu ne partiras pas ainsi. La dernière et suprême épreuve que je te demandais d’accepter
vient s'offrir à toi d’elle-même, tu n’as pas le droit de la repousser. |
— Pauvre madame! elle aurait pourtant bien le droit de ne plus souffrir, dit à demi-voix la nourrice. |
— D'ailleurs, poursuivit Francesca, pourquoi refuses-tu de le voir si tu ne l’aimes plus? Pourquoi n’oses-tu pas l'entendre si tu es sûre de le condamner ?
— Eh bien, soit! dit lentement Tita après un silence. Je le verrai, je l’écouterai. Mais à une condition, Francesca, c'est que tu ne lui parleras pas, c’est que tu le laisseras venir à moi dans l'ignorance de ce que je sais et dans l'incertitude de ce que je veux. Et même...
oui, pour qu'il n’apprenne rien ni de vos
regards, ni de vos gestes, à l’une ou à l'autre, prenez cette clef et allez m'attendre toutes deux au Dôme.
C'est moi qui lui ouvrirai. »
Le jour commençait à décrottre. Un:
sombre manteau de nuages descendait des montagnes avec le crépuscule naissant. Tita traversa le parc d’un pas ra- pide, monta les degrés, franchit la vieille salle depuis si longtemps déserte et saisissant de sa main nerveuse un des candélabres brûlant toujours dans l’antichambre toujours obscure, elle se dirigea sans chanceler vers la lourde porte dont
elle fit tourner sans peine les pesants verrous.
Jacques était debout sur le seuil.
À la vue de Tita, devant ce pâle et fier visage, si pâle et si fier, un frisson lui serra le cœur. Toute sa colère s’éteignit et par un étrange retour sur luimême :
— Pardon, lui cria-t-il déjà à demi agenouillé.
Tita le releva d'un geste et reprenant sa marche silencieuse, elle retourna lentement dans la grande salle où elle s’assit grave et hautaine dans ce même fauteuil de chène d'où l'avaient arrachée jadis la colère et les menaces du vieux marquis. |
Le flambeau qu’elle avait posé sur un
trépied de bronze antique éclairait en même temps que sa blanche figure un admirable portrait d'elle peint au lendemain de ses noces et où elle était représentée vêtue d’un resplendissant costume florentin de la Renaissance, sa couronne de marquise sur la tête, à Ja main un rameau d'églantier pourpre, fleur héraldique des Rosellaï.
Quel contraste entre cette belle enfant toute rayonnante d’espérance ‘et de .jeunesse, qui souriait alors à la vie, et cette femme en deuil, véritable statue de la douleur morne et de la fierté blessée !
Cependant Jacques l'avait suivie sans __ prononcer une parole. Adossé pour ne.
. pas défaillir à la porte qu’il avait refer-
mée, le cœur bondissant, les yeux noyés 7 1 48.
de larmes, il la contemplait éperdument.
Tita ne pleurait pas, elle. Elle plongeait dans ses yeux des yeux ardents de crainte et d'angoisse. C'était le secret de son propre cœur qu'elle y cherchait.
Peu à peu les regards de Jacques rayonnèrent d’admiration.
Qu'elle était belle encore sous ce vêtement noir, noir comme ses longs cheveux!
Toute une bouffée d'amour et de jeunesse lui monta au cœur; il oublia et les propos de Galuzzi et ses projets de vengeance et sa douleur même, — tout enfin ! Et tendant les bras vers elle, sans oser pourtant faire un pas:
« Amour de mon âme! murmura-t-il
malgré lui.
Mais Tita secoua tristement la tête dans un geste de détresse et de refus:
— Hélas! je ne vous aime plus! ditelle.
Il la regarda un instant sans comprendre.
— Non, Jacques, je ne vous aime plus, répéta-t-elle froidement.
Alors, lui, soudainement repris de toute sa rage et de tous ses soupçons:
— Depuis six mois?
— Oui, depuis six mois.
— Et moi qui commençais à douter de la certitude! moi, dont les genoux avaient fléchi sur votre seuil! Ah! je sais tout! je crois tout! Hélas! hélas!
tout notre passé m'était réapparu en mettant le pied sur ces marches! A ta
seule vue, tout mon respect, toute ma piété pour toi m'’étaient remontés du cœur aux lèvres. On m'a menti, me disais-je.
Mais toi! toi tu ne sais pas, tu ne veux pas mentir! O honte! O souffrance!
Elle en aime un autre!
— Je dis que je ne vous aime plus, mais je ne dis que cela, Jacques.
— Quel jeu joues-tu avec tes paroles ambiguës, malheureuse femme? Ah! tu ne m'aimes plus. Eh bien ! ni moi maintenant, je te jure | Je sais tout, te dis-je. Tu as un amant. C'est pour lui que tu as quitté le marquis il y a six mois; c'est lui que tu veux rejoindre encore en sortant d'ici. Tu ne m'as même laissé parvenir jusqu’à toi que dans l'espérance de me voir déchirer de mes mains le
pacte qui nous lie. Car tu es une orgueilleuse et il te plairait de marcher le front haut dans ta nouvelle robe de fiançailles.
Tu veux te ravoir, Tita, mais je te garde. Tu ne seras l'épouse de personne, entends-moi bien. Que tu aies été ou non la maîtresse d’un autre, c’est à moi que tu appartiens. Je n’ai pas plus de respect que tu n’as d'amour, je n'aurai pas plus de pitié que tu n'as eu de constance et de pudeur ! Tu es la jeunesse et la beauté, donne ce que tu donnes et tiens ce que tu as promis.
Malgré ces paroles de menace, le geste de Jacques s’arrêtait hésitant et comme effrayé. La marquise avait caché son visage dans ses mains avec horreur.
— Voilà donc ce qu’il est devenu!
Voilà ce qu’il pense de moi et c'est dans celte pensée qu’il me revenait ! Oh!
Mais la passion vraie et la vraie douleur l’emportèrent en Jacques. Il courut se jeter à genoux devant elle :
— Oh! Tita! Tita! qu'avez-vous fait de ma vie? Qu’avez-vous fait de vous-même?
Vous, me trahir! Vous, coupable et parjure ! Savez-vous que je vous ai crue morte, madame? Savez-vous que je vous ai pleurée de toutes mes larmes ? Et ne vois-tu pas que c’est encore toi que je pleure vivante, perfide que tu es? Ah!
reprends-la ta lettre, reprendsla ta liberté. Ce n’était pas ainsi que je t'aimais, ce n’est pas ainsi que je te veux.
Une courte pitié traversa ce cœur glacé, mais, bientôt, le désespoir s’en
empara de nouveau. La marquise se rappela son long supplice, et, relevant le front de Jacques, elle le regarda sans défaillir.
— Et depuis quand pleurez-vous? Depuis quand m’avez-vous crue morte ?
Depuis quand me croyez-vous coupable et parjure? Ah! plût à Dieu que ce fût depuis longtemps, car alors je pourrais peut-être vous pardonner.
» Faut-il tout vous dire, homme sans courage, et êtes-vous de force à tout entendre, car, sur mon âme, j'ai pour vous plus de pitié que de colère? On vous a dit, n'est-ce pas, qu’il y a six mois je me suis enfuie de chez le marquis pour rejoindre celui que j'aimais? Eh bien!
on vous a dit vrai. Mais vous a-t-on dit
aussi que je savais où vous étiez, vous, il y a six mois? Vous étiez à Vienne.
Ah! voilà qui vous surprend. Mais je vous le dis à mon tour, moi, je sais tout.
Et cela, non pour avoir recueilli de la bouche du premier venu quelques propos d’infamies dont j'aurais douté jusqu’à la mort. Je sais tout parce que j'ai tout vu et qu’il m'en a coûté l’honneur et le bonheur de ma vie entière. J'étais dans le Tyrol alors. Le marquis venait de me quitter pour quelques jours, quand a paru dans les gazettes le récit mystérieux de votre duel et de votre blessure.
» À cette nouvelle, pleine de soupçons contre mon mari, pleine de foi en vous, convaincue que vous n’aviez pu risquer que pour moi une existence qui m’appar-
tenait tout entière, j'ai été prise de je ne sais quel verlige, d’un vertige de joie, hélas! car enfin vous aviez survécu au combat, et je jugeais que le marquis m'avait dégagée de ma parole en violant la sienne. Je suis partie; je suis arrivée à Vienne. Jai couru à l'ambassade de France; j'ai questionné; on m'a répondu.
Et moi, qui avais tout quitté sans retour, moi, qui n'avais plus de refuge au monde que vous et votre amour, j'accourais tout éperdue sur la place où vous habitiez, et là, à votre fenêtre, sur . votre balcon, dans vos bras et sur vos lèvres mêmes, j'ai vu... Ah! adieu!
adieu |
Et, d’un geste de dégoût, elle le rejeta loin d'elle et se dirigea vers la porte.
— Oh! nou, ne me quittez pas ainsi, sanglotait Jacques en s’accrochant à elle.
Ne me quittez pas, madamel Je vous aime! oui, je vous aime! Si vous saviez.
si je pouvais vous dire... Oh! pardon!
Ses paroles incohérentes se perdirent dans un torrent de larmes.
Tita se retourna vers lui et toujours véhémente :
— Aussi bien je n’ai pas tout dit. Oui, sachez cela encore, — car il était écrit qu'il ne serait rien de moi que vous
“n'ayez brisé ou meurtri, En quittant Vienne, mon parli était pris, je n'avais plus qu’à me jeter dans un couvent.
Mais je suis une orgueilleuse, comme vous dites. Il m'en coûtait de laisser
croire au marquis que je m'étais parjurée
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de gaîté de cœur. J'ai voulu le revoir, j'ai voulu lui faire non pas pardonner mais comprendre cette fuite stupide. Il a refusé de m'entendre, refusé de me recevoir, et comme j'insistais, il m’a fait jeter dans la rue par ses gens. À demi morte de honte et de douleur, j'y suis tombée évanouie. Ce sont des paysans qui m'ont relevée au point du jour. Revenue à moi, je me suis enfuie avec épouvante, et le lendemain j'étais dans le couvent d'où je sors et où je vais rentrer.
— O misérable que je suis, balbutiait Jacques anéanti.
— Oui, bien misérable, en effet, et plus misérable encore que je ne puis dire,
si vous m’aimez; — ce qui est possible,
après tout, avec un cœur comme Île vôtre.
Quant à moi, Jacques, ni votre femme ! ni votre maîtresse]! non pas même votre amie!
Tandis qu'elle parlait, les larmes de Jacques avaient peu à peu cessé de couler. Une sombre expression de désespoir avait transfiguré son visage; il se leva d’un seul mouvement.
— Adieu! dit-il.
Ce fut cette fois Tita qui le retint :
— Où allez-vous ? Qu’allez-vous faire ?
— Je veux ne plus souffrir, madame |!
— Ah! que le voilà bien le mot de toute votre vie! Vous avez voulu ne plus souffrir à Vienne et vous vous êtes consolé ! Vous avez voulu ne plus souffrir à Paris et vous vous êtes distrait ! et de consolation en distraction vous avez dé-
truit pierre à pierre tout l'édifice de mon bonheur. Enfin, voici que, — toujours pour ne plus souffrir, — il vous plairait de troubler mon dernier repos d’un remords sanglant et ineffaçable. Vous n’en avez pas le droit. Faites comme j'ai fait. Vivez et souffrez. Si tant est que le soleil du matin ne dissipe pas comme une brume légère tous vos désespoirs de cette nuit.
— Eh bien! oui, je vivrai puisqu'il faut vivre. Mais de grâce, Tita, ne me parle pas ainsi. Tiens, vois! mes tempes brülent ; les battements de mon cœur retentissent jusque dans mon cerveau; mes yeux mêmes s’obscurcissent.
Ah! je t'en conjure à genoux, Tita; ne me quitte pas, si tu veux que je vive!
si tu ne veux pas que je meure, ne
me tue pas toi-même par ton abandon !
En parlant ainsi, Jacques avait désespérément saisi les mains de Tita qu'il pressait sur son visage et qu'il couvrait de ses larmes et de ses baisers.
Celle-ci le laissait faire tout étonnée :
— Ainsi c’est donc vrai? tu m'aimais | et c’est ton amour que tu as promené à travers toutes tes débauches et toutes tes orgies. Ni mon image ne t'a préservé d’aucuné tentation, ni mon souvenir ne t'a arrêté sur le seuil d’aucune porte.
Qu'aurais-tu fait de pis si tu m'avais oubliée ? Ah ! fou, fou que tu es! il n’y a rien de sincère en toi. Tu t’enivres aujourd'hui de tes larmes, comme tu t'eni« vrais hier de leurs caresses et de leurs baisers,
— Ah} surhumaine! ah! implacable!
comment te faire comprendre la vérité vraie à toi qui n’as jamais conçu que des vérités justes ? Comment t’expliquer que ta présence eût été ma sauvegarde, comme elle eût été mon bonheur et ma vie?
— Va! va! celle qui t'attend te consolera bientôt de celle que tu perds.
— Mais je ne l’aime pas cette fille!
Ma chair et mon sang ont pu faillir, mais non pas mon âme qui est à toi.
— Quelles étranges parts faites-vous de vous-même, mon pauvre Jacques? Ah!
il faut que je sois. bien surhumaine en effet, car si c’est humain cela, cela me révolte et je vous le dis sans colère, c’est cela même qui m'a détachée.
— En menant loin de vous cette vie
de désordre, je n’ai fait que ce qu'auraient fait tous les hommes; en gardant mon
amour intact dans cette vie même, j'ai fait ce qu'à ma place bien peu d'entre eux auraient pu faire; ce qu'à la vôtre, | Tita, toutes les femmes auraient par- | donné.
— Et que m'importe ce que font tous les hommes qui ne sont pas toi, ce que pensent toutes les femmes qui ne sont pas moi? Je suis ce que je suis, j'ai souffert ce que j'ai souffert, et nulle puissance au monde ne peut ressusciter en moi ce que tu y as à jamais anéanti.
Mais lui, toujours à genoux et les yeux levés vers Tila dans une indicible expression d'angoisse et de prière :
— Je t'aime! je t'aime! je t'aime!
— Oui, tu m'aimes parce que je te suis restée fidèle ! Tu m'aimes parce que tu me retrouves aujourd'hui telle que tu m'as quittée ! Mais que me disais-tu tout à l'heure quand tu es entré? Tu es venu à moi le soupçon au cœur, l’insulte aux lèvres. Parlais-tu alors d'amour ou de mépris? Ne m'’as-tu pas reniée, injuriée, maudite? N’as-tu pas dit même que tu ne m'’aimais plus? Tu me demandais ce que j'avais fait de ta vie? Eh bien! je te le demande aussi, moi ! qu'as tu fait de la mienne et qu’en veux-tu faire encore ? |
— Mais vous êtes une femme, vous, et je suis un homme. Ni nos devoirs ni nos droits ne sont pareils. En amour
comme en morale, Tita, il y a entre
nous toute la différence de l'éducation, des idées et des mœurs. Il y a le monde et ses lois, il y a... il y a la nature et ses instincts.
— En amour il n’y a que l'amour.
Adieu, Jacques! »
Les flambeaux presque éteints jetèrent tout à coup une clarté plus vive.
Le malheureux Jacques, sans regards, sans voix, fit un effort suprême pour se relever, puis il retomba douloureusement sur lui-même et Tita disparut dans la nuit.
Quelque temps après ces événements, un groupe de voyageurs parisiens con-
duits par Gamba étaient arrêtés devant le palais Lanfreducchi.
« Tout Pise en parle encore, concluait
le vieux cicerone en terminant le récit :
de sa nouvelle légende, et lorsque le lendemain son frère le retrouva dans cette salle, le malheureux jeune homme était atteint de folie.
— Et qu'est devenue l’odieuse Florentine qui avait versé le philtre? demanda un voyageur crédule qui prenait des notes.
— Chilosa? fit Gamba en hochant la tête et en plongeant ses doigts dans sa tabatière de corne.
— Comment chi lo sa? s’écria un voyageur timide qui prenait peur. Il n’y a donc pas de justice dans votre pays?
Et Gamba qui tenait déjà sa prise entre son pouce et son index, éleva solennellement sa main vers le ciel:
— Dans mon pays comme dans le vôtre, seigneur cavalier, il n’y a de justice que là-haut. »
C'est une justice bien tardive, n'est-ce
pas, madame?