CHAPITRE I
Les Bretons. — Les Romains. — Les Saxons. — L'Heptarchie.
Tous les anciens historiens s'accordent à représenter les premiers habitans de la Bretagne comme une tribu de Gaulois ou de Celtes, qui avaient quitté le continent pour venir peupler cette île. Ils avaient en effet le même langage, les mêmes mœurs, le même gouvernement et la même religion. Les Gaulois, surtout ceux qui habitaient la contrée conliguë à l'Italie, avaient acquis, par leurs rapports avec leurs voisins du Midi, une certaine perfcc- , tion dans les arts; mais ces progrès ne s'étaient pas étendus jusqu'à la Bretagne. Aussi les navigateurs ou les marchands grecs et romains HtatatMb, à leur retour dans leur patrie , les relations les plus choquantes sur la barbarie des Bretons, qu'ils exagéraient encore pour exciter davantage Tâtonnement de leurs compatriotes. Quoi qu'il en soit, la partie sud-est de la Bretagne avait dçjà fait, même avant le siècle de César, les premiers pas vers une forme de gouvernement civil, et la population s'y était accrue à mesure que le goût de l'agriculture s'était développé. Les autres habitans de l'île ne possédaient que des pâturages ; ils se revêtaient de peaux de bêtes, et vivaient dans des
huttes construites au milieu des forêts et des marais dont leur pays était couvert. La convenance de pâturages pour leurs troupeaux était souvent pour eux un motif de passer d'un lieu dans un autre; et , dans l'ignorance où ils vivaient des jouissances de la vie, leurs besoins étaient aussi bornés que leur fortune.
Les Bretons étaient partagés en plusieurs petites nations ou tribus; et, comme ils formaient un peuple essentiellement guerrier, ne possédant que des armes et des troupeaux , dès qu'ils eurent acquis le goût de la liberté, il devint impossible à leurs princes ou chefs de leur imposer l'esclavage. Leur gouvernement, quoique monarchique, était libre. Chaque État était divisé en factions intérieures , et toujours agité par la jalousie et la haine que lui inspiraient les États voisins. La religion était la partie la plus importante de leur gouvernement, et les Druides, leurs prêtres, possédaient l'autorité la plus étendue. Les Druides immolaient des victimes humaines sur leurs autels; souvent ils offraient les dépouilles de la guerre à leurs divinités, et prononçaient les peines les plus sévères contre quiconque osait détourner la moindre partie des offrandes consacrées. Ces trésors se conservaient dans les bois et les forêts, sans autre garde que la terreur de la religion. Jamais culte idolâtre n'eut autant d'ascendant sur l'esprit humain que celui des anciens Gaulois et des Bretons.
Les Bretons vivaient depuis long-temps dans cet état de barbarie et d'indépendance , lorsque César , jaloux de porter les armes romaines dans un nouveau monde, alors tout-à-fait inconnu, profita d'un court» intervalle que lui laissa la guerre des Gaules, pour envahir la Bretagne (an 55 avant J. C). Les naturels de l'île, instruits des projets du conquérant, et sentant l'inégalité de leurs forces, tentèrent de l'apaiser par une soumission qui n'arrêta cependant pas l'exécution de son dessein. Après avoir