LIVRE XXXV
État de Tesprît public. — Division èe sentiments parmi les memhres de Popposition. — Système de lord Chatham.
— Sa promotion au ministère regardée comme probable.
— Indignation publique contre la France. *— Préparatifa contre une invasion. — Keppel est nommé au commandement de la grande flotte. — Il s'empare de deux frégates.
— Il Centre dans le port. — Il reçoit des renforts. — Il lii^re un combat à la flotte françoise commandée par d'OfvîlUers. — Discussions dans le public. — Palliser publié une justification. — Assemblée du parlement. — Débat sur les dernières opérations navales. — Altercations entre Keppel et Palliser. — iteppel est traduit devant une cour martiale. — Il est acquitté. — Réjouissances et excès de la populace. — Les deux chambres votent des remerciements à l'amiral. — Palliser cesse de siéger au parlement et résigne ses places. — Il est jugé par une cour martiale. — Il est acquitté , mais après avoir été censuré.
— Mécontentement de Keppel. — Il résigne le commandement de la grande flotte. — Motion de Fox contre lord Sandwich. — Motion du comte de Brtscol pour le renvoi
6 HISTOIjRE D'ANCLETfRJtS.
de ce même lord: — Motions relatives^^À la marine et à rhôpital de Greenwich. — Démission de plusieurs officiers de marine, r- IiiSuhordinati(^ sur la fioitte. — Débats sur le manifeste des commissaires d'Amériaue. — Motion de Burgoyne pour une communication de pièces.
— Elle est accueillie. — Motion semblable de sir Guillaume Howe. — Elle est aussi accueillie. -^ Formation d'un comité. — Interrogatoire de témoins. — Burgoyne fait comparoître ses témoins. — Contre-interrogatoire sur sir Guillaume Howe. *^— Disa^lutîxkn du comité. — Discussion sur les affaires d'Irlande. — On accorde aux Irlandois un soulagement partiel, — Leur mécontentement.
— Ils prennent la résoluiion de n'employer aucun objet importé d'Angleterre. — Ils forment des associations. — Motion du marquis- de Bockingham. — Soulagement accordé aux protestants non-conformistes. — Rupture avec l'Espagne. — Message du roi, — Adresse. — : Amendemeiits proposé^. — Bill pour la milice. — Il est amendé par les lords. — 11 passe ainsi amendé. -— BiU pour annuler les privilèges dçs mat^lotç. — Fin de la se^io^» — Origine et progrès des difFéreots avec l'Espagne. — Départ de l'ambassadeur espagnol. — Manifeste. — Lettres de marque. — Manifest^ de la France. — Gibbon répond à ce manifeste. — Observations sur la conduite de l'Espagne. — On commence le siège de Gibraltar., -^7 La France fait sur Jersey une tentative qui ne réussi^ ppipt.
— Sa flo^e se joint à celle des Espagnols. — Les flottes combinées insultent les côtes de rAngleter^^e. :
1778-70. La paix avep rAmérit|tie comniençoît à devenir en An- Etat de nrleterre Tobiet d'un désir universel : mais l'on étoit bien
1 esprit «J j 1
public, loin de s'accorder sur les moyens d'y parvenir , et sur les conditions qui pourroient en être la base. Qqoique le plan des ministres fût^age et raisonnable , ii étoit difficile qu'il réussît ; ils pi^opoaoieQt des concessions qu on
se seroit empresié d'açcuaiUir s'ils les avoient offertes plus tôt; mais comme les oolonies, aptes s'êti*e déclarées indépeiidantes, trouvdient des défenseurs de leur cause aussi ardevts qoe jamais , on ne pouvoit espérer que le congrès négligeât d'employer des arguments et d'adapter des résolutions qu'on défendoit avec tant d'a-^ charnemént dans la capitale et dans le sénat même dé la mère^patrie. Les membres de Topposition , divisés Oiviaion d'ailleurs de sentiments , avraent beau se réunir pour ^ents " décrier les mesures du gouvernement et èontrarîer Tad- parmj *«
. . . .1 , . . * 1 1 . membrea
ministralion , ils étoient mcapabiœ de suivre un sys- de Toptème de conduite d'où pàt résulter aucun projet exécu- position, table. Un parti actif et bruyant ^ mais peu nombreux et peu populaire, desiroit qu'on accédât aux demandes les plus étendues de l'Amérique , et tfiême que l'on sollici* tàt bnmblement, pour ne pas dire avec une sorte de bassesse, l'alliance d'un état qui , depuis si peu de temps, s étoit soustrait à la dépendance du royaume. Un autre parti adoptoit les idées de lord Ghatham , et s'opposoit Le avecvigueur à toute prétention d'indépendance, comme y*\^™f fatale à la prospérité britannique; l'éloquence que ce chatham noble lonl ayoit fait éclater quelquefois pour obtenir * ^j*^"' des sudcès de parti, et accréditer des plans exagérés, avoit. causé upe ilbmoa générale, dont le ministère luimême n'étoltpaseKempt-tout-à4leiit: Cependant^ si Thon- Beur.de l'Angleterre étoit engagé dans sa quereUe avec les provinces d'Amérique, sa {Mrospértté étoit, dansie fait, moins compromise. queje public n'étoit porté à le croire ; et le comte de Chatham , qui sur ce point s'étoit abusé comme lés autres , fit peut-être le sacrifice. de $a vie à ses sentiments pjDitriotiques..PrqbaJt>leiQent on avoit eu le desseiiçi ,(lç.s'^{iuye£id« son crédit , en lé plaçant
8 HISTOIRE d'aNGLETEÛAB.
à la tête d'une admiaistratioa , pour diriger ksai&îres
de la guerre / et donner de Tefficacité aux moyeuB de
canciliation. Une pareille opinion , établie sur quelques
passages de son dernier discours au parlement, avoit
Ba pro- ^^^ vivement soutenue ( i ) ; et cette mesure , si elle avoit
motion pu s'exécuter, auroit été.d'une^ien haute im^rtanee
tère est pour réconcilier la majorité descitoyeusavecla marche
regardée ju gouvernement. Le bruit de sa prochaine promotion
comme ** , , * *
probable, au mmistère produisit , à la cour des puissances étrangères y la sen sation l^ plus vive, e^ Ion crut que celte circonstance suffirpit pour rendre à la nation* bskannique toute la vigueur de ses conseils et toute la gloire de ses armes. Cependant , p^r auqun des moyens compatible avec le plan de lord Ghatham , rAmérique n'auroit , de ^ son plein gré., recoiu^u 1^ suprémaitie de l'Angleterre , et il auroit &lli] Ty forqer par des viotpires qui lauiment mise bons d'état de résister (3) .
Indigna- ' ^ public regardoit cependant avec fat/plus juste tion con« indignation ^interv^^tion perfide de la Franoç. Lapns-^ France, sibilité de cpnolure un traité de commerce oh Foii ob- . tiendroit la préférence, et lenvie de mettre ua terme aux dépei^ses et d'arrêter Teffûsion du sang humain, auroient pu faire naître, sur-tout depuis la prise de Taianée de.BurgOfynei qn desiar plus uoiversel de recosnoltre Viudépendance américaine ; maïs Vqol ,n'envisage(Mt qu'avec horreur l'idée de laire lt,mdiadire. concession à
(i)'Foye« Lords clebateg, 8th april 1778. . (a) Je puis importer à cestijet Topilàioii de Tkamas Paine : « La K mort , dit-il , a conservé à ce jgraod politique ci9tt« ^cnomnqfée qu'il « eût perdue s*il eût vëcu plus long-temps. Ses plans et ses opinions, R dans la dernière partie de sa vie, auroient entraîné des suites aussi «funestes, et auroient ^té aussi repousses des Américains que oeux «,méme'de Iprd Nonh. » Létter id tke abbé Raynal , p. 64.
Tiatearventioa d^une puissance ennemie invétérée du royaume» ou à ses menaces dln^asion ; et quoique de Prëpan'pareilles menaces de la France fassent loin de pouvoir Î'^^^qÔ^ être exécutées, on y répondit par de vigoureux prépa- ;inv*iiou, ratife; on enrôla la milice, on forma des camps, et le bruit des armes r^entit de tous côtés en Angleterre.
L amirauté prit toutes les mesures qu'exigeoit la Keppel dîfficfllté des circonstances : à peine on commença à ^^ «u redouter une rupture de la France (i), que le premier «ommaulord de lamifauté eut recours à Tamiral Keppel; cet ae oi^dter étoit reconnu pour être Tennemi du ministère; "'^J*"^* muis sa grande réputation, Tamour qu'avoient pour loi les matelots, rexpérience qu'il àvoit acquise pendant quarante années de service « le faisoient regarder comme l'homme le plus capable de commander la grande flotte britannique. Sa nomination fut mentumnée fréqueMpent par les deux partis du parlement dans les termes les plus honorables, et quand les projets boatiles de la France forent devenus manifestes , on lui confia la défense du royaume avec d'amples pouvoirs discrétionnaires. Cette confiance sans borne fit d'autant plus d'bonneur aux ministres , que Keppel déclara au roi qu^l n^avoit avec eux riai de commun, et elle en fit d'autant phiÀ à lui-même, qu'il accepta le command»aent êios faire aucune <ttflficulté ou sans demander aucune grâce, sufvaât avec obéissance les ordres de sa majesté, et se confiant aux bonnes intecitionS' du monarque, et à sa gracieuse et bienveillante protection.
Arrivé à Pmtsmouth avant que le message du roi ^^^:. relatif à la France eût été comniuntqtté au parlement, u flotfe.
(i) En novembre 1776.
lO niSTOlRJS D AN6LBTERJRE.
il n'y ti'Qava que six vaisseaux de ligne eo état de tenir
la mer; leur nombre s'augm6n*i>de quatre ou cinq
durant son séjour dans cette ville ; mars , sur ses reprér
sentations , la flotte fut portée en peu de temps à vingt
vaisseaux de ligne, convenablement équipés ( i ).
1 3 juin. C'est avec nu pareil armement que Tamiral Keppei
s'emp^are ^ippareilla de Sainte*Hélène; il découvrit bientôt en mer
de deux deux fréffates françôises, la Licorne et la BeUe-Poule,
frégates. . , , 7 \ , ^ . »
qui s etotent avancées pour le reconnaître. Quoique la guerre ne fût pas encore déclarée, l'amiral » en verta de ses pleins pouvoirs^ commanda qu'on leur dotinâc lâchasse et qu'on les ametiât sous son bord. La Eicorne^ durant êoute la nvit^^St voile de odôserve avec la flotte ; au poÎBt du jour elle chercha vainement à*s*échapper, et ayant lâché» toute sa bordée çivec trnè décharge de mousqueteiie sur le vaiisseau «Je guerre V Américain ^ elle amena soi^ pavillon et fiit prise, M. de la" Cîocheterie, commancbait'de la\B^llBiP6ule,^'téf^sa de siiivre ratuiral anglois et d'avoir' aucune conférence avec lui , Qlsayaat démâté r^réthu$e, après un engagement fort ti£, il. poussa sa frégate dans une baie, au milieu des (Others, pour écjiapper .à ia poursuite dé' l'ennemi : deS bateaux venus de la côté à son secours pf4rent son bâtiïlcie&t à la remorque et le mirent hors de danger- Reppel, ayant appris par des papiers trouvés à bord de . là Licorne et par d'autres avis, que tt^ntfe-deux vaisseaux^de ligne et trois fois autant de (Végates mouilloient 27 juin, en ce moment au port de Brest, se retira sans plus atdan^fe Rendre à Portsmotfth. Cependant ^ comme il y avoit des port, raisons de croire que ces papiers n'avoient été écrits que dans la vue de le tromper, cet amiral n'échappa pas
(i) Jugement de Keppei, publié par Blanclxsird) ?• ^^i*
GfiOaGES III. II
au reproqhe d'^^voir dédboaoFé la grande flotte par une retraite, sai^s a;^w %bjqu un conseil ide^ecre.
En Angleterre oi^ fut i^nérafeoient indigné en appre^ nai^t que Ejeppel avoit abandonné les côtes de France Sensation dans la seule arainte d'une escadre plus nombreuse ; ^uît son les uns déclamèrent contre 1^ négligance extrême- «les retour, mipistçes (i); d'autres accusèreat ramiral(d), et les papiers publics aliènent jusqu'à le menacer de la des^ tinégdeByng{3). *
Pfus cette. pçnjiDnctuve critiqua , ramiraoté mit dans ses mesures une vigueur. proportionnée^ aux dangers 9 juillet. qui mçnaçoieiit le^myaume : lord Sandinrich se rendit rem^t^àia lui-m|me à P(irt$nio«ih / et reiiibrça la giKMidc âotte de yo^^^quatre vaisseaux de haut bord; etKeppd, .qui se remit ^loKS ep i;ner, £ut bientôt rejoint parais autres. Ces bâti« ments ^oi^nt pour la.pli^part dant- le meilleur état et CQiaplétement équipés^ et, quoiqu^ik n'^eusseati pas à leur suite un nombiv po^portionné de frégates, lamiral n'bésita.pas un instant à se mettre à la jpikirsuite de rennemi, qui avoit dqa quitté le pert de-Bre&t (4).
11 découvrit bientôt la flotte françoise» composée de 5 juillet. trente-deux vaisseaux de ligne et d'^m ^tmà^ nombre d^ ^3 «^ de fr^ateây. et commandée par le comte d'OrviUiersc 37 juillet. Quatre jours entiers se passèrent^ à manedûvrer et à d'Ouescontrarier le» dispositions de Tennemi, qui Vouloit évi- ^*'"'* ter le combat; une violente raffale, -suivie d'uti>4emp3' nébuleux, mit enfin les deux flottes dams t)ne situation qui reiidoit un euf^ement ipjsvitable/ Lesi trois divi-^
(1) Voyez Remsmbraacer, vol. 6, p. 233.
(2) Voyez Gibbon's Pçsthumous works, vol. i, p. 534« {^)Voytz\ii Procès dé*!*î{*iir*al'Kepper, publié par Blanchard. (4) Voy^^ ^ Procès de l'attUrdl Keppei.
13 HISTOIRE D'ÀNGL£t£RRÈ.
sions de la flotte angloise avoient pour comin^uidaats Keppel , «ir Robert Harlaod et sir Hagues PaUiser; et celles de la flotte fra«çoise le comte d'Ovillters, et les ducs de Chaflault et de Chartres. Let cqdibat eut lieu à la hauteur d'Oueasâut. Après diverses évolutioQS qui annonçoient Imteatiou de ne pas engager Tactiou trop avant, Tainiral françois commença la canonnade, pendant que la flotte britannique étoit encore trop éloignée pour en recevoir aucun dommage-consi* dérable ; cependant, par suite de la position qu'il avoit prise, les vaisseaux anglois étoient forcés de passer devant lui pour se former en ligne, et d'essuyer tèut le feu de soaa^Merie; ils avoient attendu d'être plus près pour opérer leur décharge; mais ils lui lâchèreM bientôt une bordée, qui fit le plus terrible ravage :- de leur côté les François, dirigeant comme de coutume leurs batteries contre nçs agrès, les divisions les plss exposées à leur feu furent homblement «maltraitées. Les deux flottes s'avancèrent Tune contre Vautre, faisant, voile dans des directions opposées^ et Faction se prolongea durant trots heures; après quoi les vaisseaux . s'étajjit mutueUemant dépassés, le feu cessa : lamiral Keppel fit de. vains efforts pour rencraveler le combatayant fait Tirer de bord son. vadsseau, quoique non sans difficulté, il s'aperçut que toute sa division ne pouvoit ei;écuter la même manœuvre; sir Bobert fiarland^ dont la division avmt le moins souffert , vira sans peine de bord au premier sigoal qu'il reçut ; mais siir Hugues PaUiser ne put rejoindre le commandant en chef, ayant eu son vaisseau presque entièrement désemparé ; le capitaine Windsor lui fut dépéché sur le Fox pour diriger sa jonction; mais PaUiser^ occupé à se réparer,^
CEO&GES IH. l3
ne put exécuter «et ordre avaat la nuit« L'eftnemi pro- Retraite fità de lollscurité, et laissant trois frégates avec des LhT" finaux pour tromper Famiral anglois, fit voile pour les côtes de France $ au point du jour il étoit déjà presque hors de la vue : Keppel , jugeant inutile^e le poursuivre , lui laissa atteindre tranquillement le port de Brest, et vint luh4nénie se radouba à Plymouth. Les Anglois perdirent dans cet engagement cent trente-trois hom- UMs^, et eurent trois cent ^oixante-treiae blessés.; et Ton porta à deux mille le nombre des morts ou des blessés K«PP«1
j . , rentre
du côté des François. dans le
Le radeubement des vaisseaux étant terminé, les ^^ deux flottes se remirent ea mer v les Fnmçois, suivant . août aa leur premier projet, firent un orgueilleux étalage de j^j ^^^ leur armement, évitant le combat et tenant leur flotté çois ëvidéployée au large. Pendant ce temps leurs bâtiments ^nonvel de commerce. étoient la proie des croisières apglpises, ^"g^g^ et les flottes de ^Angleterre revenoient des deux Indes s^s être inquiétées.
Les François firent le récit de eet ^agagement dans Manière un style de forfanterie ridicule ; ils proclamèrent leur ^^^l^^ victoire et témoignèrent leur étonnement de retrouver action sitôt leurs vaisseaux au port de Brest, quand ils les poitéT croyoient occupés à poursuivre la^ flotte angloise à plusieurs lieues en mer. L'amiral KeppeL, daps ses dépêches, loua la conduite de ses officiers, sur-tout celle de sir Robert Harland etde sir Hugues Palliser ; pour s'excuser de n'avoir pas renouvelé l'attaque, il dit qu'ujue partie de sa flot.te se trouvoit âlen désemparée, et qu'il avoit été impossible à plusieurs vaisseaux de le suivre, quand il éUHt revenu sur les derrières de l'ennemi. Suivant ses propres expressions, il avoit laissé
«ions.
l4 HISTOiftE D'AITGLEtERRE.
les François former leurs lignes sans s'y opposer, pensant qu'ils étoient bien résolus à se mesurer avec lui le lendemain.
Discus- Cette apologie d'un engagement qui avoi* fixé toute lattention de l'Ëlirope , et dont le succès étoif resté incomplet, ne put satiÉfaîpe le puMic ; l'esprit de parti se manifesta bientôt, et l'on attaqua le caractère Iles deux amiraux avec tbitte l'animosité ordinaire en de pareilles occasions. Keppél et I^liser comptoient à-peUrprèsie même temps de service ; élèves et favoris de sir Charles Saunders, ils avoient eu part tous les deux à sa gênél'osité, et il les avoit portés sur son testament ; Palliser mêwM avoit par son entremise conduit la négociation entre le ministre et Keppel. Rien , ni avant Faction ni immédiatement après, n'avoit indiqué qu'ils ressentissent l'un contre l'autre aucune haine cachée, et ils étoient retournés à leur poste paroissant de bonne intelligence; fnais la différence de leurs opinions politiques, et quelques opérations durant le cours de la journée, dofiilèrent lieu de conjecturer que l'on avoit sacrifié le bien général du service. Il se forma dès-lors un parti extravagant , anti-libéral et déshonorant pour la marine angloise, qui provoqua la ruine d'un homme aussi grand dans son caractère et aqssi habite dans sa profession qu'aucun autre -marin de l'Angleterre.
PalUser Quoique Keppel eût reçu de l'amirauté des félicitatine iusd- ^'^^^ publiques, et de la cour un accueil distingué, iication, l'agitation générale ne se calma pas cependant. A la suite d'une attaque injurieuse d'un journal du matin<^ sir Hugues Palliser publia une défense; Keppel refusa de la déclarer conforme à la vérité, quoiqu'il en eût été $ommé par une lettre ; aussi fut-il soupçonné d'avoir
OEOAGES m* l5
dicté ou dutpoins d'avoir revu la répUqiie à cette justi* fioation^i). Palliôer a^usa d'inconséquence son officier Supérieur, pensant qu'après avoir loué sa conduite dans une dépêcke publique , il ne pouvoit pas avec justice refuser de défendre son honneur contre des attaques calomnieuses. L'amiral- considéra, de son côté, Tap* probation officielle comme «me simple aKsire de forme, calculée pour préveilir. dans le service les effets ée la mésintelligence, et soumise aux interprétations dé l'of*^ fider qui l'avait donnée. Il remaxqua aussi que cette approbation se rapportoit simplement au temps qu'avoit duré l'engagement, mais qu'elle n'expliquoit ni sa . propre conduite ni celle du commandant, qui, en met*^ tant obstacle/ à«^€e que Ton recommençât île combat, avoit trompé l'attente justement fondée de la nation. Ainsi , quand les intrigues de parti et la disposition du public à s^enquérir d'une si importante afiaire ren« doient inévitable une responsabilité immédiate, Keppel ne vcmlut pas justifier son vice^amiral , aimant mieux de cette manière l'inculper que de se mettre lui-même dans la position d'un coupable.
La contestation en étoit à ce point quand le parle*- 25 nor. ment s'assembla , Le roi ^ dans son discours d'ouverture , ^{^^'^ s'étendit s ur }a difficulté des circonstances ; il mentionna parle-
i**r • * «-i ment*
avec dignité, mais avec un juste ressentiment, lacon* Discoura duite que la France avoit tenue, son propre désir de ^^ «'oi* conserver la paix , et les mesures vigoureusesqu'il avoit été contraint de prendre pour qu'on usât par-tout de représailles et qu'on protégeât le commerce. Il sippela
(i)f^o^e2 ces lettres dans le Remembra ncer, vol. 7, p. 86; Jugement de Tamiral Keppel , édition de Blanchard , p. 6 de Tappendix ; et pour let faits, voyez les jagements des deux amiraux.
l6 HISTOIRE d'aHCLËTERRE.
lattention du parletiaent sur tes préparatifs des antres puissances de l'Europe , et déplora la durée des trouble^ d'Amérique, que la sagesse et la modération des dernières offres coaciliatoires n'àvoient pu heureusement termkier.
Dëbat Clomme on débattoit un amendement proposé à l'aaernicres dresse en réponse an discours de sa majesté, M. Fox
opéra- éiç^^ uug yj^^ discussiou sur les affaires maritimes,
tions ntt- , • ^
Taie«. attaqua le dîscoyrs du roi, lui reprocha de n'être appuyé que sur des faits sans fondement et sur des assertions inexactes, ei signala en m^ne temps la situation honteuse et alarmante de la grande flotte britannique, quand l'amiral n avoit d'abord sous son commandement que des forces inférieures de dix vaisseaux de ligne aux forces dont disposoit Fennemi.
1» déc. Le ç(Mffitbàt dX)uéssant devint l'objet de recherches Observa- p^^g immédiates, quand on s'occupa des dépenses pré- Temple- sumées de la marine. M. Temple-Luttrel observa que tattrel. j^^ opératipus^ de tètte journée réclamoient une enquête solennelle , que cette enquête étoit vivement désirée par la nation, et que les deux amiraux Reppel et PalHser ne pouvoient plus servir l'état en même temps ; ils $e trouvoient actuellement dans la chambre, et c'étoit à eux,' tant pour leur propre honneur que pour la tranquillité publique, à donner des informations à ce sujet. 0e Tami- L'amiral Keppel déclara que la gloire du pavillon ^^^ britannique ne s'étoit point ternie entre ses mains ; il n'avok, disoit-il, le dessein d'accuser personne, et il étoit persuadé que Palliser avoit montré constaniment ce qu'on exige avant tout dans un marin anglois, du courage. Il lut alors un papier où se trouvoient rapportées sa nomination au commandement et la nature d^
GEORGES IlL • 17
saLsituatioa; il espéroit qu an ne le forceroit pa& à ré^ poDdre à des questions pâi liculières qu'on lui pourroit adresser, tant sur la^tioii que s^r quelques individus; mais, s'il en étoit régjuIièFement requis, il étoit prêt à donner de sa conduite la plus litière explication, soit dans la chambre) soit ailleurs. Il navoit rien omis pour amener les François' à une action déeisîve ; mais c'étoit une chose impossible tant que les deux flidttes ne le desiroient pas également. Il témoigna sa surprise de ce qu'un officier sous ses ordres, qui n'avoit encore été Fobjet d'aucune accusation formelle, Favoit accusé publiquement lui-même par une lettre signée de son nom, et insérée dans un journal, et da ce que, par un mo^en semblable, il atoit cherché à rendre son supérieur méprisable et odieux ; il déclara en même temps qu0 jamais il n'iroit en mer avec un officier dont la conduite étoit $ubversive de toute subordination.
Sir Hugues Palliser répliqua qu'il redoutoit tout aussi D« peu une enquête que son officier supérieur, et qu'au contraire il étoit dans ses intérêts de la désirer : il blâ« moit la circonspection de ranairal, et soubaitoit qu'il déclarât sans déguisement toute sa façon de penser, afin qu'il pût y répondre d'une manière satisfaisante* Pour la publication insérée dass le journal, si esHe-éloît fausse ou imprudente il deVoit en; être responsable; mais il se plaignoit de se voir .calomnié sur d'at^tres points de sa conduite comme officier, pendant qû^ ont rendoit justice à son courage; Insinuer sans fondemétH^ qu'il avoit mis de la négligence à remplir ses devoirs étoit une offense pins injurieuse pour lui qu'une acçU; sation directe, ptircçqu'il lui étoit plus difficije de laj repousser; et ce n'étoit<fQe msflgiré lui^ et (après 4<^ro»i^ 30* t
Palliser.
l8 mstOIRK D'ANGLIitERilE,
sommé vainement son commandant en chef de s'explf* quer, qu'il a voit exposé les faits sur lesquels il vouloit être absous où condamné. Sir Hugues Palliser nia enfin qu'il eût jamais refusé d'obéir aux signaux, et traita avec mépris toutes basses insinuations et l'indulgence apparente qu'on lui témoignoit : intérieurement convaincu de son innocence, il ne redoutoit, ajouta-t-il, ni les rapports, ni les assertions de personne, m une enquête parlementaire, ni même un jugement public. Rcpliqoe L'amiral Keppel pensa que l'accusation intentée Keppe]. contre lui devant le public justifioit assez la résolution qu'il avoit prise de ne plus faire voile avec le vice-amiral. Il n'accusoit pas sir Hugues Palliser de désobéissance formelle à l'époque du combat, mais il assura que cet ofEcier-^^voit différé, depuis trois heures de l'après* midi jusqu'à huit heures du soir, à obéir aux signaux qui lui enjoignoient de suivre les mouvements de foi Victoire, Keppel Palliser présenta aussitôt après à l'amirauté des devant charges contre l'amiral Keppel, et l'on établit en connne cour séqueucc une cour martiale. La complaisance avec la- 9 déc. quelle on accueillit sa demande éveilla l'attention du parleinent , et il fut adressé au roi un mémoire éner- > giqxie signé par douze amiraux ( i ).
Motion M. Temple Luttrel fit la motion d'une adresse pour LutU'el ^^'^^ ™^^ en jugement Palliser, et cette motion n'eut d'autre effet que de renouveler les altercations entre les deux officiers. 'Palliser reprocha à son adversaire
(0 Foyez ce mémoire, Remembrancer, vol. 7, p. 288. Les pair» soussignés étoient lord Hawke, Tamiral Moore, le duc de Bolton, les ^ amiraux Graves, Pigot et Harland; le comte de Bristol; les amiraux
T^ooe, Burton et Geary ; lord Shuldham et ramiral GaytOQ.
d'avoir agi d'une manière inconvenante, et motiva Taccusation qu'il avoit portée contre lui sur la nécessité où il s'étoit trouvé de venger son honneur calomnié ; il exprima en même temps ses regrets de voir rompue Fancienneamitié qui Ta voit uni si long-temps à Keppel. Celui-ci répliqua avec aigreur; il assura que le viceamiral s'étoit rendu coupable de désobéissance, et rendit grâces à la Providence de ce qu'au moment de comparoître devant une cour martiale, il n'étoit pas l'accusateur, mais l'accusé. Il jouissoit alors au plus haut degré de la faveur populaire ; et toutes les phrases de son discours reçurent les applaudissements les plus vifs , pendant qu'on censuroit Palliseï* et qu'on lui fai- ' soit le reproche de conspirer, avec d'autres membres du gouvernement, la ruine de son 'officier supérieur. L'opposition déploya dans cette affaire toute la violence et toute l'animosité de l'esprit de parti , et tout fut tenté pour influencer encore davantage en faveur de Keppel les sentiments de la multitude : rarement ceux à qui l'on fut redevable des plus importants succès reçurent de plus éclatants hommages : on le considéra comme nn homme sacrifié à Timpéritie du ministère. Par égard pour sa santé, on passa un bill qui autorisoit la cour martiale à siéger sur le rivage de la mer, et le warrant ' pour sa mise en jugement étoit conçu en des termes de bienveillance et de respect ( i ).
Cinq charges furent élevées contre lui : leur résumé Jugement général étoit que, par sa négligence et. par de fausses jt^ ^j mesures, il avoit perdu l'occasion de rendre à son pays DojjanT* un service éminent, et qu'il avoit, par sa retraité ^ ***" *^'
{1) Voyez Parliamentary Reo^ster, toI. 11, p. 208.
déshonoré la marine britannique. Après avoir siégé assidûment pendant trente -deux jours, la cour marqaitté. tiale , par un verdict unanime , Tacquitta pleinement et de la manière la plus honorable pour lui ; elle déclara que , loin de mériter le reproche d'avoir déshonoré ls| flotte qu'il commandoit, il s'étoit coip porté en oflÇcier habile, judicieux et vaillant. Quand on eut appris la sattceTet nouvelle de son élargissement, les cités de Londres et excès de de Westminster furent illuminées consécutivement pen« pulace. dant deux nuits. La populace, qui en avoit donné Tin-r "/'^ " jonction, fit éclater par des actes de violence le ressentiment dont elle étoit animée contre ceux qu'elle soupçonnoit d'être les persécuteurs de Keppel ; elle força la maison de Palliser, en mit tous les meubles en pièces , et le brûla lui-même en effigie ; elle insulta aussi les demeures de lord NortH et de lord Georges Germaine, enfonça les portes et les fenêtres du palais de l'amirauté, et alla ensuite se livrer aux mêmes excès chez le capitaine Hood et chez lord Mulgrave, dont le téiQoignage avoit inspiré des craintes aux partisans de Kqppel. La cité ne se borna pas à illuminer le palais du Iprd- maire et le Monument ( la colonne ) , elle vota des a/Q(ions.de grâce à l'amiral et lui. fit remjettre le droit de bourgeoisie dans upe boîte de cœur de chêne. 13 et 16 l^s deux chambres du parlen^ent lui votèrent aussi Les deux ^es remerciements publics pour la conduite qui avoit chambre^ Q^jç^^j^p^gQnjyggjjjgjjj. une seule voix dans lachain-
remercie- bre de^ Goii)miun|ss §'éleva contre cette démarche (i); Ke^per ™®*^ dws la chapbre des Iprd^ les suffrages furent, ' • ^n^mines.
(i) Cet opposant «toit M.^trut. (Stedman , toI a, p. 18. )
6E0RGES III. :%I
L'acquittement de Keppel sembloît avoir imprimé Palli«er une tache infamante à la réputation de Palliser; il gj^^*^ j,^ demanda donc à comparoître devant une cour mar- parlc-
. , , . . . / 1 .1 ment
tiale, et resigna avec magnanimité sa place au conseil et résigne de ramiraùté, son ffrade de colonel de marine et le *®«
^ places.
gouvernement du fort de Scarborough ; il cessa même 19 fév. de siéger au parlement, et ne retint de toutes ses dignités que le brevet de vice-amiral. Ce sacrifice volontaire prévint une motion par laquelle M. Fox se proposoit de demander sa destitution.
Malgré les exhortations de l'amirauté, Keppel avoit Du u refusé de porter aucune accusation contre Palliser (i); *^''"".'' ^ aussi le warrant qui mettoit celui-ci en jugement n étoit II est jugé fondé que sur l'allégation générale des faits mis à dé- cour marcouvert par les dernières procédures. Keppel fut cepen- tiale. dant le principal témoin dans cetfe affaire. Après avoir siégé vingt- un jours, la cour martiale déclara la con- ^^ est acduite de Palliser, à plusieurs égards, exemplaire et mé- mais* ritoire ; elle lui reprocha pourtant de n'avoir pas donné "P""®? , avis à son commandant en chef du mauvais état de son censuré, vaisseau, ce qu'il auroit pu faire par le Fox y lorsque ce bâtiment vint à sa rencontre, ou par quelque autre moyen ; malgré cette omission , elle ne pensoit pas qu'on pût trouver sa conduite répréhensible par quelque autre endroit, et en conséquence elle l'acquittoit.
Tel fut le résultat d'une querelle jugée avec tant de Le public prévention: ceux qui, dans leur enthousiasme pour j^^^f*® - Keppel, avoient cru que sa popularité reposoit sur des resser à bases aussi fermes que la haine contre ses adversaires ^^^^ *
(0 Voyez des Lettres kce sujet. Parliamentary Register^ toI. 11, p. 239.
Al HISTOIAK l>'A9lGL£TEltRE.
étoit grande, furent bien désabusés: en réfléchissant kir toutes les circonstances, le public inféra de la déclaration des deux parties , « qu'un jour glorieux avoit été perdu pour TAngleterre, » et bientôt il cooimença à s'apercevoir que , dan^ le cas méine où les torts imputés à Palliser auroient été réels , ils n'auroient pas suffi pour empêcher seuls les conséquences heureuses qu'on étoit Kq>pël en droit d'espérer. L'amiral ne tarda pas à se plaindre ^^^^Dté ^® '^ manière dont on l'engageoit à ^reprendre le commandement de la flotte; en même temps il fut dégoûté . par l'accueil qu'il reçut à la cour et par diverses autres Il rési^vte circonstances, et il résigna le commandement. Malgré mande- ^^^ mérite éminent et l'importance de ses services pasment de sés, la voix publique ne s'éleva jamais pour qu'on le 'floue.* rétablît dans son emploi, et plusieurs motions inconsidérées, qu'on fit au parlement au sujet des deux amiraux, ne furent suivies d'aucun résultat important : bientôt le peuple ne pensa plus du tout à Keppel, et sa défaveur fut complète.
Dffféren- Pendant le cours de ces débats on attaqua par diffétio»8 dé i*6ntes motions, dans les deux chambres du parlement,. Fax con- ïa conduite de lamirauté, et sur-tout celle de son pre- Sand- mier lord : ces attaques dans la chambre des communes vich. furent dirigées par M. Fox. Dans la vue d'obtenir une nZ féy. déclaration de Tétat de l'armement qui avoit mis à la voile sous les ordres de Keppel, il demanda par une motion que l'on communiquât au parlement une copie, de toutes les lettres que le gouvernement avoit reçues, et qui renfermoient des avis relatifs aux forces de la flotte que commandoit d'Orvilliers ; mais sa proposition fut rejetéè sur le prétexte ordinaire qu'il seroit dange-
CSPROES III. ^3
reux de mettre à découvert tous les moyens d'informa-
tiOD(i).
On communiqua cependant au parlement les pièces 3 qu on a voit saisies à bord de la P allas et de la Licorne ^ et M. Fox appuya sur ces pièces une motion où. il avançoit que Ton avoit compromis la sûreté du royaume sans que l'on pût espérer aucun avantage proportionné, lorsqu'au mois de juin dernier on avoit envoyé Famiral Keppel en station sur les cotes de France avec une escadre de vingt vaisseaux de ligne et de quatre frégates, pendant qu'une flotte françoise de trente -deux bâtiments de haut -bord et d'un grand nombre de frégates, mouilloit à Brest, et étoit toute prête à mettre en mer. Il annonça en même temps que son intention étoit de filire suivre cette motion par une autre , où il demanderoit le r^voi du premier lord de l'amirauté, et il donna à entendre que les faits qu'il avoit établis sufBsoient pour ordonner la mise en accusation de ce ministre.
Les papiers que l'on avoit saisis, et suivant lesquels le gouvernement françois avoit donné des ordres pour qu'on se tînt prêt à recevoir une flotte de vingt-sept vaisseaux de ligne, et annoncé que cet armçment seroit bientôt suivi de cinq autres grands bâtiments , ces papiers, dis-je, ayant été lus devant la chambre, on fit la lecture des faits établis dans la défense de Keppel, et relatifs à la manière dont cet officier avoit été pourvu de son emploi, et à l'état dans lequel il avoit trouvé la grande flotte.
(i) Â la majorité de i34 "^oiz contre 97.
L'amiral Keppel fut requis ensuite de faire lui-même des déclarations à ce sujet. Il commença par observer en peu de mots combien sa position étoit délicate; il. avoua la vérité des faits que Ton avoit établis dans sa défense relativement à Tétat de la flotte lorsqu^il s'étoit rendu à Portsmouth au mois de mars; mais il déclara aussi que les mesures subséquentes du conseil de Famirauté méritoient la plus haute approbation. Au reste, il ne s'étoit jamais trouvé si malheureux que lorsque les informations de la Pallas et de la Licorne Favoient contraint, pour la première fois, de tourner le dos à Tennemi.
liOrd North et lord Mulgrave défendirent la conduite du gouvernement : les documents trouvés à bord des frégates étant, disoient-ils, incomplets, détachés et sans date , loin de prouver que les vaisseai^ dont ils faisoient jnention existassent, auraient plutôt dû faire penser le "contraire ; ainsi le témoignage de Keppel ne pouvoit être d'aucun poids, n'ayant pour fondement qu'une information tirée de pièces vagues et trompeuses : ce que disoit cet officier de l'état, de la flotté dans le courant du mois de mars étoit étranger à la question, puisque dans la motion on ne remontpit pas au-delà du mois de jtlin, et que des documents officiels prouvoient qu'au mois de juillet quarante-huit ou quarante-neuf vaisseaux de ligne se trouvoient tout prêts à servir. Lorsque l'amiral, ajoutoient les ministres, mit à la voile avec vingt bâtiments , d'Orvilliers n'osa, pas venir à sa rencontre, et se tint au contraire dans le port de Brest jus» qu'au huit du mois de juillet ; ainsi la flotte britannique , malgré sa prompte retraite, protégea les flottes marchandes qui rentroient dans les ports du royaume. Cette
CEOKGES iÎt. aS
retraite devoit être néanmoins censurée, puisqu'elle n'avoit eu lieu que sur de fausses infornlations, et qu'avant de l'effectuer Pamiral n'avoit pas pris Tavis d'un conseil d'officiers.
L'amiral repartit à son tour, et donna l'explication '779* de sa conduite. L'engagement du 27 juillet étoit une preuve de la vérité des documents trouvés à bord des frégates, puisqu'il avoit eu à combattre des vaisseaux armés et équipés cotnme le relatoient ces documents. Il est vrai qu'il n'avoit pas assemblé un conseil ; mais il avoh individuellement consulté un grand nombre de ses officiers, et tous avoient pensé comme lui, qu'il falloit rentrer dans le port; et s'il -n'avoit pas demandé également son avis à lord Mulgrave, qui étoit capitaine sur sa flotte, c'étoit parceque les jeunes gens, dans leur empressement d'en venir aux mains, négligent ordinairement toutes les considérations de la prudence. La motion fut rejetée (1).
'M. Fox présenta une seconde motion , qui fut encore rejetée. Il proposa de déclarer «que la flotte, à l'ouverture des hostilités contre la France, loin de répondre aux espérances que le parlement et la nation avoiènt été en droit de concevoir, d'après les magnifiques promesses du ministère, l'accroissement de la dette, et les subsides imtnenses qu'on avoit votés, se trouvoit hors d'état de suffire aux pressants besoins des circonstances;» et pour appuyer cette motion, il passa en revue la conduite et les déclarations des ministres, et en conclut qu'ils avoient fait preuve d'ignorance ou de perfidie. « S'ils sont ignorants, devons-nous, ajouta-t-il,
(1) 304 voix contre 170.
2t6 HISTOUiE d'aNGLËTEQBE.
leur confier nos intérêts les plus chçrs? s'ils sont perfides, ne faudroit - il pas être insensé pour les croire? Ainsi la fortune, et non la prévoyance des ministres, a préservé notre pays de sa ruine. »
Lord Mulgra ve compara l'état de la flotte, à quelques époques antérieures, avec son état actuel; il nia que la fortune eût accordé à l'Angleterre aucune faveur particulière; mais la France a voit échappé à de grands revers par des hasards inattendus et tout-à-fait extraordinaires : ainsi Dorvilliers avoit échappé à Keppel ; ainsi d'Estaing avoit échappé à lord Howe dans les mers de Rhode-Island, et ensuite à Byron dans les Indes occidentales. Si par la nature de son gouvernement, la France, dans ses premiers efforts, montroit toujours plus de vigueur que TAngleterre, dpnt les formes constitutionnelles ralentissoient d'abord l'activité, celle-ci, après avof r franchi les premiers obstacles , ne iardoit pas à acquérir l'avantage, et ses forces alloient croissant de jour en jour, pendant que celles de sa rivale, parvenues en peu de temps à leur plénitude, nefaisoient bientôt plus que décliner.
L'amiral Reppel se fit distinguer par son opposition au ministère; et lord Howe embrassa la même cause, affirmant qu'il avoit été trompé .lorsqu'il avoit été revêtu du commandement, et pendant tout le temps qu'il l'avoit gardé. Rebuté et fatigué, il avoit obtenu, disoitil , qu'on lui permît de résigner son emploi , et il auroit hâté son retour, si la présence d'un ennemi supérieur ne l'eût retenu dans les mers d'Amérique, jusqu'à l'époque où l'amiral Byron étoit arrivé. Quand il songeoit à tout ce qu'il avoit souffert , il ne voudroit pour rien au monde se replacer dans une situation pareille, où il
GEORGES m. ^7
auroit encore à essuyer tant d'indignes traitements , de mortifications et de dégoûts; rexpériençe du passé Ta voit suffisamment convaincu que, même en risquant son honneur, en exposant sa réputation, on ne pouvoir, sous le ministère actuel, rendre un service émineut à son pays (i).
M. Fox revint à la charge, et prétendit que Tadminis- ^^ ™*''*' tration, pour n'avoir ni expédié des renforts à lord Howe avant le mois de juin derwer, ni envoyé une flotte dans la mer Méditerrannée , a voit donné des preuves manifestes de négligence et d'incapacité. Son but avoué, dans toutes les motions qu'il présentoit, étoit d'entraîner les ministres dans un insurmontable embarras; sa dernière proposition reposoit sur la supposition que la flotte étoit insuffisante; cette proposition rejetée, il, étoit résolu à poursuivre ses attaques ense conformant aux conclusions qui lauroîent écartée, quoiquHl ne pût les reconnoître pour justes, et il raisonneroit alors comme si la flotte étoit suffisante pour les besoins de Tétat.
Cette discussion fut moins importante pour le public que pour les individus qui la soutenoient : lord North y railla vivement son adversaire sur son projet avoué d'appuyer ses accusations sur des principes dont il reconnoissoit la fausseté; et des deux propositions présentées , la première fut écartée (2) , et la seconde retirée avant qu'on recueillit les suffrages.
. Après l'ajournement de Pâques, M. Fox présenta la Avrilmotion qu'il avoit annoncée , pour qu'on éloignât à
(1) La question préalable demandée à ceUe occasion fat rejetce âi la majorité de 346 voix contre 174.
(2) Â la majoritétde 209 voix contre i35. ^
jamais lord Sandwich de la présence et des conseils de sa iiiajesté. Il ne la soutint d'aucun nouvel argument ; mais il appuya sur l'insuffisance de Tescàdre de Keppel, le froid accueil fait à cet officier, la conspiration des ministres coutre sa vie, et là duplicité qu'ils avoient toujours montrée à son égard; et enèuite il passa en revue les opérations havales qui avoient eu lieu dans toutes les parties du globe, ravala les succès de l'Angleterre et exagéra ses fevers.
Lord Mulgrave témoigna sa surprise de ce qu'après tant de renseignements, M. Fox s'obstinoit à vouloir démontrer à la chambre que des assertions dont il ne donnoit aucune preuve étoient des faits véritables , tandis qu'il étoit clair aux yeux de tous, que la plupart étoient dénuées de ÏFôndement. Selon lui , lord Sandwich, loin de mériter qu'on le censurât pour sa conduite politique, avoit droit à de grands éloges. Au temps où on l'avoit élevé au premier poste de l'amirauté,, les chantiers n'étoient pas fournis de bois de construction pour un an, les arsenaux étoient dépourvus de munitions, et là marine entière étoit dans un état de décadence : par son activité éclairée , il avoit arrêté la fraude introduite dans les fournitures, et actuellement dans tous les chantiers du royaume se trouvoient les bois nécessaires pour trois ans; tous les arsenaux étoient encombrés, et la marine, comptant un plus grand nombre de vaisseaux de ligne que jamais, étoit dans un état à-la-fois respectable et florissant. Ce témoignage de lord Mulgrave fut pleinement confirmé par M. Boyle Walsingham , et la motion fut rejetée ( i ).
(i) 221 voix contre ii8. .
GEORGES m. 29
Le comte de Bristol fit une tentative semblable pour Motion obtenir le renvoi de lord Sandwich ; et , dans un d^- " de™'** cours étendu et plein de force, chercha à démontrer Bristol que le service de la flotte étoit négligé dans tous ses dé- (en[r ïc partements , que le trésor national étoit follement pro- ''envoi de digue, que les mesures de dépense etoient négligées, et; wich. que la marine, depuis la résignation de lord Hawke, suivoit les degrés d'une décadencé accélérée, pendant que les dépenses étoient plus exorbitantes que jamais.
Lord Sandwich observa que d'autres étoient respon-r sables comme lui de l'emploi des forces navalps , que cet emploi étoit réglé dans le conseil et sanctionné finalement par le roi, et que pour lui il n'avoit à répondn^ que des moyens confiés particulièrement à sa direction. Il justifia l'accroissement des dépenses en constatant^ que les vaisseaux de l'état étoient plu3 grands qu'aupai-, ravant,et attribua le déficit accidentel aux incendies qui^ avoient ravagé les chantiers de Portsmouth et de Chatham. Les approvisionnements étoient six fois plus coasidérables, disoit-il, qu'au temps de son prédécesseur; à cette époque on construisoit les bâtiments avec des matériaux encore verts, et ils duroient par conséquent, beaucoup mpins,. tandis qu'on employoit maintenant, > à leur construction des matériaux plus convenables, et qu'on les équipoit beaucoup mieux. La motion ayant été rejetée (1), deux protestations furent inséréejs dans les. registres de la chambre, l'une sigpée par vingt -cinq pairs , et Tajutre par le comtei de Bristol.
On dliscuta ^ dans les deux chambres , d'autres ma- Moiîon » tières qui se rattachoient à la marine, avec non moÎQS à la uia-
(i) A )a majorité d« 78,yoix contre. 33.
3o HISTOÏRI d'aNGLETERRE.
nne et à de fchaleur et de véhémence ,, et M. Temple Luttrel Rt de Grêen- Vainement une motion pour qu'on formât un comité wick. d enquête sur la décadence rapide de la marine de Tétat , et qu'on chargeât ce comité d'aviser aux moyens les plus convenables pour faire sécher et rendre propres à être mis en œuvre les bois de construction dans les chantiers. Dans la chambre des lords , le duc de Richmond présenta différentes motions, et crut devoir énumérer plusieurs témoignages injurieux à la réputation de lord Sandwich, et tendant à démontrer que l'hôpital de Greenwich étoit mal administré.
Plusieurs Gcs attaques multipliées faisoient partie d*un grand donnent Système adopté dans la seule vue d'entraver la marche leur dé- du gouvernement^ et annoncé à l'ouverture du parlement par tous les membres de l'opposition; mais les effets d'uu pareil système ne se firent pas ressentir seulement dans le corps législatif: plusieurs officiers d'un haut grade déclarèrent qu'ils ne vouloîent pas servir sous le ministère actuel, et l'on apprit que vingt capitaines de marine méditoient la résolution dangereuse de donner à-la-fois leur démission. Ce mécontentement se propaînsubor- 6^^ bientôt dans les rangs inférieurs ; l'insubordination dination devint tout-à-fait alarmante; et avant la fin même de la la session , il se manifesta à bord de la grande flotte, àTor- ^rande j^^^y^ jgg symptômes de révolte, que l'on ne parvint à
étouffer qu'avec peine.
Débats Pendant qu'au sujet de la flotte on prolongeoit ces
**nifeste*" débats acharnés, suivis de résultats si funestes, oh dis-
des corn- cutoit avec le même emportement la conduite de la
d'Amérî- guerre en Amérique et d'autres objets relatifs à l'armée,
^^^' M. Coke et le marouis de Bockinf^ham proposèrent de
,^78. prier sa majesté, par une adresse, de desapprouver
GEORGES III. 3f
hautement les menaces que les commissaires anglois avoient insérées dans leur manifeste lorsqu'ils avoient quitté le continent. Les membres de l'opposition , dans les deux chambres, qui parlèrent à l'appui de ces motions, firent entrer d^ns leurs discours plus de déclamations exagérées que de solides arguments, et les débats finirent par s'écarter de leur objet. Le ministère . exprima sa surprise de voir ses opposants si obstinés , et nia que la proclamation des commissaires renfermât aucune menace qui ne fût pleinement autorisée par les usages de la guerre, et justifiée par le motif d'une défense légitime. Les deux motions furent rejetées à une grande majorité (i), et trente-un pairs protestèrent.
Le général Burgoyne, par toute sa conduite, non Conduife moms que par le système d opposition qu il suivit au rai burparlement , justifia pleinement l'opinion du général Wa- 6oy"p »* shington, qui, dans une lettre au congrès, à l'occasion meut, de la liberté accordée à ce prisonnier de se rendre en Angleterre sur sa parole, l'avoit fait envisager comme devant agir, dans la disposition actuelle des esprits, plutôt comme un partisan que comme un ennemi de rAmérique(2). En effet, Burgoyne fit éclater J3ientôt a6 nor. son opposition : quand on mit en délibération l'adresse en réponse au discours de sa majesté, il déplora la triste condition d'un état qui ofifroit tous lés syiuptômes d'une dissolution prochaine, et dont les efforts ^ si toutefois Ton pouvoit ainsi nommer ses impuissantes tentatives, sembloient être les convulsions d'un mourant. Il censura avec. aigreur la conduite du ministère, et assura
(i) A la majorité de aog voix contre 122 dans la chambre des communes, et dans celle des pairs à la majorité de 71 voix contre 37. (i) Lettres de Washington, vol. 2, p. 383.
3a HISTOIRE d'angleterre*
que bientôt.la voix du peuple et la lumière de la vérité
perceroient à travers l'épais nuage dont le trône étoit
enveloppé, et montreroieot les choses sous leur véritable
d ^une ' P^^"^ ^^ ^"^- ^^" ^^ jours après il demanda ,. par une
commu- motion, que Ton communiquât à la chambre toutes les
d^*plècM l^'^'^^s écrites au gouvernement depuis la convention de
et sa de- Saratoga, soit par lui-même, soit par d'autres comman*
accueillie, d^nts, et sa demande fut accueillie sans opposition.
4 de'c. Sir Guillaume Howe suivit un plan dé conduite à peu Demande p^„^g semblable, mais plus modéré. Il se plaignit du ble de sir peu d'égard qu'on avoit eu pour ses remontrances, des me 'howc ™^y^ïis qu'on avoit employés pour entraver ses opéraaussi ac- tîons en iimérique, et de la négligence qu'on avoit mise à lui faire passer des instructions. Lord ISorth ne fut pas celui sur lequel il dirigea ses censures; il accumula tout le blâme sur lord Georges Germaine, et déclara qu'il étoit persuadé que, sous un pareil ministre, le résultat de la guerre nepouvoit être que funeste. On lui accorda aussi, sur sa demande. Une copie de toute sa correspondance durant le temps de son commajidement, avec le secrétaire-d'état pour l'Amérique.
ag avril. ^^^ chambre s'étant formée en comité pour examiner •forma- j^g affaires de la guerre avec l'Amérique, sir Guillaujdae
lion d*un . i • i i •
comité. Howe ht uuc longue apologie de sa conduite, smvant pas à pas le cours de toutes les opérations importantes^ et cherchant a démontrer que jamais il ne s'étoit relâché dans ses efforts, et que rarement il s'étoit trompé dans sa manière de voir. Si, dans quelques occasions, il n'ar voit pas réalisé les vives espérances de son pays, il avoit du moins exécuté tout ce qu'on pouvoit raisonnablement se promettre. D'ailleurs, des raisons politiques, qu'il ne jugeoit pas à propos de dévoiler, l'a voient quel-
quefois empêché de retirer de ses victoires le plus grand avantage possible. Il conclut en proposant de faire confirmer par des témoins tout ce qui! avoit avancé.
Quoique le ministère ne se fiit pas opposé tfu sentiment bien pardonnable qui avoit porté le général à présenter à la chambre une apologie de sa conduite, il ne put voir avec la même indifférence son intention da faire constater par des témoins des faits gratuitement avancés. Si lord Howe avoit seulement en vue de se dis* culper, ce n etoit que par- complaisance qu on se prétoit à un pareil interrogatoire, puisqu'il n y avoit pas d'accusation proposée. Si au contraire le général se proposoit de censurer les ministres, là demande d'un interrogatoire devoit être suivie d'une accusation ex-^ presse. Cette demande fut donc rejetée d'abord, et ce fut en vain que l'on consentit à y faire un amendement ; mais comme on se répandit en plaintes amères sur ce que l'admituistration sembloit vouloir éviter une en- ^"a»** quête, elle fut accueillie peu après.
On ne se proposoit pas seulement, par cet interro- interro^ gatoire, de mettre au jour la conduite du général Howe, gatoireda on vouloit encore en tirer des instructions plus étendues relativement à la direction ultérieure que l'on devroit faire prendre à la guerre. Les témoins cherchèrent à prouver que les forces employées en Amérique n'a- Yoient été en aucun temps suffisantes pour la subjuguer, jet que l'on ne pouvoit y espérer aucun succès tant que ses habitants auraient la même haine pour le gouvernement anglois ; cette haine et la nature du pays, <x)Uvert de bois et entrecoupé de ruisseaux , ne permettant pas aux troupes de s'éloigner à une grande distance 4e la flotte, et d'agir avec une vigueur soutenue, La
conduite du g^énéral Howe fut défendue avec chaleur,
et divers officiers , sur-tout lord Comwailis et le général
Grey, déclarèrent hautement que toute Farmée avoit
pour lui le plus vif attachement.
i3 mai. Comme ces témoignages avoient été phis importants
ordonne ^* P^"* étendus que ne Tavoit prévu le ministère, il se
^»û trouva obligé d'en appeler à un contre4nterrogatoire,
contre- • n i j * •^« n
interro^. pour infirmer quelques depositioos. En conséquence, toire. jf^ j^ Qj»^ demanda, par une motion, que l'on assignât dix ténioin^r pour être entendus. Cette démarche occasions des réclamations violentes du côté de Topposition : M. Burke s'éleva contre ce procédé, qu'il appela irrégutier et injuste. « Les ministres, dit-il, ont affiècté d-applaudir à la conduite militaire du général Howe, et mainienant, par une contradiction manifeste, ils cherchent, quand l'interrogatoire est terminé, à infirmer un témoignage qu'ils savent fort bien être exact et véridique. » Les autres orateurs de l'opposition combattirent successivement, par les mêmes déclarations, cette manière de procéder du ministère. « Ils n'a- ' voient , disoient-ils, voulu qu'une enquête-, et le ministère, en feignant de croire que cette enquête ne prouvoit que pour un seul parti, devoit craindre qu'on n'eût la même opinion à l'avenir quand il trouveroit nécessaire d'appeler des témoins pour sa défense. • Mais toutes ces objections intempestives furent écartées. Le secré^ taire-d'état pour l'Amérique déclara que soni intention n'étoit pas d'accuser le général Howe; il ne vouloit faire comparoître des témoins que potir prouver la fausseté de cette assertion, que les habitants de l'Amérique méconnoissoient presque unanimement les droits de la Grande-Bretagne. M. Fox, fier du poids apparent
GE0I6BS III. 3S
ties témoignages déjà doninés, recommanda d-un air dé mépris qu'on ne mit aucune opposition à lappel dé nouveaux témoins, quels qu'ils fpssent, et de Quelques lieux qu'ils arrivassent ; mais M. Burke ne voulut jamais consentir à cet appel, et loraqu'oafit la lecture des n<Naàs des témoins à comparoitre, il tes dénigra comme étant des réfugiés et des officiers de ta douane. Malgré <»U la motion fut accueillie sans division.
Pans cet intervalle le général Burgoyne procédoit à Do i s mai rinterrogatoire de ses témoins : ils prouvèrent que, dans ^j "^^ son expédition malheureuse, ce général avoit toujours Burgoyne i^ntré de Tbabilété et du courage , et qu'il s'étoit rendu paroitr** cher à tous ses soldats. Gomme ces faits n'avoient îa* ^ ^^
,, témoins.
Inais été contestes^, on ne cfaerchb par aucune démardbe à les infirmer.
Dans le contre-^interrogatoire au sujet de sir (Guillaume 8 juin. Howe, on déclara qwe les Américains n^étoient nulle- J^^„^à dément unanimes dans leur opposition à TAngléterre, et gard d« qu'il ne serott resté même aucun partisan au congrès , ^1,^^' sans'Fexcessîve négligence du général en chef d<es An- Qowe. glois. Ce général, disoit-on, avoit eu en main des forces suffisantes pour remplir l'objet èe sa mission, quin'étoit pas de contpiérir l'Aittérîque, mais de prendre sons sa protection oeitx qui viendroient se joindre à lui ; et, dans ee cas 9- la nature du pays n'ofiroit pas moins de rewsources à son armée ^'à celle du général américain. M. JosefÀ Galioivny ( i ) , nn des deux témoins examinés dans cette affaire, censura avec ooe rtguéui< excessive la conduite de str GuiUaome.
Le général exprnnr son miSeoiMentement^'uti faâreii
' (i) t^trnier orateu^dê Pas'seùibli^e de' Feàsylvanie,' et auteur db JÊiÙrmkt» pftmplileti ' tnr' là' ^crrè ifAovériqiie;
36 iiisToiiiE d'aihglëterae.
interrogatoire. Accorder à Topinion particulière de deux individus une confiance qu'elle ne méritôit pas, c'étoit faire une injure à son honneur à la face de^la nation. Aussi il demanda la permission de produire encore des témoins. On résista vivement à sa demande; le but du dernier interrogatoire n'ayant pas été d'inculper le général, que personne n'a voit accusé, mais de justifier le ministère, que lui-même il avoit censuré hautement. Sur sa requête cependant, M. Galloway reçut ordre de se tenir prêt pour ui> contre-examen. Au jour fixé, sir Guillaume ne se rendit point à la chambre. On l'at- '. tendit quelque temps, et , comme il n'arrivoit point, M. Whitworth proposa l'ajournement du comité. Les deux partis se trouvèrent lassés et rebutés; lopposition, qui avoit donné le branle à cette affaire, n'en espéroit plus les' avantages qu'elle s'étoit promis d'en retirer, et le ministère, qui s'étoit disculpé, ne se proposoit rien de plus : cette motion fut donc accueillie sans difficulté, et le comité mit fin à ses séances sans former d'autres réso* Dissolu- lotions .Le lendemain le général Howe vint témoigner sa tion du surprise. Une s'attendoit pas, dit-il, qu'on eût dissous si
comité. '■ , . , ., ,, .* 1 ^ 1 1
promptement le comité ; et il ne s etoit rendu a la chambre à quatre heures, que. dans la seule intention d'appuyer sa première requête pour qu'on examinât de nouveaux témoins. Ensuite il s'éleva une discussion assez vive quand j9ir Guillaume, conjointement avec son frère Jord Howe , demanda que l'on déclarât expressément «i sa conduite fournissoit, sous quelque rapport, matière à accusation. Les ministres refusèrent de répondre à sa demande, sans désavouer toutefois le discours du comte Nugent, où il étoit dit que jamais l'on n'a- Yoit eu l'intention de l'accuser. Du reste ils convenoient
CSOflGES Ilf. 37
que Je gàiéral et son frère jouissoient de. restlme du souverain , qu'il ne leur avoit pas retiré sa confiance, et que ^ s'ils lui offroient leurs services, ils n eprouveroient . pas de refus.
Un sujet aussi embarrassant, et d'une importance 16 dec. non. moins grande, vint s'offrir à la considération du jjj^^'. parlement, quand le comte Nugent fit, au commence^ sion rement de la session , une peinture déplorable de letat de af^^rg^* souffrance et de détresse où se trouvoit le petit peuple dlrlande. d'Irlande, et quand lord Newhaven manifesta l'intention de proposer un bill pour qu'mi permit l'exportation générale de tous les produits de ce pays, à l'exception des étoffes de-laine. En interdisant le commerce d'Amérique aux, ouvriers et aux manufacturiers d'Irlande^ on les a réduits, dit-ce dernier orateur, à la plus affreuse misère; ia valeur des terres a baissé de beaucoup, les rentes n'ont pu être acquittées, et l'on a/^om?promis l'existence d'une partie intéressante duroyaumeuni. •
Conformément à ses premières Vues, le comte Nugent , j^^^ communiqua son mtenlion de proposer l'établissement 1 779. <l'une manufacture de coton en Irlande, avec la facilité de faire des importetions en Angleterre et d'ouvrir un libre commerce avec l'Amérique, les Indes occidentales «t l'Afrique. Ensuite l'on forma un comité sur la motion de lord Newhaven, pour la ^ise en considération de tousv les ^etes du. parlement rek^ifs à l'importation des sucres. en Irlande; mais les choses restèrent cependant au même état. Toutes ces tentatives, dont l'objet étoit le soulagement de l'Irlande , échouèrent contre Toppasition de plusieurs villes manufacturières et marchau" des , et l'on ne put obtenir en faveur de ce malheureux
38 HISTOIRC D'ANeLETEltRE.
Foible se- pays,qu'tineconœs8ion pécaniaire en conséquence d*un cordé à^cê B^Çssage du roi, et deux actes pour encoura^r la cuiroyaume. ture du tabac et du dianvre et les manufactures de lin. 16 avril. Les négociants de Dublin témoignèrent leur indignation contre « Topposition injuste , impolitique et hon-
Méconten re-
nient des teuse de quelques Anglois^ qu'un esprit sordide d'intérêt n OIS. p^Q^QÎ^ ]^g irréconcilisibles etinemis de leur commerce ; et comme une pareille opposition ne pouvoit avoir poui^ motifs que Tingratitude et Tavarice, ils prirent la résolution de n'importer et de ne consommer dans leuf pays aucun des produits de TAngleterre qu'ils pourroient ou recueillir ou manufacturer eux-mêmes, jusqu'à ce qu'une politique juste et éclairée parût diriger la conduite de ceux qui s'étoient opposés avec tant d acharnement aux règlements enfeveur du commerce de rirlande. » Un grand nombre de comtés et de villes s'empressèrent de suivre cèl exemple, mais m pîàrticuiier Cork, Kilkenny, Wicklov^r et Boscammon« Forma- Une mesure plus efficace que les vœux des négo- «ssocia- ciants de Ehiblin ^ fut la formation dés compagnies ariionsvo- mecs de volontaires qui commencèrent à s'orfi^aniser
lontaires. * "
dans le pays. L'annonce d une invasion de la FVance,et Faffoiblissement des forces nationales résultant de l'envoi de plusieurs renforts en Amérique, forent le prétexte de ces associations, dont les membres s'annoient et s'équipoient à leurs frais, et à la tète desquelles se trouvoient les hommes les plus considérés du royaume. Le gouvernemetit ne sut qu^ expédient adopter pour régulariser la conduite de ces confédérations ; il en fut vivement alarmé , et les surveilla comme une puissance nouvelle introduite au milieu d'une ^ciété déjà par elle-même assez difficile à gouverner.
Quand la chambre des communes eut terminé les dis* 1 1 «ai. eussions relatives aux affaires de llrlande, le marciuis da^marde Bockingham attira Fattention des lords sur le même T^* .^^ objet, en proposant de demander» par Toie d'adresse» ^^ «ur des renseignements sur le commerce de ce pays, pro* maffaiprès à diriger la sagesse du parlement dans le choix de land«. mesures capables d'étendre lés ressources, la puissauw et rindustrie des deux royaumes. Il passa en revue et désapprouva en général la direction des revenus et du. commerce, et la conduite de Tadministration tant civite que militaire depuis 1 755. Ensuite il se déchaîna contre les ministres sur ce qu'ils loléroient les associations d'Irlande; il falloit ou qu'ils prévinssent une p«ireiUe nécessité , ou que du moins ils autorisassent le peuple à prendre légalement les armes. Probablement, disoitr il , de telles associations réussiroient à repousser l'invasion ;.maU le même esprit qui leur avoit donné naissance pouvoit les porter à la résistance contre Tinjus^ tice et Toppression. L'adresse proposée fut accueillie. Cependant, malgié deux diecussiona nouvelles éL^vées^ sur le même objet, on ne prit aucune Kiesure efficace > seal^maûit le ministère s'engagea i préparer, pendant l'ajournement 4 un plan laisonnable po«r le soulage* ment de l'Irlande.
En conséquence d'une tnotion die sir Qenri Hough- ix> manr ton , dont l'objet étoit de réclamer des soulagements ^^e„r^del pour les mimstres et les maîtres d'école protestants nonnoa- conformistes^ M. Frédéric Montagne présenta, ^mUtes" dans la chambre des communes, un bill qui passa après ^^ ^^^^ différentes discussions dans les^elles On approfondit la nature de la liberté religieuse et les principes de la tolérance. La (|uestioa fut débattue avec autant.d'ha*
4o HISTOIRE d'aN6L£TK£R£.
bileté que de bonne foi, et dans la décision on montra une modération louable , quoiqu^on eût mis beaucoup de chaleur dans les débats. M. Wilkes désapprouva toute espèce de contrainte religieuse, et M. Dunning ne combattit dans le bill que la seule clause où Ton exigeoit que toutes les personnes qui préchoient en public, cru qui entreprenoient l'éducation de la jeunesse, fissent une ' déclaration de leur croyance aux doctrines du christianisme tel qu'il est établi par les saintes Écritures. Il assura qu'un pareil serment ne produiront jamais que du mal, que ceux qui ne voudroient pas le prêter se trouTeroient exposés parxela n^éme à l'atteinte de lois pénales encore en vigueur, et que le bill> s^il donnoit lieu à la moindre persécution^ loin d'être un bill de soulagement, seroit un acte d'oppression. Sir Guillaume Bagot , sir Roger Newdigate, et quelques autres, combat* tirent les principes de ^e bill, comme injurieux à la religion établie; lord North en loua an contraire la tolérance, comme parfaitement d'accord avec l'esprit dn siècle et les dispositions de tout le oorps des évêques y et déclara que le serment proposé éCoit tel qu'un ehré* tien et un protestant iioQ-conformîste ne refuseroient jamais de le prêter. Pour les déistes » et ceux qui nioient la trinité, ou qui professoient d'autres croyances partie culières, le bill ne les regardoit en rien, puisqu'ils n'é^ toient ni protestants ni chrétiens ; et , quoique l'état n'eût pas le droit de régler ces croyances religieuses , il avoit au moins celui de ne pas souffrir qu'on les propa^ geàt. Le billpassa ensuite dansia chambre des lords après quelque^ légères discussions.
i<) juin. La session alloit se terminer, et l'on ne s*attendoit tout plus à aucune affaire importante, quand lord North
€EORGES III. 4*
vint aDDODcer à la chambre des communes que Tambas- FADjjTesadétir d^Espagne, le comte d Almadovar, avoit quitté ^Espagne Londres, et qu'à son départ il avoit remis au secrétaire- annoncée d état un manifeste qui seroit communiqué le lendemain j^^j^^. au parlement avec un message de sa majesté. A cette déclaration, l'opposition éclata en reproches violenta contre les ministres, les accusa d*incapacité et d'aveuglement, et les menaça d'un châtimetit exemplaire et terrible. Cependant, à la demande de ceux même de son parti , M. Burke consentit à retirer la proposition qu'il avoit faite de l'établissement d*un coifiiité d'enquête sur l'état de la nation.
Le roi déclaroit dans son message qu'il avoit toujours ,7 j,„v eu le plus sincère désir de vivre en paix avec TEspagne', ^^*"j^* et d'entretenir avec cette puissance des irappotts dfe commerce et d'amitié. La boûne foi, Phonneur et la justice avoient toujours dirigé sa conduite, et il a voit vu avec une extrême surprise les griefs qu'on avôit allégués en justification d'hostiles démarches ; griefs qu'on avoit exirgérés, ou dont on n'avoit pas fait mention jusqu'alors. Aussi il comptoit que le parlement mettroittoùt son télé à déjouer les projets de ses ennemis contre Fhonneur de sa couronne , et contre les droits et les intérêts de la natioâ.
L'adresse en réponse au discours émané du ti*ène fut Adresse. votée à l'unanimité dans la chambre îles communes; mais ce fut vainement que lord Jean Gavendish en proposa une seconde à l'effet de supplier sa majesté de rappeler les armées et les flottes, et d'employer toutes les forces dtr royaume contre la maison de Bourbon (i).
(i) La proposition^ de Gavendish fut rejetëe à la majorité de i56 Tf^x contre 80. «
43 UJSTOUE D'ANGLETERRE.
Ameodf. Le comte d'AbÎDgdon déclara dans Ict chambre des proposés. 1^^^ %^^ jamais il n'acquiesceroit à l'adresse, et* qu'il donneroît lieu, quoique seul, à des divisions coatinueiles dans im chambre , jusqu'à ce qu on eût fait droit aux plaintes des citoyens » par le renvoi d'une adminis^ tration sans pudeur, qui se faisait un jeu d'insulter à la jaajesté du peuple anglois» en violant les lois de la conip stitutîon , et laissant la Grande* ft*etagne exposée à de funestes désordres et menacée de sa rukie. Ensuite H ^ proposa un amendement pour l'adoption d'un nouteau système, oommasle seul moyen de sauver l'empire et d'unir tous les citoyens.
Get amendement que lord Abingdon refusa de retirer, malgré le$ soUîcitations du duc de Rtchmond , fut rejeté par la chambre (i). Le duc de Richmond proposa alors un second amendemeht qui, pour le fond, ne différoît pas essentiellement du premier, mais qui étoit p(us spé* cieux dans la forme, et il ra[^«ya par un long discours oà il peifpioît la coadmte du ministère comme propre à alliMuer la guerne civile dans toutes les parties des états de sa majesté britanni<|ue. Lord Shelburne prit aussi la parole , et parla habilement en faveur de l'ameàdement proposé. Cependant le ministre ne s'engagea point dans le vaste champ des discussions où l'ofli avoît vou- I«i l'entriâner, et se eontenta de répondre à quelques attaques personnelles , et fit quelques courtes remarquer à l'occasifHi du message. Le duc lui réfJiqua, et <îéclarà que l'objet véritable de son amendement étoit qu'on rappelât les troupes d'Amérique, et qu'on les emr ployât à la défense du royaume. Cet amendement lut
(i) A la majorité àt 6a voix contse a3.
l&EOAGEs nu 43
rejeté ( i ) ; nais i4figt membres de la ekambre des pairs Protestt» ttisérèreat dans leiurs re^slres uae longue protesialioD»
Parmi les mesures de déf!nMe que le miotstère avoit ai juinfNToposées à Tfipproclie du danger, était un bill qui Taur milice. torssoit à doubler le nombre des milioes, et aoeordoit à des particidiers la liberté de former des corps dç to^ JoBtaires. Ge bill ayant été eombaitu comme oppressif^ cbrame impraticable, et comme accnmnt la foiUesse nationale, le ministve dédaia qu'il n etoit pns dans ses projets d^Bn ponrauivre avec opiniâtreté Tadoptinn, et qu'il s'en rappoptoit entièeement à la sagesse de la <diambre. Sir Grey Gooper proposa de n'enrôler que quinze mille quatre cent vingt-quatre hommes de milice; «t le ministre auroit laissé passer cette propositicm, si ses partisans ne int eussent remontré qu'un semfabble abandon de son plan primitif serait un irmnpbe pmir l'opposition, déjà trop prompte à saisir Toocasioii de lui reprodier le plus petit manque de fermeté. Le bill passa dans la chambre des oommnnes td qu'il avoit été présenté ; mais, dansla ehambre des hirds, la ckmee qui n^^* autorisoit le gouvernement à doubler le nombre des amenda naiilices fut rejetée à une ofajorité oonsidérable(a). ^ords.
Le bill ainsi amendé ayant été de nouveau présenté 3 juillet. à la chambre des communes, on railla amèrement le .^^^f^ ministre du défaut d'unanimité dans le conseil , pendant amenda* qu'il recommandnit si constammeiit l'unanimité dans la chambre ; mais il eut se défendre avec esprit, observant ^ue, comme ministre de la cbandire des communes, il n'avoit pas jugé nécessaire, avant de proposer cette mesure, de cmisulser eur son eflfet ceux qui, n'étant
(i) S7 Toix contre 3ii.
(3) 39 Toix contre 2a.
44 nisTOiRt d'amclexcrre.
pas représentants du peuple^ n'a voient pas de consti* tuants qui dussent en supporter le fardeau ; et, quoique les membres de la, chambre4iaate, qui étoient lordslieutenants de leur oomté, eussent rejeté sa proposition comme impraticable, après Ta voir prise en considératien, il ne se rangeoit pas pour cela de leur avis, sans néanmoins vouloir le critiqua. Sa propre expérience, dans le comté dont il étoîtlord-lieuteQant, lavoit porté à recommander cette mesure ; mais-cette expérience ne pouvoit pas être la régie de Topinion des autres lords ; d ailleut*s ce qui restoit du bill lui sembloit encore asse« important pour qu'éloignant toute considération d'àmour^ropre, on acceptât, eommedes.miettes tombant de la table de leurs seigneuries^ le pouvoir d augmenter. les forces nationales en autorisant Fenrèlement des comr pagnies de volontaires.
La chambre alla deux fois aux vois en ûonséquence
de tentatives. faites pour rejeter le.btU,. comme, étaul
«n bill de subsides inconstituti(HineUemeni:amendé par
les pairs ; mais ces tentatives ne furent suivies d'aiiCMa
succès (i),
23 juin. A une heure avancée de lit nuit, après les débats sur
fiûanTles ^^ milicc , M, Wedderburnc proposa Tadoption «d'un
protec- bill qui avoit pour objet de faciliter. lequipiement de la
cordées u^tte, 6n retirant les protections accordées à certaines
classes de matelots, bat^iers ou apprentis de ces pro*
fessions,» et em privant- de leur droit à Vhabeas corpus
tous les individus de ces classes enrôlés seulement de*
puis le jour où le message du roi relatif à TEspagne
avoit été communiqué au parlement. M. Wedderburne
(i) La première division donna 631- voix contre 4^) <3t la seconde 5i contre 33«
aux matelots.
CEORGËS Ht. 43
dit qu en faisant une proposition sen^lable à Une heure si avancée de la nuit, il avoit voulu que la publicité n'en empêchât pas les bons effets, et que Ton pût sans difficulté procurer à la grande flotte un renfort considérable de matelots. On attaqua vivement les principes de ce bill : ils violoient, disoit-on, les droits de liberté personnelle que Tétat garanlissoit aux sujets, droits qui n'étoiént tii moins sacrés ni moins inviolables que ceux qui protegeoient leur fortune et leur vie ; et conseiller une mesure pareille, déjà suspecte par l'heure à laquelle on la proposoit, c'étoit agir avec lâcheté et perfidie, c'étoit faire comme une irruption nocturne dans la demeure des citoyens avec Tintention de piller, et même avec celle de commettre un meurtre plutôt que d'abandonner sa proie. Le bill passa néanmoins dans les deux chambres après de violents débats. Quarante pairs signèrent une protestation contre le refus d'adop- Protcst»ter quelques amendements proposés , et quatre autres *^°** pairs en signèrent une seconde contre les principes fondamentaux d'un acte semblable.
La session fut terminée par un discours émané du 3jailler. trône. Le roi remercioit le parlement du zélé qu'il avoit de la Bài^ à soutenir la guerre avec vigueur, et de l'attention »««"od. qu'il avoit donnée à l'Irlande, son affection pate^^nelle pour ses peuples le rendant également jaloux du bonheur et de la prospérité de toutes les parties de- son empire. La France n avoit pas, disoit-il, trouvé dans les événements de la guerre de quoi s'applaudir avec raison des suites de sa perfidie; et, quelque prétexte que l'Espagne pût employvcr pour colorer sa conduite, il avoit l'intime conscience qu'il ne méritoit aucun reproche. Il voyoit avec la satisfaction la plus vive les
preuves de fic^lité et d^amour qae lui donoèit te pM^* temeot, et regardoît comme un heureux présage des succès futurs de la guerre cette constance et ce cou» rage de ses- peuple ^ que les obstaoles ne feisoiènt qu'agrsmdir. ^
Origine et La guerre avait à peine édaté enlise l'Angleterre et la JS^dim- France , q»*uii grand nombre de pmblicistes.S'étoient em* rents avec pressésd'annoHcerque TEspague alloit bientôt y prendre gne. part ; mais uôe pareille suppoMion , miéme d'après les principes gjénérauxde la politique, éteit loin de paroitre évidente, et des< ciroonstanees particulières promettoient plutôt le contraire. En effet, s'il étoit probaMu que FEspâgne étoit sollicitée à prendre les armes par le pacte de femilieet ses dispositions naturelles à humi- Mer Torgueil et la puissance des'ifOjg;ioift, ki< nature de la lutte américaine devoit lui inspirer d'un autre côté trop de craintes au sujet de ses propres colonies, pou<r qu'on pût croire qu'elle y voulût prendre part. i^^jB. Le ti^ité entre lu France et l'Amérique fat cMicIu si soudainement, que l'Espagne ne put être consultée: aussi, à l'ouverture dés hostilités, là cour de Madrid, ëans s'étudier à justifier la France, témoigna son dësi^ de faire renaître la paiic, et proposa sa médiation. Le marqnis d'Almàdovar, qui délivra ses ponvdirs d'ambassadeur à la cour de Londres , à l'époque où' ramirat i Keppel venoit de saisir uuefrégate Françoise , dotona les plus fortes assurances des dispositions pacifiques du Koi son maître, et du désir qu'avoit ce monarque de ci-^ menter, par tous lesinoyens convenables, runionsùb^ sistante entre TAngleterre et l'Espagne. Il observa ce* pendant qile ses instructions étoient antérieures* anlM dernières opérations de la flotte angloise; iitais>il dé«
clara en même temps qu'il a avoit aucune raison -de croire que. cet événement pût changer les drsposhioas^ de sa cour. Snr ces mêmes eptre&ites^ la France « fidèle à sa politique ordinaire, répandoit detous côtés que FEspagne alloit accéder au traité avec T Amérique, et qu'elle avoit chargé M. d'itranda de oonclure cette négociation (i).
L'ambassadeur espagnol, d)s&s différentes conférences qu'il eut avec le secrétaîre^'énat, fit connoltre le désir du roi son maiire d'agir comme médiateur entre la GraBde-Bretagne et 1» France, et pressa la coui^de ItfOndres de faire qudque» propositions, hiî reprochant d'une manière iodirecle de faire peu d'attention tmx bons offices de l'Espagne. Lord Wefmontli se justifia en observant que le cabiaoet de Madrid ne s'effroit paecomme médiateur, suais qu'ij avoit paru disposé^ seu-* lement. à recevoir les ouverture» que l'une on l'autrepuissance voudront faille; et it dédera^ que, quoique la France etit injustement provoqué l'Angleterre, s» majesté britannique souhailoit néanmoins la paix avee ardeur; que cependant elle ne jugeoit pas c<»Qpatible avec rfaonneuc de ea couronne desoUiciter l'entremise d'une puissance étrangère,, jusqu'à ce que la Franee, qui la. première avoit commencé la guerre, eût faitcon-*» nottre ses intentions et ses< vues. Ce$ communîcatioï^S' Êivent bien loin de faire penser que l'Espagne prémédi-* toit une rupture;, au contreôre ïvm des sujets <fiscntés fut celui d'étendre davamtege les liaisons commerciales, des deux royaumes (a),
(0 f^oyex lettre de lord Weymouth. à lord Grantham,' ai juillet (3) Lettre dé lord Weymouth à lord Grantliain, t3sent^r>»bre 177^*^
48 HISTOIRE p'aNGLETBRRE.
En canséqueace de cette déelturation de lord Weymouth, sa majesté catholique fit délivrer un mémoire où elle offroit à TAnglelerre e^àla France de commencer les négociations; et, afin qu aucune des deux couronnes ne craignît de comprometCve sa dignité en faisant les premières démarches, elle leur proposoit de faire remettre à Madrid Texposé de leurs prétentions réciproques, dont eUe.auroit soin de les instruire tourà-tour. Le cabinet britannique répondit en peu de mots que y ^malgré Finjuste agression de la France, le roi se montreroit prêt à reopuveler avec cette couronne tous les anciens traités de paix et d'union , lorsqu'elle auroit retiré ses troupes d'Amérique, lia France demanda de son côté que TAngleterre reconnût Tindépendance absolue des treûse colonies américaines, qu'elle évacuât tout le territoire qu elle y occupoit enc<»re, et quelle en rappelât ses armées; proposant, quand ces préli'minaires seroient acceptés, d'expliquer et de régler di« vers articles des anciens traités, dont il seroit inutile d'entreprendre auparavant ia discussion.
Malgré les sentiments opposés des deux puissance», le roi d'Espagne comptoit trouver quelque moyen d'ar-* rangement; aussi, dans une dépêche postérieure, il engagea la cour de Londres à modifier les déclarations qu'elle avoit faites, par l'adoption de quelque tempe* rament qui permit de travailla à la réconciliation dea deux empires. Le ministère britannique rejeta cette proposition; la France, observa^-i-il, ne manifeste au«> cune intention de paix ; et , en persistant à demander l'indépendance de l'Amérique, elle veut seulement aigrir encore davantage des divisions que depuis longtemps elle fomente.
GEORGES Ht: ' 4$
Les cours de Versailles et de Londres persistant ainsi Janvier dans leurs premiers sentiments, le roi d'Espagne pro- *779* posa trois plans comme mpyens d'accommodement. Le premier étoit une trêve avec les colonies de vingt-cinq ou trente ans, pendant laquelle on s'occuperoit à loisit de la négociation de la paix^ et de la discussion de quelr ques points contestés entre la Grande-Bretagne et la France ; le second étoit une trêve avec la France et avec les colonies ensemble ; le troisième étoit uùe trêve indéfinie avec la France et les colonies , que Ton ne pourroit rompre sans une déclaration faite un an d'avance, et durant laquelle les plénipotentiaires des trois parties intéressées s'assembleroient eh congrès sous la médiation de l'Espagne. Les ministres américains* à Paris signeroient cette convention sub spe ratij la cour de France emploieroit ses bons offices pour la faire ratifier, et la cour de Madrid s'uniroit à elle pour en garantir les articles. Pendant cette trêve les colonies auroient le droit de commercer en liberté^ et con^rveroient de facto toute l'indépendance qu'on supposoit que les com* missaires du roi avoient le pouvoir de leur offrir. Les troupes britanniques seroient rappelées, ou réduites du moins à un très petit nombre , et l'on rêgleroit les rapports qu'il leur seroit permis d'edtretenir avec les habi-* tants.
Dans une réponse étendue et judicieuse qu'il fit à ces Mars. propositions, le ministère britannique remit sous les yeux de l'Espagne la conduite et les prétentions de la France, et exposa la perfidie de son intervention dans la lutte d'Amérique, la fourberie des prétextes qu'elle^ avoit donnés pendant la négociation, et la futilitéde ses arguments lorsqu'elle alléguoit tour-à-tour ses hos-
5o HISTOIBt D'aUGLBTERRE. .
alités comme le motif de ses craintes, et ses' craintes comme celui des hostilités. Il analysa avec un esprit de franchise les plans proposés, par TEspagne, en supposant qu ils fussent adoptés et formassent la base d'un •accommodement, et il en déduisit avec soi-n les conséquences. « Si Ton laissoit jouir, disoit-ii , les colonies de la liberté du cqmmerce, et si on leur accordoit une trêve- indéfinie , ou de vingt-cinq ou trente ans , que Voh ne pourroit rompre sans le déclarer un an d'avance, et qui seroit suivie de l'évacuation des provinces, seule condition à laquelle on vouloit traiter, ce seroit leur concéder réellement une indépendance telle que rien ne ppurroit les empêcher de s'affranchir tout-à-fait si id contestation ne se termiaoit pas à l-amiable ; ce seroit un tel abandon de tous les droits, une telle sanction de toute la conduite passée des colonies, que les sujets ifidêles de sa majesté seroient traités comme des sujets rebelles, et que leur mère-patrie ne pourrait intei'venir eA leur £av«ur. L'An^terre se tt'ouveroit en même temps déshondnée de traiter avec la cour de VersaSles, feulement pour que les colonies consentissent à traiter ^vec elle ; et après que les ministres d'Amérique auroient signé les articles du traité sub spe rati, il faudroit encore les bons o£ioes de la France pour obtenir la rati* fication du congrès. Sa majesté britannique, après une renolQciation si longue, ou plutôt après qu'elle aurbit taissé des sujets fidèles à la merci de la Francef et du içongrès, pourroit-eHe amener celui-ci à se dessaisir de ^administration de l'état, et la cour de Versailles à soutenir cette mesure et à traiter -en même temps pourse^ demMides particiilièrès , qu'eJlen'avoit pas eincore spéci-
GEÔBGCS lîi. tt
£ées ; demdiides qu^il faudroit satisfaire ^ à qtielit}tte prix que ce fût, avant qu'elle consentit à la dissolution des états dont elle navoit embrassé l'alliance que pour son propre avantage? Ainsi la cour de Versailles ne voulant ni spécifier ses préteiitions ni concourir au rétablissejppent du gouvernement anglois en Amérique». Taccep jtation d'une pareille trêve serpit regardée comme un abandon, sinon avoué, du moins absolu , de tous les droits de l'Angleterre sur ses colonies; et en faisant ce sacrifice , la cour de Londres aurbit encore le désavan*^ tage de faire cet abandon à la France plutôt qu'à l'Amérique elle*méibe. » ,
Pour que le roi d'Espagne connût clairement les articles à l'égard desquels il pouvait employer ses bons pfficesj le ministère aAglois lui fit insinuer que si la France notifioit ses griefs, ses soupçons et. ses demandes , l'Angletarre lui feroit sur tous ces points une ré^ ponse explicite, et se prétéroit à une trêve pour que l'pA pût concilier à l'amiable les prétentions rivales des deux couronnes^ sous la médiation de sa majesté catholique ; en même temps , afin d'éloigner tout prétexte de .Continuer la guerre en Amérique, les insurgés proposeraient leurs grie& et les conditions auxquelles ils consentiroient à rétablir le gouvernemenD légitime; ou bien J'on feroit aussi une suspension d'armes avec les colo*" nies, et, pendant la trêve, toutes les classes de citoyens jouiroient en paix de leur liberté et de leurs biens, et 4ti^auroient à cl*aindre ni les violences ni les vexations d'aucun parti . Les ministres de la France seroient libres, durant cet intervalle, de négocier pour leurs intérêts particuliers; et sa majesté britannique pourroit ainsi
Sa HISTOIRE D'ANGLETERRE.
établir dans ses colonies une forme de gouvernement Convenable, sans parc^tre y avoir été contrainte par un ennemi.
Sur cette proposition , le chef du ministère espagnol , M. Florida Blanca , insinua que le meilleur moyen pourarriver à un accommodement seroit de suspendre les hostilités, de désarmer de part et d-autre, et de réunir des plénipotentiaires à Madrid pour traiter, sous là médiation de TË^pagne, du rétablissement de la paix', et régler dans un traité définitif tous les arrangements à prendre entre F Angleterre et la France. Un désarmement réciproque et une suspension d'hostilités aùroient lieu pareillement entre l'Angleterre et les colonies, sous la même médiation ; et les commissaires américains seroient admis à la négociation. D'ailleurs toute rupture de la trêve devroit être annoncée un an d'avance.
Mai. Ce plan fut présenté comme Yidtùnatum de l'Espagne ; mais comme il étoit fondé sur les mêmes principes qu'on a voit déjà rejetés, la cour de Londres le déclara inadmissible ; en même temps elle témoigna sa reconnoissance au roi d'Espagne pour sa bienveillante intervention , espérant qu'il renouvelleroit encore ses bons offices si la France se montroit disposée à proposer des conditions moins, impérieuses et moins inégales.
Mai. Dans une lettre particulière qu'il joignit à cette réponse, lord Weymoùth communiqua à l'ambassadeiir anglois les alarmes que lui inspiroit un ultimatum qui laissoit voir combien la France influençoit les résolutions de l'Espagne. Jusque-là il avoit éloigné des soupçons que plusieurs circonstances avoient fait jiaitre ; inais il pensoit actuellement qu'une explication étoit devenue nécessaire, et il vouloit savoir si l'Espagne,
qui insistoit tant sur le démembrement de Fempire bri* taanique, i^'auroit pas formé le dessein d'y coopérer^ ou, dans le. c^s contraire , quel moyen laissoient les propositions qu'elle avoit faites de prévenir ce démen^ brement.
, Cependant les craintes que.manifestoit cette dépêche n'étoient pas justifiées par la conduite, de M. d'Almadovar ; il témoigna au secrétaire-d'état que sa majesté catholique ne retiroit sa médiation qu'à regret, et seu-. j^enient parcequ'elle étoit convaincue qu^on ne ppuvôit en espérer aucun fruit. Ainsi rien ne transpiroit encore qui. laissât apercevoir des dispositions ennemies. Dans une autre entrevue, l'ambassadeur. espagnol renouvela, les mêmes assurances, parut désolé qu'on eût rejeté toutes les propositions de l'Espagne sans y en substituer de nouvelles , et se plaignit des « conditions impérieu-« ses et inégales » de la dépêche du 4 mai» comme étant inutiles^et offensantes. On lui donna sur tous ces points une explication entière et satisfaisante. Si le roi n'avoil pas offert des cpiiditious d'arrangement, c'est quejes propositions de la France tendoient simplement à assur rer l'indépendance américaine par une voie directe ou par Tefifet intermédiaire d'une ^ trêve; au reste, en se plaignant de tant d'obstacles, le ministère britannique n'avQÎt eu en vue .que la France, sans y comprendre; l'Espagne pour quoi que ce fût. Lord Granthàm , comme M. d'Âlmadovar avoit paru le désirer, reçut ordre de témoigner au roi d'Espagne, par le can^l de M. Florida Blanca,,)es vœux ardents de sa majesté britannique^ pour le rétablissement de la paix, tant qu'on n'y meU troit pas des conditions incompatibles avec la dignité de sa couroQne et de son peuple^ et de lui témoighe^
54 HISTOIRE d'AUGLETERRE.
combien elle avoit été sensible à son intervention amicale, et combien elle avoit eu de regret de voir josqù'à ce jour tous ses efforts infructueux. 8i la France avôit fait des demsindes tenant immédiatement à ses intérêts particuliers, et si l'Espagne avoit appuyé ces déniatî* des, lé roi, par sa condescendance, auroit montré ^n désir de la paix et ses égards pour une si rés^iedtablë intervention ; mais la France n'ayant mentionné diUi ses communications que les intérêts des colonies ré* bdles, avec lesquelles, d'après les lois de la justice, èHë ne devroit avoir rien àe commun , le roi lié pôuvôîf renouveler ses propositions pacifitjues. Cependant si da majesté catholique faisoit encore d'autres ptojpôsitiohâ dans les mêmes vues , on les examineroit avec attention et bonne foi ; le rétablissement de la paix , quoique desirable en lui-même, devant recevoir tin nouveau prix de la médiation de l'Espagne j et devant unir plus intimement les deui^ coiironnes, qui en reçueilleroient d'heu-» reux fruits (i).
i6 jtdn. Ces explications obligeàutes n'étoient pas enéore par* '^sadeir" v^*^"^^ ^ '^ ^^^^ ^® Madrid, et celle-ci n'avoit fait ÙM d'Ëspa- cabinet de Saint-James aucune intimation préfriable, fappçle'. quaï^d M. d'Almadovar reçut l'ordre de quitter Londres sans délai , et remit au ministère britannique une déclaration qui fut communiquée au parlement éh mêftie temps que le message de sa majesté. Cette piéicfe articu-* loit plusieurs motifs de guerre, tels que le rejet de la médiation bienveillante de sa majesté catholique, les violences commises durant la guerre sur lès états de sa dépendance , et le refus qu'on avoit fait de lui eh donôéi^
(i) Renseignements puisés dans la correspondance originale de lord Grantham et du secrétaire-d'dtat.
GEOROES III. 55
satisfaction ; elle annonçoit que le roi d^Espagne étoit résolu à mettre en œuvre tous les moyens que lui avoît confiés la Providence pour obtenir une repal*ation suf« fiaante.
Outre cette déclaration emportée, et deux cédules Manifeste
* . da roi
royales adressées à ses propres sujets, le monarque d'Espaespagnol publia un long manifeste, rempli de déela-* 6"®* mations ridicules » et où Ton reproch<Ht à l'Angleterre i'inju&tice de ses procédés en d'inxiombrables occasions , depuis la conclusion de la paix ; c'étûient des violations de territoire dans la baie de Honduras, des instigations aux sauvages d'attaquer les établissements de TEspagne, et des refus réitérés de faire justice aux récla^ mations de la cour. On y i^fectoit aussi la précision là plus rigoureuse dans Ténumération des insultes que Ion avoit reçues sur les mers, et toute l'Europe dut trouver ridicule lemportement superbe que Ion mettoit à les proclamer. Ces insultes, que la marine angloise avoit faites au commerce et à ta navigation de FEs* . -pagne, de 1776 au commencement de 1779, étoient déjà , selon le manifeste , au nombre de quatre-vingt-six , en y comprenant les saisies ordonnées sous d'injustes prétextes, les pirateries, Tenlévement de différents effets sur les vaisseaux, les attaques à main armée et autres semblables violences ; et comme depuis cette époqu« l'Espagne n avoit pas cessé d'être insultée, on pouvoit, sans crainte d'exagérer, avancer que ses grief& ne se montoient pas à moins de cent. On accusoit en outire l'Angleterre d'avoir cherché à faire sa paix avec les colonies (jl' Amérique , pour les armer contre la maison de Bourbon; on pervertissoit, on défiguroit toute lliistoire de la négociation dans ses, points les plus, es^ >
sentiels; et Ton assuroit que pendant que l'Angleterre refiisoit , sous la médiation de TEspagne , de reconnoîtrc Tindépendance américaine, ses émissaires avoient proposé en secret au docteur Franklin, à Paris, des conditions beaucoup plus favorables. En conséquence le roi d'Espagne déclaroit que rien ne lui sembloit plus nécessaire que dé mettre un terme à l'empire tyrannique que l'Angleterre avoit usurpé et vouloit maintenir sur rOcéan ; et il rappeloit à toutes les nations commerçantes qu'elles avoient un égal intérêt au succès de cette entreprise.
Lettres ^^ lettres de marque promptement expédiées pôui^ de tous, les ports , et une lettre inodérée de lord Weymoutb i^ jmlîetV ^ l'atûbassadeur espagnol , furent la réponse du cabinet Lettre britannique à ces vaines déclarations. La France publia Wcy- de son côté un manifeste très détaillé, où elle exposoit mouth. jgg motifs de sa conduite à l'égard de la Grande-Bretagne. duTofde ^^ manifeste étoit composé avec art et très spécieux en France, apparence ; mais le célèbre et éloquent Gibbon le réfuta habilement dans un mémoire justificatif ( i ).
Ainsi l'Espagne (qu'on me permette cette façon de
Ja con- parler) s'enrôla sous les drapeaux de la France. Outre
l'Espa- qu'elle n'avoit jamais eu de motifs suffisants de riip-
gne. ^^j,g ^ j^ ^ jg grandes considérations politiques dévoient
(i) Annual Résister 1779, article State papers. En France et en Amérique on ne pnt, malgré toutesf leg peines qu'on se donna, réfuter d'une manière satisfaisante le mémoire de Gibbon. Il P^*" quelques brochures anonymes sur le même sujet; et le gouvernement françois en fit publier quelques autres et en particulier éel e du baron de Beaumarchais. Remembrançer, vol. 9, p. 1, 83, ao » vol. 10, p. 116.
(2) Il est presque impossible, dans la situation réciproqjue des po * tessioDS de rAngleterre et de l'Espagne, qu'il ne s'élève pas toujoui
Observations sur
la détourner de la guerre. L'empereur avoit bien senti qu'il ne convenoit pas à un monarque de s armer pour soutenir des rebelles , et TEspagne étoit sur-tout intéressée à adopter de pareils sentiments. Son attachement superstitieux pour la religion catholique, et la proximité où se trouvoient ses possessions des colonies de l'Angleterre y étoient de puissantes raisons pour lempécher de faire une alliance avec les insurgés américains, , ou de s'armer en leur faveur. Aucun prétexte n'étoit suffisant pour contrebalancer ces motifs ; les Espagnols B ambitionnoient pas de donner plus d'extension à leur commerce; et ils auroient pu remplir sans danger les dispositions amicales de leur traité avec la France par une assistance secrète, par des secours pécuniaires, et par l'agitation qu'ils auroient fomentée en Angleterre en y annonçant des préparatifs de guerre, et en amusant le ministère par des offres spécieuses d'intervention.
La France, c^ec son habileté ordinaire, avoit pressé son alliée de se déclarer pour la guerre, et l'Espagne n'avoit pris encore aucun parti qu'elle s'étoit déjà glorifiée du succès de ses vues, de manière à mettre cette puissance dans l'embarras. Enfin le cabinet de Madrid se détermina, et, ne pouvant supporter plus long-temps un pareil état d'incertitude, se jeta inconsidérément dans le danger, moins avec l'énergie du courage qu'avec
€|uelqae sujet de plainte de Fun ou de Tautre côté. Dans une motion présentée au parlement le a5 février 1777, on signala quelques uns des sujets de plainte mentionnés dans le manifeste de TEspagne ; les mêmes griefs furent discutés en 1778, dans une conférence entre lord Graniham et M. Florida Blanca ; mais le ministre espagnol ne fit alors aucune difficulté de croire qu'on lui accorderoit une entière satisfaction. Lettre de lord Qrantham 2k lord V^eymouth, a3 novembre 177^
la précipitation de la crainte. Cinq jours àVa&t d'aVoir reçu Tordre de quitter Londres , le comte d'Almadû!var ne soupçonnoit nullement qu« sa mission diploma* tique dût être sitôt terminée ; et quand Tambassadeur François à Vienne se vantoit hautement que âa cour avoit réussi à susciter un nouvel ennemi à TAng^*' terre, l'ambassadeur espagnol déclaroit sans réserve qu'on ne lui avoit fait encore aucune communication àt cet égard(i).
Le siège La France avoit probablement fait espérer à l'Es* Gibraltar p^igBç qu'à cette occasion elle pourroit reco«yvrer 6i«« ^m ^°é*" ^'*^^^^'*9 aussi cette puissance s'empressa de diriger contre cette place ses premières opérations militaires. Elle donna l'ordre d'interrompre toul commerce avec la garnison qui la défendoit, et même, pour empêcher qu'elle ne reçût des secours des côtes d'Afrique, elle traita avec l'en^pereur de Maroc pour le ferte^e des ports de Tetuan, de Tanger et de Larache. 16 juin. Ce fut immédiatement après la déclaration de guerre, , que les Espagnols formèrent par mer le blocus de cette forteresse» et commencèrent leurs approches du côté du Continent. La garnison , bien approvisionnée y comp«« t(Ht environ six mille hommes, pleins de santé et de vigueur, et commandés par le brave général Elliot, qui justifioit la confiatice des troupes par une exactitude scrupuleuse à remplir toutes ses fonctions, par une prudence et une sagacité qui né négligeoient aucune circonstance » quelque minutieuse qu'elle parût être , quand il s'agissoit de pourvoir à la conservation dès soldats, et par Une fermeté de caractère qui rendoit
(i)LeU]^ de sirBbbert Mnrray Keith à lord Weymoutli^ »3jui«i
OftOBGES III. 59
rdbéissance fedie et \e cominandement respectable (i).
Les opérations militaires de la Fratioe en Europe, et 4tt«q«« 1 af^areil de ses préparatife , ne chilpettt pas servir beau- tueuse <I« coup à etiGonrager les Espagnols dans la guerre qu'ils j^« *^|^j; avoient entreprise. En effet cette puissance fit attaquer inutilement Ttle de Jersey, sur les côtes de Normandie; son expédition mal combioée écboua, et le printse de Nassau, qui la commandoit, n'y gagna qu'un surnom ridicule. Un si honteux échec laissa à ce descendaut de l'illustre maison de Nwssau une réputation tnilHaire fort équivoque.
L'fl^pajpae n'avoit pas fait encère sa dédamtioh de 4 jnîpgu^re, quand la flolte française, forte dé vingt-huit desflottes vaisseaux de ligne, mal équipés pmtt là plupart, paï^ut françoUe à la vue de ses côtes ^ et se j^guit avec èes forces de ^noie. mer. D'QrviUiers, qui la commàndoit > avoit pt*ofité pour mettne à la voile de rélôignebient de k Hotte àngldise, H dans sa route il avoit téUté vâlfiéiueut d^ibtercépter nue esisadre sous leë èrdréâ de l'àiniral Dairhy.
En apprenant qti'vai nouvel ennemi Veiioit de èe dé-» Mesures clarer contre elle, l'Angleterre ne fut point abattue; le *|^^j[^^n peuple embrassa avec ardeur l'idée d'une guerre avec Anglel'Espagne, et s'y porta avec une incroyable vigueur. Les particuliers, les corponttions politiques, rivalisèrent d'empressement à offrir des contributions volontai- ^ res pour enrôler des soldats, encourager les matelots, ou équiper des vaisseaux. Le patriotisme éclata de toutes parts ; il se forma des associations volontaires pour repousser l'invasion , et la compagnie des Indes orientales fit construire et équiper à ses frais trois vaisseaux de
(i) Ces de'tails sur Je siège de Gibraltar ont été puisés dans 1% Journal historique du capitaine Jean Drinkwater.
6o HISTOIRE d'aNOLETERRE.
soixante-quatorze canons, et accorda des gratifications . à six mille matelots. .
La flotte Tous ces préparatifs cependant ne purent rendre la
combinée ,.. , „ i.-^'j
iosalteles flotte britannique supeneure aux flottes combinées de rin*!^^ lennemi. Sir Charles Hardy, appelé au commandement terre, après la démission de Reppel, resta pendant tout Tété stationné dans le canal avec trente-huh vaisseaux de ligne. L'ennemi, fier de sa supériorité, vint le braver dans cette position , et s'étant porté ensuite devant Ply^ mouth, où il jeta l'épouvante, prit, à la vue de cette ville, le vaisseau V Ardent ^ de soixante-quatre canons, dont le capitaine s'étoit avancé imprudemment, prenant la flotte combinée pour ceUe de Tamind anglais. Quoique TAngleterre parût alors remplie de trouble et d effroi, les forces des deux couronnes alliées ne firent aucune entreprise importante : les commandants étoient jaloux Tun de l'autre , et les maladies faisoient de grands ravages à bord de leurs bâtiments : aussi ils se bâtèrent de rentrer de bonne heure au port de Brest, sans avoir fait de tort au commerce des Anglois.