LIVRE XXXVI
État des forces navales de TAngleterre et de la France dans les Indes occidentales.'— Byron escorte une flotte marchande. — Les François s'emparent de Saint- Vincent et de la Grenade. — Engagement entre d'Estainç et Byron«
— Opérations militaires en Géorgie, — On lève des corps de royalistes. — Les Américains rassemblent des troupes.
— Défaite du général américain Ashe. — Mesures que prennent les Américains pour défendre les Garolines. — Irruption des Anglois dans la Caroline du sud. — Les Américains attaquent John-Island. — D'Estaing tente vainement de s'emparer de Savannah. — Retard qu'éprouve l'arrivée des renforts envoyés à Clinton. — Heureuses expéditions de ce général. — Penobscot est assiégé et secouru. — Sort misérable des Américains qui étoientrenus former le siège de cette place. — Arrivée de l'amiral Arbuthnof. — Les Américains attaquent Paulns-Hook. — Expéditions qu'ils entreprennent contre les Indiens. — Les Espagnols envahissent la Floride occidentale. — Le» Anglois s'emparent du fort Omoa. — Ce fort leur est bientôt enlevé. — Les François s'emparent de l'établissement du Sénégal et de celui de Gorée^-— Actions sur mer entre Paul Jones et le capitaine Pierson. — Et entre le capitaine Farmer et une frégate françoise. — État de l'administration. — Changements divers qui s'y opèrent. — État de l'Irlande. — Les associations de volontaires se multiplient dans ce royaume. — Session du parlement irlandois. — Débats sur l'adresse. — Mesures populaires. — Le parlement ne vote des subsides que pour peu de mois. — Des troubles éclatent à Dublin.
i^EPENDANT, au-delà de TAtlantique, la guerre se ralentissoit par intervalle, et , se panimant ensuite de non-' ^ .
*■ . ojaav.
. veau, présentoit des alternatives de succès et de revers.
$2 HISTOIRE D'aKOLETËRIIÈ.
Eut des L'amiral ByroD, assailli par des tempêtes dans sa travers ▼ales^ de' *^® ^® rAmérique septentrionale aux Antilles, joignit , TAngle- à spn arrivée dans ces>p9rage8, son escadre à celle dé ^^\^ lamiral Barripgton. Si' les forces qu'il amenoit ne ren^ France direjit p^s Id flotte britannique supériei^re à celle de
dans le» -, • n i . • i . i '
Indes oc- lenoemi, elles lui permiFent du moins de se montrer
cidenta- ^^g crainte sur les mers ; et Famiral françois, réduit à
se tenir sur la défensive, se cacba durant cinq mois
entiers au Fort-Royal de la Martinique, sans que rien
pût le faire sortir de sa retraite. Dans cet intervalle,
é juin. Tamiral Bowley amena des renforts à la flotte angloise , '
et le comte de Grasse à celle des François. Les deux Byron es- partis cepeûduit ne formèrent aucune entreprise avant floue i^r^^"^ Byron eût appareillé pour Saint<]hristophe, où «hande. s'étoieut réunies des flottes marchandes , qu'il se pro-
posoit d'escorter jusqu'à une certaine hauteur. Prise de A peine cet amiral avoit-il mis à la voile que d^Estaing v1™ nt commença ses opérations. TroUon^u-Homain , à la tète par les d'uu corps de quatre caille cinquante hommes, reçut Fraûçois. ^^^^ d'aller attaquer Saint- Vincent. Cette île, livrée aux troubles les plus funestes, formoit depuis peu un gouvernement particulier confié à Yalentin Morris j gentilhomme d'une naissance distinguée, et d'un esprit bienveillant et généreux (i) : elle n'étoit pas encore divisée en districts paroissiaux; son administration étoit ijM^oinpléte, ses fortifications délabrées ;• et ses habi^ tams, les Caraïbes, toujours intraitables, attendoient avec impatience une occasion favorable de rétablir le gouvernement des François. En même temps un parti de mécontents parmi les sujets de la couronne entra-^
(t) Ployez des dëtails intéressants sur Yalentin Morris, dans récrit «ntitulé, Coxes histoncal tour in Monmouthshirej chap. 4o.
:G£OftGES m. 6i
voit les opkémtions du gouverneur, facilitoit les mauvais ^sseius des Gairaïbes , et même entretenoit des corres^ poadances avec Tennemi. Pour surcroît de disgrâce, les isolons refusoient de se prêter à aucun service militaire^ et la garuisou, pour me servir de Texpression du gouverneur, n'étoit composée que <« de Fécume du ^nre kumain; c'étoit un ramas de bandks que la métropole avoit j^etés de son sein, et qui avouent long-temps pourri dans les prisons ; c'étoient des aventuriers ou des soldiats vieux , estropiés ou indisciplinables , dont on a voit purgé d'autres régiments. » Une troupe formée d'éléments si hétérogènes ne pouvoit tenir contre les forces supérieures des François, auxquels venoient encore se joindre les Caraïbes : aussi le gouverneur se vit contraint de capituler, sans opposer aucune résis- ^ J°»^*^^tance (i).
D'Ëstaing, dont la flotte venoit d'être renforcée par Prise de la larrivée d'une escadre que lui avoit amenée M. de La ^^^'^ *' Motte-Piquet , avoit actuellement à sa disposition trente-^ qoatre bâtiments de guerre, dont vingt-six étoient des vaisseaux de ligne, et d'autres bâtiments en assez grand nombre pour transporter neuf mille hommes. Avec de pareilles forces il se disposa à attaqua: la Grenade. Cette ile ne. comptoit pour sa défense que cent cinquante soldats, et environ quatre cents mihciens; eu" eore ceux-ci, presque tous François, désertèrent-ils eit si grand nombre que la garnison se trouva bientôt rédttite.à trois cents hommes. Cependant lord Macartney^. gouverneur de Tsle , jugea cette trpnpe suffisante pour défendre quelques fortes positions jusqu'à l'arrivée de$
(i) Renseignements puises principalement dans l'Exposa de J^ eonduite oISficieHe du gouverûeup Morris^
secours qu'il attendoit, et refusa de capituler. tyEi^ taing, qui ne vouloit pas perdre de temps à former des approches régulières, commanda quon emportât d'assaut les retranchements de Tennemi. La garnison se défendit avec vigueur; une fois même elle réussit à repousser les assaillants ; mais contrainte à la fin de céder au nombre, elle se retira dans le fort, d'où elle eut la mortification de voir qu'on dirigeoit contre elle ses propres canons. Lord Macartney demanda alors à capituler; le vainqueur, peu généreux, refusa les conditions qu'il avoit offertes, et lui en envoya d'autres si déshonorantes que le gouverneur aima mieux se rendre à discrétion que d'avoir la lâcheté d'y souscrire. 4 jaUlet. Les François ne montrèrent aucune modération, et livrèrent la place au pillage.
Engage- D^Estaing n'avoit pressé avec tant d'activité la reddi^ "®°^,g°J tion de la Grenade que sur le bruit du retour de Byrdn , taing et dont les veuts et les courants avoient long-temps con- ^^°^' trarié la navigation. Après des contre-temps si fâcheux, cet amiral s'étoit enfin concerté avec le général Grant pour tenter de recouvrer Saipt*Vincent, et faisoit voile vers cette île, lorsqu'on lui apprit en mer que la flotte françoise, réduite à dix-neuf vaisseaux de ligne, avoit attaqué la Grenade, et que lord Macartney pouvoit tenir dans sa position encore une quinzaine de jours; aussitôt il changea de route, résolu de se porter audevant de l'ennemi. Il avoit avec lui vingt-un vaisseaux de ligne et plusieurs bâtiments de transport. En appro-' chant il fit tout disposer pour une action générale, et ' ce ne fut que lorsque plusieurs de ses vaisseaux eurent
déjà commencé le combat qu'il découvrit la fausseté des avis qu'il avoit reçus. Cependant d'Estaing^ malgré
la supériorité de ses forces et le grand avantage que lui 6 juillet donnoit le bon état de son escadre, évita de* s'engager trop avant; et, après avoir tenté vainement d'intercepter les transports dé Tennemi et quelques vaisseaux grièvement endommagés, se retira pendant la nuit , et* vint reprendre sa position devant Tile. Pour Famiral anglois, quoiqu'il ne pût se dissimuler rinfériorité de son escadre, il se contenta de diriger sur Saint-Christophe ses transports et ses vaisseaux les plus maltraités, et attendit tranquillement le combat qu'il pensoit que les François ne manqueroient pas de renouveler le lendemain ; mais au point du jour, s'étant aperçu de leur retraite, et voyant le pavillon blanc Botter sur les forts de la Grenade, il suivit avec toute sa flotte les vaisseaux auxquisls il .a voit fait prendre les devants, et alla se radouber à Saint^hristophe. Une alarme universelle s'étoit répandue dans toute» les possessions angloises des Indes occidentales : d'Estaing s'étoit vanté hautement qu'il alloit s'emparer de toutes les îles appartenant à l'Angleterre, et qu'il avoit même préparé les articles de capitulation qu'il offriroit à chacune ( i ) ; mais son départ de la Grenade pour le cap François, dans l'île d'Hispaniola, ne tarda pas à les délivrer de la crainte qu'il leur avoit inspirée.
Après la prise de Savannah , les troupes américaines Opéraayant été rejetées au-delà du fleuve dans la Caroline du Hi^leTèi sud, le général Prévost et le colonel Campbell mirent Géorgie, tous leurs soins à se concilier l'esprit des habitants, à former des compagnies de volontaires, et à établir des règlements pour assurer la paix et la tranquillité de la
(jj) Fojrez Valentioe Morris*» narrative.
66 RiSToiiE d'avgleterse.
9 jaBT. province. Cependant ils ne bornèrent pas là leurs opé* Sunbury ^^tions ; ils firent Une tentative contre le fort de San^ et d'Au- bury, qui fut contraint de se rendre à discrétion , lais- ^ ^ ' sant au pouvoir des vainqueurs une grande quantité de canons et de provisions, et deux cent douze prisonniers. Cet exploit ne fut que le prélude de la prise d'Augusta, la seconde ville de la province ; le colonel Gampbeli s'en rendit maître , et les habitants montrèrent beaucoup les roya- d'empressemeut à prêter le serment de fidélité, et à s'enlistes. rôler pour le service du gouvernement anglois. Le colonel Hamilton fqt envoyé avec un détachement de deux cents hommes pour encourager ces bonnes dispositions et désarmer les habitants malveillants. Son expédition fut heureuse; il déconcerta les traîtres de tous côtés, et mit en déroute à son retour Cinq cents miliciens de la Caroline du sud , qui se présentoient pour lui barrer Corps 1^ passage. Le colonel Pickans, qui commandoit ces brenx de I3iihciens, attaqua avec plus de succès un corps consi» royalistes dérablc de royalistes enrôlés par le colonel Boyd, et qui déroute, veuoieut à marches forcées des parties intérieures de la Caroline du Sud pour se joindre aux troupes royales. Boyd fut tué dans le combat, et sa troupe fut taillée en pièces. Environ trois cents hommes de cette troupe parvinrent à gagner la Géorgie ; les autres se livrèrent aux républicains ; mais ils furent regardés comme des traîtres , et on en condamna soixante-dix ; cependant il n'y en eut que cinq d'exécutés ( i ).
Les Ame'- Comme Augusta étoit éloignée de cent cinquante ricains milles du gTos de l'armée, on s'aperçut bientôt qu'il
Lient des étoit dangereux et difficile de la conserver. Alarmés sur uoupes.
(i) Ramsay, vol. 2, p. ii3.
la destinée des deux Carolines, les Américains rassemblèrent à la bâte environ trois mille hommes de milices^ sous le commandement des généraux Asbe et Butber* ford ; mais, se confiant peu dans Thabileté de ces ofifi* ciers, ils mirent bientôt à leur tête le général Lincolu de la province de Massachuset. Celui-ci répandit de$ proclamations pour empêcher le peuple de se jmndre ^ r-armée royale, et lavertit de mettre en sûreté son bétail; il étendit ensuite ses positions le long de la rivQ septentrionale de la Savannab, parallèlement à celles que les Anglois occupoient de Tautre côté du fleuve, et donna ordre an général Asbe d'aller fortifier un postç vis*à*via Augustai à la tête d'un détachement de quinze cents hommes. Açhe, ayant trouvé ce poste abandonné, , passa le fleuve, comptant resserrer les Anglois dans leurs positions ; mais le lieutenant-colonel Prévost , frère du général de ce nom , traversa à la bâte le Brier Creek, quin8e milles au-dessus de Tendroit que le$ Américains occupoient, se porta sans être aperçu sur leurs derrières, et les mit complètement en déroute : sept pièces de canon, plusieurs étendards, avec une grande quantité d'armes et de bagages, tombèrent au pouvoir du vainqueur; cent cinquante hommes périrent dans le combat; d'autres, en plus grand nombre, se noyèrent en cherchant à s échapper, et Ton fit deux cents pri- 6onniers* De toute cette troupe, que quelques renforts avoient portée à près de deux mille hommes, à peine il y en eut quatre cent cinquante qui rejoignirent Lincoln. Alarmée des approches du danger, rassemblée législative de la Caroline du sud investit d'un pouvoir discrétionnaire le gouverneur Jean Rutledge et son conseil.
On prit aussitôt les mesures les plus vigoureuses pour
3 marf.
Défîiite
da
général
Ashe.
Mesures que prennent les Améri" cuins pour dé-
fendre les renforcer l'armée de Lincoln, et ce général se trouva
^çg *' bientôt à la tète de cinq mille hommes ; il laissa alors
a3 avril, mille soldats aux généraux Mackintosh et Moultrie
pour défendre Purisburg et Black-Swamp, et remonta
avec le reste de son armée le fleuve de la Savannah. Le
colonel Prévost, comptant le faire revenir sur ses pas,
se porta dans la Caroline du sud avec la plus grande