LIVRE XL
A$SQiahlé« du oouves^n [larleqaeot. -^ ÉleçUpa 4'ur orat^ur^ — Discours de la cQuronne, — Dâbata k ToccasioQ de 1'»dvesse. — DifFérents entre l'Angleterre et la Hollande» — Neutralité armée des puissances du tiord. — M. Laurens est fait prisonnier. ^^ On découvre fexistence d^un trahé secrei entre la HoUande et FÂmâriqne. — La (Srande-Bre* taçoe déebHi^ la guevro à h HoUaMcke. -^ Message de sa majesté au paylement. -^ Les aisoctaiiow popiilairei «om* ment des délégués, — Burke présenta de nouveau so^ plan de réforme économique^ — Début à la tribune de l'honorable Guillaume Pitt. — ► Le bill est rejeté. — On propose d'autres mesures populairea^ — Motion de Sheridan au sujet de l'intervention des soldats. — * Pétition de plusieurs délégués. — Motion à roccaston de la réélection de sir Hu^es Palliser. — On demande qu^ sok établi un comité d'enqadce sur la guerre d'Anaériqiie» -^ G16t«n9 de la session.
Le jMuveau parlement $'éi;ant assesiUé , il s'éleva une ' 7^^* vive discttsaioa au sujet de réleaion d'un valeur, ïa Asseml conduite hostile que sii: Fletdber Noitoi)^ avoi^ teQiie ^p^rieJ* pendant la dernière partie de la session devoit lui ôter ment. Tespérance d'être encore appuyé par le ooioisitère ; aussi d'un^** après avoir exprimé ses regrets de ce que la sanl;é déh^ orateur, hrée du dernier orateur lui interdisoit à l'aveaûr dea fonctions si laborieuses, lord Georges Germaine pro^ posa Guillaume Wolfran Cornwall pour occuper le &uteuil.
En réponse à des condoléances si peu sincères , sir Fletaher Norton déclara que sa santé étoit parfaitement rétablie^ et se plaignit de l'injustice avec laquelle le mi-
244 ' HISTOIRE D'ANGtETERÎTÉ.
nistère le traitoit, lorsque, pendant deux sessions con« sécutives, il avoit, à sa demande, rempli les fonctions pénibles d'orateur, contre Favis des médecins et au ris- . que même de ses jours. Les membres de Topposition soutinrent que Fletcher étoit sacrifié au ressentiment de l^dministration^ qui ne lui ppuvoit sur-tout pardonner son adresse mémorable ^u roi , et ils mirent aux voix sa rjâélection; mais.il fut écarté par une majorité considérable (i). On- lui Yota cependant des remierciements pour sa conduite, et ils lui fur^»t transmis par Torgane de son successeur.
i" nov. Le roi témoigna dans son discours d'ouverture la «ade îa°co^* tisfactiou avec laquelle il voyoit un nouveau parlement
ronne. qui s^ moutreroit Tintérpréte fidèle des v^ux du peuple, et qui pourroit leclairer Id^i-méme dans Imtention où il étoit devoir égard à ces vœux» II. se plaignit de Tin^ juste agression de la maison de Bourbon; mais il espéroit que les derniers avantages remportés dans la Géorgie et dans la Caroline du sud seroient suivis d'assez importants résultats, pour que Ton pût heureusement terminer la guerre. Le seul moyen cependant d'obtenir des conditions honorables étoit de montrer, par des préparatiJFs respectables, que la Grande-Bretagne étoit fermement résolue à ne jamais recevoir la loi d aucune
^ puissance étrangère , et à affronter tous les hasards pour
la défense de son territoire et le maintien de ses droits. Le roi déclaroit, en terminant, qu'il se reposoit avec une entière confiance sur le zélé et l'affection du parlement, pouvant se rendre le témoignage que, pendant tout le cours de son régne, l'objet dé sa sollicitude et
(i) ao3 voix contre 134.
des vœux les plas ardents de son cœur, avoit été d-ae-^croître sans cesse le bien-être et la félicité de ses sujets,» et de préserver de toute. atteinte la constitiiitiôn civile et religieuse de Tétat. - ■ •
Dans la. chambre des lords on proposa un amende- **! ^^\ ment à l'adresse; mais cette proposition ne fut ^«luVie Toccasioa que d'une discussion sans intérêt (i). Dans la chambre p^dresse des communes il fut aussi présenta un am^idemént; mais on mit' plus d'habileté à le défendre. Les partisans 6. aov. du mimstère représentèrent, comme un motif d'espérance, letrange alliance de l'Espagne et de la France avec l'Amérique , et Timpossibilité qu'ime pareille union pût subsister^ ou qu'elle pût devenir avantageuse à. une cause que l'on supposait être celle de la liberté et de la religion protestante, et qui ji'avoit pour défenseurs que des peuples livrés aux* superstitions catholiques et dans le vocabulaire desquels n'étott jamais entré le mot de liberté; ils assurèrent que l'Angleterre, sans alliés, se trouvoit dans une position préférable, les coalitions ayant toujours échoué contre les efforts d'un peuple unanime dans ses résolutions, et animé par un même intérêt; et ils finirent par faire envisager la situation des affaires en Amérique comme plus heureuse qu'à aucune époque antérieure depuis la convention dé Sar ratoga.
Le général Smith attaqua vivement cette assertion., fit voir que toutes les circonstances de la guerre étoient plus désavantageuses qu'à toute autre époque , et soutint que , depuis l'affaire de Trenton , ceux qui n'étoient^pas étrangers à l'art militaire s'accordoient tous à déclarer
(i) L*amciidement fut rejeté à la majorité de 68 voix contre oX.
%^6 HISTOIRE D^AffGLKTERRE.
que c'étoit prodiguer tautilemeat \e sang des citoyens et les trésors de Véint que de s'obstiner à vouloir subjugue^ TAnérique. bL Fox téoMngnti sou edminitioii pour le courage et rintelligence qu'avoie&t déployés lord Coliiwallis et ses officiers à Gamden ; mais il déclara que jamais il Be féUcit«^t persome^ pas même soft propre frère» qui pour lors fier foit eu Amérique , à l'occasiim des lauriers eueiUîs diads une guerre quli t^gardoît comme la principale souftie des malheurs qui désoloient la nation ; il montra GOBd>ien étoit ridicule respéranoe que le discours de la couronne fondoit sur les derniers suocès. n avoit-^en pas espéré davantage à là défiiite des Atnéri* cnns à Long«*kland? n'avoit-*on pas annoncé, lors de la bataUle de Brandywine, que l'Amérique alloitétre soumise et la rébellion étouffée? n'avokHm pas enfin à la prise Â9 Tîoooderago formé d*atissi folles espérances? L'éténement ayoit toirjcmrs démenti des prédictions si pompeuses; et cependant, en dépit de Texpérience, on Moit promettre encore au parlement de giorieux résul- Uts, ri l'on ponrfuivnit avec vigueur les derniers succès. Pour lui, la prise de Charlestown ne lai donnoit que Teffrayante certkude de Terreur dans laquelle les ministres s'égaroient, «n croyant que la majorité des Américains regrettait le gouvernement anglois^ Comment ces ministres pouvoient-ils ne pds être détrompés, en voyant ks habitants ée la Caroline ne pas craindre , m^$ré tousleuri serments, d'accourir «ous les étendards de Gates , avec les afrmès qu'on leur avoit coirfiées ! Jasqne4à des avantages momentanés n^avoient tété que des avant-coureurs d'infortune : à la prise de Ticonderago avoit succédé la perte de Tannée entière; Tévacuation de Philadelphie n avoit eu lieu qu'après un autre
CEORGJES III. 347
succès; et la perte de Bhode-Island , le senl bon mouillage d'hiver qu'il y eût dans TAinérique, avoit suÎTÎ'de près la reddition de Gharlestown. Il n'avoit aucune ob-' jection à présenter contre cette partie de ladresse qui félicitoit sa majesté de Taccroisseuientqiie venait de re-» CQvoir s% famille ; il desir<Ht au .contraire qi^e le. roi vit redoubler sa félioité domestîqiM^,. puisque œtte. félicité étoit la seule dont il jouiasoît. MaUneureus sous tous les autres rapports , malheureux dans les entr^furises du dehors comme dans la conduite des afiaîres civiles de Tétat, il n'étoit heureux que dans sa vie privée, et Van né pou voit le féliciter que.de ce bonheur. M* Fox nia ensuite vivement que Ton fût redévdïle de quelque bienfait au régne de sa majesté. « Combien de temps ^ « s'écria*t-il , le trône protéger^*t-il un ministère impuis^ « saut? combien de temps encore nous pailera<*t-on
• d'expédients, nousentretieiidra*t«ond'i)lusiiMasépbé** « mères? Quand le gouvernement rendra heureux le « peuple britannique, je m'empresserai de «oiasidérer
• ce bonheur comme le fruit des vertus persomnelles de « sa majesté; mais je maudirai, je combattrai lesinten- « tiens et les projets cpie laissent entrevoir les discours « du trône, tant que Ton pourra y reconnokre ks vues «( d'un ministère pervers, qui n'a fait du règne actuel « qu'un long tissu de malheurs, de calamités et de dé- « sastres » . L'orateur s'appesantit alors sur la di^olution du dernier parlement, la condamna avec aigreur, et compara le vote fameux au sujet de l'iniuence royale aux confessions du lit de mbrt, et au tardif et ridicule repentir des pécheurs qui, à leur dernier moment, conseillent aux autres d'éviter les sentiers qui les ont conduits eux-mêmes à une fin prématurée.
34& HISTOIAE d'aNGLCTEAAE.
6 dëc. L^amendement fut rejeté ( i ) ; il ne se discuta ensuite aucune autre affaire^ importante jusqu'au temps de Tajouraement, et la principale attention de la chambre' se porta sur les affaires ordinaires de finance, la suspension de ïhabeas corpus^ quelques plaintes au sujet de certaines opérations électorales, et des votes d« remerciement aux généraux commandant en Amérique. La Hol- C'est à l-époque où nous sommes arrivés que la Hols'unit au^r^^i^de rompit les liens de Tantique alliance qui Tunissoit ennemis ^ la Grande-Bretagne, et fit cause commune avec les rAn{;1e- ennemis du nom anglois^
terre. jyès que les. troubles de.rAmérique eurent éclaté, la Condaite Hollande, comme les autres puissances de FEurope, fit de cette ^éfensc Dour uuc année de faire passer des secours d auce. cune espèce aux rebelles ; mais quand elle vit leurs succès, et que la déclaration d'indépendance lui eut fait concevoir Tespoir flatteur dé partager ua commerce dont TAngleterre avoit eu jusque4à le monopole, eUe se laissa séduire par des avantages passagers, et encouragea un commerce clandestin. avec FAmérique. Une longue et profitable alliance, le protestantisme qu'elle professoit, et ses intérêts politiques , étoient des motifs quidevoient détourner la Hollande d'une manière d'agir si contraire aux prétentions de la Grande-Bretagne; mais un parti qui tenoit pour la France et qui étoit l'ennemi du stathouder, exerçoit une grande influence sur. toutes les opérations du gouvernement. La protection ' ouvertement accordée aux corsaires américains dans les Iles boUandoises des Indes occidentales fiit l'occasion d'une longue correspondance, ensuite de laquelle sir Joseph
ai fév.
(i) 212 voix contre i3o.
GEÔHiGES IIÎ. 24g
Yorke^ ambassadeur anglois à la Haye, délivra un me- ï^remicr
^ . X .1 1 • • j 1 j '^ mémoire
mou*e énergique, ou il se piaignoit de la conduite tenue présenté par le gouverneur de Saint-Eustache à l'ëgard des vais- P»^ ^^^ seaux naviguant sous pavillon américain, et de son refus Yorke. de faire droit aux plaintes du conseU de Saint-Christophe. Il demandoit aussi que Ton désavouât SormeUement le salut rendu par le fort Orasige, à Saint-Eustache, à un bâtiment rebelle, et que Ton rappelât le gouverneur, Yan Graaf ; il accusoit les états-généraux d'agir avec du*: plicité et de violer les traités subsistants; et déelaroit que , si Ton n'accordoit la satisfaction demandée , le roi ne se laissieroit pas abuser par de vaines protestations, et prendroit immédiatement des mesures propres à as* surer le maintien. des droits et de la dignité de sa couronne. Les états-générau;^ répondirent avec défér^ce 26 mars: qu'ils n avoient pas Tintention de reconnoître Tindéfienr j^^^^tatsdance américaine, et consentirent àrappelerVanGraaf ; généraux mais ils se plaignirent en même temps de la diveté des ^moire. expressions dont on s'étoit servi dans le mémoire , et pour en témoigner leur indignation , ils ordonnèrent au comte Welderen , leur envoyé extraordinaire à Londres, \de ne correspondre à ce sujet ni avec Joseph Yorke, ni avec le secrétaire d'état , lord Suffolk , et de remettre sou mémoire entre les mains du roi lui-même.
Dès ce moment l'Angleterre et la Hollande mirent Mémoires dans leurs relations une politesse froide et réservée ; ^ciants mais à mesure que la France annonça des intentions ^o^V*"'
* * dois*
plus hostiles, la Hollande prit moins de peine à dissimuler ses sentiments : enfin pour arrêter le commerce des articles réputés de contrebande, que cette puissance faisoit ouverteme;nt sur les côtes de France, le ministère britannique fi t saisir quelques uns de ses bâtiments. Dans
33 sept.
25o HisTome d'angleteree.
kur ressentiment 9 les négociants hoUandois adressèrent trois mémoires aux états-généraux , et le comte Welde* ren se plaignit en conséquence à la cour de Londres de ce qu'elle interrompoit en même temps le commerce sur les mers d'Europe et sur celles d'Amérique. Dans
19 ocL une léponse pleide de modération, le secrétaire d'état ' allégua pour excuse l'injuste agression de la France, et
convint que, dans la nécessité où Ton s'étoît trouvé de rompre sans délai les mesures de cette puissance, on àvoit pu être entraîné à trop de rigueur à l'^rd des vaisseaux neutres ; tnais en même temps il assura que, si les croisières de 'sa majesté avoient saisi quelques cargaisons autres que celles réputées de contrebande, on dédommageroit amplement les armateurs.
Second ^îf Joseph Yorke , qui avoit résidé pendant vingt-sept
mémoire >^« n 1 . * * /> . 1 i-
de «if &i^^ ^^ Hollande , et qui connoissoit patfaitement la dis- Joseph position des partis, l'iotfluenoe prépondérante de la France , et la funeste indiiférenoe du sta(thouder, pnblia a3 nov. "^ mémoire où il justifioit habilement la conduite de la G^'ande-Bretagoe, s'-étendoit sur la modération du roi, qui auroit pu entraîner la Hollande dans une guerre en lui demandant les secours stipulés par les traités de 1 678 et de 17 r6, et proposoil de discuter dans une conférence les griefs qu'alléguoient les états-généraux, déclarant d'avance que l'on s'en tiendroit, dans les explications relatives au commerce de contrebande , à des principes équitables et généreux.
Mesureg Le parti qui tenoit pour la France redoubla ses efforts, françois. ^ Toccasion de la proposition de Joseph Torke; et pour stimuler Tamour-propre et la cupidité des HoUandois , le duc de la Vauguyon , ambassadeur de la cour de Versailles , les invita à déclarer nettement s'ils étoient réso-
. GEORGES m. 25l
Itis OU non à accepter lés avantages dont il leur étoit permis de jouir en vertu d'une ordotinance du conseil de sa majesté) qui leur donuoit le privilège d'importer en France, pendant la guerre » de» munitions navales de toute espèce ; mais 6a n'eut point égard à sa demande; i4 jan^et la cour de France retira le privilège qu^dle avoit ac^ cordé à la Hollande de commercer saùs payer aucun droit) le conservant à la seule ville d'Amsterdam, « en recODttoissaiioe des démarckes patriotiques qu'aie avoit Élites pour engager les états rgénéraux à faire des représentations à la cocir de Londres pour qu'elle ne mit aucune entrave à la liberté illîlnitée de commerce a laquelle la Hollande avoit droit (i) •• Sir Joseph Yorke 9 avril, repoussa les calomnies que cette (néoe renfermoit , fit remarquer le ton impérieux que prenoit la France, en prescrivant aux états-généraux de quelle manière ils dévoient se conduire avec la Oraode-Bretagne , et censura avec une sévérité convenable cette tentative d'élever de^ distinctionis entre les men^res d'une même r^ublique, tentative si contraire à Tunion et à l'indépendance des états-généraux.
L'influence et les artifices de la France produisirent Secours tsepeàdant plus d'effet que les représentations de la cour ^^^ ^1^^*, de Londres; aussi, après la déclaration de guerre de gleterre. l'Espagne, la partialité toujours croissante de la Hollande en laveur des ennemis de l'Angleterre rendant une explication décisive pkis indispensable chaque jour, air Joseph Yorke , en conséquence des instructions qu'on 32 juillei. lui ti'ansaiit, demanda aux états-généraux les secours stipulés par divers traités , celui de 1 7 16 expliquant dans
(i)Cette faveur fut accordée peu après à Haarlem, et bientôt à toute la province d« Hofland^.
aSî HISTOIRE d'aNGLETERRE.
un article particulier quels étoient les cas où ces secours pourroient être réclamés. Dans le mémoire qu'il présenta , ce ministre récapitula longuement la conduite injuste de la France et de l'Espagne , et leurs menaces d'invasion ; déclara que le moment étoit venu de décider si la Grande Bretagne, qui avoit versé tant de sang et prodigué tant de trésors pour défendre la liberté et la religion des autres peuples , devoit être abandonnée par ses plus anciens alliés, n'ayant de res$ources que dans son courage, et d'appui que dans ses propres forces pour lutter contré l'ambitieuse maison de Bourbon, qui ne s'efforçoit de tout abattre qu'afin de tout dominer; et rappela aux états-généraux cette vérité que, po* leur malheur, ils paroissoient avoir trop souvent oubliée ; savoir, que leur histoire entière n'étoit que le récit des dangers où les avoit jetés l'ambition de la France, et que leur tranquillité ne commençoit qu'à l'époque de leur alliance avec la Grande-Bretagne.
Pendant que le gouvernement de Hollande répdtidoit à cette demande par des explications évasives, les partis qui tenoient pour l'Angleterre et pour la France se faisoient une guerre fort active de pamphlefs. Cependant le peuple, en dépit de toutes les manœuvres que là cour de Versailles faisoit jouer pour le séduire, conservoit toujours un sentiment de prédilection pour les Anglois , et le stathouder continuoit de leur être sincèrement attaché ; mais les partisans nombreux et entreprenants de la France jouissoient d'une influence puissante, et faisoient éclater une vive animosité contre la Grande- Bretagne : devenus plus audacieux depuis que l'accès* sion de l'Espagne avoit accru les forces de la ligue , et que les flottes combinées des deux couronnes s'étoieut
tiQODtrées triomphantes dans le canal, ils n'hésitèrent pas à représenter cette demande de sir Joseph Yorke comme un indice certain de Fétat de foiblesse et d epui^ sèment de sa nation.
Dans cette conjoncture s éleva un nouveau sujet de ^^^^^ différent : la république ayant reçu dans ses ports Paul au sujet Jones et les bâtiments qu'il avoit pris, sir Joseph Yorke j*^*,"* demanda Tarrestation de ces vaisseaux et des équipages ^qu'ils portoienty déclarant que Paul Jones, qui se fai* soit passer pour Américain , étoit Écossois de naissance , et de plus pirate, rebelle et criminel detat. Les étatsgénéraux refusèrent de faire droit à sa demande, allé-^ aS oot. guant qu'il n entroit pas dans leurs maximes de décider de la légalité des prises faites par les bâtiments d'une autre puissance; qu'ils n'avoient ouvert leurs ports à Pâul Jones que pour qu'il y trouvât un abri contre le gros temps, et qu'ils l'obligeroient à remettre en mer sans lui permettre de décharger ses vaisseaux et de disposer de leur cargaison. Ce fut en vain que, dans un jiouvèau mémoire, sir Joseph Yorke en appela aux prin* cipes de la justice, et aux stipulations expresses des traités ; le gouvernement hoUandois persévéra dans ses refus, et se contenta, dans une seconde réponse, de répéter en peu de mots ce qu'il avoit dit. .
D'après les clauses de divers traités, la Grande-Bre- Conduite tâgne, dans le cas d'une guerre avec la maison de Bour- lanjj' bon , avoit le droit de requérir des secours effectifs de la Hollande ; mais celle-ci rejeta toutes les demandes qui lui furent faites à ce sujet, et déclara qu'elle vouloit rester neutre : il étoit d'ailleurs facile de voir dans sa conduite une partialité qui différoit peu d'un état d'hostilité ouverte. Cependant elle réclamoit tous les '
a54 HISTOIRB D^ANGLKTERRE.
avantages que lui assuroit l'allianee des Auglois, et elle faisoit servir ces avantages à leur ruine, en secondant les efforts de la France» à qui elle fouiwssoit des munitions navales de toute espèce. La cour de Londres, pour contraindre cette puissance astucieuse à opter définitivement entre Falliance ou la guerre , requit de nouveau , par Vorgane de son ambassadeur, les secours stipulés dans les traités. Non contente de ne les point accorder, La Hol- la Hollande accompagna son refus de nouvelles plaintes
lande re- |,. . ^« j ^ n- ^
fase les ^^^ 1 mterruptiou du commerce, et annonça 1 intention secours ^ elle étoit de faire escorter par des vaisseaux de guerre dés. les convois qu'elle expédieroit pour la France. Le ministère britannique, ayant fait de vaines remontrances contre une résolution si contraire aux principes de Talliance établie, prit le parti d'en^loyer toute la vigueur convenable pour en arrêter les effets. Sur ces entre&ites i^^^'janv. HQQ escadre angloise, sous les ordres du commodorç ment en- Fieldiog, rencontra et^ mer une flotte marchande de la tre le H<|llande destinée pour la Méditerranée , et escortée par dore Fiel- le comte do Bjlaud : celui «ci ayant fiiit tirer sur les Tomte * chaloupes envoyées pour- procéda à la visite des bâti- Byland. ments de commerce, Fielding répondit à cette insulte par un coup en Tair auquel le Hollandois riposta par une bordée entière : le commandant anglois làclui ans** sitôt la sienne, et le comte de Byland amena son pavillon. La plus grande partie du convoi s'étoit échappée dans Tint^valle ; mais la cai^ison trouvée à bord de tous les bâtiments qui furent pris prouva suffisamment que les Hollandois protégeoient le commerce de cou* trebande par tous les moyens en leur pouvoir. Après le combat, on laissa le capitaine Byland libre de rétablir son pavillon et de continuer sa route : il usa sur-le*
^ G£ORGE$ III. a55
champ de la pfémière faculté ; mais, au lieu de eiugkr vers la Hollande , il suivit le commaudaut auglois, et arriva avec lui à Spithead.
A cet évéaement la Hollande redoubla ses plaintes ; Plaintes mais le cabinet britannique justifia la ccmduite qu'avoit kndois à tenue Fielding. Lord Stormont reprocha viveuient au ^^ *"J«*comte Welderen la foiUesse avec laquelle son gouvernement laîssoit sacrifier à la cupidité des particuliers^ et aux misérables artifices d^un parti intrigant, tous les égards dus à lancienn^ alliance des Ânglois; et, selon Tusage observé par la cour de Londres lorsqu'elle veut faire connoitre sa façon de penser de la manière la plus amicale, il annonça, par une déclaration verbale, que, 28 jany. si la Hollande persistoit à refuser les aecoiurs stipulés dans les traités, et continuoit à faire passer des munitions navales à Tennemi, on ne soiiffriroit pas qu'elle jouit plus long-temps des bienfaits d'une alliance qu elle abandonnoit pour lui préférer une neutralité feinte, et cela au milieu d'une guerre entreprise par la maison de Bourbon pour la ruine entière de l'Angleterre; ruine qui ne pouvoit avoir lieu sans être immédiatement suivie de la destruction totale de la Hollande.
Après avoir laissé aux états-générattx près de deux si mars. mois pour discuter cette déclaration officielle, sir Joseph Yorke leur adressa encore un mémoire où il récapituloit tous les arguments qu'il avoit antérieurement présentés, et se plaignoît de la conduite hostile du comte de Byland à Tégard des chaloupes d'une flotte angloise, et de l'injustice du gouvernement hoUandois, qui défendoit d'exporter des provisions pour l'usage de la garnison de Gibraltar, pendant qu'il mettoit un si grand empressement à pourvoir l'Espagne de munitions
!i56 ttlStOiftfe b'ANGLËtE^ÈË.
navales^ quoique cette puissance eût fait le plus grand tort à son commerce. Si les Hollandois, étoit-il dit dans ce mémoire, cessent de se conduire en alliés, ils n'auront avec l'Angleterre d'autres .liaisons que celles qui subsistent entre des puissances neutres dans un état d'amitié; et^ attendu que les stipulations des traités sont •réciproquement obligatoires , si dans l'espace de trois semaines ils n'ont pas répondu d'une manière satisfaisante à la demande de secours qui leur a été faite depuis huit mois, on considérera leur conduite comme une violation manifeste des traités ; et l'effet de ces traités étant suspendu par cela même^ on observera à leur
V égard les mêmes procédés qu'à l'égard des puissances
•neutires non privilégiées. Les états-généraux répondirent à cette déclaration d'une manière évasive, en alléguant que ce délai n'étoit pas suffisant pour consulter les dif-
17 avril, férents états de la république ; mais on ne leur accorda .aucun sursis, et, à l'expiration du délai fixé, le cabinet britannique déclara provisoirement suspendues toutes les stipulations particulières relatives à la liberté de la navigation et du a>mmerce en temps de guerre, et surtout celles que renfermoit le traité maritime de 1 674 (0»
Forma- Les puissantiB instigations du parti favorable à la neutrllité ^^^^^^ ^^ l'espoir chimérique de retirer de grands avan-
armée, tages dé la participation du commerce avec l'Amérique, furent les motifs qui portèrent la Hollande à tenir une conduite ainsi indécise à l'égard de la Grande-Bretagne ; eilq fut aussi encouragée par la plus étrange confédération qui se soit formée dans le nord de l'Europe ; con-
(1) Nous avons puisé ces détails dans les pièces officielles publiées par le Remembrancer et TAnnual Register, et dans différentes brochures de circonstance.
uftoRGEs .ni. %ij N
lêdération que Von â toujaurs désignée depuis sous le Qom de neutralité armée. Celte ligue dut sdti origine aux intrigues de la France, et au dc^sir qu'avoit cette puissance de susciter des ennemis à FAngleterre, et de déjouer ^ses opérations en cherchant à ftire mettre ses droits en<}4iestion , et à faire éleveri5itmtre eux des prétentions extraordinaires. Influencés par le é^abmet'de Versailles, les Espagnols avoient saisi le prétexte du blocus de Gibraltar pour empêcher quelques vaisseanx russes de pénétrer dans là Méditerranée. L^impératrice, indignée, songeoit à prendre des mesures pour empêcher qu'on ne renouvelât un semblable outrage, quand le roi de Prusse , informé de ses sentiments par le canal du comte Panin, ministre des affaires étrangères de Russie, mit en œuvre toute série de moyens pour lui faire adopter un parti contraire aux intérêts de PÂnglèterre. Ce prince, qui, à force de persévérance, étoit parvenu à se ménager un grand crédit à la cour de Pé* tersbourg, fut puissamment secondé dans ses projets par Panin, qui baïssoit les Anglois autant que lui. Catherine II avoit oonstamiaent entretenu une étroite al» liance avec le rôi de la Grande-Bretagne; et sans doute elte en avoit senti tout le prix : sir Jacques Harris, anibassadeur anglois à sa cour, y servoit avec beaucoup d'intelligence et ^e zélé les intérêts de son pays. Les deux couronnes n'avoient à se reprocher aucun g^ef ; et 'l'impératrice s'étcat montrée sensible aui^'^àyantages que lui procuroit Talliance des Anglois, en }eur proineltaùt plusieurs fois des secours dès le commencement de- la guerre d'Amérique : il est vrai cependant qu*elle àvoit toujours trouvé quelque prétexte pour ne pomt accomplir ses engagements. Le roi de Prusse sut profi-
^59 uisTOiat d'ang&eteaiië.
ter du resjtootiment dont elle écoit aDimée centre TEf» pa{}ne, pour lui fnire adopter de nouveaux principes de ' règlements maritimes inusités dans le code des nations^ et qui ne faisoient de tort qu'aux Angloîs, quoique appUcables à tous les peuples en apparence. L'înpéra^ triée, par esprit d ostentation ^ travaillai bîeiilèt de tout •on pouvoir à rétablissement du nouveaii système. Pen* dant que les armements qui s effectuoîent dans ses popts, et Tactivité mystérieuse de ses ministres, fai* soient soupçonner -la formation de quelque vaste projet, elle annonça Tacbévement de son système par une dé-
s6 téw. claration aux cours de Londres, de Versailles et de Ma* ërid, contenant, outre une longue suite de protestations et de plaintes, quatre propositions fondées sur le» drpits primitifs des nations ; droits que pouvoit réclamer chaque peuple, et que les puissances belligérantes ne pouvoient enfreindre sans violer le» lois de neutralitéi. Il étojt déclaré, pac trois de ces propositions, que les ai> ticles de commerce chargés sur des bâtiments neutres, dévoient, par cela même, être libres et affranchis de toute espèce de visite ; et par la quatrièâie on exigeoic tant de conditions pour qu'un port dût être réputé blo* que, que le blocus devenoit presque napossible. Ces principes devoietit servir de règle dans les procès judi^ ciaire» et dans les sentences à intervenir relativement à la légitimité de^ prises ; et Tiinipésatrice annonçoit sa résolution de les soutenir au moyen de toutes ses «force» âavaks.
Cette déclaration fut accueillie avec en thousiasœe par tous les ennemis de TAugteterre ^ les puissances neutre» ei? célébrèrent à Venvila sagesse, la magnanimité et la
j^trii. justice : et la Suède, à l'instigation de la France , ne .de-
tl^tida à la OKir de Pétersbourg quelque» expUcatioBi
sur son objet» que dans rinteotion de lui faire prendre
eu quelque sorte un caractère d'hostilité. L'Espagne fut
la première des puissauees belligérantes à notifier qu'elle 1 8 avril*
acicédoit aux principes énoncés dans cette déclaration
sans exemple; et la France, après les avoir embrassés 35 ^^y^^i
avec chaleur, prétendit qu'ils étoient les mêmes en sob»
stance que ceux pour la défense desquels Louis XVI .
avoit entrepris la guerre. La Grande*>Bretagne fit pa«
roitre une réponse modérée, mais où perçoit son mé* a3 avrU*
oontentement ; elle y justifioit la conduite qù elle avoit
tenue depuis le commencement de la guerre, et décla- \
roit que les cours de l'amirauté étoient prêtes à rendre
la justice à chacun.
L'Angleterre ne pouvoit continuer sans désavantage la guerre où elle se trouvoit engagée si on lui ôtok les moyens de priver son ennemi des secours d'où dépei^ doit matériellement le succès de ses opérations mari-* times. Sir Jacuqes Harris s Y prit de toutes les manières pour changer les dispositions de l'impératrice à l'égard de ces Hiou veaux principes de foi ; mais il ne put les lui faire abandonner, quoiqu'il eût réussi a la convaincre, que la France et la Prusse l'avoient abusée en lui faisant adopter une mesure qui, sous une spécieuse apparence de neutralité, étoit hostile à l'égard des Anglois. Elle alléguoit ses promesses solennelles de les soutenir, et , Ton voyoit-en outre qu'elle étoit flattée dé la gloire qui devoit rejaillir sur elle comme auteur d'une nouvelle clause dans le code de' la jurispri^lence d^ nations.
La Suède et le Danemarek ayant accédé à un système g \m\Uu qui s'aecordoit avec leur plan de commerce, le roi de I>»ff«".n» Prusse mit en jeu toute sorte de làaiiœuvies pour aigiir saiMei
a6o' . HISTOIRE D'ANGLETfiRRir. '
«ttrtfit l'etprit de'limpératrice , et lentraioer dans des fnésureê coDfe'dë- P^"^ décidées. Il fut cause qu on ne cessa d'élever des ration de plaintes au sujet de la prétendue violation des lois de ii(^. * neutralité dans Tinsulte faite au comte de Byland ; mais il s'efforça vainement d'engager Catherine à garantir aux HoUandois, par un traité, leurs possessions dans toutes les parties du globe, comptant prévenir par ce moyen les suites de leurs démêlés avec la Grande-Bretagne. Sans se rebuter néanmoins, il entama une négociation pour se faire recevoir dans la confédération des puissances neutres ; il espéroit trouver bientôt quelque prétexte d élever des plaintes contre les Anglois, et ail a* mer ainsi une guerre à laquelle toute TEurope prendroit part. Sa proposition fut quelque temps éludée; mais it finit par la £ûre accueillir, et fut admis parmi les mem« bres de la ligue. Cependant à la cour de PéteFsbourg il avoit perdu beaucoup de son crédit : si sa grande réputation avoit ébloui autrefois l'impératrice, s'il l'avoit gagnée par des procédés flatteurs, s'il lui avoit même, en quelques circonstances, fait trouver des avantages réels dans ses intrigues,'" il voyoit maintenant son inikienoe balancée par Tempereùr d'Allemagne, pour le* quel Catherine professoit une plus haute estime chaque jour. Au commencement de Tannée , l'empereur et cette princesse avoient eu une entrevue à Mohilow, sur les Arontiàces de la Pologne ; ils y avoient discuté leurs intérêts, et s'étoient retirés pleins d'une estime et d'une confiance réciproques, après avoir conclu secrètement un traité de la plus l\aute importance. Cependant la Prusse étant unie d'intérêt avec la France contre le cahinei autrichien , il étoit évident que toutes les condi- . tions de ce traité | favorables à l'empereur d'Allemagnie,
GEORGES m. ''i€j
«uisoi^nt par cela même au roi Frédéric ; mais comme Jes intrigues de ce prince étoient déjà décréditées, son .agent Panin s'efforça vainfemetit de changer les projets ;
de Catherine. Aussitôt après, Tentrevue de Mohilow, le prince royal de Prusse (i).fit un voyage à Péiersbourg, afin d*effacer les impressions que l^enipereur d'Allemagne a voit laissées. Il partit avec un équipage magni* .fique, aux frais duquel la France avoit contribué par un prêt de quatre cent mille écus ; mais il fui reçu avec ^ant de froideur, qu'il revint bientôt tout mécontent à Berlin. Les démonstrations publiques et Tappaneil de la réception qu'on lui fit étoient peu propres à le consoler d'avoir manqué le principal but de son voyage^ qui étoit de se créer une haute réputation politique , jet de rendre .à la cour de Berlin un ascendant avantageux (2),
Cependant ce mécontentement mutuel de la Hollafide Pnse âa . et de la Grande-Bretagne, ayant rompu tous les anciens i^urcn*. rapports de bonne intelligence qui subsistoient ealre les deux pays , ne tarda pas à dégénérer en hostilités .déclarées. Un événement fortuit servit à dévoiler. les «nystères dont les Hollandois enveloppoient depuis loi^gtemps leurs projets; et la cour de Londres se hâta de prendreun parti décisif pour se venger de cette dernière trahisoa, et contrebalancer les effets de la confédération 4eB neutres. La frégate la Veàale, coilimandée par ^ Je capitaine Keppel, s'empara , à la hauteur du banc de Terre-Neuve, d'un paquebot du congrès. L'ennemi jeta A'xas la mer les papiers que portoit ce bâtiment ; mais
40 Depuis Fi^déric-Gaillaume II.
- (2) Voyez tous les ouvrages périodiques de cette époque , et che i*ife of Catherine II; Eton's Surveyof tlie Turkish empire; jLetteri'of 'Sulpicius on the Northern confederaey, etc , etr.
%Û2 niSTOIAE D*iNOl,BTERRB.
ua matelot anglois s'étant élance avec rapidité parvint
à les retirer de Teau avant qu'ils eussent disparu : on y
trouva des preuves coin piétés de la perfidie des Hollan*
On dé- ^Qjg qy j antérieurement à tout démêlé avec la Grande^
couvre /*
un projet Bretagne, avoient négocie un traité d amitié et cle comentrTb ^^^^^ ^^^ ^^^ colonics révoltées ( i ). Ils reconnoissoient Hollande pleinement dans ce traité Tindépendance de TAmérique ; ^loqîea.*^' ^^^Y avoieut même inséré des clauses non moins préju- * diciables à TAngleterre qu'avantageuses à tous ses ennemis dans Tun et Tautre continent. Des difficultés au sujet de quelques arrangements particuliers avoient fait retarder un peu la conclusion du traité; mais Henri Xaurens , dernier président du Congrès, et Tun des indi-» vidus que portoit le paquebot, étoit chargé de pleinspouvoirs pour conclure , et il comptoit sur une réussite entière. Arrivé à Londres , M. Laurens fbt amené devant le conseil privé pour y subir un interrogatoire, et, sur son refus de répondre aux questions qui lui étoient adressées, on le conduisit à la Tour,
La découverte de ce traité produisit en Hollande une yive sensation ; le peuple surpris ne vit pas, sans en être indigné, que des agents factieux le livraient entre les mains de la France , et , au prix de lancienne alliance des Anglois, Tentraînoient, par des négociations secrètes, \ dans mn parti dont le triomphe étoit douteux. Avec de pareils sentiments il auroit prêté un ferme appui au «taithouder, si celui-ci eût su profiter des circonstances : •mais le parti opposé, par sa hardiesse à avouer ses dé*
(i) Ce traité étoit daté du 4 septembre 1778, immédiatoment nprès rouverture des hostilités entre ]'An(;^leterre et la France, et plusieurs [ours ay^nt les premièrei plaintes portées par les négociants Kol« laiidoiC)
GECRCES III. ^65
nrardieSj et par toutes les maBcetiVres qu'il mit en jeu pour se concilier des partisans, se ménagea les avantages qu'il y avoît à se décider sttr-le-champ, et se mij à l'abri d'une poursuite ( i ).
Aos^ôt sir Joseph Yorke fit éclater ses plaintes contre jo dot. ce traité, et requit les étatç-généraux de désavouer une Mémoire conduite si contraire à la constitution batave et a leurs engagements les pltis saints, et de donner une prompte satisfaction au roi son maître en punissant exemplairement Van Berkel et ses complices cdmme perturbateurs de la paix publique, et violateurs du droit des nations. Ces démarches n'ayant produit aucun effet, Tambassa- n dée. àeuv anglois renouvda plus vivement ses instances, et déclara que si Ton tardoit à faire droit à ses plaintes, on à lai donner une réponse décisive , les^hostilités com- Btencemient aussitôt. Cette seconde tentative ayant été ao àéc , pareillement inutile, sa majesté britannique publia un manifeste où eHe développoit les motifs de sa conduite, La guerre et déclara lat guerre à la Hollande. On intima au comte cUré«. Welderen Tordre de quitter la cour de Londres, et le secrétaire-d'état refusa de pr^dre connoissance de quelques pièces dont ce ministre voulut lui donner com*^ mtmication un pen av^nt son départ, attendu qu'il ne •conservoit plus le caractère d'ambassadeur du moment où les relations accoutumées des deux puissances étoîent rompues (2).
ÂMSsitèt après l'expiration de Tajournement , un mes- 95 j^nv. sagfe de sa majesté annonça au parlement la rupture ^^g^^nia.
(1) Van Berkel et de Neufville d'Amsterdam « qïii ttégocièrent Je traité , étoient les partisans les plus prononcés de la France.
(3) Voyez \tè pièces relatives à ce sujet , publiées p«r le gouver- Yicment, et la correspondance ofScivlle.
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fiS4 HISTOIRE d'aNOLETERRB«
jestë au avec la Hollande.. L^indignation générale, «soulevée poir ^ent, l'iogratitude et les intentions haineuses des HoUandois , rendoit cette guerire populaire, et Ton applaudissott à la vigueur et à lactivité des préparatifs du gouvernement. Le message fut cependant, dans les deux chanabres, Tobjet de discussions fort animées, et dans chacune on proposa des amendements à Tadresse. L'opposition pré« tendit que le mémoire arrogant présenté par sir Joseph Yorke, en 1777, avoit plus contribué à aliéner les Hollandois de FAngleterre que tQiit l'or et toutes les intrigues des François ; elle soutint que les papiers saisis à M,. Laurens ne contenoient que le projet d'un traité purement^ éventuel, puisqu'il ne devoit avoir d'effet que lorsque Tindépendance des colonies auroit été reconnue .parle gouvernement anglois ; et enfin elle reprocha avec aigreur aux ministres la longueur d^un ajournement pendant lequel ils avoient 3useité un nouvel ennemi à l'Angleterre, tandis que par leur ignorance, leur foi-« .blesse, ou leur incapacité, ils avoient laissé Tétat saas alliés.
Le ministère répondit que le mémoire éélivré.«n . 1777 étoit aussi modéré que le comportoient les circonstances, et que sa majesté auroit paru peu jdiouse de la dignité nationale si elle se fût exprimée différemnient. Le traité en question n'étoit pas seulement un projet; c'étoit un traité offensif formellement négocié, d'mtn . côté par le pensionnaire Van Berkel, et Jean NeuFville, citoyen d'4«isterdam , tous les. deux chargés des inté- . rets de la Hollande, et de l'autre par Lee, chargé de ceux des Américains ; et d'ailleurs en refusant de le désavouer, les HoUandois avoient fait connoître qu'ils Tapprouvoieut. Quant à rajourniemenl du parlemrat^ il
• oroROEs iri. V6îl
ti^avoit pas été concerté pour qae Ten pâtconduire ea sécrel cette af foire, puisque, ]ors même qu'il auroit . tenu ses séauces, on ne la lui auroit communiquée qu'à Fissoe d^ négociations. M. Wraxal, dans un discours Bon moins habile qu'étendu, qn'il prononça au sujet ■des alliances , développa avec une sagacité remarquable les ressources et les vues des principaux états de l'Eu- rope, et recommanda forteotient au ministère de se lier par une étoxnte alliance avec Tempereur d'Allemagne, « Si ce prince, dit-il, prenoit les armes en notre faveur, la France, placée daiM la nécessité de pourvoir à sa défeMe, et de lui opposer des forces proportionnées, ne -pourroit songei^À l'accroissement de sa marine, et le -^ji^oc seroit aussi tOKrible à Madrid- et à La Haye qu'à JRatis. 0» pourroit engager l'empereur à se déclarer .pour Ift'cause britannique en lui fournissant de gros - subsides qni le mettroient en état de commencer la cam- ,|^gne, en lui cédant quelque établissement important .daes les Indes, et en lui donnant la facilité d'ouvrir la navigation de l'Escaut; cet arrangement lui seroit aussi avantageux qu'il seroit préjudiciable è la Hollande, na- .'tton qui ne doit qu'à la généreuse assistance des Ânglois *son existence politique, sa tranquillité et la prospérité dont (Aie a joui jusqu'à ce jour, et qui maintenant s'unit -wvec la maison.de Bourbon contre son seul allié naturel.»
.Aucun des amendements proposés dans les deux chambres ne fut accueilli (t); et deux protestations, ; l'une, signée par neuf pairs, et l'autre par*huit, furent ,. insérées dans les registres des lords.
. -. (i) Dans la chambre des communes on proposa deux amendemenu; le premier fut rejeté à la maiorité de i8o voix contre ioi>, et
a66 HisromB d'ancljeterre.
Les assû- Qiiûique lea déaordres épouvantables » qui avoi^ai sir
ciations • , i, , . • i w i • ^
populHi- S^^^ ^ année qui ireaoït de s écouler, eussent. appris a res nom- n'eovisaéj^er qu'avec terreur les appels aux «fraudes corr
ment des ,• , i , . . ... n
liéJ^gaés. porations du peuple, les asscM»altOAS politiques, ioraewef Uaus toute FéteuduedM royaunie, ue s'éUa^it pas déa» unies, et par des résolutiofis iaceadiaires elles s'effe#r çoieqt d exaspérer encore les partisans de roppooitioa» plusieurs fois elles élevèrent des plaintes c«Hitre te pour voir qu'elles préteudoient avoir été renais aunniilitaires, et sollicitèrent les particuliers de repousser toutes lea agressions des ennemis qui rodaient aniour d'eus , et toutes les usurpations méditées cootre leurs libertés et leurs di^oits. Les assemblées de ces assodations àmis les comtés et les cités étoLent déploi^ablement alamaanr tes; mais le danger devenoit plus grave «ocM'e depsb qu elles avoient nommé des délégués ou représentants, , qui dévoient être chargés de leurs affaires dans la capitale, et qui, en communiquant sans cesaa aiaec eUea, de>'oient donner plus de poids ■ à leurs pétitions. M. Surke fut hautement complimenté par plusieurs de ces associations sur les efforts qu'il avoit faits pour obtenir une réforme économique ; et ce fut à lewr priène qu'il présenta de nouveau les mêmes biils qui avoient été rejetés à la dernière session du pariement. tî> fév. M* Burke, avant de présenter sa motion, 6t ia lee*présente ^^^^ ^^s célébres résolutions adoptées, l'année précé* de iiou- -deute, sur l'influence exorbitante de la couronné, le
veau SQïl , 1 1 î 1 r 1 r
piun (le . pouvoir appartenant à |a chambre de réfermer les abus
reforme jjjtroduits «laus l'emploi des revenus de l'état, et le
que. devoir des communes de faire droit aux pétitions des
ie second ê^nn division. Dans la chamnbre défi lordt il y eut S4 ^ix fontee iWendiBiiient ^ et 19 ta m &vctir.
CEORGE».III. , 267
ehoyens. Il considéroit ces résolutions comme un héritage d'un grand prix légué par le dernier parlement , et comHie une-sorte d'expiation de Teeprit routinier et sei*vii^ que ee parlement avok montré jusqu'alors; elles filoies:t,.disoit*ii, le résultat d'une discussion paisible et approfondie, dans un» temps où la chambre suivoit une bonne direction, et étoît animée tout entière d'un sage esprit d'éeonoBiie; et il espéroit que le nouveau parlement se feroît un devoir d'écouter les réclamations fli fortem«at prononcées de la nation, contre les vices de l'administration dans l'emploi du trésor national , et contfe les prodigalités ruineuses et l'influence corrupteice de la ccMir. Rappelant ensuite la manière favorable ndoBt ott avoit aecueilli ses premiers bills , et le sort qu'ils a voient éprouvé peu après, il se plaignit de la versatilité dtt parlement: les chambres, dit- il, SFvoient commencé par applaudir à ses demandes, et avoient paru convain* eues qu'on ne pouvmt élever d'objections contre ses 'propositions générales; mais lorsqu'ensuite il avoit voulu procéder sérieusemeiit à la réforme, elles avoient osssé toui-fài-coup de le soutenir. Toujours abandonné par quelques membres à chaque nouvelle question qu^il eotamoit, él avoit fini par ne plus compter de partisans, £t s'â;oit vu obligé, après bien d'inutiles effoits, de se désister de son projet, avec cette pensée affligeante que ni ses travaux, ni ceux du parlement, n'avoient été profitables à son pays, M. Burke réfuta alors les reproches qui ponvoient lui être adressés de ce qu'il feisoit revivre une proposition déjà inutilement présentée, et justifia ses intentions en montrant que son plan de ré-r forme n'étoit pas moins avantageux au roi qu'utile à loute la nation. « En effet, observa-t-il , entourer la
2<>8 niSTOIftE D^ANGLETEARt.
royauté de Téclat qui lui appartient, et ne lui laisser Cependant aucun pouvoir, ^e sei'ôit comme si i'^n dépensoit à harnacher un cheval l'argent destiné à le nourrir, .Le pauvre animal, couvert de beaux cafmraçons et affamé, ne cesseroit de se plaindre, et maudiroit ses superbes bar n ois. »
Suivant ] orateur, il étoit nécessaire d'adresser fré- (|uemment des remontrances à des princes tels que les .Alexandre ou les Charles; car garder le silence auprès d eux^xe seioit autoriser leur passion effrénée pour la guerre, et leur désir insatiable de répandre par-tout la ^terreur; mais il étoit suffisant de donner une seule fois des conseils à un monarque tel que celui de la Grande- Bretagne, qui haïssoit la guerre autant qu'il chérissoit la paix , et qui prenoit part à tout ce qui pouvoît intéresser son peuple, à ses malheurs comme à sa prospérité. Une faction nuisoit à Theureuse harmonie qui ne de voit jamais cesser de régner entre le chef et les memhves subordonnés d'un même corps: cette faction, il 'étoit du devoir du parlement de la dissiper; et c'étoit à lui qu'il appartenoit d'arracher le voile interposé entre le monarque et le peuple, et de dissiper des nuages qui déroboient à des sujets fidèles la vue d'un souverain bien aimé. M. Burke, rappelant ensuite de nouveau l'exemple donné par la France, fit le plus grand éloge des principes et du système de M. Necker. Ce ministre habile, dit-il , a jeté seul les fondements d'un pareil système, au milieu des cabales et des intrigues d'une cour où il étoit étranger. La calomnie pourra essayer de le noircir aux yeux du prince^ mais elle ne réussira jamais tant que le prince n'aura paô oublié l'honorable .témoignage qu'il lui a rendu, en disant, « il a su mè
donner une flotte sans imposer de nouvelles taxes à itaon peuple ». Quand toutes les ressources de la France paroissoient être épuisées, M. Necker est remonté jusqu'au premier réservoir de la richesse, jusqu'à la source des revenus de l'état; il a déblayé tous les canaux obstrués, et fait rentrer dans le trésor national les fonds qu'absorboient six cents places inutiles. La France pourra être enfin obligée d'avoir recours à des taxes onéreuses, mais depfiis trois ans elle combat l'Angleterre sans avoir été réduite à ce fâcheux expédient; et ces trois années suffiront peut-être pour donner à la France une supériorité décidée pendant tout le cours de la guerre, et au système de Necker une vigueur capable de déterminer la marche et le caractère d'un siècle entier; elles suffisent du moiqs pour faire rejaillir sur le règne de Louis XVI une gloire plus solide et plus durable que celle qu'ont acquise au règne de Henri IV tous les illustres hauts faits de ce héros. M. Burke, en terminant son discours, en appela à la sincérité de la chambre, et lui demanda avec instance de ne pas feindre des égards insidieux pour une mesure qu'elle se proposeroit au fond de rejeter; il en appela à lord North, comme à l'arbitre de sa proposition, et le supplia, s'il avoit l'intention d'anpêcher qu'elle ne fut accueillie, d'appeler l'attention du parlement sur un autre objet, et d'agir pour la pi^emière fois en ministre qui marche d'un pas ferme et assuré. Il épargneroit ainsi à la chambre des peines inutiles , et à la nation une grande inquiétude et le re- gret de voir ses espérances frustrées.
M. Burke fut autorisé sans difficulté à soumettre à la ^S féy/ chambre un bill , à l'effet de régler la liste civile , dé déterminer les retenues à. effectuer sur les pensions, et de
170 HISTOIRE D^ANGtETERBK.
supprimer les places iautiles. A la seconde lectiiw^^ cebill, il s éleva une lougue discussîou, dans laquelle on développa habilement les principes d'une pareille mesure , et ses effets probables. £lle eut pour principaux adversaires M. deGrey, lecomte Nugent, M. Bosewarae^ M. Perciv^l, M. Wraxal et M. Dundas: tous* prodigué-» rent les plus grands éloges aux talents ei au caractère . de M. Burke, «t ne témoignèrent qu avec une sorte de défiance leur opposition à une mesure si spédeu9e en apparence et si capable de séduire le public. Jamais en effet, disoient-ils, Técottomie n'a voit été plus nécessaire; mais étoit-il permis pour cela de violer les droits les plus sacrés? Dans la première année du régne de sa majesté, la liste civile avoit été fixée à la somme annuelle de huit cent mille livres sterling; ensuit e^n la voit portée à neuf cent mille livras sterling, et chaque fois elle avoit été votée pour tout le règne. G etoit un contrat avanta^ geux à la nation, et qui assuroit au monarque un revenu qui lui devoit tenir lieu de celui des terres de la couronne; ce revenu, il falloit donc le considérer comme un franc-alleu, comme un bien meuble tenu sous la ga-* rantie d'un engagement équitable et solennel : à la vérité, on ne pouvoit pas contester au parlement le pou-* voir de rétracter ses concessions, mais on ne pouvoit pas séparer non plus Fidée de sa tome^puissance de ridée de sa modération et de sa justice. Sans doute on devoit désirer l'économie; mais une économie de trente ou quarante mille livres par an ne seroit-elle pas trop chèrement achetée par la suppression d'amciennes places établies pour rehausser la splendeur et la dignité du trône de la Grande-Bretagne? L'accroissement de l'influence étoit une assertion sans fondement,
GKÔBGES llf. 5171
et le parlement actuel ne pouvoit être ké à ce sujet par là décision du dernier parlement. La couronne n'avoit pas abusé de son crédit; elle n'a voit pas cherché à s'en servir coaUne d'un instrameùt pour ruiner la constitua tion de Tétat; aucune des places que Ton youtoit sup* primer n'avoit été créé€ par sa majesté: le roi avoit restreint, au contraire, ce qui pouvoit être illégitime dans son influence; et dans tous les actes de son règne, il s'étoit montré favorable' aux libertés nationales. C'est ainsi qu'en arrêtant que les jages jouiroient d'un traitement à vie, et en réglant le mode d après lequel seroient jugées les élections contestées, il avoit assuré Tindépendance des tribunaux, et empêché que l'opinion du peuple ne tùt méconnue dans la nomination des députés. Les raisonnements fondés sur l'exemple des réductions opérées en France n'étoient pas applicables à l'Angleterre: les revenus comme le gouvernement des deux puissances étoient essentiellement différents ; la France éloit un état despotique, et l'Angleterre un pays libre. Le trône de la Grande-Bretagne avoit pour fondement la liberté; celui de France, au contraire, étoit soutenu par deux cent mille soldats, par des fermiers-généraux, par de serviles parlements que leur maître bannissoit à son gré, par des mesures d'oppression, par la. violence mi->> litaire, en un mot, par l'autorité armée. Si l'on citoit la conduite de la France, 'A falloit l'envisager tout entière; îl falloii montrer à tous les yeux l'injustice de son agression aussi bien que sa réforme économique. Toujours la mauvaise foi étoit une mauvaise politique : et l'on verroit les fruits de la réforme absorbés, en peu de temps, par les dépenses d'une guerre injustement entreprise. La dignité de la couronne britannique étoit in«
Pitt.
tjt HISTOIRE D'ANGtBTERRtS.
séparable de Topulence et de la dignité de la natiotf ; mais que pouvoient être les minces ressources *auii* quelles le bill proposoit de recourir, en comparaison des dépenses énormes que les circonstances deiftandoient? Encore ne pouvoit-on obtenir ces ressources qu'aux dépens d'individus qui, comptant^urla bonne foi du parlement , considéroient la propriété dont ils jouissoient comme aussi assurée , comme aussi indépendante qu'un franc-alleu.
Premier . Le début à la tribune de Thonorable Guillaume Pitt, de(Guiï- second fils de Tillustre comte de Ghatham, vint ajouter laume à l'intérêt de ce débat. Quand le jeune orateur se leva, la chambre resta silencieuse et attentive : elle se rappelort le vaste et puissant génie de lord Ghatham , et éprouvoit une vive curiosité de savoir à quel point son fils avoit hérité de ses talents. Jamais désirs, jamais grandes espérances ne furent plus complètement réalisés : le jeune Pitt s'exprima avec grâce, avec facilité, avec chaleur; et son élocution, qui devint si élégante par la suite, parut éloignée de ces deux extrêmes, la présomption et la timidité. Sa voix étoit flexible et éclatante ; ses périodes, où l'art ne se laissoit point apercevoir, étoient pleines de force et d'harmonie ; et il réunissoit au feu des pensées ^et des mouvements oratoires de son père une lucidité de raisonnement que celui-d n'avoit pas toujours eue.
Il s'empressa de témoigner qu'il adhéroit aux principes fondamentaux du bill présenté ; il avoua d'ailleurs que la proposition d'une retenue sur les fonds delà liste civile lui auroit paru plus convenable, et en même temps plus utile pour le service public, si elle.avoit été faite par sa majesté. De cette, manière en effet les mi?
GEORGES lïî» i^S
tirstres auroient consolé le peuple en lui apprenant que le souverain n*étoit pas ins^sible à ses maux ; ils au-* roient agi pour la gloire de leur maître, et Tainroieiit rendu plus cher à ses sujets » en retranchant eux-mêmes de la magnificence royale ce que le malheur des temps réclamoit ; et , au lieu d'atten4T^e la tardive requête d'ua peuple accablé, ils se seroient rendus populaires par Fabandon volontaire d'un inutile superflu. Mais ^ si les ministres avoient manqué à leur devoir, s'ils s'ioterpo* soient entre la bienfaisance royale. et la détresse àeé sujets, s'ils étouffoient la compassion de sa majesté^ etoit-ce une raison pour que la chambre des communies , cette chambre des conseillers nationaux du trône, jaban* donnât une mesure qu'elle voyoit être si bien en harmo^ nie avec les sentiments paternels du souverain, et si hautement réclamée par la souffrance nécessiteuse du, peuple? Pour agir en représentants fidèles, les membr4es des communes devoiept reicqurir à toutes les re^ources légitimes ; et certes il ne s^en offrpit aucune aussi ple^usjble, aussi fondée en raison > aussi loi^able que Véço^ nomie. I^eur caractère leur faisoit une obligation d'aller chercher ces. ressources jusqu'au pied du trône i ent/*ainés par Timpulsion de leur conscience^ ils dévoient conseiller au monarque de renoncer à un faste arr^r gant et inutile , pour rendre son autorité plus saciijée et obtenir un respect plus vrai, et de rabattre de cet éclat extérieur du trône pour en étendre et pour en assurer davantage la dignité. Il étoit encore plus particulièrement de leur devoir, comme m^iqibrps des communes du parlement , de veiller à la défense de It^ personne, de la liberté, et sur-tout de la propriété des sujets, puisque la propriété étoit plus exposée que tous
374 HISTOIRE d'aI7GLET£RRE.
les autres droit» aux attaques secrètes et journalières de Finflueuce. La couronne, ajouta Torateur, ne sauroit déroger à sa véritable gloire en écoutant nos représen* tatioBS y m perdre de sa grandeur réeHe en montramt de la condescendance pour les demandes respectueuses de la nation. Un roi constitutionnel nt sauroit trouver déshonorante, je ne dis pas ki tutele de la* chambre, ïex" pression pourrok sembler trop dure, mais sa TÎgilunce inquiète et conservatrice. La magnificence et la grandeur ne furent jamais incompatibles avec une sage économie; je dis plus, dans les temps de nécessités et d'expédients extraordinaires, la vraie grandeur a tonjours eu pour fondement une utile réduction dans les dépenses. Le bill, a^-on observé dès le commencement de la discussion, combine deux propositions qui auroient dû être séparées , ta réforme et Féconomie : pour moi, je pensé au contraire que ces mesuves doivent aRer de concert. Mais le même bill renferme une troisième proposition, bien plus importante que les autres, celle de restreindre Finfluence de la conr; influence plus redoutable que Ja prérogative royale, parceque ses attaques sont plus sourdes,. et sa marche plus insidieuse et plus cachée. On a dit aussi que l'économie proposée n est qu'une bagateHe de peu d'importance si on la compare à nos besoins actuels et à nos dépensés énormes. B'est'Ce pas là la manière de raisonner la pins singulière et la plus étrange? Les malheurs des temps, nous allégue-t-on, sont trop grands pour qu on y doive remédier par Féconomie : les dépenses sont si exorbitantes qu'il seroit ridicule d'avoir recours à de si minces ressources : tant de millions ont été dépensés , que dés milliers de livres ne méritent aucune attention. Tel est le
langage qu'on ne rougit jHâs dé fé^nfr ; tels sont les raisonnemëcfts qu'on oppose àuii principes du bill. Bien des argum^jàrts oât été prôdttits poni* démontrer ^uè le parleofent fxe âevtAt patd Retirer ses côhcès^iôns ; on a été même ju^u'à Itri eto contéstei^ \ë droit. Quoique cette opinion se réfute assez d'etlé-îïiâne, je répondrai que la liste crvilé n'a paâ été actordée seulement pour la satisfS^tion fndividitelle du ïtrona^qué : elle Ta été pour soutenir la majesté et les intérêts de Fempirë, et pour en maimenk* lu grandeur, p6Ur faire exécuter la justice, et eùRn pour payer le^ jiige^^ les ministres aupi^ëâ de» cours étftogèreé, et totis les ^ètùàs officiels créés pour la splendeur du trèûe : aiussi à-t-elle été propôrtfowuée à Teipuleiiee et à la di^ité du peuple. Màid cette mâme sotnme, qui, pat le pàsàé, ^ été jugée nêcèéfâàifë p<rtrr madntenir lût dignité càiÉHùtiné' de la cètt'i^onnè ét^ du peuple > ne doit ph»s^ ëîte si éljloVMtahte âHijWot^d'Kii cjfue nos besoins «ofiît déyétiuâ sr nombreu!* . Le penpié', qui a eousemî à œ tribMi dans un tebips âë prospérité,' peut avec ju^ïÈé éh re^sfme^ Hhe partie, alors que sa sSj^ffUfiftvoiài il'est f^s là inein'è : it a la conscience de éati ifa^olt y Éàafe it rie Fe«erce' qu'à Regret ; 9 s'àpproclië du tr6èe lé Cttur àaVi'é dé détllëuf, et èiHiigê dé là' triste dëcèssité où il s^ ttbWé dé de!«ibi»dër des' sacrifices été iiionârque;iâïiis'dtf demande est en liMmë teSrnps lo^àlé et soumise. £ivfe#,'q|àafnd je eôâs$dèM léâ obligation^ d^ la chambre, je ne puis concevoir qu'elle veuille Cûnte^fér les principes d-un bil) snxt léqud' répoife éS^eniSelIement l'existence et l'indépendance du peuplé; je ne puis croire qu'elle veuille condamner l'économie et les Bioyens de l'établir.'
Plusieurs membrécr distîtafgu^^' de IVppbSîtiôti prô^
Le bill est noDcèredt des discours très remarquables en faveur de '®jc'«- cette mesure ; et lord M aitland , qui débii^a à cette occasion, fit preuve de beaucoup d'habileté et de talent: mais M. Burke, dans sa réplique à ses adversaires > sur^ passa tout ce qu'attendoient de lui , même ses plus pas^ sionnés admirateurs. Cependant la proposition d'une seconde lecture fut rejetée (i), et le bill fut écarté par un ajournement qui en renvoyoit la prise en considéra* tion à six mois.
On pro- On présenta aussi de nouveau les autres mesures po*
^res me- P^^^^^'^s proposées à la dernière session : les bills pour sures exclure des communes les contractants et: fes officiers
^^re's.**' chargés de la levée des impôts, après. a voir été le sujet de quelques débats , furent rejetés tousjes deux le même
31 mai. jour(2);etsirPhilippeJenningsClerkérenouvelainfruc* tueusement la proposition abandonnée par M. Gilbert, d'imposer une taxe sur les places.et les pensions du
7, 8, 12 et gouvernement (3) ; mais l'emprunt pour lé service, courant de l'année fut l'objet des plus:$évère^Q9.nsures : la. hausse subite de la valeur des contrats de;souscriptipii,} vulgairement appelés bourses ^ au-dessus de lew^^jtau): primitifs , fut une circonstance à l'ocqasiop. de laquelle» OU; éleva de graves ^mputdtipns contre le ministre. Ce-t pend^i(it sa conduite, fut habil,en^ent d^eudue, et X^chffmbre le justifia (4)*.-^ 1^ troisième lecture <l|i. bill-
ai mars, daus la chambre des lords, le mfirquis.de £Qckingham>
(1) 2k33 voikcoi^tre l()<y. ! '
. (si) JL>e premier par lao Toix epntre looj.le SMond par i33Toix, contre 86. . . .n . ■ ' ■ ' -
(3) Le bîll fut rfeJQtë à la seconde lecture par 9a roix contre 33.
(4) Bnt rtiotioti proposée à ce sru jet' par M. Fox fut rejetêe pan 169 voix contre 111. La motion qu'il fût faitntiè enquête, pr^gent^^ par sir Georges Savile, f}it rejetée {iar 209^ voix contre i63.
GEORGES 111/ a77
prononça un discours de la plus grande habileté, auquel Motion on' ne répliqua point; et huit lords signèrent une pro- j^^^ g"" testation. sujet de
L'opposition fit encore d'autres tentatives dans la vue yeDtion de se populariser, en élevant des discussions sur les ma- ^^* 8°^tières les plus capables d'intéresser le public. M. Sheridan appela l'attention de la chambre sur l'intervention de la force armée dans les derniers troubles. L'honorable membre, Irlandois d'origine, s'étoit déjà fait connoitre avantageusement du public par de brillants succès dans la poésie lyrique et dramatique. La finesse de *son esprit et la grande étendue de son savoir avoient fait prédire qu'il occuperoit un rang distingué dans le sénat : son éloquence, riche, nerveuse, et éclatante , surpassa toutes les espérances qu'on avoit conçues. Envoyé au parlement par la ville de Stafford, il obtint dans plus d'une occasion les applaudissements de la chambre (i); les motions qu'il présenta dans la circonstance actuelle ëtoient au nombre de trois : par la première, il avançoit que la force armée étoit illégalement employée pour disperser les rassemblements tumultueux du peuple toutes les fois que le magistrat ne l'avoit pas mise en réquisition , à moins que, dans la violence des troubles , on n'eût méconnu l'autorité civile, et compromis l'existence du gouvernement ; par les deux autres il déclaroit que l'hésitation qu'on avoit montrée, avant de i^equérir la force armée, faisoit fortement pi^umer que la police étoit mal dirigée à Westminster,^c il demandoit que Ton établît un comité chargé de faire des enquêtes sur la conduite des magistrats et de lautorité civile pendant
{i) Il prononça son premier discours le 20 novembre 1780.
2^8 HISTOifilS d'aNGLETEKRE.
le^ trouble^ , et de soumettre à la chambre 110 rap|k>rt sijir l'état et TacImiiiistratioD de 1^ cité de Westmiaster.
A Tappui de ces motions, M. Sheridan prononça 11a discours pleiii d'élpqmenc^ et ji^ force, où U attaquoit viy^m^nt le ministère, 3appe^9tias$>it en particulier sur la mauvaisp administration de h police de Westminster, et attribupit à la négligence des magislrata de cette cité tops les désprdre;$ du mois de juin, et toute Tinfluence que le pouvoir militaire avoit usurpée dans la capitale ; influence qui s etoit étendue en pen de temps dans toutes lesi p^rti^s de l'empire. «Mais, dispit-il, si des magistrats coupables, si une police insuffisante avoient contraint de recourir à de si dangereux expédients, pourquoi le gouvernement conservoit-il tranquillement dans leurs fonctions des hommes d'une corruption et d^une incapacité reconnues? Cette négligence étpit-elle donc calculée pour soumettre les citoyens à l'empire des baïonnettes, et les soldats seroient-ils enf:ore appelés à lappui d'une magistrature volcmtairement inattentive et impuissante? Vouloit^on enfin familiariser les sujets avec l'emploi de la force armée, pour la faire intervenir ensuite dans les plus légères occasions?
fi Le gouvernement, continuoit l'orateur, n'avoit que deux excuses raisonnables à faire valoir pour justifier J'intervention des soldats : la première étoit de prouver que la foule rass^blée autour de la chambre, foule composée d'hommetTqii'animoit un fanatisme religieux ou Mn zélé alarmé, et de vagabonds qui s'étoient empressés d'accourir pour mettre à profit la circonstance, n'étoit pas l'auteur des troubles déplorables du mois de juin ; que ces troubles n'étoient au cootraire que la
cODâéquence d un plaa mûreinent délibéré, d^une conspiration tramée par les ennemis de Tétat pour réduire la capital^ en cendres, et saper jusque dans leurs fondements la richesse et le crédit de la nation. Cette opinion, le lord chef de ju&ticé du banc-du-roi, et un autre juge , avoient voulu l'accréditer dans le parlement ; mais rien dans le cours des procédures n'avoit fait pressentir qu^elle fût Fondée : en parcourant en effet tous les jugements, depuis celui du dernier des misérables qu'on avoit fhit comparoltre à 01d«Bailey, jusqu'à celui de lord Georges Gordon, on trouToit que ce lord avoit été accusé seul du crime de haute-trahison , et que seul il devoit être considéré comme étant à-la-fois le chef et 1 armée dans cette épouvantable conjuration , aucun des subalternes n'ayant encouru d'accusation plus grave que l'humble accusation de félonie. D'ailleurs la nature elle-même des désordres, qui n'étoient devenus' alarmants que par suite d une longue négligence, prou voit, aussi bien que tous les interrogatoires, qu'il étoit en* tiêremait déraisonnable de leur assigner pour cause un complot médité contre l'état.
« La seconde excuse que le gouvernement pouvoit alléguer, étoit celle-ci : qu'il se croyoit constitutionnellement autorisé à substituer, dans tous les troubles, la puissance militaire à l'autorité des magistrats. Cependant, ^i une doctrine pareille étoit jamais établie, malheur à la liberté! la- nation gémiroit bientôt sous le joug d'un gouvernement militaire des plus monstrueux , réunissant ^us les inconvénients du despotisme safis en avoir l^ vigueur, et sans inspirer la même sécurité aux sujets. On a allégué, reprenoit M. Sheridan , que la plus forte garantiexontre un semblable état de choses , c'étoit
aSq HIST01A6 d'Angleterre.
la vertu y la modération, et Tesprit constitutionnel du souverain. Je rends hommage autant que personne, ajoutoit-il, à toutes ces qualités du monarque; mais j'espère bien que jamais une liberté de cette espèce ne déshonorera le sol anglois. Une liberté, ainsi subordonnée aux inclinations vertueuses d'un seul homme, n'est qu'un despotisme supendu ; et le glaive, levé sur la tête du peuple , a'est retenu que par un lien aussi fragile que la volonté humaine est inconstante. »
Après une longue discussion , où l'on défendit avec beaucoup d'habileté la conduite qu'avoit tenue le ministère dans la répression des troubles, et le jugement de lord Georges Gordon , M. Sheridan retira sa première motion ; et la seconde ayant été rejetée à une majorité considérable (i), la troisième fut écartée sans division. Pétition Pendant tout le cours de la session , les associations sieurs de'- ®^ '«"^8 délégués attirèrent souvent l'attention du parlé§;uës. lement. Dans le débat élevé à l'occasion du discours de 1780^ la couronne, lord Abingdon déclara qu'il attendoit de ces associations l'introduction d'un nouvel ordre de choses, qui rendroit superflues des minuties telles que ladresse. Il desiroit que le peuple pût obtenir une nouvelle grande charte, et une nouvelle déclaration des droits ; car actuellement il étoit soumis à un gouverne, ment arbitraire, à un système despotique qui n'avoit pour régie que la volonté du maître, et non la loi. i3 mars ^' Adam signala le danger de ces comités, qui éten-* J781. doient leur influence pernicieuse sur tout Fempire, et donnoient une nouvelle audace à ses ennemis; ils étoient, disoit^l, la raison principale que faisoit valoir
(1) 171 voix contre 94*
GEORGES lil. 281
le congrès pour encourager les Américains dans leur révolte ; et cette assemblée représentoit sans cesse aux colonies les troubles que fomentoîent les comités , comme un motif puissant de persévérance. Ces comités, continua M. Adam , non contents d'enhardir pos ennemis , de souffler la guerre et de diviser les citoyens, ne rougissent pas d'employer les moyens les plus coupables et les plus vils pour noirôir la réputation de ceux qui s'opposent à leurs vues : et, pour preuve de son assertion, cet orateur lut une lettre que lui avoit fait tenir le comité de Westminster, et où il étoit traité avec une grossièreté si révoltante et si indigne, que, parmi les membres du parlement, ceux même qui se montroient les partisans les plus zélés de ces associations s'empressèrent de déclarer qu'ils n'étoient entrés pour rien dans cette affaire. *'
Le principe et la légalité de ces associations, et sur- a avril, tout le dangereux système d'envoyer des délégués, furent plus particulièrement discutés lorsque M. Dun- s mai. combe présenta une pétition signée par trente-deux de ces soi-disant délégués de commettants inconstitutionnels, et que. sir Georges Savile proposa de la renvoyer à un comité. Cette pétition étoit la même, quant au fond, que celle de Yorkshire présentée au dernier parlement ; on y reproduisoit à-peu-près les mêmes arguments, seulement on y en avoit ajouté quelques autres empruntés des résolutions fameuses sur l'influence exorbitante de la couronne.
On ne se borna pas à élever des objections contre le contenu de la pétition ; on allégua, pour la faire rejeter, que les pétitionnaires étoient des individus qui usurpoient inconstitutionnellement ^e Caractère de délégués
aSa HISTOIRE D'ANGLETERRE.
et de membres de comité ; qu'ils se réuni&soieat en cette qualité, et prem)ient des résolutions qu'ils publioient dans les journaux, ayant ed vue, par une semblable conduite, d'intimider le parlement et d'influencer ses décisions. Lord Fielding conseilla à la chambre de bien se garder d'aigrîr une seconde fois cet esprit séditieux que les terribles événements de Tannée précédente avoient calmé. Il lui s/embloit difficile d'apprécier à quel degré un pareil esprit auroit pu porter ses excès ; mais la cessation des intrigues populaires avoit été remarquable et soudaine : les associations s'étûient ajournées ou dissoutes , la conversation avoit généralement changé d'objet, on n'avoit plus fait d'appel aux citoyens pour les engager à remonter aux premiers principes du gouvernement, et les journaux avoient cessé leurs déclamations virulentes. M. Gourtenay attaqua ces confédérations par de vives et piquantes railleries; il les compara à ces poteaux dressés dans la campagne pour indiquer leur route aux voyageurs, et soumit à une censure amère le caractère personnel des délégués.
Ce fut sur le défaut d'une loi prohibitive que l'on
fonda particulièrement la défense des comités et de
leurs représentants. La motion de sir Georges Savile fut
rejetée (i).
Motions De nombreuses motions furent présentées à Focca-
à rocca- gj^jjj jg 1^ réélection de sir Husues Palliser, et M. Fox
sion de la " i i-i j-
reélection sc fit remarquer par les invectives mordantes qu il di-
Hu^pues "S^^ contre lui. L'amiral au contraire montra dans sa
Palliser. réponse beaucoup de modération et de dignité. Depuis
cette époque, son jugement et celui de Keppel furent
(i) 212 voix contre ï35.
GEOBGES ni. ^^83
souvent mentionaés dans les débats ; mais le public, qui a voit cessé de prendre intérêt à cette affaire , n'y fit aucune attention.
Vers la fin de la session , M. Fox demanda l'établisse- i a juin, ment d'un comité d'enquête sur les affaires de la guerre demande 4' Amérique, et fit connoître son intention de proposer q«*jl soit
, \ , , . . . établi un
une résolution portant « qu^ les ministres seroient tenus comité 4e s'occuper immédiatement de la conclusion de la d*«î»q^"^ paix. » Il développa, à l'appui de sa demande, toutes guerre les circonstances de la guerre jusqu'à ce jour, et en tira J^ç"" la conséquence qu'il était de toute impossibilité de conquérir l'Amérique.
Cette motion fut en quelque sorte une épreuve pour tous les nouveaux membres du parlement ; la plupart re« montèrent, dans leurs discours, aux principes de la politique, et firent leur profession de foi en matière de gouvernement, tandis que d'autres passèrent en revue l'origiiie, les progrès et le cours entier des hostilités. Eu réponse à quelques observations injurieuses à la conduite politique de l'illustre comte de Ghatham, M. Pitt prononça un discours extrêmement remarquable, où il justifia, comme parfaitement conséquente , toute la conduite que son père avoit tenue au parlement relativement aux affaires d'Amérique. Le comte avoit toujours condamné les motifs et le but de la guerre, et jamais il n'avoit émis une opinion contraire à cette façon de penser : la seule assertion de lord Ghatham donc on pût raisonnablement contester la vérité étoit celle qui attribuoit à la Grande-Bretagne la faculté d'établir des règlements de commerce dans l'intérêt du commerce même , et pour l'avantage mutuel des deux pays ; mais jamais le comte n'avoit prétendu que l'Angleterre
Jigitized
pût imposer à TAmérique des taxes dont le produit se roit mis à la disposition du parlement.
Après avoir donné Texplication des sentiments de son père, M. Pitt passa au développement des siens propres. Il observa qu'dn avoit soutenu avec une ardeur extraordinaire la cause des hostilités avec TAmérique; un membre, dans Temportément de son zélé, avoit appelé cette guerre une guerre sainte, et plusieurs avoient été repris pour Tavoir appelée une guerre criminelle et maudite. Pour lui, il étoit persuadé, et il ne craignoit pas d'affirmer que cette guerre étoit au dernier degré criminelle, maudite, atroce, infernale et contre nature; conçue dans un esprit d'inj us ticef, on en suivoit le cours avec une extravagance inouie, et elle laissoit après elle une longue trace de sang, de dévastation et de ruines. Réunissant les traits les plus hideux de la corruption et de la turpitude morale, féconde en calamités de toute espèce, elle ménaçoit d'une destruction totale le peuple, malheureux objet de tant de noirs ressentiments. Cependant ces malheurs épouvantables retomboient aussi sur les habitants infortunés de l'Angleterre, qu'on faisoit servir d'instruments pour accomplir de si barbares projets : que revenoit-il à l'état, épuisé d'hommes et d'ar* gent, de tant de douloureux sacrifices, que d'inutiles victoires ou de honteuses défaites? et ces victoires étoient-elles autre chose qu'un triomphe momentané sur des frères , pendant qu'à chaque défaite l'Angleterre, couverte de deuil et de larmes, avoit à déplorer la perte de ses enfants? On ne pouvoit qu'admirer la résolution et le courage des Américains combattant pour la sainte cause de la liberté et de la patrie, et luttant avec une insurmontable constance contre des obstacles et des
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difl^ctiltés de toute espèce. Mais quel Anglois, au récit de ces sanglantes batailles, ne déploroit la perte de ses concitoyens morts pour une si injuste querelle? quel Anglois pouvoit retenir ses larmes , lors même que son parti étoit vainqueur? et cependant à ces réflexions désolantes venoit se joindre encore cette pensée, que des ennemis invétérés et redoutables , et des alliés indifférents et perfides se réjouissoient de Fexcès de nos mal* heurs, et méditoient notre entière ruine. La motion fut rejetée (i).
Le roi, en terminant Ja session, qui s'étoit prolongée i8 juillet, bien au-delà du terme ordinaire, remercia le parlement ^^'^J^* de la fidélité avec laquelle il avoit rempli ses devoirs , et session, déclara qu'il desiroit la paix avec ardeur, quoique bien résolu à ne pas Tacheter à des conditions incompatibles avec rhonneur et la dignité de sa couronne , comme avec les intérêts permanents et la sécurité de son peuple.
(i) 172 voix contre 99.