‹ Histoire D'Angleterre Depuis 1760 (volume 2)Chapitre 24 sur 31 · PRÉCIS DES LETTRES · texte numérisé non relu

PRÉCIS DES LETTRES

BELATIVES A L'INTERVENTION DE LA FRANCE^ ENTRE LA RUSSIE ET LA PORTE OTTOMANE, ^

( Tome 1 8, pag, 204 et suiv. )

Lord Siormont^ ambassadeur à Paris ^

au secrétaire-d'état,

I ' . ^ Mars 1773.

Dans sa longue conversation avec le duc d'Aiguillon , le jeudi 3o mars , ce ministre lui lut une partie d'une dépêche de M. Durand, en date du 3 mars ; il s'appesantit longuement sur les vues ambitieuses de la Russie, sur ses demandes à la Porte , et sur son dessein de régner despotiquement dans le nord, en réglant le gouvernement de la Suéde, et en attaquant ce royaume de concert avec le Danemarck. Il lui dit que la France ne pouvoit souffrir lâchement qu'on traitât de cette manière son ancienne alliée ; qu'elle devoit soutenir la Suéde si elle étoit attaquée ; et que cette détermination lui etoit également conseillée par son intérêt et par son honneur. Lord Stormont répondit que tout dépendoit de la manière dont la France vouloit soutenir la Suède, et qu'il y en avoit une à laquelle l'Angleterre ne pouvoit être indifférente; que le roi desiroit éviter tout/ce qui pourroit troubler la bonne intelligence, et que, comme ambassadeur, il faisoit des vœux pour que la France ne heurtât point la pierre d'achoppement. Le duc d'Aiguillon dit que nous faisions toujours suivre nos protestations amicales d'une déclaration dont le but étoit de contraindre la France à renoncer à son honneur, en aban>

55o NOTE»,

donnant son ancienne alliée, au moment où elle ëtoît menacée de destruction , et que la France ne pouvoit y consentir. Lord Stormont , s'apercevant que le duc d'Aiguillon parois» soit espérer que l'Angleterre nVn viendroit point aux dernières extrémités, déclara positivement que, si une flotte françoise paroissoit dans la Baltique, elle y seroit à Pinstant suivie d'une flotte angloise. Il proposa que la France donnât des secours d'une autre nature; et il observa que, si les deux; flottes entroient dans la Baltique, la flotte Françoise ne seroit réellement d'aucun secours pour la Suède, ce qui équivaudroit à une neutralité de part et d'autre. Non, dit le duc, car alors l'honneur de la France sera intact. Lord Stormont expliqua clairement qu'il n'avoit point dit que la flotte ang^loîse qui suivroit la flotte françoise dans la Baltique l'y attaqueroit, mais seulement qu'il ne pouvoit répondre de ce qui résulteroit de la présence des deux flottes dans les mêmes mers. Il pensoit avoir laissé le duc d'Aiguillon entièrement convaincu que les Anglois étoient déterminés à faire ce qu'ils avoîent souvent déclaré ; mais il craignoit que la France ne se fut trop avancée pour reculer. Tenons-nous sur nos garder, ajoutoit-il, et montrons -nous prêts à faire la paix ou lsi guerre; cette conduite fera plus que toutes les déclarations.

( PARTICULIÈRE,

Paris, a 4 avril.

Un conseil a été tenu à Versailles le 28 mars. Le duc d*Aiguillon y a annoncé que la Suéde demandoit instamment les secours promis. On lui répondit qu'il pouvoit arranger l'affaire avec les contrôleurs-généraux des finances. Il répliqua que la Suéde n'accepteroit point un subside, mais qu'elle in-« sistoit pour avoir un secours de force armée. Quelques mem^bres du conseil s'y opposèrent avec force : ils alléguèrent que , les autres grandes puissances ne verroient point une pareille mesure avec indifférence, et qu'il pouvoit en résulter une guerre générale. Le duc persista dans çon opinion, et dit qu'on pou^.

toit dans un mois équiper une flotte de quatorze Toiles ; que l'Angleterre ne s'y opposeroit pas, et que la Hollande se* conderoit cette mesure* Le roi de France étoit mécontent , et les membres opposants se turent après aToir donné leur avis. Le duc d'Aiguillon l'emporta , et on envoya à Brest l'ordre d'armer douze vaisseaux de ligne et deux frégates, qui de* voient avoir à bord sept mille marins. Ce nombre excédoit tellement le nombre accoutumé , qu'on crut que les officiers et les soldats y étoient compris sous le nom de marins. Lé 4 avril , au matin , l'ambassadeur anglois fut informé que l'ar-? mement de Brest n'auroit pas lieu, mais qu'on avoit envoyé à Toulon l'ordre d'armer, dans le plus court délai , douze ou treize vabseaux, sous prétexte d'exercer les marins. On ajoutoit expressément que les sept mille marins pour ftrest n'étoien t point contrémandés.

( PARTICULIÈRE

Paris, 7 avril i^yS.

Dans la conférence du 6 de ce mois , le duc d'Aiguillon dit au lord Stormont qu'il pouvoit regarder l'armement à Toulon comme certain et en faire part à sa cour, et que l'ordre en étoit expédié. Il ajouta ensuite : Ce sera une flotte d'évolution, comme nous en avons eu l'année passée. — Longs raisonnements de part et d'autre. — Lord Stormont déclara, avec une fermeté convenable, que, quoique da^s la première conférence il n'eût pas parlé de la Méditerranée, sa réponse ne s'appliquoit pas moins à cette mer qu'à la Baltique. Il demanda au duc s'il étoit positivement vrai que la flotte n'eût d'autre but que de faire des évolutions. Le ministre françois répondit qu'en effet c'étoit le projet , mais qu'il étoit possible qu'elle passât au secours de la Suède.

( PARTICULIÈRE

Paris, 21 avril 1773.

Lord Stormont avoit appris que, dans un conseil tenu le 12 avril , le duc d'Aiguillon avoit rendu un compte sincère de

leurs conversations^ et que la résolution du conseil avoit été unanime. Cette unanimité lui faisoit espérer qu'elle étoit ma* dérée. Vers la fin de la semaine, le 1 5 ou le 16, on annonça à Paris que l'armement à Toulon étoit suspendu ou considé-^ rablement diminué. Cette nouvelle fut confirmée par une lettre du dimanche soir, 18. Le 20, l'ambassadeur anglois vit le duc, qui lui dit dans la conversation: Aussi avons-^nous donné ordre de suspendre C armement de Toulon. Il ajouta que deux frégates seulement partiroient pour l'Archipel', et trois vaisseaux de ligne pour retourner au port de Brest , auquel ils appartenoient. L'armement des autres neuf vaisseaux et des frégates destinés pour la flotte d'évolution devoit être suspendu jusqu'à la fin de l'été. Il espéroit qu'?ilors leur équipement ne causerait aucune inquiétude. M. de Guines avoit ordre de l'annoncer. Il ajouta qu'on avoit donné contre-ordre pour les marins qui dévoient être envoyés à Toulon; que ceux qui y étoient déjà arrivés et qui ^appartenoient à la Provence et au Languedoc, retourneroient dans leurs foyers; que les ma-^ rins venus de Bordeaux seroient employés à conduire les trois vaisseaux à Brest. Le même jour il dit à plusieurs ministres étrangers que l'armement ctoit suspendu jusqu'au mois de juillets

24 avril lyy^

Lord Stormonteut une conférence avec le duc d'Aiguillon le 16 avril. Le ministre commença par lui dire: Je sais, mylord, que vous faites un armement considérable. L'ambassadeur répondit que cet armement n'avoit eu lieu que par suite de celui de Toulon , et que lexirs démarches régteroient tes nôtres. Cette phrase avoit pour but de lui faire entendre que le dernier changement dans les résolutions de la France en produîv roit un également dans celles du cabinet anglois. Lord Stormont pensoit qu'il seroit à propos de les laisser abandonner leur projet comme ils le voudroient, puisqu'ils y paroissoient disposés.

JParis, 3o avril et i*' mai 1773.

Lord Stormont eut une conférence avec le duc d'Aiguillon^ le 3o avril, pour éclaircir le malentendu. Le résultat de cette entrevue fut que le duc déclara de nouveau que Farmement étoit suspendu; que ce qu'il avoit dit, et ce que le comte de Guines avoit écrit, étoit absolument la même chose; que comme ils n'armoient jamais aucun vaisseau dans le port, dire que leurs vaisseaux resteroient dans le port^ c'étoit dire qu'ils ne seroient point armés. Il ajouta qu'il avoit vu les or* dres donnés par M. de Boyne, et qui portoient formellement de ne point armer jusqu'à nouvel ordre : il répéta ce qu'il avoît dit le 20 avril sur la destination des. marins, et ajouta que, le 3o avrils M. de Boyne lui avoit fait observer qu'il valoit mieux contremander la confection des biscuits, et qu'il alloit donner des ordres en conséquence.

Page 1