LIVRE XLVI
Coup d'œil sur les puissances qui avoient pris part à la guerre. — État des affaires en Amérique. — La Grande* Bretagne indemnise les royalistes de leurs pertes. — Mouyements alarmants dans l'armée américaine. — Prudence de Washington. — II résigne le commandement. — Honneurs qu'on s'empresse de lui rendre sur son passage. '«- Société de Gincinnatus. — Situation difficile où les Anaéricains sont jetés par leurs dettes. — État des. affaires. en France. — En Espagne. — Et en Hollande. — Conduite des cours impériales. — ■ État des affaires en Angleterre.
' — Le roi donne audience k M. Adams. — Observations générales.
1783. Cette luUe, la plus extraordmaire de toutes celles
d^œî^sur que TAngletèrre ait jamais eu à soutenir» et suc Tissoe
les puis- je laquelle on avoit formé tant de sinistres présages,
qui étant enfin terminée» il ne nous reste plus qu^à corn-
rU*'*art P*'^®'*!'^^^ ^® remjMre britannique avec celui des autres
à la puissances » et en particulier de celles qui avoient pris
«'''*™- part aux hostilités.
État des Nous arrêterons en premier lieu nos regards sur affaires TAmérique, tant à cause de la nouveauté de ses rda-
en Ame- . * . • 1 ^ " * «
rique. tions politiqucs avec les autres états» que parcequ elle avoit été la cause première de la guerre. Des colonies établies durant le calme de la paix, alimentées» protêt gées et enrichies par leur métropole » avoient méconnu entièrement sa suprématie» et avoient espéré» en qodque sorte » pouvoir rivaliser avec elle. C'étoit ^ des monarques despotes et catholiques que des républicains protestants étoient redevables de Tappui qui les avoit mis en état de soutenir leurs principes de mépris
GEORGES lU. • 5l7
et de haine pour la royauté^ de méoonnoltre toutes autres lotx que celle» d'une asseœblée^Iégislative, et d'as** soeier av«c le(S idées de liberté et de droit naturel , celle» de republicasHsme et d'égalité^ primitive. Mais si larecoanoissaaoe étoit , pour les.provinces unies, un motif pudasant Àe rechercher aveciempressement ralltance de la France et de l'Espagne^et âe:donner une préférence excluflîve à œs coiuronnes». d'autres motifs non moins i mpérieuxi les:ramenoîent à des* sentiments de partialité en fisu^eur de lai Grande -iBnetagne. Aucune 'portion de ' leur histoire n'étoit incertaine ou obscure ; il n'y avoit pas pourieHea de ces époques auxquelles les autres nations sont forcées de rapporter leur origine ; et qu'elles ' appellaMïQrdinaîrement i»la nuit des temps. » Toutes le«i annales dès colonies , tous leurs-souvenirs, les entretenoientrde leur inoojDtestahle- origine; et si au fort 'de la chaleur i|^e J'esprit de paftr^ qb avoiténcouragé pour un temps toutes les fiussesiiiierprétatioAs de la coiï* diiite et' des motife de la * métropole, la conformité « plus durable, du langa^,^ desmccMrs, des usages et des formes judiciaires, dévotes t témoigner hautement aux Américains qu'ils étoient> redevables à la Grande-Bretagne de Leur exiatenoe comme peuplé, et de leurs plus précieuses institutions sociales. Durant le cours de leur révolution , dans tous leurs projets de nouveau gouvernement, ils s'étoient montrés inviolablement attachés à ces insititutions bienfaisantes ; ils avoient déclaré que 1er jugement par jurés, la représentation sénatoriale, la liberté de la presse et la loi à' kaièas corpus^ étoient des droits imprescriptibles de tout citoyen, et non des modes particuliers d'administration ; et il étoit naturel 4e croire ({ue, du moment où ils jouiroient d'une indé*
5l8 UISTOIKIE D AKOLETERRE.
pe»dajiee établie sur une base semblable > tous les motifs naissant d*une conformité entière de principes, de besoins, de sentiments et d'usages, les porteraient à préférer la Grande-Bretagne à leurs nouveaux alliés.
Mais Ton ne pouvoit pas s'attendre à ce que ce» causes produisissent des effets immédiats; etquoiqoe, dans ks conditions du traité de paix, on eùt^traordinsirement favorisé les États-Unis, tant à Tégard des frentièves^t<les pêcheries , que sous divers autres reports , leur- situation étoit bien loin encore d^étre tranquille et digne d^envie.
Dans le désir empressé tpm roontroient à -la « fois U ministère et le peuple de reooallir desavantages exclu* sifs de leur liaison nouveUe arec F Amérique , ott<s'aban* donnoit aux plus extr&vagaMts idées. Au lieu de const^ dérer les États<Unis comme uoe puissance étiiaugère, manière detre qu'ils avoieUteux-^mémes ci^vsie, cpdques personnes les désiffuoîent sous Totmoge pom de peuple sui genem; on pvéféroit de trains systèn»es à l'expérience, de hasardeuses spéculations à des usages constamment heureux, et l'^n alla jusqu'à prendre des mesures potir fûre annuler l'acte de la navigation, le boulevard d^ la prospérité natinnale(i)i Mais^lexceU lence des formes délibérative&de la constitution hritan* nique, et la sij^lutaire liberté de la presse, empêchèrent ce funeste aveuglement de produire aucun déplorable résultat. La s^agesse avec laquelle furent éiseutés les bills présentéts au parlement détowna les nmlbeurs que pouvoit eiatrainer après elle une décision incon»dérée , et la pi 'évoyante temporisation de la couronne
(») OI^««rT«tk»iu o» the coBnivree of Amem»-, l^ lord SheAeld.
GEORGES lit. 5l9
permit de consulter FeEperieBee , et de ne pes s*en tenir uBÎqueBient à une manière devoir éxtraw(^te , fondée sur une illusoire tkéun^i Bn même tempe on CQfnbettit avec succès les erreurs populaires par la voie de Fim'» pression^ et Fon prouva, par les meilleurs ar([ttments que pussent fournir ranalogie, la comparaison ou le oalcul, que Ton recueillerait les plus grands avantages du commerde avec F Amérique , non en manifestant un empressement insensé, ou eh foiesoit des samfieès ]^tt sages, mais en tempérant la libéralité par la prudence, et en maintenant avec fermeté les droits de la Grande-^ Bretagne , sans reponsser avec trop de jalousie cependant les prétentions des provinoes américaines ( i ).
Aussilét après la signature définitive du traité de paix, le» troupes angloises évacuèrent Gharlestown et New-York, et tous les autres postes qu'dles ôccupoient ; et Sir Guy Garleton fut élevée pour pnx de ses services, a la dignité de pair, avec le titre de lord Dorchester.
Le congrès enécuta à la lettre ks conditions des ar- U ticles profvisoires, en recommandant ks royalistes aux ]^î^^^^ aasembléeé provinciales dans les termes mêmes du indem. traité : mais cea assemblera n'eurent aucun égard à une royalistes recommandaftion si froide et si dilGérente de celks ^u'il ^® lc">*« leur adtessoit autrefois, lorsqu'il ks incttoit à praidre les armes; et le soin de pourvoir au sort des royalistes fut entièrement abandonné à la métropole. En vertu de Pacte passé dans la dernière session , on reçut les récla-^ mations d'envii^cm trois mille cbefe de famille. Près de deux raîlle furent etttendos et satisfeics en An^gleterre,
(i) Vàn^r^Q^ le plui itemarqnabU fur ^étt« matière est ceini qii# BOUS irenofls de eiter. On peut consulter aussi n^ee fruit Fotivra^e' de Georges Ghalmers, <|ot a pn^t tiîn : Opinions on inifrestin^ èuh/eets.
Sao HISTOIRE D^'ANCLEtERRE.
et Ton députa des commissaires vers le reste dans la Nouvolle-Ëcosse et le Canada. Les motifs de réclama* tion qi|^ furent admis étoient la perte d'une propriété foncière. ou mobiliaire^ ou celle d'un revenu provenant d'une charge , d'une profession ou d un commerce quelconque. ^ Les réclamations de la première classe s'élevèrant à* plus de dix millions sterling; on leur fit subir quelques réductions peu considérables, de manière à laisser aux* inoins aisés des moyens de subsistance indépendants; et Ton procéda à la liquidation par quartiers (i).
Les réclamants de la seconde classe demandèrent une somme annuelle de cent cinquante miUe liyres sterling; on leur en acconda cent vingt mille, qui furent constituj^s en rentes viagères, de vingt à cifiiq cents livres chacune, . «
Mouve- Cependant quoique les provinces d'Amériqcre eussent nWmJnts ^^^^'*'* l'indépendance et la paix, et conveitti les dedans l'ar- pouilles des royalistes en propriété nationale^ lenrs "rkaîne. troubles n'étoient pas encore terminés , et des calamités d'une autre espèce paroissoient prêtes à fondre saiv elles. L'armée, par le secours de laquelle le congrès étoit parvenu à réaliser ses. vœux , et qui avoit supporté des fatigues et des privations incroyables , se trouvoit
(i) Voici comment on opéra ces réductions : on ne retrancha rien aux sommes qui ne dépassoient pas 10,000 liv. st. ; celles qui dépas-> soient ce taux jusqu*à 20,000 liv. sterl. éprou voient une réduction peu considérable; et au-deià de ao^oioo I. st. cette réduction alloit crQÎssant à mesure que les sommft deyenoient plut fortes. Bfol^ré cela cependant il y ent quelques personnes qui reçurent 5o,ooo liv. st., quelques autres 70,000 liv» sterl.', et une 100,000 liv. sterl. Grand exemple de générosité et.de justice, donné par une nation à qui I4 . Ç«err« atoil çoM prèiHd# i iCi milHons sterling. . ^
DigitizGd by VjOOQ IC
SBDs récompense et sans paye, et ne poavoit obtenir que Ton pourvût d'une manière convenable à ses besoins. Une proclamation anonyme montra tonte Texa**' spéfation des esprits, et parut suffisante pour les porter' à se faire jastiçe à euxrmémes , et à méconnoitre Tautorité du congrès.. Mais Washington détourna par sa' Prudence prudence et sa fermeté les suites terribles que c^^^^gi^^ptoa effervescence alloît entraîner après elle. D'abord il s'adressa isolément aux officiers, et mit tout en œuvre' pour calmer leurs passions ; et ensuite , dans une assemblée générale, il leur peignit, avec de si vives couleurs,' Tinfamie dont ils se couv*ir§ient à jamais s'ils faisoient aucune démarche qui.pût ternir la gloire qu'ils avoieut acquise pendant sept années de travaux , qu-ils déclarèrent unanimement qij'aucun genre de détresse oudé danger ne seroit capable d'ébranler ta c<mfiaoce que letw inspiroit la justice de leur patrie , et qu'ils regardoient avec une horreur profonde et repoùssoimit avec un Juste mépris les infâmes propositions qui leur étoient faites par cette adresse anonyme. La conduite du général Washington, dans cette conjoncture alarmante, mérita les plus grands él(^es ; le congrès, in* ^3 mars. strint du danger que l'état avoit couru , offrit aux officiers , au lieu de la demi-âolde à vie qui leur avoit été accordée, de leur compter une somme équivalente à cinq ans de paye , ou de leur en^faire toucher les intérêts à raison de six pour cent. ,
Les officiers satisfaits, le licenciement d'un nombre ^6 mai. aussi considérable de soldats présenta de nouvelles difficultés ; on les éluda cependant en accordant un grand nombre de congés limités , et en ne rappelant jamais sous les drçipeaux ceux qui les a voient obtenus. -Ainsi
5a2 IfISTOIRl D'ANGLETERRE.
rimpatienoe avec laquelle chacun desiroit de révoir s» terre natale , diminua le danger qu'il y avoit à licencier une armée à laquelle on 4^oit un arriéré de solde si coo9idérable. N ayant plus la facilité, ni de se ra^em-' , hier, ni de 9 entretenir de leurs griefs, le» miiitaire» redevinrent cultivateurs ou artisans , et oublièrent une dette que leur pays était hors d'élat d'acquitter. Tons cependant ne furent pas si aîsés^ à satisfsâre : quatre-* ào mai. vingts soldats ded troupes de Pensylvanie se mir eat en marche de Lancastre, et après avoir été joints par d'êXh très mécontents au nombre d'environ trois cents, so présentèrent en bajtaille dfvaiit la aa^ du ccnigrès. à Philadelphie , et menacèrent d en venir aux extrémités si Ton .n avoit égard à leurs justes réclamations en vingt minutes. Cq>endant le congrès trouva le moyen de tem< poriser avec ces mutins , et de donner le temps à Wa»^ hingtpn de détacher des forces supérieures pour ap»* ser le tumulte. Plusieurs coupables furent condamnés à mort , d'autres à divers châtiments, mais tous furent ensuite pardonnes.
iB oct. Sur la fin de Tannée , le nombre des soldats rassemciement ^^^ ^^ corps d armée étant considérableoient diminué P ^^ , pdf l^^ con^s, le congrès publia une proclamation où il faisoit un éloge magnifique des vertus civiles et mili-* taires que les troupes avaient déployées pendant le cour3 d'une guerre difficile et périlleuse, où il leur adressoit des remerciements publics pour leurs services longs , importants ei fidèles,, et où il fixok le trois novembre pour le jour de leur licenciement. A ce jour il leur offrit quatre umhs de paye, qu'il avoit eu bien de la peine à liquider, sur l'arriéré de plusieurs années qui leur étoit du. La veille de cette séparation, le généra-
son passage.
GEOEGES m. 5a3
lissiïue publia ud ordre ^u jour où il prenoit congé des Washingr soldats ; il y imploroit « Jes faveurs du ciel pour les f^^ ^l « braves qui, à Taide àet la Providence , avoient assuré a^eux. « à leurs couci toyeiii la jouissanceiles biens les plus pré^ « cteiiXy » et annonçoit que « daus Vintenticm où ilétoit M de se retirer il alloit quitter la carrière des armes pour ^jamais.»
J^près avoir asttsté à un festin magnifique , à Tocca- >5 «ov. jiîaii'dèrévac%aitioB de New-York , le généralissime fit à qu'on"^ aes officiers les adieufz les plus touchants; ensuite il se s'empres-
1 1 s« de lui
reftoii.à Annapolis, oùr le congrès t«ioit alors ses séan- rcDdresur oeSi et ayant prononcé dans le sein de cette assemblée iio discours éloquent «t pathétique, U résigna son cornfOMûdemeiit entre les mains du présider Thomas Mîf-^ âifi« Auparavant il avoitremk ai:r trésorier de Pfailadel* phie un compte , écrit de sa propre maén , de toutes les dépenses que lui avokoccasionées le service public pendant le cours de In guerre , et qui ne a'élevpient pas à quînâse mille livres sterling y. et avoit déclaré de nou* veai& qu'il persistok dans sa résolution de ^'accepter au<dmè indemnité pécuniaire* *
Dans sa route d'Annapolisà Moisnt^Venmn , domaine qu^'îl tenoît dé ses û'eux, il fut salué dans toutes les villes et tous Tés viEages , par des acdamations , des feux d'artifices, des feux de joie, et autres témoignages de félicitation de toute espèce, et reçut d un peuple ivre de reconnoissance et d'admiration Thommage des plus affectu<eùseaadres3eSwJamaîspeut-étree&ractère d'homme ne parut plus grand que celui de Washington à cette époque: c'étoit avec justice que Ton attribuoit le triomphe de la cause américaine à sa persévérance,, à sa pru* ce y à son jugement; et par son rare désintéresse-
^^i HISTOIRK D*ANGtSTFRRE.
ment il donnoit un- exemple auquel ou en trouve bien peu à comparer.
Société Cependant telle est la nature ombrageuse des cfoucinnatus. vernemeuts républicains, que lofsque le genéralis*sine et ses officiers proposèrent , pour perpétuer leur amitié, rétablissement d'une société appelée la so^ ciété de Cincinnatus, tout le continent salanaa: on pensa. qu'ils vouloient introduire un ordre miliuiire dans Tétaty.et Ton considéra commeum premier pas vers l'établissement d'une noblesse héréditaire leurpro^ position d'admettre dans cette socijété les descendaiftts des fondateurs de la liberté américaine. Ce projet, dent aujourd'hui il n'existe plus, que le souvenir, rencontra une. si vive opposition que ion renonça -à isiîre dOTet* «ette association plus long-temps que la vie dea per^r sonnes qui ré^ablissoient(i). * Situatibn Quoique les dettes des états américains^ parussent où leurs être, peu ponsidérables, les embarras pécuniaires où ils *^t"**/** se trcmvoient présentoient de très ^andes difficultés, Améri- mémc pour. im arrangement provisoire , et menaçoient cains. d'arrêter pour long-temps l'essor de la prospérité na* tionale. Leur dette domestique s'élevoit à environ trentequatre millions de dollars, ou sept millions six cent mille livres sterling; et ils. dévoient à la France dixhuit millions de livres tournois qu'ils lui avoient em« pruntés (a), et dont il étoit convenu que la liquidation
(i) Considérations on the society or orderof Cincinnati, hj Cassiu». ,On présume que eet ouvrage est de ^danos Burke, un des
chefs de justice de la Caroline du sud. Voyez aussi Observations bj an obscure individual. Ces deux ouvrages ont été imprimés à PhiU* delpbieen 1783.
(a) 787,5^0 Uv. jBterl ^•
GBOAÛES III. ' 5^5
se feroii par^terniM, en douze années, le capital portant un ifitévét /le cinq pour cent. Us dévoient en ouire à la Hollande cioc| millions de florins , ou dix millions de livres tcMirnoîs ( i ) ^ qui pprtoient tetfnéme intérêt de cinq pour cent, et qu'on étoit contenu d'acquitter en cinq années» Lereste de leurs dettes étrangères s elevoit à environ cinq celK mille livres sterling. L'autorité bornée du congrès, et la puissance discrétionnaire des différentes assemblées provinciales, opposoient de grai^ds obstacles ^à l'acquittement de ces dettes: si la l^slature générale formoit un plan, quelques-unes des législatures particulières l'adoptoi^Eit en entier, d'antres en rejetoient une partie, d'autres enfin refu* soient de sanctionner en aucune mamière des mesures .tendant à confier aux mêmes mains le ^aive et les trésors de la nation, et opposaient Ja force des armes aux agents que le congrès envojtoit poue elïectuer la levée des impôts. ,En vain c^te assemblée pnblioit-eUeles exbortatioi|s les plus pressantes, en vain'invoquoît-elie la foi publique et en appdoit-elle à l'bonneur des ci«> toyens; on ne tepoit aucun compte des raisons qu'elle alléguait, parceque ses demandes lésoient les intérêts fiarûçuliers; et l'impuissa^nce du gouvernement, et la mauvaise volonté du peuple, faispient apprébender sérieusement qu'on ne déclarât une banqueroute gêné-* raie. Au milieu de semblables alarmes , que redoubloit la violation des engagements les plus sainte, la force des obligations particulières diminuoit d'une manière effrayante; les contrains- du gouvernement étoient rendus, le dixième de leur valeur nominale, et tout n'éCoit que spéculation I fraudât injustice, et rapine.
- {1)437,500 Uv. rtkrl.
.5a6 HISTOIRS D'aNGItEITERRE.
L'émpresseoMiit avec le«|u«l las poîssMioeft* europeennescherchoieDC à obtenir la préféreooedMiG le com* meroe si vanté de TAïK^riqae, ajontoit eiK^ore à ces maux. Les État9>'Uiiis étoient iomidés de {Nroduils ma* nufacturésbfFertsà des conditious siacccnoiodaiitesd^ crédit, que les commerçants eo achetoient plus q«i'its n'avoient la feculté d'en payer. Il y en avoit qui contrac^ toient des dettes pour «ne somme égale à cette qu'ik ré'^ clamoient du congrès, et conséqnemment la déprécia'^ tion journalière des âssorances du goo^remement je^ toit la même confusion dans leurs «flaires. Ceux qui étoient débiteurs de qaelques marchands anglois sur des contrats passés avant la guerre, se trouvoient^ans une situation plus diffidie encore et pk» gteée; Iléloft spécifié par les conditions de la paî« que lotis ces engïh gements seroient acquittés, et ils ae pouvoîent Tétre qu'avec de Targent , puisqu'il n'y avoit aucune probabt*' iité que des créanciers auxqtiels une guerre kmgue et hasardeuse avoit causé les plus sensibles dommages ; voulussent se contenter d'un papier-monnoie' déprécié. Ainsi la rareté des espèces devenoit plus effrayante chaque jour; et cependant, depuis sa séparation d'avec sa mère-patrie, rAmériqi}e n'avoit plus de moyens d'y remédier. On avoit réglé des traités de commerce avec la Suéde , la Prusse et Tempereur de Maroc ; mais toutes les démarches dans la vue d'étaUir des relations corn* merciales avec la Grande-Bretagne étoient restées qnel* que temps sans succès. Les communications que les états américains avoientenrretenues jusqtfe«Ià, en Icfur qualité de colonies, avec les Indes occidentale^, où ils recevoient en échange une grande quantité d'or et d'argent, se trouvoient entièrement interrompues par le sys'
tèmê ^otiiat de l'AngleteiTe; et cependant ils ne rçtiroient aucun profit de leur pêche, d^uis. qu'ils étoient privés de ki»rs débouchés, et qu'ils ne recêvoiem plus les encoura^ments de la métropole. En même temps la foiUesse de leur marine les empédmt d'user de leur droit de «ommerce dans la mer Méditerranée, où ils étoîeat hors d'état de se défeadre contre les corsaires d'Alger. Ainsi, pressé dç tous côtés par l'infortune , l'in* di^ence et les craintes, le peuple nenvisageoit qu'avec une sorte de d^oût cette indépendance dont on lui avoit présenté des portraits si séduisants ; il ne tenoit ' qu'un rang ot3iscur et précaire parmi les puissances du globe : et jamais on ne l'auroit vu sortir de cette situation déplorable, si l'expérience ne lui eût hit sentir la né-^ eessité d'un gouvernement asses^ fort pour faire mouvoir à-la-fois tous les membres de la communauté, et asseff respecte pour ne point être abandonné aux ab«surdes innovations de quricpies apéculateurs. visi<Hi«naires* C'est dans ces circonstances qae Washington fut tiré de sa retraite, et appelé à diriger par sa prudence des conseils qui ne devoien,t le^r autorité qu'à sa va* leur ( i): et de ce moulent le gouvernement acquit de la consistance et apprit à se faire respecter (2),
Les pqîasaiices de l'Europe qui a voient participé sans {provocation à une m&ttie conspiration formée cocutre la Grande-Bretagne , ne trouvoient pas, même dans leurs succès, de grands motifs de se £âiciter . Elles aveôent ré* duit une puissance rivale à accepter des conditions de paix que ses propres législateurs avoâest censurées;
. (i) En 1789.
(3) Ramsay, toL 1 1 , chapitres a6 et 27 ; Stedman , chapitre 4^. Fo^ex aussi l*Aonual Résister, et h Remembraïuier.
•mais leur triomphe ne leur avoit procuré à elles-mêmes aucun avantage signalé. Si Tespoir de supplanter la Grande-Bretagne, ou même de rivaliser avec elle dabs le commerce avec les états américains , avoit animé leurs efforts, leur attente fut cruellement trompée, même pendant lé cours de la guerre, quand M. Lanrens êth* ploya l'argent que la France avoit prêté au congrès , à acheter des objets manufacturés en Angleterre , se jus* tifiant sur ce qu'il étoit obligé par son devoir à se pour* voir au meilleur compte possible (i); et si elles avoient formé le projet de contraindre l'Angleterre à faire ban- ' queroute, ou de la réduire au désespoir, elles durent être bien étonnées et bien mortifiées de voir que la nâ« tion, danssa justice magnanime, accordoit aux royalistes une somme plus forte que celle qui rendoit insolvables les Américains, et que les particuliers rivalisoient de ^éle et d'empressement avec Fétat, pour effacer les traces de la guerre , en consacrant des fonds suffisants au paiement des intérêts de la dette, et en donnant au commerce plus d'aqtivité et d'ét^adue qu'il nVen avoii jamais eu par le passé. «
État des La France, que l'espoir de ruiner 4' Angleterre avoit en^^' portée sans doute à prendre les armes,. trou va, dans les
France, conséquences immédiates de son agression, la juste pane de sa perfidie. L'état de délabrement de ses finances la rendit la proie des charlatans, et un objet de mépris pour l'Europe. En effet le traité définitif étoit à peine signé, que la banque de Paris, appelée la caisse 2 oct. d'escompte^ se déclara -hors d^état de remplir ses enga* *
(i) Voyez lord Sheffield*s Observations on american commerce, et aussi The Commerce of America witb £urop6, by Brissot and Glu' TÎere^ p. 1 19 de la traduction ai»ç1oise<
geiBents. Le peu{>le s aperçut alors que le système ab<> sarde d'économie que Ton avoit suivi pendant la guerre, jet au ipoyen 4iiquel on prétepdoit n avoir plus besoin 4 etabjUr de nouveaux impôts» n'^toit fondé quç s^tt dfâ9 illusions, et n'e^trainoit apr^ès lui que déshonneur ep que ruine. JRlus tard le gouyiçrnemeilt François eut des npiotifsjHeu plu^s puissants de se repentir d!?yplr fp* mente la révolution d'Améiçiqi|e;.mais il n'appartie];i( pas à rbistorien de signaler d'avance cçs imppr^an^i^éT ^ultats : il suf& de remarquer que le^ spéculadons^u^'* quelles on s abandpnnoit sur les. finances, sur la morale et sur la religion, entretenoient, pue fermentatig^iii daxh: ^ereuse dans les esprits , teudoient à faire adopj^er d'autres maximes^ et relâchoient tous les anciens Ijj^qs de fidélité ; et que Ja cause du gouvernement établi perdoit chaque jour de ses partisans, par l'influence ef: l'exemple de ceux qui, ayant coopéré à la révolution d'Amérique^ prenoieut - des événements qui s'étoient passés sous leurs yeux pour texte de comparaisons bu- ^liantes, et faisoient partager à un parti nombreux, qui se repaissoit d'abstraites théories, l'espoir 4'un changement radical, et d'un nouveau gouvernemeç4, qui , s'il n'étoit pas entièrement républicain , seroit du moins formé sur ce modèle. ' ^
iJPour l'Espagne^ elle se trouvoît frustrée de toutes en les espérances que lui avoit fait concevoir cette guerre : ^spa(»ne. ses finances étoient dans le plus déplorable état, et elle n'avoit obtenu aucune des indemnités qu'elle desiroit, m la Jamaïque', ni Gibraltar. Elle restoit dans la plus complète apathie, attendant le remède de ses mau?f plutôt du temps que d'aucune mesure ; et elle étoit réduite à la condition la plus basse, subsistant sans sys- 20, 34
S30 HISTOIftÉ D^ANOLETEBRE.
tètnie' politique, et n'afya^ d'autre volétot^ que les hn:-taiéies de Itf FrâîKé; ' - ' et en A |ieiiie je )^àiiicpâ'tënbiVpàttr lë FVMce m^'û jprft Hollande, j^ jf^g^^^^ aQîi»J|eë cOBfèisil^ de le HèHttiïdb, qiiè fcëtté ]^^afnée sëhtSM'lsl véHté de^ |!>M^ktte]is'aë<^rà Béùb?â^,; viëùj^ pëM&téqùiaVbU dôMMttu #^è tiijè éfilei^ r>|]^iïïâtrë :tô dé^^ique ambHiieiW de Louis KI7, €* qiiî'Jtf 'àVoiî "Sbùvêiff répété que, du- mditient ou elte'rbiïi^tàit ^àH^^Mnàé kvèc la Orandè-Bi^eca^e, elle V^hiit' son' impôrtà^jë ^pbliiiqiië ^4irtk 0fe fut Ifi 'ë^iâe-dès {^i^issahëèé ièoiifédérèes qui paya sa trahisoft dèlà^'értcf d-uùe pÔPfloii'de son territoire; sa sitùatioâ *fai concision «luU*âké^ét6it véritablèâient déplorable; toutes ses colonfiésy^^di étaient tombées âù pouvoir dé l*Aiigleterrèj aVôîfetft'été -lèprisés parlàîFrance,- etres^tdient entre les mains Jé cette couronrie 'artificieirse^ tOD^e ÙA gage qui de voit lui répbndi*ê dé don obéissan<;ë à toutes les cdîiditionà qù'èMè'ti*èUve1r6ît* avantageux de lui dicter. Ainsi,- dans là'àécéssité de se soumettre , la Hollande ne reçut àu<iune cdmpensertion pour la ruine de son commercé et le pillage dé ^ès établissements, et elle eut èhcoi^è rhlimiliatioii de Voir à ses portes Osténde aci:iilérir tiné importance coiisidérable. Conduite L'empercur d'Autriche, en assurant de nombreux 4^' éri"" privilèges au port et à là ville d'Ostende^ sut ptôfitei-ltle les. sa neutralité avec adresse; mais, dans le Système gêné- ^^àl de sa conduite , ofl né le vit montrer ni magnanimité, ni grandeur. Il ne continua pas de s'opposer aux usurpations dés grandes puissances pour maintenir en équilibre la balancé politique de l'Europe; loin au contraire de s^engager dans une lutte dont il ne pouvoit retirer aucun fruit, il suivit', de concert avec Timpératrice de
imi
. GEORCEs m. 53-1
Russie, un plan d attaque méprisable contre les petits souverains 9 dans la vue de s enrichir de leuré dépouilles. Ces deux puissances formèrôïit bientôt le projet d'attaquer les Turcs ; mais comme elles craignoient d'alarmer les autres états , elles saisirent cette occasion de renon^ cer au nooyeaà code maritime, et annoncèrent la réso- '^ lution qu^elles avoient prise à cet égard à l'époque de la conclusion^ du traité .définitif; mais M. Fîtzherbert , d'après les instructions que lui transmit sir Jacques Harris, s'opposa à l'adoptibn 2l'un pareil système ^ et convainquit M. dé Bretisuil qu'il n'étoit pas moins pré- ; jtidiciable aux intérêts de la Prance qu'à ceux (ie la . Grande-Bretagne. Le ministère' britannique se glorifia dans le parlement dWoir, par sôù opposition; empêché qu'pn ne décidât d'une manière désavantageitse une question d'une importance. si grande; màis'M. de Vergennes usa de bien plus' d'adresse, et se fit un mérite, auprès de l'impératrice de Russie, d'avoir établile principe en contestation^ par cela même qu'il n^ avoit pas expressément reînoncé.
Peut-être est-ce pour avoir donné leur consentement État des à cet objet, que les cours impériales conçurent l'es- »*^^f***®f
•' ^^ ' * * * en Angle-
pérance d'intéresser la- Gfiande- Bretagne à l'agi^ssion terre. qu'elles avoient projetée ; mais le ministère, n'ayant pas oublié là politique évasive et intéressée qu'elles avoient suivie pendant la guerre, refusa de participer en aucune sorte à leurs desseins, si elles n'àdoptoient tin mode de conduite plus loyal et plus décisif. M. Fox enjoignit à l^'ambassadeur anglois à la cour de Vienne d^observer la plus prudente réserve, et d'éluder adroitement de répondre aux questions qui lui seroient adressées, lui
recommandant de mettre toute sa sagacité à découvrir
la situation véritable des affaires entre lé cabinet autrichien et la France, et, s'il voyoit jour à pouvoir dissoudre leur alliance, de tiravaiUer de toutes ses forces à hâter un si désirable événement. «Voici en peti de mots, ft lui observoit-il, la ligne de conduite qui vous est tra- « cée : vous devez tout dite et tout faire pour rompre « Tunion subsistant entre la cour de Vienne et la France; « quand cette union sera rompue, vous promettrez des « secours de toute espèce à TAutriche, si elle veut im- «1 médiatement commencer les hostilités ; mais jusqu'à « cette rupture ne promettez rien (i). »
La prudence et son intérêt particulier commandoient à la Grande-Bretagne une conduite semblable, après une guerre coûteuse où elle s^étoit vue attaquée de la plus injuste manière, et lâchement trahie par des puissances qui lui avoient les plus grandes obligations. La dette nationale s^étoit accrue d^environ cent seize millions sterling; mais la fidélité que Fétat avoit mise à remplir ses engagements, dans toutes les circonstances difficiles par lesquelles il avoit passé jusque-là, lui faisoit trouver avec une Borte de faciliié des ressources pour assurer le paiement des intérêts de la dette , et finalement en amortir le principal. Cependant les conjonctures demandoient que Ton agtt avec beaucoup de réserve, de prudence et de fermeté; la plus légère inquiétude du public sur un objet si délicat pouvant entraîner les conséquences les plus graves.. Le roi On pou voit tout se promettre de Thonneur national, alence T ^^ ^^ caractère personnel du souverain , qui n'avoit ^' montré quelque éloignement pour la paix que par son
(i) Lettre de M. Fox , «ecrétaire-d^^'tat, à sir R. M. Keith.
désir de venger la dignité du trôné et d'assurer le maintien de ses droits. II n'avoit consenti qu'avec répugnance à terminer les hostilités ; mais cette même fermeté avec laquelle il s^étoit opposé aux conditions d'une paix qui devoit entraîner le démembrement de son empire j il la mettoit à s'en tenir à ces conditions.^ du moment que la nécessité et la voix du peuple lui avoi^it feit également un devoir de les accepter. Le roi expliqua avec noblesse et sans détour sa façon de penser à ce sujet , quand M. Adams obtint sa première audience en qualité d'envoyé des États-Unis d'Amérique. Il déclara qu'il redoutoit cette entrevue comme ]e moment le plus critique de sa vie ; cependant il fit au ' nouveau ministre un accueil bienveillant et gracieux. « Monsieur, lui dit-il, j'ai été la dernière personne*de « mon royaume à consentir à l'indépendance améri- « caine ; mais , maintenant que je Fai reconnue, je serai «aiissi la dernière personne à consentir qu'il lui fut «porté atteinte. » De si nobles sentiments, d'accord avecJa conduite entière du monarque, réfutent victorieusement les calomnies dont on avoit voulu le noircir, et au moyen desquelles on étoit parvenu à' rendre la révolte populaire; aussi M. Adams se retira pénétré de la plus profonde émotion, témoigna, avant de quitter le palais, sa reconnoissance pour le gracieux accueil de sa majesté, et lui conserva un vif et sincère attachement pendant le reste de ses jours ( i ).
Bientôt la fureur des discussions se porta sur d'autres objets, qui n'avoient aucun rapport direct avec la ^ guerre, la paix, ou les finances. Les différents partis
(i) Renseigoements particuliers.
534 HisTOiBfi d'angleterre,
soutinrent leurs opioioDS avec un adiaroement et une ajûoiQsUé sans égala; et telle étoit la- manie^ des ré-» formes, qu'on tenta d'ébranler les fi^»dmients de la constitution elle-même. Les affaires de l'Inde» au sajet desquelles on se livroit depuis loag-tela^ à des enquêtes nombreuses 9 ri^laaèrent hientétt des mesures e;ttraordii|aîres deiapact de la légÎ5lotu«#y pendant que de nouveaux objets, js élevant s«r Tborison poMtîquey annonçoient les approcbes dkaïe période «ncore plus importante et plus remplie d'événements qiie celle que nous venons de présenter au lecteur.
Observa- . Ett reportant nos regards sur les années dont nous * ralir' ^"^^^^ ^ tracer rbistoire,- nous voyons le ro?yauflie en proie aux difficultés les plus gra^ves. C'est une opposi* tion, également habile et Ibrmidable, qui dirige ses attaques contre la cour, et renverse en huit années cinq ministères ; c'est la populace , qui ne connoit plus aucun frein, et s'abandonne à des violences séditieuses, pendant que les lois^ semblent trop Ibibles pour réprimer ses excès ; et quand le «salme est rétabli 4ans l'état ,. une guarre avec les colonies vietit enflammer de nouveau les passions du peuple, et cette guerre est, pour les ennemis de la Grande-Bretagne et pour ceux qui devraient être naturellement ses alliés, une occasion de se déclarer contre elle. Cependant Tanimosité des partis s'exalte encore , et les Américains révoltés trouvent de zélés défenseurs dans le parlement; la guerre est signalée par des revers, la paix est censurée comme honteuse; et pourtant, au milieu de ces conjonctures difficiles, le commerce acquiert une nauv^Ue étendue, la justice est régulièrement administré^, les impôts sont levés sans obstacle, et le gouvernement déploie dans sa marche
une vigueur inépuisable et une modération magnanime. Quelle autre oause puissante eût pu produire*de si merveilleux efFets? quel autre paUacUum que la constitution ' britannique eût pu maintenir, dans une période si critique, le gouvernement et la liberté? Protégées par cette ccMistitution admirable, toutôs les classes de la société ont rivalisé de zélé et d'ardeur pour réparer les maux qu'avoit soufferts la patrie ; et en pen de temps le succès a dépassé leurs espérances. Que des coalitions ennemies se déclarent de nouveau contre nous, que les partis se montrent encore acharnés , jamais Ton ne pourra méconnoltre les grands intérêts de Tétat, la stabilité des lois et la liberté, tant que la Grande-Bretagne ne laissera porter aucune atteinte à la source de sa félicité et de sa grandeur, à son inappréciable constitution.
FIN DU tome' VINGTIÈME.
N° I ( tome ly, page 56).
Extrait d^une leUre de lord Melcofiibe h lord Bute^ en date du 6 octobre 1 761 .
Je vous fâicite bien sincèrement d'être débarrassé du collègue lé pius intraitable ; je félicite le roi et le pays d'être débarrassés, celui-ci duplus impérieux serviteur eeltti-là.dù plus dangereux ministre; j'entends dire .que le peuple est i3»eepntent de ceci.
w H {ibid).
Lettre de hrd Bute à lord Melcombe,
Quelques sujets personnels de plainte que m'eût donnés Tadpiinistration qui tombe , je suis loin de regarder sa dissolution, dans la conjoncture présente, comme favorable aux affaires du roi.. Sans remonter aux causes de la guerre , il suffit d'observer qu'elle est nationale ^ et que Thonnetlr ùoi^ fait un devoir de soutenir nos alliés. Il est impossible, mon cher lord, que vous ayez pour cette guerre plus d'aversion que moi ; mais comme nous avons affaire à un ennemi perfide, dpnt tput récemment encore nous avons éprouvé les infâmes pré-* varications , il nous faut redoubler de vigueur et de courage, si nous voulons l'amener à uiie paix telle que nous
f)4o ' PIÈCES HISTORIQUES.
avons droit de Tattendre après des conquêtes réitérées; telle enfin que je puisse , comme principal min^istre responsable , y attacher mon nom sans me compromettre. Ainsi le changement d'un ministre ne peut, quant à présent, apporter aucun changement remarquable dans les mesures. Je souhaite la paix, mais je ne Timplore pas : et ce n*est de ma part ni orgueil ni soin de ma propre sûreté (quoique ces deux motifs pussent être allégliés sans honte ) ; cela tient uniqu^nent à ma conviction profonde que le moyen d avoir la paix n^est pas de la solliciter. En vérité, mon cher lord, ma situation, de tout temps difficile et périlleuse, Test maintenant bien davantage. J^ sais que je ne suis point étranger aux pro- ' pos qu'on tient dans c^ette grande cité : si nous a%H>ns perdu notre ministre favori ^ répéte»t*on, la faute en est à lordJfuie , qui par sa position auprès du roi pouî^it empêcher cet événement \ lord Bute nous répond des conséquences. Tout cela tient mon esprit en haleine, fortifie mon ame loin de l'alarmer, et m'inspire non seulement de la prudence , mais encore de l'ardeur et de la résolu^ tion. *
N° lil ( tome 17, page 85 ).
Le roi de Prusse au roi Georges III.
( La lettre est en françois dans roriginal. )
A Breslaw, ce a a janvier 1 76a-.
Monsieur mon fbére ,
La longueur de la campagne dernière, et différentes fatalités survenues de suite, m'ont empêché d'écrire-
t»l£CES HIStOÏlIQÛÊS. Ht
plus tôt à votre majesté. A. présent voilà Timpératrice de Russie morte; et le grand-duc^ qui m'a témoigné en toute occasion de Tamitié, est sur le trône. Je suis persuadé que, pour peu que le sieur Keith sache profiter de ces circonstances, il en pourra tirer un parti avantageux. Pour moi , je ne doute pas que cette année-ci ne soit plus heureuse que les précédentes, et ne nous mette en état d obliger nos ennemis à des conditions de paix plus honorables pour nous que les lois arrogantes qu'ils vouloient nous prescrire. La déclaration de guerre des Espagnols est, selon moi , avantageuse à TAngleterre , en ce que la grande supériorité de la iBotte britannique triomphera des Espagnols comme des François. Quelle gloire pour le régne de votre majesté de rendre par là sa nation la 4ominatrice des mers, sans contradictions, et à nous tous d'avoir résisté et de nous être soutenus contre les. forces réunies de toute l'Europe! Il n'est question que. d'un peu de constance et de feN meté pour terminer cette funeste guerre à l'avantage de TAngleterre et de ses alliés; mais il faut persévérer jusqu'au bout ; je vois encore des difficultés sans nombre; elles m'encouragent au lieii de me rebuter, pai* l'espérance de les vaincre. Personne né prend plus d'intérêt que moi à la .gloire et à la prospérité de votre majesté ; je la prie d'en être convaincue, ainsi que de la haute estime avec laquelle je suis ,
Monsieur MON FRÈRE,
De votre majesté.
Le bon frère, Frédéric
hord Bute h OJfM. Keàh et Wrougkton.
Messieurs,
Je vous félicite sincèrement des symptômes qiii se sont m9nife$tés d un chaDgement dans les mesul^es de votre cour; changement si désirable dans l'intérêt de TEurope. Je ne dois pas vous laisser ignorer la satisfaction particulière avec laquelle le roi a reçu les détails que vous avez transmis, touchant les dispositions amicales de 1 empereur actuel à Tégard de sa majesté prussienne, son éloignement visible pour la France, et pardessus tout son intention de ne rien négliger de ce qui est en son pouvoir, pour amener une paix raisonnable entre les puissances belligérantes.
G'étoit là le point capital dans les Instructions que sa majesté me prescrivit de vous adressa, au premier avis de la mort de Timpératrice , et c'est toujours ce que le roi veut que vous recommandiez avec le plus grand zèle : nous espérons q»e s^ majesté impériale y emploiera tout sçn crédit et toute sbn influence , particulièrement auprès du roi de Prusse. Les rapports que vous avez faits , et ceux que nous avons reçus de M. Mitchel , au strjet des motifs qui font présager une réconciliation entre ces deux cours , ne pouvoient maâquer de causer ici beaucoup de plaisir; mais je dois vous faire observer que ce plaisir tient principalement à l'espoir que l'empereur aimera mieux exhorter sa majesté prussienne à terminer, à des conditions raisonnables, sa guerre avec Timpératrice-reine , que l'encourager à la poursuivre.
PliCRS^ HISTORIQUES. 543
J0 suis ; 9vec autant die oanfiaBoa que de considération, ♦ Messievi», •
, Votre très obéissant serviteur^
Lori B^të h UM. Kn/phtiuseh et Mitchel. ( GettQ lettre «est en frai^çois dai^», rorigiqâl. ),
A Saint-James, ce 26 février lyÇa
Ck>riuiie\^oiis^jSèmblieB souhaiter d*élre mis en étÂt de dépê(sher votre couiwier ce soir même,- je n'ai pas voulu différer de mlitforiner de la réponse qu'il plai-^ l'4>it au roi que je, vous rendisse sur:ks instances )>ires^ gantes que VQUsraVès iûies dehnèremeàt an sujet du suljsidey <et Vajant fait ce matin, je vais en conséquence vous faire part, des intentions deisa majesté là*dessbs, afin d'jévfter iès méprises qui :se^ peuvent glisser dans \^s .rapportai de. ce qui se ti*aite''eh dès: conférentes , et pour que v^nsiien puissiez rendre un compte aùtfaea^ tique au rôt votrd maître.
: Je vous dirai dcsic ^ue sa majesté se trouve encore portée dlnolnuitiôn/cômme auparavant, de fournir l'aide péci^nîairej en question, aU<roi de-^usser-mais comme le grand éviiiement que nous avons vu arriver dans le Nord à opéré un changement qui semble pro-» mettre les plus grandes facilités à sadite majesté , pour l'amélioration de sa situation présente, en la tirant de ces dangers multipliés auxquels elle s'étoit trouvée ex-
544 PIlftcES IIISTÔBIQI7C9. \
posée, le roi souhaiteroit que le seoours qu^il voudroit prêter à ce prince dût plutôt aider à la conelusiou de la paix qu'à la continuation de la guerre.
C'est dans cette vue que sa majesté a attendu, avec tant d'impatience, la lettre que vous avez tant de fois annoncée de \fiL part du roi de Prusse, comme aussi les éclaircissemçnts qu'elle avoit demandés par le canal de son ministre à Magdebourg.
Les voilà enfin arrivées ces dépêches de M. Mitchel, mais sans avoir apporté la moindre ouverture dans aucun des points essentiels qui en sont le sujet, qui pût satisfaire à la juste attente du roi. Je suis obligé d'en dire autant par rapport à ce que vous m'avez fait rkônneur de me communiquer des instructions de sa majesté prussienne, iqui pe s'o«vre le moins du monde au sujet des conditions particulières sur lesquelles elle voudroit conclure la paix ; se bornant , au contraire, aux expreissions générales de sa disposition à conclure sur un pied qui seroit conforme à ses intérêts et à sa gloire.
Il est vrai qoe^ par hne lettre de plus fraîche date^ M. Mitchèl nous apprend la mission d'une personne accréditée et munie des pleins pouvoirs diidit roi à la cour de Russie, et que sa majesté a bien vmilu lui faire savoir que c'étoit pour s'en servir si Toocasionf se présentoit. £lle ne s'explique pas davantage ^ et ne fait la moindre coçmmnication au roi desindtructions particulières qu'elle auroit données à ce ministre.
Vous jugez bien, messieurs, qu'un silence si extraor* dinaire, par rapport à un objet qui intéresse les deux cours à un tel point, ne sauroit être regardé qu'avec beaucoup de surprise par sa majesté; je tous assure pourtant qu'il ne l'a nullement fait changer de résolu-
PtÉCES HISTORIQUES. 545
tiioti. Mais elle continue d'espérer que le roi votre maître se déterminera enfin à lui fi^re part de ses idées au sujet de la paix, et elle se flatte en même temps qu'elle les trouvera propres à faciliter lobtention de ce but tant désirable.
Dès que le roi aura eu cette consolation , il ne se per«> dra pas un jour à moyenner à sa dite majesté la remise des six-cent soixante-dix mille livres sterling. Ettomme ces sentiments et cette intention du roi ne sont pas seu* lement raisonnables en eux-mêmes, mais qu'ils se trou*vent aussi marqués au coin de lamitié et de l'attention les plus parfaites envers sa majesté prussienne, je me flatte qu'une telle ouverture ne sauroit manquer d'être reçue avec la même cordialité avec laquelle on la fait, et qu'il y sera répondu d'une manière à lever toutes les difficultés qui subsistent actuellement; événement qui me réjouira infiniment en mon particulier.
J'ai l'honneur d'être avec la considération la plus
|)arfaite >
^ Bute.
Le roi de Prusse au roi Georges III .
( Cette lettre et la suivante sont aussi en françois dans l'original. )
Â^reslaw, ce ta mars 1762.
Monsieur mon frère ,
Les nouvelles qui viennent de Pétersbourg depuis la mort de l'impératrice, sont si favorables que je les communique avec joie à votre majesté. Le nouvel empereur est entièrement disposé à la paix. Les soins de M. Keith 20. ?5
546 PIÈCES HISTOIIIQUES.
ont beaucoup contribué à entretenir cette disposition avantageuse. J'ai envoyé le baron Goltz à Pétersbourg, pour complimenter ce princesur son avènement au trône, et il est en même temps chargé de pleins pouvoirs pour signer la paix, si l'empereur y consent. Cette négociation passe par les mains àfi M. Keith : TAngleterre n'a pas été en guerre contre la Russie, et les intérêts de votre majesté ne peuvent rien souffrir de cette paix ; de sorte que je n'ai aucun reproche à me faire, et je suis même persuadé qu'elle sera bien aise de cet événement. Voilà la grande alliance séparée: c'est un très grand article; si avec cela nous parvenons à pousser la cour de Vienne vigoureusement, il faudra bien qu'elle prenne enfin des sentiments plus modérés qu'elle n'en a marque jusqu'ici, et son consentement à la paix entrednera infailliblement celui de la France. J^ai regardé de tout temps la reine de Hongrie comme la promotrice de la guerre présente, et votre majesté verra que la guerre ne finira que lorsque cette princesse commencera à craindre pour 9^s propres états. Je souhaite d'avoir toujours des nouvelles agréables à marquer à votre majesté ; je la prie cependant de croire que personne ne prend plus que moi de part à ses intérêts, étant avec le plus grand attachement ,
Monsieur mon frère ,
De votre majesté
Le bon frère, Frédéric^
flèCES HtSTORIQtJEâ* 547
Réponse de Georges III au roi de Prusse.
A Saint-JameS) ce 3o mars 1762.
Monsieur mon frère ,
En remerciât votre majesté des deux lettres qu'elle a pris la peine de m'écrire le 22 de janvier et le 12 du courant, je la félicite très sincèrement de l'heureux changement arrivé en Russie, et particulièrement sur la déclaration faite, le 23 du mois passé, par cet empe* reur aux cours de Vienne, de Versailles et de Stockholm • La résolution qu'a prise ce digne prince de faire connoître à tout le monde ses sentiments par rapport à la guerre présente, et son intention de contribuer, de tout son possible , au rétablissement d'une paix générale , m'a été infiniment agréable , et ma façon de penser sur ces grands objets y correspond entièrement ; je ne manquerai pas de coopérer, par tout ce qui pourra dépendre de mes soins , à un dessein si salutaire. En même temps, je prie votre majesté d'être persuadée que je souhaite toujours également de pourvoir à son assistance. Elle voit pourtant combien mes facultés diminuent de jour à autre, ensuite de la nouvelle guerre où je me trouve engagé , et des secours indispensables pour le soutien de mon bon et ancien allié le roi de Portugal. Ce n'est pas que, dès que votre majesté m'aura confié les moyens dont elle se propose de se servir pour l'obtention de la paix , je ne sois résolu de faire tout ce qui sera en mon pouvoir pour aider à sa réussite. Je suis avec la plus parfaite estime,
Monsieur mon frère ,
De votre majesté
'Le bon frère, Georges,
N° IV ( tome 1 7, page 202 ).
L'histoire primitive de l'ile de Man est enveloppée d^une obscurité profonde. Lors de l'expulsion des Norwégiens, les anciens registres de File furent transportés à Drontheim en Norwége; et les recherches qu'on a faites, dans ces derniers temps, ont donné la certitude qu'ils furent accidentellement détruits par le feu. Cette lie pcTroît avoir été autrefois un royaume absolu.
N° V ( tome 17, page 216 ).
Voici un passage d'une lettre écrite en novembre 1765 par une personne marquante d'Amérique à un Anglois d'un rang distingué : « Mes compatriotes veu- « lent à toute force une entière exemption de taxes ; et « indépendamment de la justice de leur cause , diverses « considérations concourent à les animer de l'espoir du « succès. Vos embarras actuels, qu'ils se flattent d'ac- « croître encore par leur économie et par }es encou- « ragements donnés à leurs propres manufactures i la « privation des ressources que vous tiriez de ce pays; « la difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité , d'entre- « tenir une armée permanente en Amérique; la convic- « tion qu'un grand nombre de vos ouvriers, manquant « de travail chez vous, en iront chercher chez eux ; le « rapide accroissement de leurs forces joint à la certi- « tude de voir vos troupes s'affoiblir par la désertion : « tout cela les. remplit d'audace. Ajoutez-y leur union; « songez qu'il n'est pas d'homme ici qui n'excite son « voisin ; que chaque colonie s'entend avec la colonie « voisine ; enfin que nous sommes Anglois ; et que nous « voulons être [libres. » ' '
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