‹ Histoire D'Angleterre Depuis 1760 (volume 2)Chapitre 8 sur 31 · LIVRE XXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIX

Rodney est envoyé au secours de Gibraltar. — Il s'empare : d^une flotte espagnole. — Il défait Langara. — Siège et prise de Charlestown dans la Caroline du sud. — Adresse de Clinton aux habitants de la province. ^^ Proclamations de ce général. — On organise des Jbmpagnies de volontaires. — Expéditions contre les A4:nérîcain8. — Bnrford est battu par Tarleton. — Clinton quitte la Caroline. — Mesures que prend lord Cornwallis. — Mesures qu'adoptent les Américains. — Nombreuses trahisons dans la Caroline du sud. — Gates est appelé au commandement des provinces du sud. — Bataille de Camden. ' — Tarleton met en déroute le corps de Sumter. — Mesures rigoureuses de Cornwallis. — Défaite et mort du colonel Fer^^son. — Suites de cette défaite. — Fin de la campag;ne danë la Caroline. — Il ne se passe rien d'im|»or' tant à New-York durant l!absence de Clinton. — Incursions dans le Jersey. — Attaque de Bergen-Point. — Arrivée des renforts envoyés par la France. — Clinton se présente devant Rhode-Island et ne peut l'attaquer. — Arrivée de Rodney aux Antilles. — Tentative infructueuse de l'amiral Guichen. — Arrivée d'une flotte espagnole. — Guîchen fait voile pour TEurope. — Et Rodney pour l'Amérique.

— Entrevue de Washington et des commandants françois.

— Défection d'Arnold. — Fin malheureuse du major André. — Proclamations d'Arnold. — Échange de l'armée de Burgoyne. — Affaires sur mer en Europe. — Prise des flottes que l'Angleterre avoit expédiées pour les deux Indes.

— Les Américains s'emparent de la flotte de Québec.

lijgo. JL*^ place de Gibraltar manquoit de vivres et se trou-

Rodoey voit réduite aux plus cruelles extrémités quand rami rai

envoyéau Rodney reçut ordre de se mettre à la tête d'une escadre,

secours et d'aller la ravitailler. Cette expédition fut préparée en

Oigitized by VjOOQ IC

GEORGES lit. :ko5

décret-, et conduite avec une rare prudence; aussi les de cours de Versailles et de Madrid se trompérent-elles sur \^^ ' son objet: elles ne pou voient s'imaginer en effet que Rodney , avec un artnement déjà très considérable par * lui-même, et renforcé de plusieurs bâtiments delà flotte de la Manche, dût escorter les transports jusqu'au lieu de leur destination ; et elles pensoient qu'il s'en sépareroit à uyne certaine hauteur. En conséquence de cette opinion l'Espagne détacha de sa grande fjiotte onze vaisseaux de ligne et deux fré|^ates , et donna l'ordre à don Juan de Langara de faire ses dispositions pour intercepter le convoi. "

Rodney airoit mis à la voile depuis peu , quand la g janv.^ fortune, qui se plut à le favoriser, fit tomber entre ses '^ ® ^™* mains quinze vaisseaux marchands espagnols riche- cFutte ment chargés, avec un bâtiment de guerre tout neuf papnole! de 64 canons, quatre frégates et deux autres vaisseaux de moindre rang. Il rencontra ensuite Langara à la. i6jany. hauteur du cap Saint-Vincent; et, après un combat ^^^^^^ acharné, qui se prolongea pendant une grande partie de Langara. l^ nuit , il s'empara de quatre bâtiments au nombre desquels étoit le PAeenix, vaisseau amiral de 80 canons, qui portpit le commandant espagnol ; deux autres bâtiments avoient déjà été pris ; mais la mer étant extrêmement agitée, le vent, qui souffloit avec violence, les avoit jetés sur la côte, où l'un d'eux s'étoit brisé contre des écueils: un troisième bâtiment y]e Saint-Domingue avoit sauté en l'air -pendant l'action, et tout son équipage avoit été englouti dans les flots. Rodney victorieux continua sa route pour/Jibraltar, où il débarqua heureusement ses provisions ; il jeta ensuite quelques secours dans Minorque; et de là il fit vo||||pour les Indes occi-

3o6 niSTOIAE D*âM<SX£TERAE.

aa ter, dentales, aîn» que le portoient ses instructions. L^tni^ s'empare ^^^ 1^*6^7» cBargé de ramener en Angleietre les prises ^^ £sutes sur l'Espagne et les vaisseaux qui faisoient partie bâtiments de laflotte de la Manche, s'empam^, dans la traversée, françoM. ^j^ pf^Jiée^ vaisseau François de soixante-cpiatre canons, et de deux autres bâtiments chargés d'eBFets militaires ; ces vaisseaux faisoient partie d*un convoi, dont le resté * parvint à^'éidiapper. A la nouvelle des succès éclatants ?9^fév. et ^g Rodney, le parlement vota des remerciements publics à cet amiral, et les d tés de Londres et d*Édinbourg mars, s'empressèrait de lui faire remettre le droit de bourgeoisie.

a6^éc. Après Fattaque infructueuse de Savamah par les ^^779* Américains, et le départ de la flotte irançeiae, le gênéprifte de 1*^1 Cliuton put enfin exédhter an projet qu'il avoit de- Ckarle*. p^jg leogutenjps médité; à cet effet, il fit embarquer cinq mille hommes sur Tescadre de Tamiral Arbuthnot, préposa le général KnyphauseQ à la défense de la place de New-York, et mit à la voile de&indy-Hook., dans le dessein d'aller attaquer Charlestown, capitale de la Caroline du sud. D'horribles tempêtes ne tardèrent pas â TassaiUir; ses transports forent dispersés çà et là ; quel* ques uns tombèrent au pouvoir de Tennemi, quelques autres furent abymés dans TCkiéan, et ions ses chevaux d'artillerie et de troupe mounxrem dans la traversée. Ainsi un voyage qu'il aur<Mt pu terminer en dix jours avec un vent favorable, le i^tint pendant près de deux mois. £ebuté par de ai filcheux contre-temps, et sans espérance de pouvoir accomplir ses projets , Clinton eut un moment Dlitention de se po^4:er sur les Antilies, de s'y concerter avec le général Vaughan, qui avoit le prin^ cipal commandeme]qi|(|^ns ces parages , et de tenter tme

GEORGES m. 107

attaque siiv Porto- Rico; mais, le veat ayant changé tout-à<oup » il suivit son premier dessein , et alla <iébar* quer devant Cliarlestown, qu'il investit aussitôt.

Les Américains consternés ajournèrent TassemUéè u fev. de la province, et confièrent à leur g^verneur, Jean Rutledge, une autorité absolue, sans étendre toutefois sa puissance jusque sur la vie des citoyens ; malgré «da répouvante fut si grande, que deux proclamations « qui appelôient sous les drapeaux tous leô indivîdas inscrits sur les rôles militaires, ou ayanc^le^ propriétés dans la ville, farent à peiiy suivies de quelque effet. Pour sur* croit d'i^fortone, les négociations qu on a voit ouvertes avec le gouverneur espagnol de la Havane, dans la vœ den <^tenir des troupes et des bâtiments, échouèrent dans le même temps. Ce|>endant les ingénieurs françois s'étoient occupés sans relâche à meUre Ja vill^ dans u^ état de défense respectable : on avoit lait de grands abati^ dWbres; on avoit x^reusé des puits de distance en distancé; et nn large fossé reu^pli deau, garni de redoutes et. protégé par une forte citadelle où Ton avoit Bods en batterie quatre-vingts canons, défendoit lescô* ^s de la ville |>ar où Tattaqne avoit été ^ugée praticable: un# estacade, placée à Tentrée du havre, empéchoit qu'on ne pût y pénétrer; et le commodore Wbipple^ aviec une ^escadre de neuf vaisseaux^ étqit statiosmé au voisin^ge^ en .un lieu appelé Fîve-Fathom-Hole : on avoit en outre ajouté de nouveaux ouvrages au fort Moultcie dans TUe de Sullivan ; enfin le g^péral américain Lincoln, persuadé que le sort de la province étoit lié à celui de sa capitale^ s'étoit jeté dans la viUe avec sept mille hommes^ résolu de se défendre ju^u a la dernière extrémité.

3o8 HISTOIRE d'aNOLETERHË.

Pour épargner le sang de son arn^e , Clinton pôtiâ^d régulièrement les approches de la place. La flotte ayant formé le blocus du havre, les troupes s'avancèrent lentement, établirenl<^et fortifièrent divers postes pour entretenir une* libre communication avec la mer; et, après avoir passé la rivière d'Ashleyj vinrent ouvrir la

i*^ avril, tranchée à liuit cents verges des remparts de Charles*» town.

ao mars. Cependant Tamiral Arbuthnot avoit déjà franchi les*

9 avril, tacade, et Whipple, qui n avoit pas osé tenter de l'ar-

rêter, s'étoit retiré à Charlestovs^u, et avoit coulé à fond onze bâtiments de différentes grandeurs à Tembouchure du Cooper. Profitant peu après d'un vent favorable, Pamiral anglois força de voiles*, et vint mouiller devant le fort Johnstone ; la marche de ses vaisseaux fut si ra-> jpide qu'ils ne furent que foiblement endommagés à leur passage devant le fort Moultrie.

10 avril. Les Américains, sommés de se rendre, répondirent

avec fierté qu'ils étoient détertninés à se défendre, et les Anglois ouvrirent aussitôt leur feu. Comme il n'étôit plus nécessaire d'entretenir des communications avec la mer depuis que l'amiral Arbuthnot mouilloit devaQi le fort Johnstone, Clinton se vit eu état de détacbe«»de son armée des forces respectables, sous les ordres des i4 avril, colonels Tarleton et Webster, pour couper toutes les communications que la ville conservoit encore avec la province. Après des manœuvres rapides et bien concertées, Tarleton surprit à Monk's-Corner un détachement américain, le tailla en pièces, et lui enleva ses munitions, ses équipages, ses bagages, et quatre cents chevaux complètement harnachés ; butin d'un grand prix pour l'armée angloise dans la circonstance où Ton se

tl*<JUvoît. Cette victoire assura en même temps le pas- Sage du Gooper. De nouveaux renforts, qui arrivèrent peu après de^ew-York, permirent à Clinton d'envoyer un autre détachement au-delà de la rivière du Côoper, et lord Cornwallis prit le commandement des divers corps qui tenoient la campagne.

L'entreprise hardie de Tarleton, jointe aux tnesures prudentes de Clinton, et aux manœuvres habiles du major Moncrieff, commandant en chef des ingénieurs, empêcha toute communication avec la place, et ôta à la garnison assiégée tout espoir de se ménager une re-^ traite. Les approches se poursuivoient cependant avec vigueur; déjà l'on a voit surpris le fossé et tous les ouvrages construits pour sa défense, et le pavillon bri-» tannique étoit arboré sur le fort Moultrie. Un assaut paroissoit donc inévitable : les habitants consternés vinrent supplier Lincoln d'accepter les conditions qu'il avoit auparavant refusées; et, sur la décision d'un con- ta mai. seil de guerre^ la reddition fut signée, et le commandant anglois prit possession de la place. On accorda aux ^méricainls quelques uns des honneurs de la guerre; mais dans leur ensemble les articles de la capitulation furent assez humiliants. Les prisonniers, y compris le gouverneur, le conseil, les militaires, la milice, et un millier de matelots américains et françois, s'élevèrent environ à sept mille hommes. Tous les vaisseaux furent* pris ou détruits ; et quatre cents pièces d'artillerie , avec une quantité considérable de munitions de toute espèce, restèrent au pouvoir du vainqueur. On ne sauroit trop louer la conduite prévoyante de Clinton, qui laissa le général Lincoln rassembler toutes ses forces dans la ville, et lui^ta ensuite tous les moyens de s'échapper.

aïO HISTOIRE D ANGLETERRE.

En général les officiers anglois se firent honorablement distinguer; mais Ton signala en particulier le major Moncrieff, qui s'étoit déjà fait connoître avantageusement à la défense de Savannah, et qui soutint dans cette occasion sa réputation de savant ingénieur, et h capitaine de marine Elphinstone, commandant une division de la flotte, et qui, par de sages mesures, assura le passage du Cooper et de TAshlley. La nouvelle de ce succès, le plus éclatant de toute la guerre d'Amérique, arriva en Angleterre comme on venoit d'apaiser les troubles suscités par lord Georges Gordon , et contribua puissamment à rétablir le calme et la tranquillité âaas^ le royaume.

Constei> gj jgg vainqueurs se livrèrent à une excessive joie, fer

nation ' . . .1

des Amé- Consternation des Américains ne fut pas moins grande;

ricams. j^^j, cause paroissoit abandonnée par leurs nouveaux alliés , et ils perdoient Fespérance de conserver les riches provinces du sud(i). En effet rhabile etprudewt Clinton sembloit devoir .immanquablement réussir à faire rentrer-dans Tobéissance ces importantes colonies. Dans

Adresse yj^^ adresse qu'il répandit après la reddition de la place,

Clinton ce général déclara aux habitants de la province, qu'en

aux habi- considération des pertes qu'ils avoîent éprouvées lor» tants. . • , ^ ' . \ \

de leurs premiers efforts pour servir la cause royale, il s'étoit abstenu jusqu'à ce jour de les engagen à prendre les armes; mais l'époque étoit actuellement arrivée où cbacun pouvoit faire éclater ses sentin^ents eii sùrelé, et où il étoit du devoir de tout citoyen de cobcouiir a» rétablissement de la paix et d'un gouvernement équitable. Son dessein^n'étoit pas de les entraîner dans des

(ï) Vojrez Remembrao^er, vqî. îo, p. a 33.

&ËOKGES Ut, . ^It

opera^ons mutiles ; mais il invitoit tous l^es'chefs de fa* mille à se former en corps d^ milice, sous des of Soi ers de leur choix , pour le maintien du bon ordre , pendant que les jeunes hommes non mariés, enrôlés pour six mois, et conduits par des officiers aussi de leur choi^^ concourroient avec les troupes angloises à purger la province de ses rebelles oppresseurs; ces derniers, après les six mois révolus , seroient libres de retournes dans leurs foyers., exempts de tout autre service que de celui de la milice. Le général, avant de faire circuler aamau cette adresse, publia trois proclamations; la première mations déclaroit atteintes de confiscation les propriétés de tout ^^ ^® ?^*

* * neralk

individu qui prendroit les armes contre le gouverne* ment du roi, qui chercheroit à faire des enrôlements pour Tenaemi, oja qui enfin empêcheroit les citoyens bien intentionnés de soMtenir les troupes royales. La» seconde, publiée conjointement par le général et Fami-; i*"* jain* rai, comme commissaires chargés du rétablissement de la paix, promettoit à tous les habitants qui rentreroient dans le devoir, et qui se soumettroient aux lois qu'ils^ avoient regardées jusque-là comme leur plus noble héritage, qu ils seroient. réintégrés dans tous les droits e| privilèges dont ils avoient joui sous le gouvernernent anglois, et qu'ils n^auroient à supporter d'autres taxe$ que celles qui leur seroient imposées par leur propre législature. Ces bienfaits cependant ne sétendoient à aucun de ceux qui s'étoient souillé^ du sang de leurs epncitoyen^, inhumainement condamnés avec des formes dérisoires de justice, parcequ'ils avoiept refusé de se soumettre à une usurpation qu'ils abhorroient, et qu'ils avoient voulu rester fidèles à up gouvernement auquel ils se croyoient liés pour jamais. La troisième proclama*

3 jttin. tion , faite sur la supposition que la paix et le bon orclréf étoient rétablis depuis la défaite des Américains, dégageoit de leur parole tous les prisonniers, à l'exception des soldats de troupe réglée pris dans la ville et dans le fort Moultrie, et de ceux que Ton tenoit actuellement enfermés, et annonçoit que tous ceux qui ne rentreroient pas dans le devoir seroient traités comme ennemis et rebelles. Deux <^ent dix des principaux habitants 5jain. rédigèrent une adresse de félicitation à Toccasion du retour de la province à son union politique avec la Grande-Bretagne. Us assuroient que, quoique le droit de taxation usurpé par le parlement eût excité de grands murmures dans les provinces du sud, le peuple s'étoit révolté cependant à Tidée de Tindépendance absolue . publiée par les colonies du nord, et navoit vu qu'avec d'amers regrets renverser la constitution britannique, et établir un système de démocratie, sage à la vérité en théorie, mais qui, dans la pratique, avoit donné naissance à une domination si tyrannique qu'on ne pouvoit en trouver de pareille que parmi les peuples sauvages, ou dans Thistoire des temps obscurs et barbares de l'antiquité; et ils témoignoient qu'ils étoient désolés des malheurs qu'avoit entraînés le rejet des propositions du roi , et qu'ils s'estimerqient heureux de pouvoir déployer leur zéle(i) pour faire renaître la félicité des colonies sous le gouvernement de sa majesté.

On orga-^ Ges sentiments n'étoient pas seulement ceux des cisise des toyens qui avoient signé l'adresse; on en vit un grand

gnies de nombre s'assembler en armes, sous la direction du ma-

' (i) Voyez ces différentes pièces dans le Remembra ncer, yol. lOj, p. 80 et suiv.

jor Ferguson , et la cause de la Grande-Bretagne parut volon-

^ . 1 taires.

triompher.

Cependant le général Clinton étoit loin de se reposer Expédientièrement sur ces apparences flatteuses : comme la ^Jo^J*re^e• situation des affaires réclamoit sa présence à New-York , Amériet qu'il s'étoit adressé au gouvernement pour obtenir son rappel, il combina, avant son départ, trois expéditions pour subjuguer l'intérieur et contenir l'ennemî. Des trois détachements destinés à ces expéditions différentes, Tun remonta la«Savannah, et un autre passa la Saluda à Ninety-six. Dans tous les lieux où elles se présentèrent, ces deux troupes trouvèrent le peuple fidèle au gouvernement du roi, et disposé à le rétablir.

Le troisième détachement, commandé par le comte Burford Gornwallis, traversa la Santee, remonta cette rivière ^^^J^y^J' en tirant vers le nord-est, et se mit à la poursuite du colonel Burford, qui gagnoit la Caroline du nord, traînant avec lui de lartillerie et un grand nombre de chariots chargés d'armes , de munitions et de bagages. Avant que les troupes angloises eussent pu surmonter les obstacles que les Américains avoient multipliés sur leur route, Burford battoit déjà en retraite depuis dix jours. Un corps de cent soixante-dix fantassins et cent cavaliers fut détaché à sa poursuite , sous les ordres du brave et déterminé Tarleton, à qui l'on confia des pouvoirs agmni. discrétionnaires. Malgré l'horrible chaleur de la saison ^ Combat Tarleton marcha contre 1 eqnemi avec une vitesse m- haws. concevable, et le joignit à Waxhaws, après avoir parcouru cent cinq milles en cinquante -quatre heures. Quoique ses spldats eussent extrêmement besoin de repos, et que les Américains fussent en bien plus grand nombre, ayant trois cent quatre-vingts fantassins, un

af4 HISTOIRE D^ANGLETERRE.

corps de cavalerie et deux pièces de six , Tattaque commença aussitôt; mais Tincapacité de Burford, et les manœuvres habiles du brave colonel anglois décidèrent promptement du destin de la journée. Deux cents prisonniers et tous les bagages tombèrent au pouvoir des vainqueurs, et le champ de bataille resta couvert de cent soixante-douze morts.

5 juin. Clinton , sur le point de s'embarquer, apprit avec joie Clinton^ ^^ succès et le bon état de la province. Dans l'intervalle d'une courte administration dans la Caroline du sud, ce général avoit fait preuve de vigueur, de prudence et d'habileté. D'un côté l'affabilité de ses uianières lui avoit concilié un grand nombre d'habitants, et de l'aiitre, par la'fermeté de sa conduite, il avoit su intimider les factieux. La précaution qu'il avoit eue d'établir des commissaires des prises assuroit d'utiles secours à son ar- Tnée, prévenoit les plaintes des habitants, et étoit pour le gouvernement un moyen avantageux d'économie (i). Le colonel Tarletoia ne tarda pas à rejoindre lord Cornwallis, qui demetiroit investi, depuis le départ de Clinton, du commandement en chef des troupes angloises, au nombre de qtiatre mille hommes. Comme la conquête de la Caroline du sud paroissoit suffisamment assurée , les instructions laissées à ce commandant portoient « que ce qu'il devoit se proposer en premier lieu étoit la conservation et la tranquillité de Charlestown; mais qu'il pourroit, après avoir pris toutes les mesures

(i) Cest d'après une erreur qui 8*est çUssëe dans le septième rapport des commissaires des comptes publics , que l'on a attribué à CorDwalIis rétablissement des commissaires des prises : ce généra] n*a fait que maintenir habilement une mesure que Clinton avoit déjsi prise avant lai.

GEORGES m. 2l5

«écessmreS) et^uand la saison perniettroit de tenir la 4:ampag[n6, teater, s'il le jugeoit à propos, de porter un coup décisif à la Caroline du nord, sans compromettre «n rien cependant la sûreté des postes qui lui étoient confiés. »

La cbâieur excessive du climat , et la nécessité où Ton Meturef •se trouvoit de former des magasins et d'assurer les com- prend munications, ayant suspendu les opérations de la cam- ^^^^ .pagne, lord Cornwallis s'occupa, à Charlestown, de Us. différents règlements concernant les affaires commerciales, militaires et civiles. Il envoya aussi dans la Ca^ roliae du nord des émissaires de confiance pour instruire les royalistes du dessein quHl avoit formé de pénétrer dans leur province, et les exhorter à attendre tranquillement. l'époque de la moisson, à préparer des subsistances, et à ne pas se déclarer avant sa venue. Ces sages conseils n'ayant point été écoutés, un corps de royalistes du comté de Tryon , rassemblé par le colonel More, fut complètement battu et dispersé. Cette insurrection prématurée des royalistes fut le prétexte des persécutions qu'on leur fit souffrir. Les prisons ^fiirent remplies de prétendus traîtres, et chaque jour l'esprit de révolution sacrifia de nouvelles victimes. Pour se soustraire à des dangers qui menaçoient tous ceux de leur parti, huit cents royalistes abandonnèrent ia province, et allèrent se joindre au major M'Arthur à Cfaeraw-Hill, dans la Caroline du sud.

Ce qui encourageoit les Américains à prendre de pa- Mesures reilles mesures, c'étoit la certitude ou ils étoient de nentles recevoir bientôt un renfort de six mille hommes, formé *^™t"' de divers corps envoyés par les prol^inces, et d'un détachement de l'armée de Washington. L'assemblée de Vir-

caiDS.

Il6 HISTOIRE d'aNGLETERRE.

ginie vénoit en outre de donner des ordres ponr qn^ cinq mille hommes des milices de la province se tinssent prêts à servir de corps d'observation au besoin ; et ea breusês "^^"^6 temps le peuple de la Caroline du sud commen* trahisons çoit à manifester des dispositions séditieuses et perfides ; Caroline l^s ennemis de la cause royale qui avoient accepté la fia su4. protection des Anglois se plaignoient d'y avoir été oon* traints, et dissimuloient à peine la haine qui les anir moit contre le gouvernement du roi, pendant que leurs concitoyens qui s'étoient déclarés par principe, après la proclamation de Clinton, s'indignoient de vonr des traîtres, qui ne cachoient pas même leurs sentiments, jouir de la même protection qu'eux, et s^en prévaloir pour être en état, à la première occasion favorable, de faire plus de mal aux Ânglois. Ces appréhensions des royalistes étoient malheui'eusement trop fondées; de nombreuses trahisoiis portèrent un coup funeste à la cause de la Grande-Bretagne; et l'on vit un officier nommé Lisle, en particulier, embaucher tout un ba-. taillon de milice, et le conduire à Tennemi avec ses. armes et ses bagages.

Ces trahisons oiit été cause que l'on a censuré injus-s tement la proclamation du 3 juin, et qu'on lui a repro» ché d'avoir commandé l'hypocrisie d'un côté, et semé le mécontentement de Tautre, Pourla juger sans partialité^ il faut considérer qu'à Tépoque oii elle fut publiée, la ^ province sembloit ne pas devoir redouter une invasion y ^ et pouvoir, en restant fidèle, se défendre aisément aveo Je secours d'un corps anglois. La majqrité deô citoyens dans tous les états est indifférente à la forme du gouveiv pement , et les cultivateurs et les commerçants de Is^ Caroline dn sud n'avoient pas en général plus d!att£(çfa^

GEORGES m. 2iJ

ment pour la cause américaine que pour celle des Aohglois. Les partisans de la révolution et ceux du roi entralnoient successivement dans leur parti les citoyens riches et amis de la tranquillité , mais sans leur faire parta* jger leurs sentiments. La prise de Charlestown ayant abattu le parti républicain, les royalistes se trouvèrent compris comme les autres dans les articles de la capitulation ; la proclamation eu t en conséquence pour objej; de les délivrer d'une inutile contrainte, et de permettre à tous les habitants que leurs richesses ou Famour du repos rangeoient du parti le plus fort de suivre librement leur inclination , pendant qu'elle condamnoit les rebelles à être traités de la même manière qu'ils avoient eux-mêmes traité les royalistes. Ce que Ion se propose dans les mesures générales étant sur-tout d'assurer la liberté et la tranquillité des citoyens, il n'y a qu'une . misérable tyrannie qui croie pouvoir empêcher, par des règlements généraux, toutes les plaintes déraisonnables formées par l'esprit de parti , et prévenir les dangereux effets d'une perfidie hypocrite. Ce résultat ne peut être obtenu que par l'activité, la prudence et le discernement des personnes à qui l'on a confié le pouvoir exécutif; seules elles peuvent déjouer les complots des mal*» veillants, et en usant de leut autorité avec réserve, éloigner les traîtres de toutes les places de confiance. La proclamation de Clinton étoit sage et judicieuse, et faite pour rendre la tranquillité à la colonie et^ y faire fleurir le gouvernement du roi; on ne se plaignit pas, comme dans le Jersey, que des personnes qui ne de»mandoient qu'à être protégées eussent été indignement dépouillées et maltraitées; et il n'est pas douteux que cette mesure auroit amené les plus avantageux; résultats,

3l8 HISTOIRE d'aNGLETERRIE.

.^i les armes de TAngleterre eussent été plus heureuses, et sa puissance plus généralement respectée; mais à cette époque la fortune parut se plaire à contrarier les Anglois : les alliés de TAmérique faisoient de vigoureux préparatifs dans tous leurs ports; et les Américains avoient senti redoubler leur courage à cette nouvelle généralement répandue, qu'un armement s'avançoit à leur secours; en même temps une ligue armée des puissances neutres menaçoit la Grande-Bretagne; des troubles, des séditions éclàtoient en Ecosse et en Irlande; l'Angleterre étoit agitée par des factions politiques; le ministère étoit alarmé et chancelant; et, dans le siège même de l'empire, la cause du gouvernement paroissoit abandonnée et perdue. On ne doit donc pas être étonné si une colonie où deux partis ennemis rivâlisoient entre eux d'acharnement, et où un troisième parti faisoit profession d'indifférence, préféra la cause de ses voisins, qu'elle avoit déjà embrassée une fois , à celle d'un pays éloigné qu'elle croyoit livré à des dissent tions domestiques.

Canton- Le corps de troupes principal destiné à couvrir la "^^d^"^ frontière de la Caroline du sud, étoit stationné à Cam- Tarmée dcu , SOUS le commandement de lord Rawdon; et le ang Oise, jj^gj^j. M' Arthur étoit posté à Gheraw-Hill, au voisinage de la Pedie, chargé de défendre tout le pays qui s'étend entre Camden et Georges-Town. Cette ligne se prolongeant à l'occident jusqu'à Ninety-six, passoit par Socky-Mount, poste fortifié sur la Waterie, et commandé par le colonel TurnbulL Le colonel Balfour, que remplaça bientôt le colonel Gruger, commandoit à Ninety-six. Le colonel Ferguson , avec sa troupe et un corps de royalistes, parcouroit le territoire compris en -

tre la Waterie et la Saluda, et se montroit de temps à autre sur les frontières de la Caroline du nord. Le lieutenant-colonel Brown occupoit Augusta, ville frontière de Géorgie. Savannah avoit une garnison de Hessoi^ et . de milices de la province, sous les ordres du colonel Alured Clark. Trois régiments, deux bataillons, un fort détachement d'artillerie royale , et quelques corps de milice, se tenoient à Charlestown , commandés par le brigadier-général Paterson , et la légion de dragons étoit chargée du soin pénible d'entretenir des' communications entre les postes principaux d'une ligne de cantonnements si étendue. On avoit établi à Camden le grand magasin de l'armée; mais les chaleurs de la saison étant excessives, les munitions n'y arri voient que lentement.

Résolu de faire les plus grands efforts pour recouvrer Gates est la Caroline du sud et la Géorgie, le congrès donna au commangénéral Gates, qui s'étoit couvert de gloire à Saratoga, dément le commandement en chef des troupes qu'il envoyoit vinces du contre ces provinces. Sur ces entrefaites, le colonel Sum- *'***• ter, qui s'étoit retiré dans la Caroline du nord après la prise de Charlestown, leva un corps de volontaires, auquel se joignirent en grand nombre des réfugiés de la daroline du sud; et le major M' Arthur, hors d'état de résister à des forces si considérables , se replia de Cher raw-Hill sur Camden.

Sumter reprit aussitôt les hostilités: renforcé par le 30 juillet, 'traître Lisle, il attaqua Rocky-Mount; mais, repoussé ^^^^^ par la valeur inébranlable de la petite garnison qui s'y Mount, trouvoit et de son brave commandant le colonel TurnbuU , il fut contraint d'abandonner son entreprise après trois assauts infructueux dans lesquels il avoit perdu un grand nombre de ses gens. Il alla assaillir ensuite le 6 août.

aîo HISTOIRE d'angleterre.

poste de Hanging-Bock , occupé par i4o Anglois, et différents détachements de royalistes de la province, sous les ordres du major Carden; ceux-ci , attaqués leç premiers , lâchèrent précipitamment le pied , mais le^ Anglois soutinrent avec intrépidité tout F-effort des assaillants; cependant l'avantage numérique de Tennemi rendit la victoire indécise jusqu'à l'arrivée de 4o fantassins, qui, revenant à cheval de Rocky-^Mounit, jetèrent adroitement l'épouvante dans la troupe de Sumter, et la forcèrent à se retirer en désordre, laissant une centaine de morts ou de blessés sur la place. Bientôt après, lord Cornwallis mit ce poste à l'abri de tout danger en y envoyant le major Mecan avec un renfort considérable* lo août. A la nouvelle des préparatifs formidables de l'ennemi, Bataille Jq^^j Comwallis se hâta de revenir à Camden ; les troupes Camden. qui avoient leur cantonnement dans ce bourg n'excédoient pas deux mille hommes effectifs, pendant que celles de Gates, réunies aux milices commandées par Caswel, Butherford, Porterfield, et le baron deKalbe, 3'élevoient à six mille hommes^ sans y comprendre le corps de Sumter qui n'en comptoit pas moins de mille. Malgré cette disproportion prodigieuse, le général anglois se mit en marche à dix heures du soir pour aller attaquer Tennemi campé auprès de Clermont dans la Caroline du sud. Le lieutenant-colonel Webster étoit à la tête de l'avant-garde, et lord Bawdon conduisoit le iCaoût. centre. Cornwallis apprit' bientôt que Gates s'avançoit de son côté, ayant formé le projet de l'attaquer cette même nuit; et à deux heures du matin les avant-gardes des deux armées se rencontrèrent : après quelques ins«

GËOAC£s( m. am

tants de mêlée, et quelques légères escarmouches, Ton se sépara comme d'intelligence et l'on prit du repos en attendant le jour. Lord Cornwallis reconnut le terrain, et le trouva extrêmement favorable. Un marais le protegeoit à sa gauche et à sa droite, et on ne pouvoit venir l'attaquer que par un chemin fort étroit; circonstance qui faisoit perdre à l'ennemi l'avantage de la supériorité du nombre.

Au point du jour, chaque général avoit formé deux divisions de son armée, lorsque le général. Gates, mécontent de la position de deux brigades de milice, leur ordonna imprudemment d'en changer; lord Cornwallis ayant fait commencer en ce moment une attaque vigoureuse et bien concertée, les milices américaines furent enfoncées au premier choc, et prirent la fuite en jetant leurs armes de tous côtés. Cependant l'autre division de l'ennemi et son corps de réserve se défendirent avec courage, et opposèrent une honorable résistance à nos soldats ; le colonel Webster, au lieu de poursuivre les fuyards, dirigea contre ces troupes tout l'effort de Tavant-garde qu'il commandoit , et la cavalerie conduite par le major Ranger et le colonel Tarleton les chargea peu après avec une impétuosité irrésistible ; cette charge décida la victoire, et dispersa tous les Américains qui tenoient encore. Jamais déroute ne fut plus complète; là cavalerie poursuivit l'armée vaincue l'espace de vingtdeux milles ; la terre étoit couverte d'firmes , et l'on trouvoit çà et là des fuyards que leur lassitude avoit contraints de s'arrêter. Le bagage, les munitions, les effets de campement et sept pièces de canon tombèrent au pouvoir du vainqueur. L'ennemi perdit plus de huit

^22 HISTOIBE D'ANGLETERRE.

cents hommes sur le champ de bataille, et on lui fit un millier de prisonniers, au nombre desquels étoit le baron de Kalbe, blessé mortellement.

Tarleton Cette victoire, où toute Tarmée angloise se couvrit de déroutele S^^^'*®' ^^ particulièrement honneur à lord Cornvi^allis,, corps de et à lord Bavs^don âgé de vingt-cinq ans seulement. Pour i8 août, compléter les avantages de la journée, Thabile et vigilant Tarleton surprit le corps de Sumter au gué de Ca» taw^ba, sur les terres d'un établissement ami des Anglois, et, avec une centaine de cavaliers et soixante soldats d'infanterie légère, mit en déroute plus de huit cents Américains, leur tua cent cinquante hommes et leur en prit plus du double. Il délivra en même temps deux cent cinquante prisonniers, et recouvra un grand nombre de chariots , avec le rhum et les autres provisions que le colonel Sumter avoit enlevés dans le cours dé ses expéditions. Les munitions, les armes, le bagage et Tartillerie des Américains furent le prix du courage et de l'activité des vainqueurs.

Mesures En attendant l'arrivée des renforts qu'il avoit detnan^ ngoureu- j^g pour SOU expédition dans la Caroline du nord, lord Corn- Cornwallis songea à prévenir par de sévères édits la waliis. défection des Américains; leur infidélité dans un grand nombre de circonstances lui faisoit une nécessité de prendre des mesures pareilles. En conséquence il déclara confisqués les biens de tout individu qui s'oppose- . roit au rétablissement du gouvernement royal, et prononça la peine de mort contre tous ceux qui , après avoir accepté la protection des Anglois, s'étoient rejoints en»suite à l'ennemi. QuÉ^lques uns des plus obstinés furent exécutés; et plusieurs personnes d'un rang distingué, à qui l'on avoit permis de résider sur leur parole à Char-

GEORGES tll. 22^

lestown, et qui avoienî; entretenu malgré cela des intelligences avec Tennemi , furent arrêtées et embarquées pour Saint-Augustin dans la Floride orientale: là, elles purent encore résider sur leur parole; mais toutes leurs démarches furent attentivement surveillées. Le jugement que Ton devoit porter de ces mesures dépendoit sur-tout de la tournure ultérieure des événements. Si les Anglois se fussent maintenus, ces châtiments au* roient paru plus modérés que sévères ; au lieu que, dans les désastres qui suivirent, Tennemi les allégua pour prétexte de la rigueur sans exemple avec laquelle il agit. 8 sept.

Bientôt après le général Cornwallis concerta un plan mori* de* judicieux d'opérations pour préparer la conquête de la Fergu- Garoline du nord, et pénétra à travers rétablissement ennemi de Waxhawrs jusqu'à une ville appelée Charlotte. Selon les vues auxquelles il s'étoit arrêté , le major Fergnson devoit s'approcher de la frontière avec un Edillier de royalistes : ce mouvement étoit d'une extrême importance; mais les milices sous les ordres de ce commandant n'étant pas appuyées par un corps de troupes réglées, on ne pouvbit pas beaucoup compter sur elles. Le colonel Clarke, habitant de la Géorgie, avoit levé un corps de volontaires^ dans la province, et attaqué sans succès Augusta. Fergnson, espérant lui couper la retraite, s'avança rapidement vers lés montagnes : là, il 9 ©et. se vit entouré tout-à-coup par un corps de quinze cents montagnards, hommes à demi sauvages, montés sur des chevaux vigoureux, et marchant en bon ordre sous, différents chefs. Surpris à King's-Mountain , il se dé- , fendit avec autant de sang-froid que décourage; mais la manière de combattre d^e ses ennemis l'empêcha de \aincre. Ils l'attaquoiei^t à-la-fois par divers côtés, el

i4l4 ItlSTOIRÈ D'ANGLEtERRÈ.

lorsqu'il les faisoit charger de front, ils fuyoient cletâiît la baïonnette , tandis qu'au même moment d'autres venoient fondre sur lui par derrière. Après une heure d'uit combat acharné, Ferguson reçut le coup mortel; sa troupe perdit aussitôt courage , et celui qui le remplaçoît ! au commandement se vit contraint de se rendre. Les : vainqueurs inhumains insultèrent le corps de Ferguson, I pendirent plusieurs prisonniers, et traitèrent tous les autres avec une cruauté révoltante.

Suites de Cette funeste journée déconcerta les projets de Coni- *^^faite "w^^lis. Quoique loin encore d'avoir épuisé les provisions qu'il avoit rassemblées à Charlotte, il fut inquiété par l'esprit hostile defe habitants , et revint sur ses pas pour veiller plus efficacement à la défense de la Caroline du sud, renvoyant l'exécution de son plan au temps où il auroit reçu les renforts que lui devoit envoyer Clinton. Le colonel Tarleton, dans l'intervalle, fut chargé de tenir en échec la troupe d'un partisan américain nommé Marion, qui, après la retraite des montagnards, continuoit de faire des excursions dans la province. Novemb. Le colonel Sumter, s'étant mis à la tête d'un nouveau met^de^ corps de partisans , se joignit à Clarke et à Brannen , qui ^nouveau commandoient aussi des volontaires, et résolut d'atta* déroute ^^^^ Niuety-six. L'infatigable Tarleton , rappelé sur-lele corps champ de ses expéditions dans les parties orientales de Sumter. la province, marcha contre lui avec une diligence incroyable, et Sumter auroit été pris au dépourvu, si un déserteur ne lui eût annoncé l'approche des Anglois. En ao nov. apprenant que les Américains se retiraient, Tarleton redoubla de vitesse, réussit à les atteindre à Blackstock's- Hill, et sans s'épouvanter de leur supériorité numérique, sans attendre même que son infanterie fût arrivée, les

GEORGES iri. aa:)

chargea impétueusement à la tête de quatre-vingts cavaliers, et les dispersa. Sumter fut blessé dans Taction. On a contesté cette victoire à Tarleton; mais ce qui est certain , c'est qu'il en recueiUit tous les fruits.

Là déroute de KingVMountain ne ruina pas s^ule- Fin de U ment les espérances de Cornvsrallis, qui s'étoit flatté de ^ g,je!* voir les royalistes accourir en foule sous ses drapeaux , elle redoubla encore Taudace des insurgés dans Ie6 deux Garolines. Sur ces entrefaites le général Greene fut investi par le congrès du commandement en chef dans les provinces du sud: cette assemblée avoit jugé que la défaite de Camden étoit un tnotif suffisant pour suspendre le général Gates, et l'avoit rappelé, tout en lui donnant des témoignages de Festime qu'elle conservoit pour lui. Cependant il ne se passa rien d'importantj'usqu'à la fia de la campagne ( i ).

- Pendant l'absence du général en chef, et après son II ne se retour, il ne se forma aucune entreprise remarquable ^''impôr" dans les environs de New- York. L'hiver fut plus rigou- tant à "^ i^eux qu'à l'ordinaire ; les rivières , et même les bras de York pênmer adjacents, se gelèrent, et la glace devint si épaisse <**"' *'**}'• qu'elle pou voit porter la plus grosse artillerie. Cepen- ciîmon. dant la ville, privée par les effets de la gelée des avantages de sa situation dans une île, éprouvoit en outre une disette extrême de provisions de toute espèce, et manquoit de bois à brûler : le général Knyphausen prit des mesures sag^s et vigoureuses pour la mettre en état

(i) Nous avons consulte particulièrement pour tous ces détails Tarleton*s History of the campaigns of 1780 and 1781, Mackenzie's Strictures, Bamsay's History of the révolution of south Carolina,' et différentes brochures publiées par Gornwallis et Clinton. Nous avons reçu aussi des renseignements particuliers.

ao. " i5

3 fev.

a26 HISTOIRE d'aNGLETEHRE

de défense ^ mais heureusement le général Washington ne se trouvoit pas dans une position àoser venir Tatta* quer; son armée étoit afFoiblie par les fort^ détachements qu'il avoit envoyés à Charlestown, et ce qui restoit de régiments auprès de lui, pressé par le désespoir et la faim , paroissoit prêt à se révolter : ainsi leur foiblesse réciproque fit la sûreté des deux partis. Les Américains ne formèrent pendant Fhiver.que deux en- Janvier, treprises partielles ; là première fut une attaque infruc^ tueuse, conduite par l'Américain lord Steriing, contre Staten-Island, et la seconde fut une expédition contre un poste appelé Toung's House, au voisinage deWhite^ Plains, où le colonel Morton tua quarantie honunes à l'ennemi, et lui fit quatre-vingt-dix prisonniers. 7 i^^°- Sur des rapports qui lui avoient été faits que des in« dans le dices de révolte se manifestoient dans l'armée améri* Jersey, caine, et que les habitants de Jersey desiroient le rétablissement de l'autorité royale , le général Knyphausea fit embarquer un détachement considérable sous les ordres des généraux Matthew et Sterling. Arrivés à Eli* sabeth-town , ces généraux trouvèrent que la milice étoit prête à se défendre, et que l'armée, se contentant de 1 . murmurer contre la disette et les fatiguas, ne songeoit nullement à se soulever en faveur du gouvernement anglois. Sans espoir d^exécuter leur projet, ils restèrent quelques jours dans l'ile, afin de convaincre l'ennemi qu'ils se retiroient de leur plein gré. Clinton, qui rêvenoit de Gharlestown , les joignit alors ; quoique peu sa* tisfait d'une tentative prématurée qui déconcertoit un Prise de P"^^ d'opérations qu'il médîtoit, ce général se trouva à Sgring- l'attaque de Springfield, qui fut pris et brûlé; de là il partit tout aussitôt pour New- York.

là.

OEOKGËS III. 127

Washington détacha de son armée le général Wayne , Atra<{a« à la tète de deux mille hommes, pour attaquer Bergen- Èereen-> Point j et enlever une grande quantité de bétail apparte^ Vovax* tiant aux Ânglois. Soixante-dix hommes, postés dans une bicoque fortifiée de quelques abatis d'arbres, <t^^ poussèrent cette troupe disproportionnée d^assaiilants^ lui tuèrent près d'une centaine d'hommes, lui firent plusieuirs prisonniers^ et reprirent une partie du bétail.

Cependant les renforts qu on attendoit depuis si long* 10 j«iîll«(w temps de France arrivèrent enfin à Rhode-Island. Us ^^rctTconsistoient en six mille soldats, commandés par le forts encomte de Rochambeau j et en une escadre de sept bâti* xl^t^ItL ments de haut-bord, cinq frégates^ et cinq autres vais-' seaux de moindre rang, sous les ordres de M. de Ternay< Pour prévenir toute rivalité, le gouvernement françois usa dune politique libérale; il éleva Washington au grade de lieutenant-général danê Ses armées ^ et soumit à son commandement le comte de Rochambeau.

dinton, bien informé du lieu où devoit débarquer Clinton cet armement, proposa un plan d'opérations à Tamiral ^®"^® '^ Arbuthnot* Il s'agissoit de transporter une partie des sèment troupes à Rhode-Island , et de bloquer ensuite la flotte ^ '^^^ françoise dans le port. Il n'est pas douteux que ^ par une Bhodeprompte exécution de ce projet, on auroit rois dans te plus grand danger les forces de terre et de mer de Tennemi ; mais l'amiral traîna cette affaire en longueur, et laissa aux François le temps de se fortifier à loisir à Rhode-Island. Aussi, quand on entreprit Texpédition i3 août. il étoit trop tard pour qu'elle pût réussir : et ce fut ^ ainemeiit que le général Clinton se porta avec huit mille hommes , jusqu'à Huntingdon-'Bay, dans le Long-Island ; car Arbqtbnot , s'étant avancé pour reconnoltre la flotte

A f fit ires Mir mer

aaS HISTOIRE d'angleteriie.

trauçoise, déclara sa position inattaquable. Comme Washington avoitreçu des renforts considérables, et faisoit des mouvémeilts à Peek's-Kill pour venir attaquer New- York, Clinton, contrarié, revint stir ses pas > afin de pourvoir à la défense de son quartier-général. Washing^/ ton, de soii côté, rappela ses troupes et se retira, ne voulant pas courir les hasards d une bataiUe. ' Comme les armées combinées n'entreprirent aucune kns les nouvelle opération avant que la flotte Françoise ne fût iities oc- j^j^rivée des Antilles, il est nécessaire de retracer la lutte it:8. dt)nt ces ilès avoient été le théâtre. Malgré 90n infériorité numérique, la flotte angloise fit essuyer, pendant riiiver, de grandes pertes au commerce de l'ennetni, sut opposer une résistance vigoureuse à ses attaques, et se défendit toujours avec succès. Le plus remarquable 2.> mars, j^^ combats qul furent livrés eut lieu entre le capitaine Cornwallis, qui commandoit trois bâtimëtits, Fun de soixante-quatre, l'autre de cinquante et le troisième de quarante -quatre, et une escadre françoise, forte de quatre vaisseaux de soixante-quatorze, et de deux frégates. LVction se prolongea pendant deux jours, et au troisième le commandant françois prit la fuite à la vue de deux bâtiments anglois^ un vaisseau de ligne et une frégate, qui s approchoient.

27 mars. Après l'arrivée de Rodney, la flotte angloise se trouva ^ '^de^ à-peu-près aussi forte que celle de Tennemi ; mais Tha- Rudiiey. bileté et le courage de son vaillant amiral la rendoient supérieure en effet. Sur ces entrefaites le comte de Gui- 'l'pniative chen sc montra devant Sainte-Lucie, qu'il se proposôit lurdse de de surprendre; mais, à la vue des préparatifs formiriiniial (Jables qu'on avoit faits pour le recevoir, cet amîrp! ■j avril, abandonna son proiot d'attaque, et se retira an-

GEORGES m. tig

mouillage du Fort-Royal, à la Martinique. Rodiiey vint !

le braver dans cette retraite, et, pendant deux jours, chercha à l'attirer au coinhat; mais lamiral françois n'osa pas se hasarder à sortir du port.

Rodney ayant regagné Sainte-Liiçie, le comte de -^ ««viil. Guichen ne tarda pas à appareiller avec vingt-t^ois vais-5 seaux de ligne. L'amiral anglpis le poursuivit avec, vingt bâtiments, le mit deux fois, dans la nécessité dé combattre, et le força enfin de se réfugier à la Guadeloupe, Il paroit que Rodney eut lieu d'être méçonteat d^ la conduite de quelques officiers, qui, n'ayant pas obéi fidèlement à ses signaux , laissèrent son vaisseau ami- ' rai, & Sandwch, Idng^temps engagé avec des forces disproportionnées. Il y eut ensuite une autre affair^ç de peu d'importance, la flotte françoise ayan;t profité d^ la i5 «t 19 supériorité de sa marche pour éviter un combat décisif.- 'i** '

N'ayant pu réussir à engager une action générale avec An iv( rî l'ennemi , Rodney alla croiser en pleine mer pourintpr- fl^t,T«sr . çepter une escadre espagnole qui arri voit de Cadix ; mais paG"'***-' l'amiral don Solana, qui la commandoit, au lieu de cin? gler directement vers 1^ Martinique,, remqpta prudem-. ment au nord, sur sa droite, et se porta sur la Guadeloupe , où le comte de Guichen s'empressa de venir se joindre à lui. Cette escadre, composée de douze vai^- §eaux de haut*bord et d'un grand nombre de frégates , escortoit quatre-vingt-trois bâtiments de transport chargés de douze mille hommes de débarquement, et d'un train proportionné d'artillerie. Mais l'ennemi ne put retirer aujcun avantage de l'immense supériorité de ses forces ; Mesiutrjune maladie pestilentielle se manifesta parmi les sol- lus dats, et lea deujç amiraux ne purent parvenir à s'accor- ^^IH''^'^ der sur les opérations qu'ils se proposoient d'accomplir. 5 juiici.

a3d HISTÔIrtE' D^ANGLEtERAE.

De Gui- Solano se rétira à la Havane, et le comte de Guichen \ '^ vailiB** après l'avoir escorté jusqu'à Saint-Domingue, fit route pourFEu- pour l'Europe, convoyant une flotte marchande. Rod* Rodney ï^Y» ^^ ^^ s'attendoit en auctme sorte à cette déter* pour TA- niination^ cingla, avec sept vaisseaux de ligne et quatre

frégates, vers les côtes d'Amérique, où il espéroit ren*

eontrer encore son ancien rival.

lEntrevue L'armée des alliés ne fut pas moins étonnée de ce

de Wa-

shin{;ton départ qué Rodney. Comptant sur une coopération puis* et des santé de là part du comte de Guichen, elle avoit fait de

cumman- *

dants grands préparatifs pour chasser les Anglois de Newfrftoçois, York. Ce contre-temps dérangea ses projets; et comme il étoit devenu indispensable de concerter un nouveau plan d'c^érations, il y eut une entrevue entre le général Washington et les commandants françois, à Hartford, ville du ConUecticut, située à une distance égale des deux camps.

Défection Pendant cet intervalle se passoit un des événements d Ampli igg pjug extraordinaires de la guerre. Les talents et la valeur éprouvés du général Arnold le faisoient considé^ rer comme un des principaux défenseurs de la cause américaine : dès la prise des hostilités, il s'étoit déclaré pour elle avec chtjenr, et lui avoit rendu , par son habi* leté et son courage, des services aussi signalés qu'aucun autre de ses concitoyens. Il descendoit d'une des familles les plus honorables de la Nouvelle-Angleterre» et l'un de ses ancêtres, Benoît Arnold, avoit été le premier gouverneur de Rhode-Island. Sa politesse et sa grande fortune Ta voient rendu l'objet des soupçons et de la malveillance de ceux des membres du congrès qui a voient un esprit plus rigide ou plus étroit, Après l'évacuation duCanada, en 1 776, on n*ent aucun égard pour

6CÛ1GES 111. i3t

soa mérite: on Foublia dans la liste des promotioBs, et il se trouva subordonné à des officiers qu'il avoit vos lia|[uère ses inférieurs; on négligea en même temps de régler ses comptes, et Ton propagea des bruits injurieux à son honneur et à son intégrité. En vain il demanda justice et sollicita la vérification de ses comptes dans un comité; en vain le général Washington s -intéressa vivement en sa' faveur, prouva la légitimité de ses demandes, et, lui donnant de justes éloges, déclara que c'étoit « un officier brave, judicieux, entreprenant, plein de persévérance et d'activité (i); n> le congrès parut avoir résolu sa disgrâce, et se montra sourd à ses plaintes. Après avoir rendu indirectement différents services, et particulièrement en donnant à Wa^ngton le conseiLbien avisé qui le mit en état de surprendre Trenton, Arnold fut employé, sous les ordres du génial Gates , dans lexpédition contre Burgoyne. Quoique dans un poste subordonné, il dirigea, par son activité el sa prudence, les plus importantes opérations ; Tarmée so^ gloise le regardoit comme celui qui commandoit en chef Fennemi, et ce fut principalement par suite d'une manœuvre qu'il exécuta avec une partie des troupes, sans Fautorisation de Gates » qu^dlese vit contrainte à capituler. On ne manqua pas, même dans cette oeca^ siouj, de trouver à redire à sa conduite ; mais un succès si brillant fit taire pour un temps la malveillance. Après levacuaticm de Philaddphie par les Anglois, il fut nommé gouverneur de cette ville, et chargé de Tiiispection

(i) Voyez une lettre de Washington au congrès, dat^e du 12 mai 1 777, dans Washington*sLetters, vol. 3, p. 73. Cette pièce est très propre à faire connoitre le caractère d*Arnol^ et la conduite dû conçrèa k son égard.

a3a HisToiliE d'angleterre.

d#s biens confisqués : là oti lui fit un crime de sa ma* nière de vivre; et. comme il logeoit et défrayoit l'ambassadeur François avec une magnificence que Tétroite économie des Américains leur rendoit choquante, on entra dans les plus minutieusesTecherches sur sa fortune, et Ton assura qu'elle ne pouvoit suffire à tant de luxe. On répandit le bruit qu'il s'étoit ruiné totalement dans des entreprises de commerce et en armant des corsaires, et il fut accusé de péculat. En même temps on conservoit un ressentiment implacable de la liberté avec laqueUeil s'étoit exprimé au sujet dé ralliahce des Juillet François, Le moment où sa réputation étoit attaquée par ^779* de si odieux soupçons, et oîi Ton commençoit à oublier Timportanced^; ses services militaires, fut celui que choisit, le oongrès pour faire vérifier ses comptes par des commissaires , qui réduisirent ses prétentions à la moitié. Arnold, indigné, appela de leur décision au congrès; mais la décision de cette assemblée lui fut em^ore.plus défaivorable. On dit aussi que ce général fut jugé devant. une. cour martiale pour s'être approprié divers objets appartenant à l'état, et qu'il 6it condamné à recevoir une réprimande publique du général Washington (i); mais cette assertion ne paroît poiiit du tout probable, sur-tout si l'on considère que Washing^ ton continua d'avoir en lui la plus entière confiance, et qu'il lui laissa le commandement du poste important de West-Point, sur la rivière d'Hudson; poste qui assuroit seul. les communications entre les colonies dci nord et celles du ceotre, et qu'on avoit fortifié avec tant de soin, qu'oni'appeloit avec raison le GièralUirde rjmérique,

(i) Ko)fcz Remembrancer, vol. ^i, p. loo.

ceobgeS III. i33

. Le générai Aroold ne sollicita le commandement de Fin malce fort que pour y introduire les Anglois. Depuis dix- ^*"^^ajop huit mois qu'il entretenoit une correspondance avec André. / GUnton , il avoit fourni à ce général des renseigne** ments de la plus h^ute importance. Il avoit commencé . par déclarer qu'il abandonnoit le parti américain à cause de lalliance des François, et il avoit simplement demandé qu'on lui laissât la vie sauve, et qu'on l'indemnisât des biens qu'il sacrifioit. Clinton s'étoit em« pressé d'accueillir sa proposition, espérant pouvoir ré* parer ^ par quelque service signalé, le mal qu'il avoit fait à son pays. C'est en livrant West -Point et tous )es postes dépiendants qu'Arnold voulut porter un coup fatal à la cause des Américains. Le moment paroissant favorable pour l'exécution de ce projet, il fut arrêté que le major André , adjudant-général des troupes angloises , 2 1 sept, dans la prudence et dans l'habileté duquel Clinton avoit rais la plus entière confiance , iroit secrétenaent trouver Arnold pour convenir plus particulièrement avec lui des mesures qui restbient encore à prendre (i). Un ba« teau dépéché par Arnold vint chercher cet officier, pen- ^^ **^P*dant la nuit, à bord du sloop le Fulture, et le dâ^arqua sur un territoire neutre, où il passa toute la nuit en çonf ér^ice avec le général américain . Celui-ci , craignant quelque surprise, conseilla au major André de ne pas se rembarquer sur-Ie-^champ, et le tint caché dans un lieu sûr jusqu'à la nuit. Le T^ulture changea de position pendant le jour, et André, que les matelots refusèrent de conduire à bord de ce bâtiment, se vit obligé de prendre Iç chemin de terr» pour regagner New-York : Arnold lui

(i) Ce fut le major^André qui offrit de lui-même ses serrices, et Cliqton ne le» acçe'pttf qu'avec une sorte de répugnance. , ; ^

â34 HfSTOiRB d'angleterre.

fit changer alors 8<m uniforme contre un babit bourgeois, et lui donna un passe-port sous le nom de Jeail Anderson. Dans tont cela rofficier anglois agît en cou-tcayention aux ordres exprès de son général, qui lui avoit sur-tout recommandé de ne changer nide nom ni d'habit y de ne se charger, sous aucun prétexte , d^au^ cune pièce qui pût trahir Tobjet de sa mission ; c est ce qu'il déclara lui-même , après son arrestation $ dans une lettre reconnoissante et respectueuse qu'il écrivit au génàral en chef (i); mais comme un premier plan d*entrevue avoit déjà échoué, et qu'Arnold avoit couru par suite de grands dangers , ce fut probablement la crainte d exposer encore ce général à de send>laMes hasards qui le fit consentir à se déguiser.

23 sept. j^ ]a faveur de son passe*port André avoit passé heu* reusement les lignes des Américains, et croyoit déjà être hors de tout danger, lorsqu'une patrouille de trois hommes sortit d'un bois, et arrêta son cheval. Dans le premier moment de surprise le malheureux André de-» manda à ces soldats « d'où ils venoient? De là-bas, lui répondirent-ils, en montrant Neve-York; et moi j'y vais, » répUqua-t-il, se déclarant ainsi pour un ofSder de l'armée angloise. Il découvrit trop tard son erreur; les soldats le fouillèrent, et, trouvant plusieurs papiers cachés dans différentes parties de son hal»t, le condui- Biveat devant leur commandant, sourds à l'offre qu'il leur faisoit de sa montre et de son argent, et à la pro<* messe d'un grade avantageux dans larmée angloise, s'ils le suivoient à New-York.

Dans l'interrogatoire que liii fit subir le ccdonel de

(i) Vayet cette lettre dans l'Anaual Résister de k même année.

milice I le major André persista à se donner pour Ander- 60D, comme le portoit son passe-port, et il eut l'adresse d obtenir la permission d'envoyer une lettre à Arnold. Celui-ci s'évada aussitôt, et gagna le quaFt;er*générai des Anglois. Le prisonnier crut n'avoir plus alors aucun motif de dissimuler; il écrivit au général Washington , et lui fit un récit fidèle et détaillé dé toutes tes circonstances qui étoient cause qu'on Favoit rencontré dans les lignes américaines , s'attacbant à lui prouver qu'il n etoit point un espion » et lui demandant « d'être traité d'une manière convenable, quel que fàt le sort qu'on lui réservât* » .

Le général Washington porta cette affaire devant un 19 sept, conseil de guerre composé de quatorze officiers, parmi lesquels La Fayette et le baron de Stuben étoient les seuls qui ne fussent point Américains. Le major André comparut devant ce conseil : les chaînes qu'on éleva contre lui furent tirées principalement de ses lettres , et des réponses qu'on obtint de lui dans un interrogatoire insidieux, pendant que, par la situation où il se trouvoit , il étott privé de l'avantage de produire des témoins en sa favenr; le conseil prononça qu'il devoit être considéré comme espion , et , conformément aux lois et aux usages de tous 1^ peuples, puni de mort comme tel.

Dès l'instant où Ton apprit son arrestation au quar- a6 sept. tier-général des Anglois, on fit toutes les démarches possibles pour le sauver. Le colonel Robinson, com* mandant des royalistes américains, et le général Clinton, qui avoit un attachement sincère pour André, écrivirent au général Washington, et lui certifièrent qu'André avoit été envoyé pour conférer en qualité de parlementaire. Arnold affirma le même fait, et soutint

a36 HISTOIRE d angleterhe.

qu'en sa qualité de général américain, il avoit eu le droit, pour renvoyer cet officier, de choisir les voies qui lui avoient paru les plus convenables. Ces lettres furent présentées au conseil des officiers ; mais une question artificieuse ayant été £dte au prisonnier, on dit quil avoua dans sa réponse ne pas être venu en qualité de parlementaire ( i ) .

?pt. En apprenant la sentence portée contre André, le général Clinton députa le lieutenant-général Robertson , avec André Elliot, et Thonorable GuiUaume Smitb^ gouverneur et chef de justice de New-York, pour fournir des renseignements de natWQ à ne pouvoir être enten* dus par le conseil. Le général Washington refiisa de recevoir ces députés ; seulement il chargea le général Greene, président de ce même conseil qui avoit con* damné André, de conférer avec Robertson, le seul d'entre eux à qui Fon donna la permission de venir à terre, Robertson, dans cette entrevue, plaida avec chaleur et éloquence la cause de Thumanité ; il fit valoir laffection particulière du commandant en chef pour André, la probabilité qu il y avoit que plusieurs Américains fourniroientdes occasions de représailles, et l'humanité de Clinton, qui n'avoit jamais rejeté Imtercession de Washington en faveur des espions reconnus, et qui avoit même çncore un grand nombre de pareils espions en son pouvoir; il s'offrit dé prouver, par un témoignage irrécusable, qu'André étoit venu sur le rivage dans un bateau portant un pavillon de paix, et

(i) Un rapport du congrès est la seulç preuve subsistante qu*Ai)dré ait répondu de la sorte. Nous pensons qu'on peut raisonnablement loutèr^d'nnpaileil fait, en considérant sur -tout que le prisonnier t*avoit pour lui ni avocat, ni témoins, ni ami.

GEORGES Ifl. a37

d'après lautorisatton du gouverneur Arnold, qui corn- ;nandoit le district (i); et il montra enfin qu'il étoit de la demiè]!^ injustice de considérer André comme tin espion sur une phrase mal interprétée de sa lettre au général Washington. Toutes les raisoiis qu'il allégua furent vaines ; et Ton rejeta pareillement la proposition d'échanger, contre ce malheureux jeune homme, tel prisonnier qu'il plairoit aux Américains de désigner. Le général Bobertson demanda alors que Ton s'en rapportât à la décision de quelques officiers étrangers, également familiarisés avec les lois die la guerre et le droit des gens, tels, par exemple, que les généraux Knyphausen et Rochambeau; mais, malgré l'étjuité de sa demande , il essuya un cruel refiid. Une lettre du général Arnold, où il répétoit Ses déclarations ^ur la qualité de parlementaire d'André, et menaçoit d'user de représailles si Ion exécutoit la sentence , ne produisit , comme on auroit dû naturellement s'y attendre, aucun bon effet ; un désir effréné de vengeance étouffa tout sentiment de justice, de politique et d'huïnanité : le général Washington approuva ta décision du conseil ; ër^ à leur étemelle'honte, aucun des officiers françois ne'^se présenta pour iziédiateur dans une affaire si capable d'intéreâser uii peuple généreux et poli.

Si les officiers supérieurs se montrèrent insensibles à la pitié, il n'en fut pas de même de leurs subalternes , et de tous leurs concitoyens en Amérique. Là', comme dans l'armée angloise, on déplora la perte d^André : ou ne pouvoit considérer sans compassion un jeune homme à la fleur de son .âge, brave, aimable, et doué des plus

(i) Cette assertion de Robertson, qni n*a pas ëté combattue, rend plus douteux encore l'aveu prétendu du mujor André.

a38 HISTOIRE D'ANGLETERRE.

précieuses qualités, condamné à une mort flétrissanter pour une action dont rien de bas , rien de déshonorant , n'avoit été le motif » pendant que sa coiodutte entière, à supposer même que, par des interprétations forcées, on eût prouvé qu'il étoit un espion, mettoit une A prodigieuse distance entre Jui et les gens de cette espèce^ Cet intéressant officier ne cessa de se montrer généreu^^ et jaloux de conserver son honneur» Pendant son înter^' rogatoire, qu on ne sauroit appeler un jugement^ il mit dans ses discours une extrême attention à n^culper personne, et à ne rien dire qui pût compromettre leur intérêt et leur réputation. £n apprenant sa sentence de mort, il ne manifesta ni foiblesse ni crainte : il se montra reconnoissant pour les bons traitements qu'il avoit reçus dans sa prison, et ne demanda d'autre fa« veur que celle de mourir en militaire, c'est-à-dire d^étre fusillé : mais on lui destinmt la peine des espièns et des malfaiteurs, Imfame supplice de la corde/Sans savoir ^ ^^* si Ton avoit eu égard à sa demande, il s avança vers le lieu de Texécution d'un air noble et assuré, au milieu des officiers préposés à sa garde : cependant à la vue des préparatifs qui lui annonçoient la manière ignomi^ nieuse dont il alloit perdre la vie, il s'écria d'un ton pénétré : « Est-ce donc ainsi que je dois mourir ! w Maiâ bientàt recomposant son maintien, il ajouta : « Dans un moment je ne sentirai plus aucun mal ; » et il se présenta au supplice avec calme, désirant que tous. le» spectateurs fussent témoins qu'il mouroit comme un homme de cœur doit mourir (i). Tous les hommes im-* partiaux et généreux s'accordèrent à penser que cette

(i) Voyet les lettres et les différentes pièce» relative» à ce sujet dans> îe Remembraneer, vol. ii, p. i et »Qi.

GEORGES III. tii^

mort étoit plus déshonorante pour Washington et pour La Fayette que pour lui-même. Quant à Clinton, il fut toujours inconsolable du sort si peu mérité d'un jeune homme aimable et accompli , que la nature et FéducatioQ avoient orné des qualités les plus rares , et qui , s'il ^ eût vécu y auroit pu prétendre aux grades les plus éminents de Tannée.

Arnold fut élevé au (prade de brigadier-général au ser- 7 ^f* vice de sa majesté britannique. Il publia une « adresse mation au peuple des colonies américaines, » dans laquelle il ^'^>voi<'développoit les prétextes £biux et séditieux pour lesquels le congrès avoit rompu les liens de l'antique fidélité due à la mère-patrie, et soumis à une tyrannie arbitraire la fortune et la vie de ses propres concitoyens, pendant qu'il se prosterooit lui*méme avec bassesse devant les émissaires de la France, cette ennemie invétérée des colonies, qui n'avoit ni la volonté ni la puissance de les protéger. La guerre d'Amérique lui paroissoit avoir été soutenue dans la vue d'une juste défense jusqu'au temps de l'alliance avec la France; mais il nioit que cette alliance se trouvât conclue à l'époque où les commissaires anglois avoient fait leurs secondes propositions ; propositions qui, de l'aveu du continent, avoient surpassé toute attente, et telles que, si Ton eût soupçonné la sincérité britannique, ce n'auroit pu être qu'à cause des avantages extraordinaires qu'elles promettoient. Il deploroit, comme sacrifiant les intérêts de l'Amérique aux vues ambitieuses d'iin ennemi perfide et superbe , la conduite impolitique, injuste et tyrannique du congrès, qui n'avoit pas daigné consulter le peuple sur les offres de la mère -patrie. Et cependant, ajoutoit-il, on n'en étoit encore qu'aux ouvertures du prctendu traitç de

Versailles, dont le peuple américain n'avoit jamais autorisé la conclusion, et led a)*ticles mêmes de Falliance n'étoient pas définitivement arrêtés. Préférant, pour toutes ues taisons, les propositions sincères de l'Angleterre aux offres insidieuses de sa rivale, il n'avoit tant tardé à poser les armes et à faire éclater ses sentiments, que pour attendre une occasion favorable de délivrer sa patrie, et pour éviter autant que possible Teffusion du sang bumain. Les vérités politiques renfermées dans ce manifeste étoient de nature à ne pouvoir être réftir tées ; mais l'on fut porté à juger sévèrement des motifs que le général disoit avoir dirigé sa conduite (i).

Dans un autre manifeste adressé « aux. officiers et aux soldats de Tarmée continentale qui ^esiroient le bien de leur pays, et étoient déterminés à ne pas servir plus long-temps d'instruments et de dtipes au congrès et à la France, » le général Arnold faisoit un appel à leurs intérêts, à leurs préjugés et à leurs besoins. Il offroit à tous ceux qui se rangeroient sous les étendards britanniques, des grades ^t des appointements équivalents à ceux dont ils jouissoient, et le remboursement de leurs chevaux, de leurs équipages et de leurs armes; il accusoit de leur détresse, de leur nudité, et de leur misère, la négligence, le mépris et la corruption du congrès ; il leur faisoit observer que leur patrie n'étoit plus qu'un pays de veuves, d'orphelins et de mendiants; et que si l'Angleterre cessoit d'employer ses efforts pour la délivrer, elle rie pourroit espérer long-temps encore de jouir de l'exercice de cette religion pour laquelle leurs pères avoient bravé l'océan, le climat et les déserts.

(i) Foyez Rfmembrancer, vol. iq, p. 344; ^^^' "? P- ^°^'

GEORGES III. l4t

Lui-même n^avoit'^il pas vu naguère le congrès pousser la bassesse et Tinfamie jusqu'à assister à une messe pour la délivrance de Tame d'un catholique romain du pur* gatoire, et à participer aux rites d'une église anti -chrétienne contre les corruptions de laquelle leurs pieux ancêtres auroient témoigné au prix de leur sang(i). Malgré tout ce qu'il paroissoit permis d'en attendre, cette proclamation ne produisit aucun effet : l'indigna» tion et la pudeur firent au Contraire tenir une conduite plus décisive au^ Américains ; l'ambition de se montrer des gens d'honneur aux yeux de leurs nouveaux alliés, les François, donna une nouvelle énergie aux mouve^ ments de leur patriotisme ; et les désertions, jusque-là si fréquentes, cessèrent entièrement dès ce jour (2). • On n'entreprit, pendant le reste de la campagne, au- Ëchan(;e cune opération militaire qui vaille la peine d'être rap* rarm^e portée; mais à la fin on effectua l'échange de l'armée ^® ^^^' angloise faite prisonnière à Saratoga. La politique perfide du congrès à l'égard de cette brave armée avoit toujours paru condamnable, même à ses plus zélés partisans; et ce furent les plainties réitérées des amis nonxbreux des prisonniers de Gharlestown qui obtinrent du gouvernement un acte de justice si long-temps et si indignement éludé.

Dans les mers d'Europe différents combats ajoutèrent Affeires à la gloire du pavillon britannique. L'amiral Geary, •"■'™®^ nommé au commandement de la flotte du canal à la Europe, mort de sir Charles Hardy, s'empara de douze bâtiments jui^êV marchands françois qui faisoient partie d'un convoi expédié du Port-au-Prince ; mais cet avantage fut plus

(1) Foyez celte proclamation, Remembrancer, vol. ii. p. 20.

(2) Ramsny, vol. 2, p. 204.

Page 1