Troublei
jurer 1 orage qui les menaçoit, et de recouvrer leur an- qui écU* cienne tranquillité, quoiqu'elle ne fût assurée que sur Édl^j* de frêles fondements. Dans une lettre qu'ils adressèrent bourg, à lord North , et qui fut publiée dans les journaux de Londres, ils s'excusèrent de ne pouvoir accepter les grâces du parlement, aimant mieux faire le sacrifice de leurs avantages particuliers que de compromettre la paix du royaume. Mais des individus fanatiques ou pervers avoient fait jouer depuis long-temps tous les ressorts pour égarer la populace d'Édinbourg, et elle n'attendoit plus qu'un signal povir tirer une prompte vengeance de tous ceux qu'elle considéroit comme ennemis de sa religion. On fit circuler de main en main agjanr. dans la ville une proclamation incendiaire, par laquelle on invitoit tous les fidèles à se rassembler, au soir convenu, à Leith-Wind, pour renverser le pilier du pa-^ pisme, qu'on venoit tout récemment d'y élever. C'est ainsi qu'on appeloit une suite d'appartements occupés par un prêtre catholique, et dont l'un, séparé de tous les fiutres, servoit aux cérémonies du culte. Quand on pu^
ïni HISTOIRE o'AlNGLErEUKK.
blia cette invitation séditieuse, les esprits de la multitude étoient suffisamment préparés; les catholiques, déjà profondément consternés , craignoient de rester dans leurs maisons, et dans les rues ils étoient poursuivis par des huées et de menaçantes clameurs. La populace assemblée en grand nombre exécuta la destruction projetée; elle étendit sa fureur sur une autre maison con- ^ f^y sacrée au culte catholique , et livra aux flammes et au pillage une bibliothèque considérable appartenant ?au chapelain, et diverses habitations de commerçants et de manouvriers. Rien ne s'opposant à sa rage, elle continua durant plusieurs jours à détruire et à dévaster les maisons de tous ceux qu'elle soupçonnoit être papistes; en même temps elle outrageoit ces malheureux dans leur personne, et leur faisoit craindre la mort. L'impunité accroissant encore son audace, elle ne s'arrêta pas à ces excès ; elle osa menacer de sa vengeance tous ceux qui avoient prêché des sentiments de tolérance et de paix; de ce nombre étoient le docteur Robertson, cet historien justement célèbre, qui dans ses écrits avoit toujours recommandé une bienveillance générale en matière d'opinion, et»M. Crosbie, avocat, à qui on ne reprochoit d'autre crime que d'avoir prêté son ministère à la rédaction du bill présenté au parlement en faveur des catholiques romains.
Conduite L'autorité civile auroit paru extrêmement répréhen- TibledeT ^^^^^^ Seulement pour être restée dans l'inaction penmagis- dant le cours de toutes ces violences, lorsqu'elle pouvoit les arrêter, soit par elle-même, soit au moyen de quelque assistance étrangère; mais le prévôt d'Edin- * bourg ne se contenta pas d'être inactif; s'il ne provoqua pas ouvertement par sa conduite , il sanctionna du
GEOIIGES m. * 173
moins indirectement tous les excès d'une populace qui, n ayant aucune subordination, n'étant soutenue par aucun personnage important, auroit été bientôt contrainte de céder à une résistance régulière et bien concertée. Les proclamations publiquement affichées ne découvrirent pas seules les intentions de 1# multitude; ces intentions furent encore manifestées, antérieurement à la grande attaque, par une infinité d'outrages dont on chargeoit les malheureux cathohques; mais le prévôt, même après qu'on lui eût fait à cet égard une demande formelle, se contenta de promettre qu'il convoqueroit les doyens de la communauté, et les engageroit à user de leur influence pour dissuader le peuple de prendre part aux désordres projetés; et en même temps il enjoignit à un lieutenant de marine, qui commandoit une compagnie chargée de la presse des matelots, et qui offroit' d'apaiser le tumulte, de s'éloigner de la ville sans délai. La garde urbaine se montra tout aussi peu empressée que le premier magistrat à réprimer ces excès criminels; et quand la garnison, sous les ordres du duc de Buccleugh, vint proposer de maintenir la tranquillité, on ne se borna pas à rejeter ses bons offices, on relâcha encore des coupables qu'elle avoit arrêtés comme ils incendioient une maison, et on leur permit d'aller rejoindre leurs complices. A la fin, cependant, ce qu'on n'avoit voulu faire par aucun sentiment de devoir, l'épouvante le fit exécuter; les magistrats réclamèrent 6 fét. l'assistance des soldats, et les troubles furent promptement apaisés. Le prévôt et ses collègues comblèrent la mesure de toutes les absurdités de leur conduite, par une proclamation ridicule où il étoit dit que, dans leur désir « de calmer les inquiétudes et les craintes qui
t^4 HtSTOIB£ D'ANGtETERRE.
avoient troublé 1 esprit d un grand nombre de dtoyetii bien intentionnés de la métropole, au sujet de la révo'^ cation des lois pénales portées contre les papistes, leê magistrats faisoient savoir au public que le bill relatif à cet objet avoit été totalement abandonné ; ils espéroient en conséquence queues citoyen^ comme eux (c'est-à^ dire bien intentionnés) éviteroient soigneusement désormais de se trouver à aucune assemblée tumultueuse;» et ils assuroient qu'ils prendroient les mesures les plus vigoureuses pour réprimer tous les désordres qui pour^ roient s'élever à Favenir, a persuadés que, si les troubles recommençoientj on devrait les attribuer aux vues criminelles d'individus mal intentionnés et pervers. » Cet aveu de leur négligence passée et cette conformité de leurs sentiments avec ceux de la populace furent pour celle-ci un triomphe, et un nouvel outrage pour ceux que Ton avoit persécutés. Ces malbeureux demeurèrent ainsi sans appui; on ne fit aucune démarche pour redresser leurs griefs; ils craignirent encore de se montrer en public , et ne durent en grande partie leur subsistance qu a la générosité secrète de leurs amis. 9 fév. Glasgow suivit avec empressement l'exemple que vetroubles ^^^^ ^^ ^"^ donner Édinbourg; mais comme les catho^ éclatent à liques étoicut en si petit nombre qu'il n'y avoit ni prêtre ni chapelle dans les environs, les fanatiques tournèrent toute leur fureur contre la maison et les ateliers de M. Baguai, qui avoit établi , dans le voisinage de la ville, une manufacture de poterie qui portoit le même nom que le comté de Staffordshire, d'où il étoit. Ces bâtiments furent détruits de fond en comble; et , après avoir souffert les pliis indignes outrages, l'épouse de M. Bagnal et sa famille allèrent se réfugier dans la ville, les
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GEORGES III. IJJ
voisins étant trop épouvantés pour oser leur donner un asile. Cepeudant les magistrats et le clergé s'occupèrent immédiatement à réparer les dévastations de la populace, et dédommagèrent généreusement M. Bagnal des pertes qu'il avoit essuyées (i).
Ces violences ne pou voient échapper à la vigilaoee iS mar*. attentive du parlement. Quand le lord-avocat, M. Dun- ,io|^^"jû das, pariât pour la première fois dans la chambre, après p»rleces troubles, M. Wilkes lui rappela la promesse qu'il laiivesà avoit faite à la dernière session, de présenter un bill cesd^'sortendant à procurer le soulagement des catholiques, ses concitoyens. Le lord-avocat déclara, avec sa franchise accoutumée, qu'attendu les insurrections et les violences qui avoient éclaté dans toutes les parties de l'Ecosse, il avoit été convenu, entre les principaux catholiques et lui, de différer les mesures de soulagement, jusqu'au temps où le peuple oubHant en partie ses préventions, l'on pourroit employer les voies de la persuasion. M. Wilkes répliqua d'un ton animé que Ion sacrifioit la dignité du parlement à la populace séditieuse de l'Ecosse. Londres, dit -il, en suivant l'exemple d'Édinbourg et de Glasgow, pourroit empêcher f^ar une insurrection que Ton ne traitât, dans le parlement, de quelque matière importante que ce fût. Ensuite il s'étendit avec indignation sur la conduite coupable des magistrats, sur leur apologie des excès de la populace, et sur leur promesse que le gouvernement retireroit ses concessions; et il n'hésita pas à déclarer que, lorsque les cathohques ne
(i) Ces détails ont été puisés dans les oavraç;e8 suivants: Considérations on the State of the roman catholics in Scotland; A Mémorial to the public in behalf of tfae catholics, etc.; Fanaticism and teru- •on , or a history of the rchellious iniurrections , in june 1780»
ï*jG HISTOIRE D'ANGLËTEttïlÊ.
trou voient, dans le sein même de la capitale, aucutie sûreté, ni pour leur propriété, ni pour leur vie, le gouvernement touchoit à une dissolution complétot.
18 mars. M. Burke ramena de nouveau la discussion sur ce sujet , en présentant une pétition des catholiques lésés, qui réclamoient la protection du gouvernement et un dédommagement de leurs pertes. M. Fox appuya cette requête , disant que Ton ne devoit pas se contenter d'accorder un dédommagement aux catholiques, et que la chambre se trouvoit également intéressée par son humanité et son honneur à révoquer les lois pénales portées contre eux , sans se laisser effrayer par quelques vaines insurrections circonscrites sur un point peu considérable de l'empire. Lord North, qui vouloit éviter les voies extrêmes, éloigna toute considération nouvelle sur la pétition par la question préalable, et déclara qu'une indemnité raisonnable seroit volontairement accordée.
Établisse- Qn ne pouvoit pas attendre qu'une pareille conduite,
ment des , * ., ,. .^,
comités en Angleterre et en Ecosse , arreteroit le génie actit du decorres- f^jjjjjigjQg quand il s'étoit une fo)s déchaîné; la police, tique vint se mêler aux^uestions religieuses ; et il s'établit en peu de temps , sous le prétexte spécieux de protéger le protestantisme, quatre-vingt cinq sociétés correspondantes, semblables à celle qu'on avoit vu Lord se formera Édinbourg. Lord Georges Gordon, déma- Gordoa Q^S^^ inscusé et fanatique inquiet, fut élu pour leur est élu président : il répondit aux assertions que M. Fox avoit dent, émises dans la dernière discussion , en déclarant qu'il 5 mai. s'en falloit de beaucoup que l'on dût tolérer les catholiques d'Ecosse comme ceux d'Angleterre ou d'Irlande; et avant la fin de la session , il demanda que la pétitian
cKonrrEs III. 177
des catholiques présentée par M. Burke, fût rejetée sur le bureau. Dans son discours, il assura hardiment que tous les habitants de TÉcosse, excepté un petit nombre de papistes , étoient prêts à courir aux armes et à s'insurger, et qu'ils Tavoient invité à être leur conseiller et leur chef. Le parlement n'avoit pas le droit, disoit-il, conformément à l'acte d'union, de porter atteinte aux loix religieuses de TÉcosse ; les habitants de ce royaume étoient imbus profondément de cette opinion ; et, plutôt que d'y renoncer , ils mourroient tous les armes à la main. Sa motion ne fut pas appuyée.
Quoique la rage du fanatisme se fût calmée depuis Objet den long-temps en Angleterre, on vit pourtant se former ^^^l^^,^*^ une coalition dangereuse entre la politique et la reli* sion. gion , qui parurent ne s'ét re associées que pour produire les plus profondes et les plus formidables commotions < Il s'étoit établi dans la capitale , depuis un grand nombre d'années, des sociétés d'individus qui, pour les besoins de leur état ou les avantages qu'ils espéroient acquérir , ou seulement pour leur satisfaction personnelle, selivroient à l'étude de l'éloquence. Jusque-là on les avoit considérées toujours comme fort innocentes , quelquefois comme utiles, et souvent comme ridicules; elles avoient été l'objet des railleries du public ; on les avoit jouées sur la scène, et attaquées par là voie de l'impression : mais Ion s'étoit borné &• moquer d'elles. A l'époque où nous sommes arrivés, la manie des dis^ eussions vint leur donner une célébrité plus grande. Des hommes d'un esprit ardent , quoique d'unfe instruction bonnée, pour la plupart, s'y rassembloient tous les jours, et discutoient, devant un nombreux auditoire, les ttiesuresdu gouvernement. Comme l'on n'y gardoitau-
ifS HISTOIRE d'a»GLETERRE.
eune sorte de bienséance lorsqu'on parloit dé quekfM personnage éminent, ou qu on faisoit allusion à sa conduite, elles étoient fréquentées assidûment par tou9 ceux qui se plaisoient à entendre des railleries grossières et choquantes, mêlées de traits d'esprit par intervalle^ et même quelquefois d'instruction. Elles étoient con-* nues sous le nom de sociétés de discussion; et quoique, dans les jours ouvrables, on y débattît quelq^uefois den questions religieuses , il n'en existoit pas moins des sociétés particulières où l'on s'occupoit, spécialement le dimanche, de la discussion de ces matières sacrées.
Ce fut au moyen de pareils clubs , que lord Georges Gordon parvint à former en Angleterre, à l'instar de celle d'Ecosse, une association protestante dont il fa-t aussi déclaré le président. Pendant qu'un homme de sa naissance et de son rang ne rougissoit pas de solliciter la faveur de ces assemblées , sa protection et son appui étoient pour elles un sujet de vanité: sa famille étoit en effet une des plus honorables du royaume; il étoit membre du parlement britannique: et quoique labsurdité de ses discours eût plusieurs fois ftitigué la chambre, il avoit souvent montré de l'habileté et un esprit de raillerie très mordante. L'opposition le trai* toit avec égard , quelquefois même elle l'encourageoit ; les membres les plus distingués l'appeloienten public leur honorable dn; ils appuyoient souvent ses argpu* œents, et prenoient dans le parlement la défense de sa conduite.
Emporte- Le suCcès de ces associations ajouta encore à sa vio* "décent" IcDce et à la grossièreté de ses sarcasmes. Le premier de lord jour.de la session, après s'être étendu en des termes Gordon, insoutenables sur les dispositions du peuple de la
GlCOAGES Itl. 179
Gran4e-Bretagpae et de l'Irlaïkle , il dit que cette îndul-- a5 nor* gence que Toq montroit aux papistes avoil alarroé TÉcasse emière, et que les habitaats de ce royauaae ëtoieat déten&inés à se tenir ei> garde contre une secte ainsi favorisée du ministère. On ae devoit pas croire continuoit-il, que de pareils sentiments fussent les siens seulement, c'étoient aussi ceux de cent vingt mille bommes prêts à les confesser et à les défendre, et qui ii'avoient ni moins d ardeur ni moins de courage que lui. Les Écossois avaient envoyédes pétitions aux ministres^ qui n avoieot eu pour elles aucun égard , au lord-chan* eelier, qui les avoit supprimées, et à ToVateur des com-* munes, qui avoit encouru leur défaveur en ne les soumettant pas à la chambre. Ils ^voient fait imprimer maintenant leurs opinions et leurs résolutions, et i) devoit les adresser au roi et au prince de Galles, pouF que ces augustes personnages y vissent de quelle mafiière les Écossois consentoient à être gouvernés. I>«à reste ils étoient irrités et exaspérés, surtout au sujet de la religion , convaincus qu'ils étoient du papisnpi« de sa DEiajesté.
L'indifférence avec laquelle on souffrit ces provocations indécentes, et presque suffisantes pour c^nati^ tuer le crime de haute-trahison , doit être attribuée Siai^^ doute aux égards que méritoit la famille de cet homma inconsidéré , et àTopinion queFonavôit qu'il n'étoit paa exempt de folie. Pendant tout le cours de la se3»ion » il continua ses déclamations insensées; il se glorifiait constamment du nombre d'hommes attachera sa personne et prêt3 à exécuter ses volontés; il calomnioit le roi ^ il bravoit le parlement. Dans uçie discussion élevée au J^ ^°^'
^ » ^ o mars.
sujet du plan de réforme présenté piu* M. ft^rke, ap^s
la.
iS<» HISTOIRE D'ANGLETERRE.
avoir fatigué la chambre par une longue série d abstff-' dites, il assura qu'il avoit en Ecosse cent soixante faille hommes à ses ordres , et que si le roi ne gardoit pas le serment fait à son couronnement , ils ne se contenteroient pas de diminuer ses revenus, ils lui trancheroient la tète.
Pétitions Ce seroit déroger à la majesté de Fhistoire que de
coDtreles , . , ^ o . i r . .
caiho- S appesantir sur les excès d un si aveugle fanatisme, si liques. ees excès n'avoient été suivis des plus déplorables résultats (i). Déjà les habitants de Maidstone et trois mille 1 1 avril, habitants de Rochester a voient envoyé des pétitions aux !«' mai. communes pour leur demander la révocation de l'acte 8 mai. porté en faveur des catholiques , quand lord Georges Pétition Gordon jugea convenable, en sa qualité de président de Londres. lassociation protestante, d'inviter par une annonce publique tous les habitants de Londres et des environs à dresser une pétition pour le même objet. Il leur disoit que , « s'ils étoient unis pour l'honneur de Dieu et les « libertés du peuple , le royaume éprouveroit encore les « bienfaits de la divine Providence, et l'on verroit un « amour fraternel régner entre tous les citoyens; tan- « dis que, s'ils persévéroient dans leur erreur, s'ils lais- « soient l'idolâtrie et la corruption s'étendre sur la face « du pays, rien ne pourroit prévenir les divisions par- «mi le peuple, la désunion du sénat, le mécontente- «ment de l'armée, et toutes les autres calamités dont « Dieu afflige les nations qu'il a abandonnées au fléau «d'un despotisme arbitraire » . Lord Georges Gordon
(i) On pourra trouver de nombreux exemples de la violence et de Textravagance de lord'Georges dans les débats de 1778 à 1780, ou dans le Political Magazine de juin 1780, où toute» les affaires de ce nois sont amplement détaillées.
eEOllGES III. l8l
prévint le parlement du jour où il lui présenteroit cette »^ »■»' pétition , et de son intention de se faire accompagner de tous les pétitionnaires, qui se montreroient humbles, modérés et respectueux.
Afin d obtenir le plus grand nombre de signatures 39 mai. possible, il déposa la pétitipn dans sa maison, et en bl7eteméme temps, par une annonce publique, il convoqua ""«^ rassemblée protestante à Coachmakers-hall , où se te- makers* noit Tune des sociétés de discussion les plus célèbres. ^^^* Là , il fit une longue harangue à la multitude agitée sur le parti qu'on avoit pris de révoquer Tacte porté contre les papistes, et sur la rapidité avec laquelle le' bill d'annulation avoit passé dans le parlement, décriant cette mesure comme contraire aux principes consacrés par la révolution, et capable de faire chanceler. sur le trône les princes de la maison de Hanovre : pour enflammer encore davantage l'esprit de la populace qui i'écoutoit, il lut le catéchisme de l'église romaine, et «ne indulgence que le pape accordoit aux fidèles d'Angleterre. Nous ne pourrons répriiper, nous ne pourrons aY'rêter, dit-il ensuite, ces progrès alarmants du papisme, si, prenant une résolution vigoureuse, nous n'allons à la chambre des communes déclarer aux représentants que nous sommes bien. déterminés à défendre la religion , même aux dépens de notre vie. M Pour moi, le peuple me verra m'associer, avec un « courage inébranlable, à sa fortune; mais s'il craint de « courir des hasards , s'il est sourd aux cris de sa cons- « cience- et à la voix de son pays, qu'il se choisisse un « autre président : je ne jsuis pas un homme indifférent n sur ces matières; et si le peuple veut passer son temps « à de stériles débats et à une vaine opposition , je It
# jIS^ histoire d'argleterre.
« répète , qu'il se choisisse un autre président » . Les plus vives acolaixiations accueillirent ce discours incendiaire, et il fut résolu que le corps entier de l'association protestante se rassembleroit, le 2 juin suivant, à Saint-Georges-Fields, et que, pour distinguer de leurs ennemis les partisans de la pétition, chacun des membres porteroit une cocarde bleue à son chapeau. Le président, pouf stimuler davantage encore la populace, déclara que, s'il y avoit moins de vingt mille hommes réunis à cette assemblée, il ne se chargeroit pas de remettre la pétition, a juin. Au jour fixé, il ne se rassembla pas seulement vingt
blLde's mille pétitionnaires ou associés: il y en eut soixante
pétition- mille, ou même cent mille, comme quelques uns Tout Saint- prétendu, divises en troupes distmctes. Apres une ha-
Geor^es- p^ngué de lord Georges, ils firent sans nécessité un long circuit par le pont de Londres ( London bridge), traversèrent la cité, et se rendirent au parlement. Ils alioient six à six, en longue colonne, et un homme marchoit devant eux , portant^sur sa tète la pétition couverte de cent vingt mille signatures ou marques.
Le duc fie Dans ce jour honteux et déplorable, le duc de Bich- ^1^™: mond présenta à Ta chambre des lords un projet pour
propose réformer les communes; il s'étendit avec amertume
réforme ^^"^^ son discours sur les abus du gouvernement, Tin-
parle- fluence du ministère, la puissance invisible qui faisoit mentaire. . , , . ,. . , , .
mouvoir toute la machme politique, et les plaintes et
les prétentions légitimes du peuple. Son plan étoit
de recomposer chaque année le parlement, d'abolir la
tenure par bourgade^ et d'accorder le droit de suffrage
à tout citoyen de Tâge requis, qui neseroit pas dégradé
par la loi.
iGEOBGES III. l83
Le «lornent où il fut présenté étoit à lui seul une cen- Lc« «ure suffisante de ce plan insensé de réforme populaire, j^ p.,rie- La séance n'étoit pas encore commencée, que la multi- ^^^^} tude occupoit déjà tous les passages delà cour du pa- guliés. lais, et en rendoit Tapproche difficile pour ceux même qui étoient ses favoris; mais tous ceux qui n'avoient pas «mérité cette distinction déshonorante, elle lesdépouilloitjles maltraîtoit, et les menaçoit de la mort. Elle auroit certainement inondé la salle sans le courage et 4'activité des gardes qui en défendoient Tentrée: plusieurs pairs produisirent, à leur arrivée, d'irrécusables preuves des outrages qu'on venoit de leur faire essuyer, et dénoncèrent à la tribune le danger où se trouvoient <l'autres membres, pendant que le duc de Richmon^, dansson naïf enthousiasmede réforme, se plaignoit qu'on l'eût interrompu, et sembloit considérer ses discours comme d'une bien plus haute importance que l'existence de lord Boston et de Tévêque de Lincoln (i) , dont on venoit de dire qu'ils étoient dans ce moment entre les mains dé la populace. LordTownsbend proposa généreusement d'aller en corps pour délivrer lord Boston; mais, par un esprit ridicule et coupable d'hésitation, on mit en délibération si l'orateur accompagneroit la chambre avec sa inasse, et la discussion ne fut interrompue que par l'arrivée de lord Boston, dont la vie auroit sans doute été sacrifiée à l'aveugle rage du peuple,
(i) La populace n'assaillit l'évêque de Lincoln que parceqn*il^loit frère du lord*chancelier ( Thurlow), et lord BoHtoo que parceque 4*on disoit de lui qu'il étoit papiste. Lord Boston se tl<>(>u{*eii, et révéque de Lincoln fut soustrait aux insultes et à la violence du -peuple par un étudiant en droit , qui le fit entrer dans une maison particulière. Différents autres pairs furent maltraitas.
l84 HISTOIRE d'aNGLETERRE.
s'il n'avoit pu être secouru que par ce moyen. Un des magistrats de Middlesex^ mandé à la barre, assura qu'on ne pourroit réunir plus de six constables, et qu'aucune puissance civile n'étoit capable d'apaiser le tumulte de cette populace immense. On conseilla d'appeler la force militaire, et delà mettre sous la direction de lautorité civile ; mais lord Shelburne s'y opposa, et déclara que» bien que les ministres inclinassent pour une semblable mesure, il n'y donneroit jamais son assentiment. Les débats sur la proposition originelle ayant été interrompus, les pairs se retirèrent, laissant lord Mansfieldt qui avoit montré, pendant toute la journée, une présence d'esprit admirable , et n'avoit eu pour protéger , l'assemblée que les officiers de la chambre et ses propres domestiques.
I es pëti- Cependant de semblables désordres se*passoient à la tionnai- djam^pg (jgs commuucs, et plusieurs des membres de
rts msui- ' ^
lent la cette assemblée ne furent pas moins maltraités que les des" conT- loï'ds. La multitude avoit pénétré dans le vestibule du munes et palais , et frappant à coups redoublés les portes de pent ses 1» salle des séances , elle faisoit retentir les voûtes •éances. Ju ç^j séditieux plus de papisme. On ne peut dire ce qui Fempécha d'y pénétrer , lorsque l'on considère qu'elle avoit des forces immenses, et que rien ne lui résistoit. Lord peorges Gordon présenta successivement deux motion^, que Talderman Bull appuya , pour que l'on reçût la pétition, et qu'on la prît en considération sans délai: la première fut adoptée sans difficulté, et un sursis de quatre jours ayant été proposé en amendement à la seconde , la chambre recueillit les suffrages*, et il n'y eut que neuf membres qui montrèrent assez p«u de caractère pour consentir à délibérer sous l'in-
ceoages m. i8§
flueace d'un peuple révolté (i). Pendant le cours des débats qui précédèrent cette division de la chambre, lord Georges Gordon se rendoit fréquemment dans le vestibule , y karanguoitla multitude rassemblée, Tencourageoit à persévérer , et lui donnoit Tespérance que sa majesté intimidée feroit proposer par les ministres qu'on eût égard à sa pétition ; il lui rapportoit même , ou plutôt il dénaturoit à ses yeux , en la rapportant, l'opinion des autres membres de la cham&re; mais le colonel Holroyd s'étant aperçu de cela, le saisit à sa rentrée dans la salle, et lui dit : » que jusque-là il avoit imputé sa conduite à sa folie , mais qu'il y découvroit maintenant la plus noire méchanceté ; et que, s'il lui arrivoit de recommencer^ il proposeroit sur-ie-champ de le faire enfermer à Newgate ». Lord Georges, d'un ton hypocrite et mielleux, lui répondit « qu'il étoit désolé qu'un homme pour qui il avoit tant de respect, eût de lui une opinion pareille ». Dès ce moment il n'alla plus à la porte extérieure; cependant il se rendit peu après sur les degrés, et de là, comme d'une tribune, il parla à la foule rassemblée dans le vestibule. Le général Conway fit connoitre sa résolution de s'opposer de tous ses moyens à ce. qu'on pénétrât dans la salle; et un autre membre déclara (2) que*, si un mutin osoit s'y introduire, ce ne seroit pas lui qu'il perceroit de son épée, mais lord Georges.
La séance continua jusqu'à neuf heures au milieu
(i) Ces membres ëtoient lord Georges Gordon, Talderman BuU, le comte Verney, sir Philippe Jennin{];s Glerke, sir Michel Le Flemiog, sir Jacques Lowther, sir Joseph Mawbey, M. Polhill, et M. Tollemache. Il y eut 19a voix contre les leurs.
(3) Ce fut, dit-on , le colonel Murray.
l86 HISTOIRE d'aKGLETERIIE.
d'iui pareil tumulte ; la chambre s'ajauina ensuite : ie sergent-d'armes étant venu annoncer à 1 orateur qu'un détachement de soldats occupoit la cour des requêtes et avoit ouvert quelques issues, M. ^ddington, magistrat de Middiesex , arriva en même temps avec un escadron de cavalerie légère, et parvint, à force d'activité, Leschn- à faire retirer une p^^rtie de la populace; cependant la ambassa- fouIe ne se dispersa point pour cela; elle se dirigea sur *Smïif^ divers points, et alla piller et incendier "les chapelles fine et de des ambassadeurs de Sardaigne et de Bavière. Quelques aviere nautin*3 furent arrêtés comme ils.se livroient à ces dés-
sont incendiées, ordres, et transférés à Newgate.
3 juin. Dans la matinée du jour suivant, rien n annonçoit
blés sem- quc Tou verroit se renouveler les scènes scandaleuses
Lient 8*a- j^ j^ veille, et le parlement s'assembla sans difficulté.
paiser. ' ^
Lord Bathurst proposa de demander, par une adresse que « Ton poursuivit les auteurs, les instigateurs, et les instruments des désordres qui venoient d avoir lieu, h Le duc de Richmond rejeta tout l'odieux de ces désordres sur les ministres, qui, instruits à temps de l'assemblée de Coacbmakers^boll, n'avoient pris aucune mesure pour en prévenir les funestes résultats : pour lui, en traversant la foule du peuple, qui ne l'avoit que bien peu retardé , il ne l'avoit entendue se plaindre d'au* ^ cune loi, excepté de l'acte de Québec, et il trouvoit ses plaintes bien fondées. Lord Shelburne établit une distinction entre tolérer et soutenir, et donna à entendre quW avoit obtenu plus que de la tolérance pour les catholiques^ la motion de lord Bathurst fut accueillie, et la chambre s'ajourna au 6, après avoir terminé une longue discussion au sujet de quelques dépêches qu'on venoit de recevoir de l'amiral Rodney.
GEORGES III. lij
Oependant, contre Tattente générale, les troubles se lUrecomrenouvelèrent sur le soir; un gros de séditieux s'assem- ™®"^*''*' Ua à Moorfields, et commit quelques désordres sous \es yeux mêmes du lord-maire Kennet, magistrat sans intelligence et sans courage, à qui il eût été facile de préi^enir tout ce tumulte s'il eût pris de bonne heure les plus petites mesui^s ( i ).
Le jour suivant, qui étoit un dimanche, il ne se passa 4j»»°de troubles qu'à Moorfields et aux environs ; cependant Ton y envoya des soldats, mais il leur fut défendu de faire feu. Comme jusque*là il y avoit eu plus d'alarmes que de dommages réels, le gouvernement s^abusoit en pensant que cette conduite de la populace, toute irré- ^ gulière quelle étoit, n'entraîneroit aucune suite funeste (2).
Le jour anniversaire de la naissance du roi, sa ma- 5 juin, jesté, avant de recevoir les félicitations d'usage, tint un ço^g^ji conseil privé à Saint-James ; mais les désordres parois- privé est
^ ^ j ^^ assemble.
sant encore peu sérieux, ou se contenta de promettre prodaune récompense de cinq cents livres sterl. à*celui qui maiion. fei^oit conno^e leseOQupables qui avoient incendié les chapelles des ambassadeurs. Dans le cours de la journée ^'^» <>*oiicependant, les désordres prirent un caractère plus alar- viennent mant, et les chapelles des catholiques ne furent pas ?*««»'««•seules saccagées : entraînée par une sauvage fureur, la populace sembloit ne plus connoître aucun frein ; elle assaillit d'abord la maison de*sir Georges Savile dans Leicester-Fields : c'étoit lui qui avoit proposé de révo-
(1) Voyez le discours de Wilkes à la chambre d«s eoumunes, 1^ juin 1780.
(3) CTétoit l'opinion que lordMansfield communiqua à M. Strahan. JT^y^z aussi BoswelFs Life oî Johnson, vol. 3 7 p- 4^7? S* édition.
k86 nisTOiRS d'angletbrak.
quer rordonnance de Guillaume; ni sa conduite patriotique, ni sa réputation parlementaire ne furent deâ titres au respect de cette multitude déchaînée; elle détruisit une partie de sa maison , et alluma , devant la porte, un grand feu de tous les meubles qu'elle y trouva. Ensuite elle désigna pour ses victimes M. Rainsforth et M.Maberly, personnages recommandables et très versés dans les affaires, parcequ'ils a voient mis beaucoup de zélé à faire arrêter les mutins ; et elle ruina leurs habitations de fond en comble. Dans Wapping et East- Smithfield, elle rasa les chapelles cathodiques, traîna en spectacle les débris de leurs ornements devant la maison de lord Georges, et les brûla sur^une place adjacente.
Inquiéta- Ce fanatique insensé, alarmé maintenant des effets lord de sa propre imprudence, publia, au nom de Tassocia-
Gcorges ^jqjj protestante, une proclamation où il désavouoit les 6 juia. auteurs de tous ces désordres. Lorsque la chambre s'assembla au terme de Tajournement , quelques membres parurent décidés à le punir de ses extravagances : le colonel Herbert, depuis comte df Ganai|(ron, lui commanda , de sa place , d oter de.^|i||I^thapeau le signe de la sédition, la cocarde bleue, le t^enaçant, s'il refusoit de le faire , de la lui cracher lui-même. Lord Georges obéit sans résistance, et mit sa cocarde à la poche. Quoique toutes les avenues des chambres du parlement fussent encombrées par la multitude, aucun membre ne fut insulté à son passage; lord Sandwich seul fut blessé, et
Ajourne- eut Sa voiture brisée. La chambre des lords s'ajourna
ment du ^^ j^^ ^^^^ ouvrir aucune disdfussion ; celle des comment, munes usa de son privilège de régler tout ce qui avoit rapport aux subsides, et vota une adresse où il étoit
frEoiiGËS III. rSg
demandé que Ton réparât tous les dommages causés dans les hôtels des ambassadeurs étrangers, et que Ton fit poursuivre par le procureur-général les coupables et leurs instigateurs. Quelques membres de l'opposition parurent touchés de cet état de danger et de. crise où se trou voit le pays, et disposés à soutenir le gouverne* ment. M. Burke, qui avoit encouru la disgrâce du peuple pour s'être montré favorable aux catholiques, recommanda expressément l'union, et sir Georges Savile remercia les ministres d'avoir envoyé des soldats afin de protéger sa demeure. Cependant M. Fox persista à refuser son appui au gouvernement, alléguant que le ministère avoit rompu tous les liens sociaux, et déshonoré ses partisans ; et quelqu'un ayant donné à entendre qu'il seroit convenable d'expulser lord Georges Gordon, on repoussa cette suggestion avec des marques de désap^ probation générale; ensuite même onJSt à la populace une concession qui pouvoit être prudente, mais qui n'en étoit pas moins contraire à la dignité du parle* ment, en adoptant une résolution portant, « qu'aussitôt après la cessation des désordres, la chambre prendroit en considération la pétition des sujets protestants de sa majesté. »
Au second rassemblement de la populace les troubles Excès étoient devenus plus graves, les vaines mesures que s"e"î^^ç„* l'on avoit prises d'abord pour réprimer les coupables *«» "»»n ayant servi qua compromettre la magistrature, et a redoubler cette audace qui naît toujours de l'impunité. Comme les chambres du parlement tenoient leur séance , la demeure du ministre fut tout-à-coup assaillie par les ûiutins dans la rue Downing : la force armée les ayant repoussés, ils prirent un autre» parti sur-le-champ : ils
I9<» HISTOIRE DAf(6LfiTEBRe.
se divisQreat en troupes distiactes, et allèrent à de» en 6 et 7 péditioos différentes : pendant deux jours, ils contU ^'***' nuèrent leurs ravages sans obstacles, et avec une effrayante rapidité : à leurs menaces d'une dévastation breux io- générale, Falarnie se répandit de tous côtés : maîntecendies. ^^^^ jg religion leur servoit à peine de prétexte : cependant, pour garantir teurs proprîété&du pillage, tous les habitants de la capitale et des alentours étoient obligés» d'écrire sur leur maison ce cri des forcenés, « pins de papisme, » et de payer sans résistance les contributions illégales et arbitraires qu'exigeoient les^ séditieux. O seroit pour un historien une tâche inutile et fastidieuse de retracer lecteurs de ces ravages, et de s'appesantir sur les excès abominables auxquels se livra pendant deux jours une populace effrénée. On força les prison» de Nev^gate, de Clerkenvrell et de Southwark, et celles appelées les Gompters, la Fleet, le King's-Bench et la Marshalsea ; on relâcha les coupables et les débiteurs qui y étoient renfermés , et elles furent presque entièrement démolies (i); on livra aux flammes et au pillage les maisons de sir Jean Fielding, de M. Hyde et de M. Cox, tous les trois magistrats de Mrddlesex; et la demeure du lord-chancelier ne fut préservée de pareil» ravages que par un détachement de soldats; mais dans Fhabitation de lord Mans6eld, les meubles, tes Krres, fes tableaux, et, ce qui étoit une perte bien plusdiffiéileà réparer, les manuscrits même de ce vénérable chef
(i) L'asstttl dotiné à Néwf(»tc sa ma a rimes e«t TeDireprife U plus téméraire qui puisse être imagiaée. Ce bàûtsejat est,, ea e£pQi, si fort par lui-méne qu'il paroit impossible de le: prendre sans urtilUrie,^ quand bien même il ne seroit défendu que par une douzaine
GEOnCBS III. i^t
die justice y fruit de ses travaux assidus pendant le cours d'une vie longue et active, eétièrement consacrée à Tétude de la jurisprudence e( de la politique, tout fut sacrifié à la brutale fureur de fo populace ; lui*meme il ne parvint à s'écbarpper qu'à Ja faveur d'une secrète issue, enveloppé d'un long loantean; il alla chercher un asile dans la maison d'un ami. La populace répandit avec profusion les vins et les liqueurs de sa cave, et ce fut sans doute l'espérance d'un pareil butin, plutôt qu'aucun motif religieux, qui la porta à aller incendier les demeures des MM. Langdale, distillateurs dans Hoh born , et différents bâtiments du voisinage ; elle y trouva une quantité de liqueurs prodigieuse, et plusieurs mutins dans leur ivresse furent brûlés ou ensevelis sous les ruines. •
Il seroit moins difficile d*expliqu€r que de justifier la ,
répugnance qui avoit retenu le bras du gouvernement, du ^ouet empêché qu^on ne déployât^ comme on auroit dû ^^*'"®" le faire, la force des armes, pendant le cours de ces troubles désastreux. Une indolence générale sembloit avoir prévalu dans chaque département du ministère; aucun ordre spécial n'avoit été donné; et sans ces ordres aucune justice de paix n'osoit exercer l'autorité dowt l'investissoit l'acte concernant les séditions. L'on se rappeloit que, dans les affaires de 1768, on avoit intenté une accusation capitale à un magistrat de Surrey pour une entreprise pareille, et que les exécuteurs de ses ordres avoient été poursuivis avec toute l'animosité de l'esprit de parti ; et les ministres ne pouvoient pas oublier que naguère encore, pendant qu'on discutoît les pétitioiAs populaires, le parlement avoit retenti de menaces de ce qu'ils avoiept établi une simple garde mili^
t^!k UISTOIAE D ANGtETERHE.
taire à la porte de leurs demeures pour en éloigner (il multitude des factieux. Ainsi la violence de l'opposition V Tanimosité qu'on avoit fait éclater pendant tout le cours de la session , et les nombreuses tentatives qu^on avoit répétées chaque jour pour faire prendre au peuple une part active au gouvernement, expliquent , mais ne justifient pas la timidité du ministère (i). 7 juin. Dans cette conjoncture, le conseil-privé s'assembla. conseil- ^^® ministres n'y furent pas, seuls appelés; tous ceux privé est qui avoient le droit dV siéger s'y trouvèrent; le roi lui-
assemblé * ^ , . , ^ . , iv ^ i .
V une même etoit présent : on nottoit dans i irrésolution; auseconde cune des mesures proposées ne paroissoit décisive, et le conseil alloit enfin se séparer, quand sa majesté demanda d'un air inquiet, s'il n'y avoit aucun parti à prendre. Le procureur-général répondit qu'il en connoissoit un : celui de déclarer les attroupements séditieux, et d'autoriser la force armée à agir par-tout où il seroit besoin, sans attendre la réquisi£ion des magistrats. Le roi désira qu'il rédigeât cette ordonnance, et il l'écrivit sur ses genoux : là-dessus on dressa une proclamation , et des ordres furent expédiés en conséquence par Vadjudant-général^i). Dès ce moment on ne craignit pps de prédire avec confiance que cette mesure arréte-
(i) Lord Chatham commit, pour le bien de son pays, deujc actes qu'il considéroit comme arbitraires : une fois il délivra un warrant général pour faire arrêter un étranger qu'il soupçonnoit; et une autre fois irfît mettre un embargo sur des bâtiments chargés de grains. Sa justification est une leçon pour les ministres, et devroit leur servir de modèle : «Je connois, dit^il, l'illégalité de mes démarches; mais* j'ai agi pour le bien de mon pays, au risque de ma propre vie, et dans des circonstances pareilles, je ne me comporterai jamais autre-^ ment. »
(a) Renseignements particuliers. Voyez aussi fa proclamation et l'ordonnance dans TAnnual Register, 1780, p. ;)65, a66.
GEORGES Ilh 193
iréit immanquablement tous les troubles. La proclamatipn ne fut publiée que sur le soir» mais le public ne tarda pas à en ressentir les bons effets. Les troupes mandées de différents points au secours de la capitale s'avançant en toute hâte, un corps de milice du Northumberland arriva à l'entrée de la nuit à Lîncoln's-inng après avoir fait un chemin de vingt -cinq milles dans la journée. Cependant les incendies à Langdale et à Holborn* bridge offroient le spectacle le plus affreux» et paroissoi^nt s'étendre avec une alarmante .rapidité (i). Un i^étachement sous les ordres du colonel Holroyd s'y transporta aussitôt, et arrêta les excès de la populace; mais un grand nombre de mutins perdirent la vie comme ils s'introduisoient dans les maisons, ou qu'ils y mettoientle feu {2), La force armée eut bientôt dispersée les rassemblements au pont de Blackfriars; et plu* sieurs de ceux qui en faisoient partie furent précipités dans la Tamise par*dessus les parapets.
Vainement on eût voulu prévenir la ruine entière de Tétât, si Ton eût tant soit peu tardé à employer la Ibrce des armes. La populace avoit formé le projet, mais trop tard heureusement pour rexécuter^ d!attaquer la Banque, et de couper tous les. canaux qui distribupient de Teau dans la capitale. La Banque fut barricadée, et Oa Arrête Ton posta des troupes sur toutes les avenues. La popu- ^*j^^ lace tenta inutilement deux attaques en deux différents
(i) La nuit ë(5it belle et calme) autrement rincendie eût dëvoré «ne grande portion de le ville) d'autant plus que les hommes pré' posés pour l'éteindre étoient quelquefois arrêtés dans leur travail, et quelquefois se joignoient aux mutins*
(a) Quoiqu'on ait dit que la populace n'avoit suivi aucun plan dans les désordres auxquels elle s*étoit livrée, on loi prit cependant deux étendards,
r94 HISTOfBË D'ANGLETERRE.
• endroits : repcmssée dès le premier cfctoc» il 'lui fift vttr- ^ssible de se l'allier: itrcëitainie et îÈftimidéfe, ellèue€t ^los enfteiidrè^o^s iqae des -ehuneors foîbtes et entrecoupées, auxquelles sucbéâa bié^tMiin sour(l«Mfrimi)*ey tt ensuite un proffond silence. Lé feù "régtilier des sbK dats contlnmnt de produire trti eftiet térribte, les mtr- •tins, saisis d-épotivafitei, tnécbtibùi^ent le coïkitnandeinent de leurs èbéfs , et prirent la fuhë , eàtratksant avet eux leurs blessés. Les entreprises tentées ^aos d'âuti^ Quartiers furent t^poussëes aVeC le liEiéme succès; et ceux qui, à IWtitrée de l<i nttiît, Htvoient été glfteésd^éffrcn ^r lés vociférations d'une populace itinottftyrable, et par le spectacle lugubre des flaimnes de tt*ente-siir itttendiei^ diffétents ^ ne vil*ebt plus le matin dti jour suivatit d'autres vestiges dé Falartne que des irùiaes ftittiahtes^ eft des traces de sang qui décelaient la tbute qti'avdiem Suivie les blessés fugitîfs'( ï ). ' 8 juin. Le lendemain ta chambre des cotnmufies 's'a^silétnUlsi ; ^la^tran^* ^^'^ elle ne s'occupa d'aûcttne affaire, dans 'repteion quillitë. que la (Capitale étoit Soumise à lèi loi mafrtiàle, et «tle is'aj<mi^na en c<Mséquénce au jeiur fixé pat* ta dhambre des lords. <]!étte Opinion ayant >été 'démentie 'par titie publiiîation ^e^préSsé du gotrvernémënt, Fimprefii^iote qu'elle avdi% dû pksadaii^ s 'elPaça : ies aflbît^'reprirem en piôu de temps lenr tfain aeootitirmé; tes cmirs de
(i) D'après rëvaluation de lord Amherst, le nombre des mutins tnës fteddaDt'lM'troiibliB^pifr la fonce ^ndée,<oir<knk>fls pcmtijli^s Idur entrée è l'bd^itaîl, ibt àt dflvk c6nt '^fltrte-«fhi0t^2iiii|. ijcyr<^e«ii» valeTé^fut fait^'ii y ^iffak encore 'uetft si»ixailte''tm»e blessés 'datm4«» hôpitaux. Cette estimation est «rop-foible^de IseafiMsdifp;^ d*tfillmi#^. il a été impossible de «avoir lé nombre des todrcs ^td^ bleissëa etile- ^s -par leurs amis, et celui des mutins suffoqués par les liqtieim ^pèritneuses et ensevelis sons des ruines.
justieei qiu n'avotent été ouvertes le premier jour que pour ia forme^ reprirent leurs séances, et Ton s'en tint bientét à de fllmplet mesures de préesution pour empêcher les troubles de renaître. Les soldats qu'on avoit mandés de 1 antérieur se (portèrent arec rapidité et avec zélé au secours de la caj^tale; les habitants de tous les lieux ^ ils s'arrêtèrent iesr témoignèrent , par une hospitjdîère Kéeepdon y qu'ils res^ntoient bien vivement de quaUe importanoe étoît en ce moment leur secours , et à leur arrivée 0a les fit camper sur les promenades eet dans les jarcKns du Muséum et de Lincoln's-inu. Il se fiamm en même temps des associations volontaires pour protéger la liberté et la propriété des citoyens, et de tous cétés ron montra le plus grand empressement ; tant cette cri» momentanée, où Ton n'a voit- connu ni sûreté ni gouvei3iei|ient , seizd[)lok avoir rendu ces avantages plus précieux l'un et Tatltre, et inspiroit de séle pour les conserver.
Le surlendemnin de ees désordres scandaleux de la g jai„; populace , lord Georges Gordon fut arrêté en vertu d'un ^.^^''f o^rtt expédié par le secrétaire^d'état, et enfermé à la Gordon Tour, aur une accusation du citme debaute-trabisôn. ®^/*^*fj[" JDana l'iaterAgatoire qu'on lui fit subir xlevant le conseil Toar. privé, il làisea voir un grand irivattem^it, et parut étonné dea graves résultats de sa foKe. due garde nombreuse ie conduisit au lieu où il devoit être «nfemaé ; mais ses partisans épouvantés, sei^nt leur propre foiblesse, et occupés à se soustraire eux-mêmes aux poursuites de la justice offensée y ne tentèrent aucune entreprise pour le délivrer (i).
(i) -Outre an gprand tiombre âe ressfiignetuents partieuliers que ■0U8 avoDs reçus, et les ouvrages périodiques que nous aTons con^
tgG HISTOIRE d'Angleterre.
Conduite M. Wiikes, dont le ùom se rattache à toute l'iristoii^ ^^sTac** ^® ^® régne, tint une conduite digne des plus grands • Wilkcs. éloges, et montra pendant le cours de ces désordres jum. pjjjtpépidité et le sang-froid qui coiivenoient à un magistrat de la capitale. A Tépoque la plus alaimante de ces troubles , le rédacteur malintentionné d'un écrit périodique ayant publié un aiticle séditieux où ilrecommandoit au peuple « de prolonger sa réttstance aux desseins infernaux du ministère, qui se^ roposoft d anéantir la religion et la liberté des citoyens, et d'établir à-la-fois le papisme et la tyrannie »> , M. Wilkes parvint à le faire arrêter, et soutint ia force armée contre les agressions violentes et criminelles de la populace. 19 juin. Le parlement s étant assemUéau terme de son ajourdu'rorau nement, le roi dans son discours récapitula en peu de parle- mots Ics mesures qu'il a voit cru devoir prendre, et soumit ensuite à chacune des chambres une copie de sa proclamation . Tous les partis s'accordèrent à approuver . la conduite de sa majesté, et les opinions ne se trouvèrent divisées qu'au «ujet de quelques reproches, adressés au ministère, de ce qu'il avoit tardé si long-temps à appeler la force armée au secours de la capitale; et à ^ l'occasion d'une discussioli qui s'éleva surHl légalité de Opinion cette intervention des si^d^ts. Cette importante matière de lord fyt mise daus son plus grand jour par lord Mansfield,
Mansfield , 1, .. - , ^ i^i
au sujet dont 1 opioion a toujours été regardée depuis comme de Tinter- ^jjj^ ]qJ constitutionnelle. Il démontra clairement que
vention • *
milituir^e. suites, nous avons puisé encore, pour ces détails, da«s plusieurs autres ouvrages, tels que ceux intitulés, Fanaticism^ and Treason ; Considérations on the late disturbances, by a consistent whig ; the State and Behaviour of the eo^^tish catholics, etc. Nous avons consulté aussi le jugement de lord Georges Gordjon, et celui de différents antres mutins. •-
GEORGES m. 197
les derniers troubles^ cènstituoieat des actes directs dç haute-trahison, et qu-auparavant les mutins s'étqient rendus coupables de félonie en livrant au pillage et aux flammes les propriétés et les demeures des citoyens, et commettant d autres actes semblables de violence déclarée. C'étoit sur tous ces attentats, disoit-il, qu'étoit motivée la prodamation qui avoit appelé la fcffce armée. Tout «itoye») de son autorité privée, avoit le droit dlntervenir pour^étouffer une émeute; et il y étoit obligé quand un magistrat len avoit requis; à plus forte raison étoit-il tenu de le faive quand il s^gissoit de prévenir des actes de féloniç, de trahison et de révolte. Ce qui étoit permis à un individu Fétoit également à plusieui^ personnes légitimement assemblées ; et il étoit inutile de prouver que la loi permettoit aux magistrats des démarches qui n'étoient pas interdîtes aux autres sujets; 'aussi les cpnstable^ étoient particulièrement chargés^u soin d arrêter ceux qui seroient surpris à troubler Tordre public, ou à eommettre quelque crime , soit de félonie, soit da trahison; et, en cas de résistance obstinée, ils étoient autorisés à attaquer, à blesser, et même à tuer les •coupables; et puisqu'un citoyen /pouvoit saisir un délinquant tersquHl le prenoit sur le fait, et le forcer de se soumettre à la loi, plusieurs citoyens rassemblés pour cet objet jouissotent sans contredit du même droit. he chef de justifie établit cette doctrine comme incontestable et évid^:ite; il en déduisit toutes les consé* quences que Ton pouvoit en tirer, et fit voir que Ton ne Favoit pas méconnue, lorsque, dans les derniers tumultes, on avoit appelé Taide de la,for«e armée. Les hommes dont le gouverneinent s'étoit servi étoient, aux ^ôux de la loi, de simples indiii^dus soumis à tous les
règlements du pays; et leur habifroage ne devoit pas eiopéeher qu'on put réclamer leur secours ; si quelqu'un d'eux outre-passoit lea pouvoirs qu on lui avmt confiés, il devoit être jugé et puni, no» d'après le code militaîre, mais d après les lois communes étdblies pour tow les citoyens ;. conséquemment cette idée que la capitale étoit souwise à la loi martîalsy et que les soldats y avaient depuis le& troubles plus d'autorité qu'auparar vaut, naissoit d'une apfHréheiisîoa asal fondée.
On écouta^avec la plus aérieuaeattention Fofflnton du chef de justice sur un sujet d'usie si haute naportance. Les égards dus à sa vieillesse, et les pertes réeentss qu'il uvoit faites pendant ces funestes désordipesy ajoutoient au tendre intérêt que tout le »onde aivoit pour lui. Avant de développer son opinion , il avoua qu'U l'avoît formée sans le secours d'>aacun livre ; puisqym^ dit-il d*un tqn pathétique, je nai plm imam livre à conmk^; et tous les auditeurs parurent pénétrés des mêmes sentiments de regret, et déplorer k perte qu'il avoit fieiite comme une calamité nationale.
Pétition Malgré l'indignatiaQ générale soulevée par de si hof^éônt^reîes ^®"^ cxcès, quelques meml»res de la chambre des eoBir catholi- munes plaidèrent la cause des associés, et l'alderman qo«s. gji^})].} jg^ présenta une pétition du conseil ccunmun de la cité. M. WUkes s'^eva contre cette pétition , et affirma qu'elle avoit été surprise au conseil pendant qu'au fort dçs troubles ( le 7 juin) le plus grand; nombre de ses piembres s'étoient absentés dans l'idée que les affaires a voient été suspendue^^ il accusa le locd-maire et l'al*dçrman Bull de s'être montras négligents et £ictieuic , et déclara que, si le premier magistrat de la cité se fù| acquitfjé avec zélé de ses devoirs ^ il auroit pu étouffer à
/ eeoftOE^ lu. 199,
sa. paissAnoe «fsHedbépbrable sédition ( i ) ; quaiu à Bull , il «VQÂI accru. Vaudace dea mmJAs en perinettW aux ^^onstabie» de son ^partiar de porler ji leur chapeau le signe d^ la rehdUoA ^ et em se proio^nasKt fainilièrement devant le peuple avec le grand instigateur de tous ees troubles. ' '
La chambra se forma en ooBkité pour délibérer sur les Les petipétitioDO coiilre laole de tolérance; pétitiçn» qu'ap- ^^'^^ puyèrent avec aéle raldertnan BuU et sir Joseph Maw- Pacte de bey. M. Barke plaida d'une manière éloquente la cause, ^o^^^ ^^^ des,4ïatholique6 opprimiés, protestant en même tetaips jetées, de son sincère attachement aux do4^rînes religieuses de son pays $ e t > sur une motioin qu'il présenta , la chambre adopta cinq résalutie«s^ par lesiquellea eUe témoignoit être satisfaite de la loi de toiérance> telle qu'elle avoit été portée, et réprouvoit hautement les derniers tumultes , et tes fausaes inipulationa qui y avouent donné lieu.
Comme dans le cours de ces débats on avoit exprimé Un bîll quelques craintes relativement à Tinfluence que pou- our^obvoient acquérii* les catboliqties à la faveur delà protec- jet de détioa qu'on leuraccordoit, sir Georges Sayile présenta ^^^^ p^. un hill pour qu on leur retirât la permission de tenir des thoHqnes
1 1 i. ^ * t n . d'instrui-
ecoJess publiques, et de recevoir des enfants en pension re la jeucbes eui(. Le bill passa dans la oha^Bihre des communes , ^^^^^ * mais il fut rejeté par les lords. ment re
Le roi, en faisant la clôture de la session, pro^ionçii un g j^jy^^ diaeours plein de sagesse : il le termina en reeomman-' cièture dant ^nx membres de la ehambi^ des. lommunes de ^^ion!^~ Taidçr par leur infiuenee et \wr efédit dans leurs comtes
fi) liC lord-maire fiit ponHniTt par le procnreur-gé»éraI ponr sa
est
ftOO HISTOIRK d'ANGLETEURB.
respectifs, comme ils l'avoient fait dass le parlement par leur appui unanime, à préserver le royaume des troubles qui pou voient le menacer, et à veiller à la con« « servation de la tranquillité publique. « Faites sentir à « mon peuple, leur dit-il, combien il est beureux de « posséder une constitution civile et religieuse si par* » faite , qui est pour lui une source inépuisable des avan- « tages les plus grands ; montrez lui les funestes suites « d'un ébranlement pareil à celui qu'il vient d'éprouver ; « et attachez'-vous enfin à le convaincre de cette impor* « tante vérité, que les coupables tentatives que ron*fe« « roit pour résister aux lois entràineroient nécessaire-* c( ment après elles, ou la ruine des séditieux, ou Rentier « renversement de notre inestimable constitution. » Effet po-. L'horizon politique parut enfin s'éclaircir après ce derclêa'ller- nier ouragan : tous les citoyens frémirent aux épouvan* ïiiers dés- tablcs couséqueuces de ces associations populaires pour intimider le gouvernement et réformer ou contrôler sa conduite; ils sentirent que, quelque innocentes, quelque louables même que fussent d'abord des tentatives sem-* blables , on pouvoit en abuser aisément ; et que des malheurs sans fin pouvoient naître de l'ignorance ou de la perversité d'un seul homme qui disposeroit à son gré des forces d'une populace immense. De bonnes nouvelles sur les affaires de la guerris ajoutèrent à la satisfaction générale; et l'animosité que l'on avoit mise depuis si long-tepps dans toutes les contestations politiques fut modérée sensiblement par la oonnoissance qu'acquirent les chefs de abaque parti des sentiments véritables de leurs opposants. La convocation du conseil privé, au^ quel assistèrent plusieurs membFes.de l'opposition, fjiit une occasion pour les deux partis de renouveler de^
eoiiférences> restées' depuis long- temps suspendues. ]^e* miuistère se convainquit que ses adversaires n^a voient pa»en vue rétablissement d*UQ gouvernement républicain ; et ceux-ci comprirent à leur tour que les ministres , Join de vouloir élever une puissance despotique sur les ruines de la constitution, desiroient au contraire également de maintenir les droits imprescriptibles du peuple et lautorité légitime du gouvernement. Ainsi commença à s'établir une bienveillance mutuelle entre les membres les plus distinguée des deux partis; bienveillance dont laction fut au comnâencement peu sensible, mais qui produisit dans la suite des résultats fort importants.
Les mutins de Londres et de Middlesex furent traduits ^8 juin, en jugement à Old-Bailey , et Ton chargea une commis^ aes Mon spéciale de juger ceux de Surrey. L'affaire long- ^^^*^^* temps indécise de sir Guillaume de Grey étant enfin lo juillet. terminée, M. Wedderburne siégea aux plaids-communs en qualité de chef de justice , et fut élevé en même temps à la pairie avec le titre de lord Loughborough. Il fut le principal commissaire chargé de Tinstruction du pr#cès, et il énonça les chef» d'accusation dans un discours non moins sage qu'éloquent , qui fit le plus grand effet. Dans aucun des deux tribunaux un désir inconsidéré de vengeance ne fit agir les juges, ou n^ihfluença les jurés; et, quoique le jury fût composé de citoyens dont les propriétés avoient été imposées pour la réparation des dommages, rien ne démentit dans sa conduite l'huma-* nité de la jurisprudence angloise. Aucun des coupables ne fut condamné que sur d'irrécusables témoignages; on fit valoir ep leur faveur toutes les circonstances atléauaates ; et ceux ^ui furent convaincus paroissent en bien petit nombre, lorsque Ton considère et la multi-
aoa HISTOIRE D JiNGLETEARE.
ti^^e des «eciisés, et les récompenses aél;ordéps aux' téatoins qui se présentoiest ; aussi trouve -t -on dans- Thistoire peu d'exemptes d'une indignation nationale soulevée par d'aussi justes motifs, et aussi aisément apaisée ( i ). Le parlement passa un acte d'oubli en faveur des shériffe ou autres officiers auxtjuels on auroit pu intenter une accusation au sujet des prisonniers évadés, et Ton relâcha tous les accusés qui, ayant été mis en liberté par la populace, vinrent se présenter d'euxmêmes pour être jugés.
Jugement Aussitôt après son arrestation, lord Geoi'ges Gordon Georges P^^ut tout-à-fait Oublié; il se plaignit de ce qu'on em- GordoD. ' péchoit ses amis de le visiter: mais il eut la mortification d apprendre que personne ne s'étoit présenté. Ensuite JanTîer il adressa vainement à la chambre des communes une *7S'' pétition à l'effet d'obtenir son élargissement; il fut mis en jugementpourle crime de haute-trahison; et, quoique l'on ne sût pas avec certitude jusqu'à quel point il s'étoit rendu coupable, ou peut dire qu'il fut sur-tout redevable de son acquittement au zélé et aux talents extraordinaires de MM. Kenyon et Erskine^ ses avocats. Les sociétés de Glasgow ouvrirent une souscription en ^sa fiaveur, et lui firent remettre quatre cent quatre-vingtcinq livres sterling; après cela il toniba rapidement en discrédit , quoiqu'il eût fait quelques tentatives désespérées afin de fixer encore sur lui les regards, comme d'aller à Saint-James pour présenter au roi les dédara-
(l) A Old-Bailey U y eut qu^tr^-^ving^i-cinq j»ersQni|^ ju^^es: trente-cinq furent condamnées à mort , sept convaincues simplenfient de félonie, et quarante-trois acquittées. En Surrey, sur cinquante personnes jugées, viuçt-quatre furent eondam^ëes à mort, et yingt-s» acquittées* *
GEORGfie MI. :io3
tions et les résolutions de la populace associée, et de publier une lettre au sujet de la réception qu on lui avoit faite (i).
A rentrée de Tautomne le parlement fut brusque- **' ^V^* ment dissous. En quelques parties du royaume on s'oc- Le roi cupa avec activité des élections; en dauti*es l'on y mit dissout le beaucoup d'ifldifféi^vce. M. Fox, après avoir été long- ment, teopips ballolé avec lord lincoki, fut réélo^ar Westminster. M. Biirka ne fut pas nommé à Bristol, ayant perdu un grand nombre de ses partisans dans cette ville pour avoir plaidé la cause du commerce de Tlrlande contradictoirement aux instructions de ses commettants, auxquelles il avoit eu la sagesse et la magnanimité de ne se pas conformer. Le bourg de Malton , dont il âvoit déjà été le député , le renvoya de nouveau ; et un humble boui^ acquit ainsi , p»r un pareil représentant , un honneur qu'auroit pu raisonnablement lui envier une grande cité commerçante.
(i) Voyez Remembra^icer, vol. 13, p. 29$.