LIVRE XVIII
Conp-d^œil strr Téiat (\e rAmcrique. — Effets du rmiouveTlement du sialut de Henri \'III. — An iiuad version que cette mesure excite particulièrement dans la provinre de Ma$sachusets-Bay. — Opérations de la légiskture. — Ce qai se passe dans d'autres provinces. — Comilés formés pour s'opposer à l'importation, -r- Examen de la conduite du ministère. — Conduite du peuple de Boston envers les militaires* — Émeute à Boston. — Assamblée rnuni^ cipalc. — Les troupes sont éloignées. — Procès et acquitlement du capitaine Preston et de se» soldats. — Cour générale transportée à Cambridge. — L'association formée pour empêcher l'importation excite des plaintes dans^ plusieurs provinces. — Cette association cesse lors de I» suppression des droits. — Remontrance de la cité de Londres au roi. — Conduiîe de Beckford. — Elle est approuvée par la cité, — Adresse h l'occasion de la naissance d'une princesse. — Adresse de \st cité de Lqmires à lord Cbatham. — Mort de Beckford. — Ligue de la France el ^e l'Espagne. — Notice sur les îles Malouines. — Expulsion des colons anglois par les Espagnols. — AvisiTCu on Angleterre. — Démarches du ministère. — Conduite de Topposition. — Réunion à Westminster. — Débats dans le parlement sur Tagressian de l'Espagne. — Progrès de la négociation. — Répugnance de la France à s'engager dans une guerre. — Renvoi de Choiseid. — Concession faite par l'Espagne , et arrangement définitif. — Changements dans le ministère. — Différent entre les deux chambres. — L'arrangement avec l'Espagne 'approuvé. — Procès de certains imprimeurs pour avoir publié les lettres de Junius. — Discussion de la doctrine de lord Mansfield pour les cas de publication de libelle. — Document remis par lord Mansfield au clerc de la chambre. — Les électeurs de New-Soreham privés de leur privilège.
176^ ILn s'occupant sérieusement de rAiiiériquc, le parlement britannique n'avoit fait en quelque sorte qu'obéir
OEOBGES III. 61
à la aécessiié : la siuiatioa des affaires réclamoit «en .f^fP intervention; mais les mesures adoptées netoient pas, VéUitém judicieuses; elles ne furent pas salutaires. Tant que la ^^■*^'*" cause de Tinsubordination américaine etoit si éoergi* (jfuement plaidée par des avocats d'un courage , d'un crédit et d'une habileté incomparables , on ne devoit pas s attendre à ce que les efforts«ae laytorité pour comprimer les turbulents, et rétablir le régne de 1 ordre, fussent couronnés du succès. Toute mesure coer-r citive étoit attaquée et repoussée comme un empiéle^ ment illégal, tandis que toute tentative conciliatoire étoit considérée comme Teffet de la timidité, et comme tin gage du triomphe de l'opposition future des Américains.
L'acte de fadministration du duc de Grafton, qi^i Effe» «!■ annonçait le renou vêlement du statut de Henri VIII ietnei>caa tombé en désuétude , eut les plus fâcheuses consé- *'^**** ^ quences ; l'esprit tyrannir{ae de cette mesure ét^it si VUl. manifeste , que les provinces même dont les habitants étoient paisibles et fidèles y virent un envahissement de la liberté, et formèrent des vœux pour ceux qui, dans d'autres états, étoient disposés à braver l'orage, et vouloient assurerf par un courageux emploi de la force , la liberté de toutes les colonies.
La province de Massachusets-Bay, contre laquelle Anîmadcette mesure étoit principalement dirigée, et où la pré- «uTcenc s.ence des soldats inspiroit quelque crainte, fut livrée mesure quelque temps à la consternation* Les infatigables au- parûcuteurs de publications séditieuses cessèrent tout-à-coup '*****
* * ment
leurs travaux ; mais ils les reprirent au boiit de quel- 'dans U ques seo^ines. La nouvelle assemblée, convoquée par JfJ^^âssTleUres du roi, hérita de l'esprit de celle qui l'avoit pré- chusci*.
6a uisTOiRt d^'aiv^leteiire. ,
Opên^ cédée : dans uo meMâfge âu gouverneur, elle vepré- Wgisidtu- ^®nta qu'elle ne pouvoit procéder librement tant qu'il rt. Juin y auroit des vaisseaux àe guerre daus le port de Bos* ^^' ton , et une force militaire dans la ville : le gouverneur répondit qu'il n'avoit aucun pouvoir d^éloigner soit lêi troupes, soit les vaisseaux. L'assemblée procéda à Té* kction d'uq constfil, ayant soin d'exclure toute personne attachée au gouvernement, ou qui, par ses ta* lents et son influence , avoit contribué à contenir le parti factieux. Elle répliqua aussitôt après au gouverneur qu'une force militaire aidant à Texécution des lois, étoit incompatible avec l'esprit d'une constitution Hbre; que la répugnance d'un peuple en général pour l'exécution d'une loi étoit une forte présomption de l'injustice de cette loi , et qu'elle ne pouvoit être la loi du peuple, parcequ'avant d'être obligé, en conscience, d'obéir aux lois, le peuple devoit y avoir donné son assentiment. L'assemblée dressa un acte d'accusation contre la conduite du gouverneur, et elle demanda son renvoi par une pétition qui fut transmise à l'agent de la colonie en Angleterre pour être mise sous les yeux Juillet d^ conseil-privé. Elle émit un vote par lequel elle dé- ^769. claroit que les colons, en leur qualité de sujets britanniques, avoient droit d'être jugés dans la colonie, lorsqu'ils étoient prévenus de trahison , de félonie , ou de tout autre crime; et que, dans aucun cas, ils ne pouvoient être privés du breofait d'un jury composé d hommes de leur voisinage, ni de l'avantage de pouvoir « citer et produire des témoins. Le gouverneur Bernard
prorogea lalbour générale , et durant l'intervalle il retourna en Angleterre (i). ♦*
(i) Le {jouTerneur Bernard fut j«gë , lie 28 fc'trier 1770, sur le»* charges portées contre lui : on l'acquitta.
GEOHOCS III. 63^1
L'exemple de rassemblée de Mass^chusets fut suivk Ce qui se dans plusieurs autres provinces : on y pas$a des actea dansd'ande censure de la conduite de radministratLo» , et Ton très proy adopta des résolutions proclamant, les droits de$ colons dans les cas de jugement pour trahison. Ces ré-> $olutions furent conçues en termes si acrimonieux dan$ quelques colonies, que l'administration prit le parti de dissoudre les assemblées. Cette mesure, loin de produire Teffet qu'eUe en attendoit , ne fit qu'accroîtra Teaprit de désaffection : les membres des corps légis^ lâtifs ainsi forcés à regagner leurs foyers se mêlaient parmi le peuple, étendoient Tinflueye des opinions qu'ils avoient professées, et en étoient regardés comme les martyrs.
Le ressentiment qni dominoit dans les colonies con- Comités tre le gouvernement anglois facilita les opérations de pour» op^ ceux qui desiroient appauvrir la mère-patrie par .des P^^er à associations anti-commerciales. Il se forma dans les tation. différentes villes des comités chargés d'examiner lea cargaisons à leur arrivée de la Grande-Bretagne , et de r^endre leur compte à leurs constituants de la manière dont les régies de l'association auroient été suivies. Des votes de censure étoient émis contre ceux qui enfrei* gnoient ces régies , et on les signaloit publiquement Qonvme ennemis de leur pays. Ce furent ces mesuras qui alarmèrent les marchands de Londres , et qui leur firent faire auprès du parlement la démarche dont nous ^vons parlé.
La facilité avec laquelle lord North avoit accédé à Eiamen leur demande doit être regardée cp^Bwee uke faute et ^dulte^^^u' comme un malheur. Les assQciatiojis en Amérique fu- ministère. rent toujours provoquées ou encouragées par des mpr?-
64 HISTOIRE o'aNGLETERAE.
chands spéculateurs qui avoient en leur possession de fortes provisions de marchandises britanniques ; mais tel étoit alors le prix de la main-d œuvre, telles étoient les difficultés du commerce , qu'une persévérance de deux années auroit placé les Américains dans Ta! ternative d'avoir humblement recours à la Grande-Bretagne , ou de vivre sur le produit 4© leur propre sol , privés de tous les objets de luxe auxquels ils étoient accoutumés : état pénible , qui auroit réduit les plus opulents des associés au point d'envier la condition d'un artisan et d'un journalier. S'il étoit désirable pour le ministère décomprimer les Américains , on peut . dire qu'ils lui en avoient eux-mêmes fourni les moyens : il pouvoit, en représailles de leurs coalitions, prohiber l'exportation d'un grand nombre de choses de première nécessité , tant qu'ils refuseroient de faire une soumission convenable ; il est probable qu'alors leurs privations et leurs misères auroient produit de telles dissensions, et fait naître une telle aversion pour resprit de résistance, qu'un long période de temps se fût ^coulé sans que cet esprit pût de nouveau se déployer avec avantage. Mais si le ministère craiguoit d'adopter ce hardi expédient , il devoit se concilier les colons par un abandon total de la loi qui les irritoit , et non pas leur laisser un prétexte plausible de se plaindre , tout en les mettant dans une position où il étoit impossible qu'ils essuyassent le moindre préjudice.
Conduite Dans le temps même où lord North s'occupoit des dupeuple moyens d'apaiser le mécontentement des colons, ils envers les se livroieut de nouveau à des actes d'outrage envers le miitaires. gouvernement, qui appeloient une sévère répression* Il n'avoit pas fallu moins de quatre régiments en quar*
GEORGES Ht. 65,
lier à Boston pour tenir les habitants en bride, et maintenir parmi eux une morne tranquillité ; mais deux de ces régiments ayant été éloignés , les habitants perdirent toute espèce de crainte , et firent éclater leur animosité contre le gouvernement par des insultes envers les militaires , qui furent traités avec le dernier mépris dans les feuilles publiques ; on ne laissa échapper aucune occasion de les décrier et d'appeler sur eux la haine de la populace. Les soldats n étoient préparés^ ni par Téducation , ni par les habitudes contractées au service, à supporter avec patience un pareil traitement :. aussi la tranquillité fut-elle fréquemment troublée par des rixes entre eux et le peuple. Dans cet état d^animosité réciproque^ chacun des deux partis imputoit à Tautre des vues et des desseins qui probablement n'existèrent jamais. Les Bostoniens furent accusés du projet d'expulser les militaires par la force , et il leur fut reproché d avoir engagé une partie du pays à les assister dans l'exécution de cette entreprise(i); de leur côté, ils attribuèrent aux troupes le dessein systématique de pousser à bout la patience du peuple, afin qu'un moment d'excès de sa part leur fournît un prétexte pour un massacre et un pillage général. On no, pu jamais rien alléguer à l'appui de la première de ces accusations. Quant à la seconde , elle se réfute d'elle-, même ; car comment croire que les militaires , s'ils avoient réellement formé le projet qu'on leur suppo^ soit, ne l'eussent point exécuté avant le départ d'une moitié de leurs forces?
Les querelles d'individu à individu , et de groupe à
(i) Stedman.
Émeute à groupê , produisirent par degrés un ressentiment in* Boston, y^^^j»^ ^ qui imprima aux dissensions un caractère extrêmement grave. Un différent s'étant élevé entre le» 'soldats et les ouvriers en corde qui travailloient à Boston , et plusieurs circonstances propres à enflammer l'irritation étant survenues, des dispositions furent faites de part et d'autre pour un engagement général. Malheureusement toutes les disputes entre les habitants et les soldats étoient dérobées à la connoissance des officiers , les militaires ne voulant point se dénon* cer eux-mêmes , et le peuple dédaignant de remettre ses griefs à l'arbitrage d'hommes pour lesquels il n^avoit ni estime ni respect. Les dispositions habituelles des partis et l'exaspération occasionée par les événe* ments récents amenèrent enfin' une émeute sérieuse. L'origine et les circonstances en ont été diversement rapportées, suivant les préjugés et les intérêts des personnes qui ont écrit sur ce sujet ; et il nous est impossible d'en présenter le récit avec cette confiance qui résulte de renseignements clairs et bien liés entre eux. Il parolt qu'il y eut dans la soirée un combat entre deux soldats et un groupe d'individus de la dernière classe du peuple, et qu'il se forma aussitôt un attroupement. Pour accroître le nombre de leurs partisans ^ *Ies Bdstoniens courent aux édifices où se tiennent les réunions, et sonnent la cloche d'alarme, signal ordinaire du feu. Ils se répandent en même temps dans les rues, invitant le peuple à sortir de chez lui, et l'enga* géant à se défendre». Par ces moyens , on a bientôt réuni une immense multitude, dont Texaspération est au comble. Le capitaine Preston, de service ce jour-là, qui ne connott pas ce qui vient de se passer^ et qui^ ne
CEORCeS III. 67
consultant que les apparences , est loin de penser que ce mouvement puisse avoir une autre cause que l'incendie, se trouve saisi d'étonnement en apprenant le véritable caractère de la commotion. Il se rend au principal poste, et voyant la foule se diriger vers le bâtiment affecté à la douane, et Tentendant proférer des menaces , il appréhende qu'on ne fasse quelque tentative pour s'emparer de la caisse qui recèle l'argent du roi ; il est aussi informé que la populace a manifesté la résolution d'égorger la sentinelle. Il appelle à son aide un officier retiré et douze soldats, et afin de prévenir la violence, il accompagne l'attroupement. La multitude, obligée par les efforts réunis des gardes à se tenir à une certaine distance, prodigue au militaire d'injurieuses épithétes, d'insolents défis, et lui jette des pierres et des boules de neige pour le pousser à sortir des bornes de son devoir. Cependant le capitaine Preston harangue les mutins ; il ne néglige rien pour leur faire sentir que; la manière dont les soldats sont rangés, la ]>osition dans laquelle ils tiennent leurs armes, et l'attitude où il se trouve lui-même, ne permettent pas de croire qu'il existe un projet de faire feu sur le peu*ple. Pendant qu'il cherche ainsi à apaiser les esprits, un des mutins porte un coup de bâton à un soldat. Celui-ci, irrité de l'insulte, décharge aussitôt son arme. Le capitaine, allant à lui pour le réprimander, reçoit lui-même un violent coup de bâton sur le bras. Quelques personnes de derrière font entendre le mot « feu » ; mais la confusion est si grande qu'il est impossible de distinguer bien au juste d'où part ce cri. Lé capitaine Preston réitère aux siens la défense de faire feu ; néan-* moins il est tiré environ dix coups de fusil. Le mot
qu'on avoit. entendu ne pouvoit être bien clairement compris, et il paroit impossible, d'après lattitude de» soldats et la position de leurs armes, qu'il ait été prononcé par Tofficier. Il y a des mots intermédiaires de commandement qu un officier n auroit point omis : d ailleurs, si le mot eût été donné par lofficier, tout le; peloton auroit fait feu à-la-fois; tandis qu'on voit, par toutes les relations, qu'il n'y eut aucun ordre dans la décharge : deux soldats tirèrent après celui qui avoit été frappé d'un bâton, trois autres après eux, et cinq autres ensuite. Il y eut quatre personnes de tuées, et six ou sept de blessées ; la populace s'enfuit avec précipitation ; mais elle ne tarda pas à revenir pour em* porter les siens. Les soldats, appréhendant une nouvelle attaque, étoient de nouveau prêts à faire une décharge-, mais le capitaine les en empêcha, en saisisn sant et en jetant de sa propre main leurs armes à feu. Ce ne fut plus alors qu'une scène de trouble et de confusion, qui dura environ vingt minutes. La populace continua de se maintenir dans un état d'insurrec-^ tion; elle battit le tambour dans les rues, en criant; « aux armes. » Divers officiers, qui, à ce mot à' armes ^ se mettoient en devoir d'aller rejoindre leurs camarades, furent battus, renversés et blessés, et tout sem^ bloit présager des hostilités nouvelles. Le lieutenantgouverneur Hutchinson et le colonel Carr intervinrent enfin ; et les ; soldats ayant été consignés, dans . leurs casernes, le peuple consentit à rentrer dans ses demeures.
Assein- Lg lendemain , une assemblée des habitants de Bos^»
blee mu- i . i n
nicipale. ton se tint à la maison de ville. Après avoir entendu
6 mars q^elq^es discours véhéments, elle nomma un comité i77o« * *
de quinze personnes, pour aller porter au gouverneur un message par lequel il étoit invité à éloigner les troupes; ce qui, disoit-on, étoit le seul moyen de prévenir une nouvelle effusion de sang. Il répondit que, sans des ordres du général, qui étoit à New- York, le$^ officiers commandants ne pouvoient faire partir les soldats; mais il promit qu'il seroit pris des mesures pour les tenir dans des positions telles qu'on n'eût plus à se plaindre d'aucun inconvénient. L'assemblée déclara que cette réponse ne la satisfaisoit point, et un nouveau comité, composé de sept personnes , fut envoyé auprès du lieutenant-gouverneur, avec un message dans ce sens. M. Hutchinson consulta sur-lechamp ie conseil, qui émit, sans hésitation, un vote portant qu'il étoit essentiellement nécessaire au bien du service de sa majesté que les soldats fussent éloignés de la ville. Le colonel Dalrymple, qui avoit le Onëlolcommandeme.nt, donna sa parole de déférer à ce vote, ^^^^p^^ et les troupes furent en conséquence conduites au château WilKam. Le service militaire à la maison commune et à la prison de ville fut confié à la milice.
On tira parti de cette circonstance pour enflammer Efforu l'esprit public. Aux funérailles des individus qui a voient ^j^^J^y^^ été tués, il y eut une procession générale à travers la prit de ville; les boutiques étoient fermées, et Ton voyoit flot- ^®"S«a»ter des étendards couverts de devises emblématiques , et d'inscriptions propres à exciter l'esprit de vengeance.
Une accusation de meurtre fut intentée contre le capitaine Preston et les soldats agissant sous ses ordres, qui sur-le-champ se rendirent d'eux-mêmes en prison. Jl fut fait de grands efforts pour obtenir des dépositions à l'appui de l'accusation; les accusés auroient proba-
ce.
70 HISTOIRE D'ANGLETEItRË.
blement été sacrifiés , si le procès avoit été instruit immédiatement , tant étoit grande la fureur populaire. Heureusement Tinstruction fut retardée de qu.elquea mois; et à Fépoque où elle eut lieu, la nouvelle de Tabolition partielle de l'acte de taxation avoit rétabli le calme jusqu a un certain point. Plus de cinquante témoins furent entendus ; et de part et d autre les con- ^ seils déployèrent beaucoup d'habileté. Le capitaine acquitte- Prestou fut honorablement acquitté ; les autres accusés iSmaires. ^"'"^^^ ^^ même bonheur, à lexception de deux, qui Octobre furent déclarés coupables de meurtre sans prémédita- '770- tion(i).
Transla- Après le départ des troupes , le lieutenant-gouver- Gour gé- ï^6W procéda à la convocation de la cour générale de Itérait à la province ; mais redoutant avec raison Tinfluence que
Cambrid- ^ , , . . , , -i
oe. Mai ^^^ seances pourroient produire parmi le peuple, il Jf77°- la transféra à la ville de Cambridge. Cette mesure, dont le motif n'étoit pas équivoque, irrita le conseil et rassemblée, qui, quoique le discours d'ouverture du gouverneur appelât leur attention sur plusieurs objets importants, ne voulurent s'engager dans aucune affaire, tant que le gouverneur refuseroit de les laisser siéger à Boston, comme auparavant.
Les asso- Les patriotes dont cette cour générale étoit compoformëes ?®® ^^ trouvoient au fond dans de grands embarras. contre L'abnégation imposée par l'association contre l'impor-
1 importa- . - ^ \ . . . ,
tion de- tation commençoit a devenir extrêmement à charge
(i) Ces détails sont tirés des écrits suivants : Histoire de la guerre américaine, de Stedman, vol. i, p, 76; Relation de Fhorrible massacre eiécuté à Boston , imprimée par ordre de la ville ; Exposé de l'émeute; Affeire de Thomas Preston. On a aussi consulté le compte rcttdo par Yjânnual re^ûlsr de 1770 d» procès de ce capitaine^ -
QEOAGES III. 71
dans plusieurs des provinces. Newport, dans le Bhode- Tiennent Island , abandoDDa la confédération , et New- York mé- '"a^rw?* ditoit une défection semblable; Portsmouth, 1^ capitale du New-Hampshire , n'avoit jamais accédé à cette mesure , et les avantages dont jouissoient les habitants de ces villes n'étoient guère affoiblis par les anathèmes de Boston, ou le commerce déclinoît sensiblement, et où les marchands envioient , tout en les décriant , • les effets d'un mode de conduite différent du leur. Tel étoit Tétat des esprits , lorsque arriva la loi pour Tabo*
lition des droits : les associés , saisissant avec joie cette Cette mj) r socîatioa
occasion a opérer une transaction avantageuse entre ^^ digsout leur orgueil et leurs besoins, consentirent à renouveler ^ l'«rmëe leur commerce avec la Grande-Bretagne pour tous les portant articles autres que le thé, et des commandes plus consi- ■?PP'^««" dérables qu'à l'ordinaire furent faites à la mère-patrie, droits.
L'audace et l'acharnement continuèrent de caracté- iran™e de riser la lutte de la cité de Londres avec la cour. Avant la cité de la séparation du parlement , il se tint une assemblée du au^rof. conseil commun, dans laquelle on proposa de rédiger ^^ "*i une nouvelle remontrance au roi , à raison de la ré- ' ' ponse qu'il avoit faite à la première. Cette proposition , fortement soutenue par M. Beckford , passa à une grande majorité (i). La remontrance fut portée à Saint- James par le lord-maire accompagné d'un nombreux cortège : elle exprimoit le profond chagrin qu'avoit fait éprouver à la cité la sévère censure que sa démarche avoit dernièrement essuyée de la part du trône; et après avoir récapitulé les griefs exposés dans les adresses précédentes, elle finissoit par une prière au ciel
(i) 7 aldermaas et loS commanen^ coi^tfe 8 alderiDap^ el 5^ eommoners.
pour que sa majesté régnât dans le cœur d'un peuple libre et fidèle, ce qui étoit la seule vraie manière de régner.
Le roi dit qu'il auroit cru manquer au public , aussi bien qu'à lui-même , s'il n'eut point témoigné son mécontentement de la dernière adresse. Le lord-maire, après avoir obtenu la permission de répliquer, déclara , au nom de ses concitoyens, que la seule appréhension du déplaisir de sa majesté les auroit en tout temps sensiblement affectés -que la manifestation de ce déplaisir les avoit pénétrés d'une inquiétude inexprimable et d'une profonde affliction. Il supplia le roi de ne pas les renvoyer de sa présence sans avoir porté quelque soulagement à leurs maux, ou du moins sans leur avoir donné quelque espérance de voir redresser leurs griefs. La con- La naissance d'une princesse fournit à la cité une Becîcford ^lutre occasiou de manifester ses mauvaises disposiapprou- lions erivers le roi. La cour du conseil commun ayant lîité. tenu une assemblée à Guildliall, la conduite du lord- ^ V maire , en dernier lieu , fut , après quelque discussion , hautement approuvée. M. Wilkes , qui , au mépris de toute bienséance, avoit été depuis peu élu alderman, non sans quelques objections contre la légalité de son élection, fut un de ceux qui prirent le plus de part à ce débat. Il fit l'apologie de Beckfordi et expliqua pourquoi lui-même ne l'a voit pas accompagné à la cour le 23. Tel étoit, dit-il, le désir qu'avoit le ministère de verser le sang du peuple, que s'il se fût rendu à Saint-James, et que quelques enfants se fussent mis. à crier, il n'auroit pas fallu d'autre prétexte pour un nouveau massacre. Quant à la proposition de présenter uue adresse de félicitation , il observa quQ
ce n'étoit pas le temps de faire des compliments ; que les membres de la cité de Londres avoient dernièrement été traités de la manière la plus indigne ; qu'on avoit reçu leurs pétitions avec mépris , leur remontrance avec insulte; qu'il sembloit que la seule étude de Tadministration fût d'outrager la cité, et de provoquer le peuple. A lappui de cette assertion , il cita les faveurs prodiguées à des parents de lord Holland et . de lord Barrington , ainsi qu au gouverneur Bernard , qui avoit été créé baronnet et gratifié d'une pension, uniquement à cause de sa tyrannie et de la haine universelle qu'il avoit inspirée aux Américains. Par toutes ces raisons , il convenoit que l'adresse fût grave et réiservée , et se bornât à exprimer l'espoir que l'accroissement de la famille de Brunswick seroit toujours pour les Anglois un juste sujet de joie.
Ce conseil de Wilkes fut strictement suivi dans la Adreae k rédaction de l'adresse , qui fut portée par le lord-maire l'oçca»ion
■* . de la nau-
et par plusieurs aldermans : la populace ne laissa point sauce
échapper cette occasion de faire éclater sa haine contre ? ""* ^* pnocetsc
ceux qui étoient attachés à la cour. Le lord-maire et trois aldermans n'eurent pas plus tôt passé Templebar, que les portes furent brusquement fermées sur l'alderman Harley : la multitude l'assaillit de pierres et de boue , le renversa de sa voiture , l'obligea à prendre des précautions pour la conservation de sa vie , et , lorsqu'il continua sa route dans un carrosse de louage, le suivit jusqu'à Saint-James en l'accablant de nouveau d'insultes. Ayant ainsi satisfait sa rage , la populace permit au maréchal de la cité d'ouvrir les portes , et laissa passer tranquillement le reste du cortège. Pour empêcher le renouvellement de l'insulte que le roi
avoit précédemment essuyée de la députation de la cité y le lord-chambellan fit savoir au lord-maire que sa majesté desiroit qu il ne lui fût fait aucune réplique : le lord-maire demanda une copie par écrit de ce message; elle lui fut refusée, et, après quelque altercation , ladresse fut remise au roi , qui y répondit.
de irSté ^^^ adresse d'un genre bien différent fut votée et à lord présentée d'une manière aussi bien différente à lord Chatham , qu'on y remercioit de son zèle à soutenir les droits d'élection et de pétition , ainsi que de la promesse qu'il avoit faite d'employer ses efforts pour que les parlements fusseut rendus à leur pureté primitive» par la diminution du te'mps de leur durée, et par l'établissement d'un mode de représentation plus complet et plus égal. La réponse de lord Chatham fut grave et pleine de dignité. Il loua la cité de sa persévérance à défendre ses droits; mais il lui avoua qu'elle s'étoit un peu méprise sur ses opinions quant à la durée des parlements, 'et qu'il se croyoit obligé de déclarer qu'il lui étoit impossible de recommander des parlements triennaux. Il avoit exprimé ses vœux ardents pour une représentation plus entière et plus égale; mais il n'avoit émis cette idée qu'avec cette juste défiance naturelle à un homme qui suggère quelque chose de nouveau sur une matière d'une haute importance. Le reste de sa réponse étoit conçu en expressions de civilité, appropriées à la nature de l'adresse.
Mort de Bientôt après cette démarche, M. Beckford termina
fifickford. «r v-t^ 1 «1 1*^
sa carrière. L état des partis dans la cite se ressentit beaucoup de la mort de ce personnage, que son influence et sa fortune mettoient en état d'atténuer le^ '-■■- diversités d^opinion qui existoient entre les chefs de
GEOBCES III. 75
lopposition , et de les tenir unis en un corps compact. Il ^ut pour successeur lalderman Trecothick, zélé partisan du même système; ce qui fit qu'on ne remar* qua d abord aucune différence entre le nouveau maire et son prédécesseur.
Depuis la conclusion de la paix, on avoit fait de |j^„'^ continuels efforts pour persuader au peuple qu'il étoit iord Cluréduit à la situation la plus ignominieuse , et ne jouissoit d'aucune considération parmi les puissances de lEurope-: la Grande-Bretagne étoit représentée comme une nation sans alliés, et chaque jour on la menaçoit du renouvellement des hostilités. Lord Chatham avoit, dit-on, annoncé vers la fin de la dernière session qu'un grand coup se frappoit ou alloit bientôt être frappé dans quelque partie du monde. Cette assertion n'étoit pas sans fondement : elle prouve ou Tétendue des intelligences de lord Chatham, ou sa sagacité politique; mais si ses informations étoient précises, on peut dire qail exagéra beaucoup la gravité d'un événement qui, quoique le résultat de combinaisons profondes, étoit en lui-même d'une importance assez foible : nous voulons parler de Texpulsion des Anglois des Iles de Fal* kland par un armement espagnol.
Le seul but du pacte de famille étoit de réduire la Connî-
,__,*- ^ . I vence de
puissance de la Grande-Bretagne; et quoique la cam- la France pagne de 1 762 eût forcé la France et l'Espagne à cou- *' <*« ï'Kjclure une paix désavantageuse , Ghoiseul et Grimaldi , ministres des deux états, résolurent d'attaquer l'Angleterre à la première occasion favorable. Le moment actuel parut propice à l'exécution de ce dessein : la marine britannique, sous la direction de lord Hawke, restoit négligée et peu en état de protéger les posses«
76 , HISTOIRE d'aNCLETERRE.
sions éloignées contre les efforts réunis de deux ennemis aussi formidables. Il fut en conséquence convenu que la France et TEspagne attaqueroient en même temps les possessions angloises sur les points reculés du globe ; mais les dispositions pacifiques de Louis XV,' dues à son amour du repos et de la volupté, et Taffoiblissement de l'influence de Cboiseul ne permirent pas à ce ministre de mettre à exécution sa part du projet , quoique d'ailleurs il conservât l'espoir d'amener le roi, lorsque les hostilités entre l'Angleterre et l'Espagne auroient commencé, à prendre les armes pour soutenir son allié.
Notice L'Espagne commença par chasser de force les An- *Tle»*^* glois des îles Falkland, possession que cette querelle Falkland éleva à un degré de célébrité qu'elle n'avoit point eu louin^' auparavant, et qu'elle est loin d'avoir conservé. Les îles Malouines, appelées par les Anglois îles Falkland ^ avoient été considérées comme si peu importantes, que leur première découverte et leur premier nom ne sont point bien clairement constatés. Successivement revendiquées par les Anglois, les Hollandois et les François , elles en ont reçu des noms différents. Le capitaine Davis , compagnon de Cavendish , en 1 592*, passe pour le premier qui les ait découvertes ; mais il ne prit pas même la peine de leur assigner un nom. Deux années après, elles furent découvertes par sir Richard Hawkins , qui les appela Terre-Vierge d'Hawkins. En 1 598, deux navigateurs hollandois, Verhagen et Sebald , de Wert les nommèrent îles de Sebald. Elles restèrent ensuite tellement inconnues, durant plus d'un siècle*, que des doutes furent élevés sur leur existence. Cependant un voyage fut fait en 1 689 dans cette contrée
par FAnglois Strong , dont le journal est conservé au musée britannique ; on prétend que ce fut lui qui les distingua par la dénomination d'Iles Falkland. Les armateurs qui visitèrent ces mers sous les régnes de Guillaume et de la reine Anne aperçurent aussi ces îles; mais leur affreux aspect les détourna de faire des observations particulières. Strong affirma qu'il ny avoit point de bois, et Dampier les soupçonna de n'avoir point d'eau. Un François nommé Frezier les remarqua aussi, et leur donna le nom de Malouines.
Jusqu^alors des changements de nom, qui n'avoient été accompagnés d'aucun événement , d'aucune prise de possession , étoient les seules circonstances qui constatassent l'existence des îles Falkland ; mais, après le retour de lord Anson de sa célèbre expédition commencée en 1740, elles attirèrent quelque attention. Le narrateur du voyage, jaloux de convaincre le public que la haute opinion qu'on avoit de lord Anson n'étoit point fondée uniquement sur la prise du vaisseau Acapulco , releva , entre autres choses , l'avantage qu'il y auroit pour la nation à s'assurer un établissement dans les îles Pepy et Falkland , affirmant qu'uae telle possession seroit de la plus grande nécessité pour les opérations futures contre les établissements espagnols dans le Chili; qu'elle procureroit de précieux avantages en temps de paix, et rendroit en temps de guerre les Anglois maîtres de la mer du Sud.
Le crédit et l'influence de lord Anson lui firent obtenir en 1748 l'équipement d'une escadre pour acquérir une connoissance plus complète des îles Pepy et Falkland, et pour faire de nouvelles découvertes dans la mer du Sud; mais le général Wall, ambassa*»
dèur d*Espagne, ayant fait des remontrances réitérées, on finit par abandonner le projet, sans cependant renoncer explicitement au droit de le reprendre par la suite.
Établisse- ties magnifiques avantages promis dans la relation "méVar' ^" voyage de lord Ânson , e( le désir qu'avoient toutes Fran- jours les François d'obtenir un équivalent pour la cescédépar sion du Canada , portèrent M. de Bougain ville , au 1^* à mois d'août 1768, à équiper deux navires, dans le gne. but spécial de faire des découvertes et de former un établissement aux Malouines. En 1764, il en prit possession au nom du roi de France; mais ayant ensuite été envoyé à Madrid , il fit abandon de l'établissement en faveur de l'Espagne, et il accompagna même un gouverneur espagnol dans une île qui reçut alors le nom de port Soladad.
Établisse* Cependant l'amirauté d'Angleterre préparoit une aumé paHa ^^^ expédition : le capitaine Byron mit à la voile avec Grande- un armement en mai 1764; et le 23 ianvier 1765, il
Bretagne. . • j, 1 *i ^ • j 1«
prit possession dune des lies au nom du roi de la Grande-Bretagne. A son retour, on publia une relation du voyage, dans laquelle l'établissement étoit représenta comme un objet de la plus grande importance : on y disoit que Fîle n'avoit pas moins de six ou sept cents milles de circonférence, avec une rade spacieuse et sûre, qui, en Thonneur du premier lord deVamirauté, étoit appelée port Egmont; on assuroit que son soi étoit favorable à la crue du bois , qu'elle abondoit en eau excellente, en végétaux, et en gibier sauvage; on supposoit enfin qu'elle receloit du fer, et peut-être d'autres^hoses plus précieuses.
Encouragé par cette description, le gouvernement
6E0KGBS III. yg
))ritanmque envoya, dès Fannée 1766, le capitaine Mac-Bride au port Egmont, où les Ânglois érigèrent un ]petilfort et postèrent une garnison. Mais le rapport de ce capitaine ne conïBrma point les espérances qu'avoit ïût naître le rapport du capitaine Byron : il trouva une masse d'Iles et de terres entrecoupées , dont le sol étoit un véritable marais, et que battoient des orages continuels , qui en hiver rendoient la communication avec le rivage extrêmement difficile et hasardeuse. Les lions de mer et autres animaux d aussi peu de valeiy y abondoiént ; mais il ne s^y trouvoit aucune ressource pour subsister en hiver, et Tété ne promettoit d'autres aliments que quelques oies et quelques bécassines , avec de Toseille et du céleri sauvages. Le sol ne céda point aux efforts de la culture : un jardin fut préparé ; mais les plants séchèrent; le sapin même, cette production robuste des plus froides régions , ne put résister au climat des îles Falkland , et périt comme une herbe délicate (i).
La garnison se trouvoit dans cette pénible situation , tirant tous les ans à grands frais ses moyens de subsistance de la Grande-Bretagne, et ne se prémunissant point contre une attaque à laquelle, d'après la nature de ses titres de possession , elle ne devoit point s'attendre , lorsqu'un schooner espagnol, parti du port 'Soladad , fut aperçu se dirigeant vers l'île. Le capitaine fiunt, du vaisseau le Tamer^ avertit aussitôt le commandant espagnol de s'éloigner d'une côte qui appar-
(i) Voyez Johnson's Tho^ighls 00 the late Transactions respecting Faikland's islands. Nous avons aussi consulté les Voyft(|[es de Boa» ^invilie et de Byron , ainsi que Penrose's Account of the last £x- JpéditioB to Falklaad's islands in 1772.
8o HISTOIRE D^ANGLETERRE.
tenoit au roi de la Grande-Bretagne : le commandant déféra à cette injonction.
Au bout de deux jours, le schooner revint avec ua officier espagnol à bord , et des lettres de don Philippe^ Ruys Puenta , gouverneur du port Soladad. Elles étoient conçues en termes modérés. Le gouverneur^ affectant d'ignorer la formation d'un établissement anglois, et de considérer la présence du capitaine Hunt comme purement accidentelle, témoignoit son étonnement de l'interruption du voyage du schooner. « Il V faut , disoit-il , que le pilote se soit mal conduit : car « je ne puis croire que le commandant d'un vaisseau « de guerre appartenant à une nation éminemment « civilisée ait pu manquer à ce point au respect dû au « pavillon espagnol dans les possessions du roi d'Es- « pagne. »
Dans sa réponse, le capitaine Hunt assura que les îles appartenoient à sa majesté britannique, tant par droit de découverte que par droit d'établissement , et il somma les Espagnols de les quitter dans le délai de six mois. L'officier espagnol envoyé de Soladad protesta contre les prétentions et la conduite du capitaine Hunt, qu'il déclara responsable de tout ce qui arriveroit de fâcheux. Il allégua pour motif de cette protes^ tation l'intention que le capitaine avoit manifestée de faire feu, dans le cas où l'Espagnol tenteroit de remplir sa mission , et s'approcberoit de la colonie : il fut en même temps déclaré que l'entrée du capitaine Hunt dans 'le port Soladad, lors même qu'elle auroit lieu d'une manière amicale, seroit considérée comme une insulte. D'autres lettres , réponses , et protestations ,
GEORGES III. 8f
se succédèrent dans le cours du mois suivant , mais sans qu^ii en résultât d'autres conséquences.
Enfin deux frégates espagnoles , d'une force consi- Arrivée dérable , ayant à bord des troupes pour le port Sola- frégates dad , arrivèrent au port Egmont. Le commandant , espagnodon Fernando de Rubalcava, écrivit au capitaine Hunt ; Février il exprimoit sa grande surprise de trouver une espèce i77®' d'établissement sous le pavillon britannique; il réclamoit la propriété de ce territoire comme étant un droit de son maître, le roi d'Espagne, et accusoit le commandant britannique d'avoir violé les conditions de la dernière paix; mais il croyoit devoir s'abstenir de pousser les choses plus loin , jusqu'à ce qu'il eût informé sa majesté catholique de cette fâcheuse affaire. Le capitaine Hunt fit valoir de nouveau les droits du roi d'Angleterre à la possession du territoire; mais il se con* duisit poliment à l'égard du commandant espagnol ^ et comme le manque d'eau étoit le motif que celui-ci avoit donné du parti qu'il a voit pris de mouiller au port Egmont, on l'aida à s^en procurer une provision.
La situation des affaires étoit devenue si critique, Le capîque le capitaine Hunt se détermina à retourner en Hiint°%- Angleterre , laissant le commandement en chef au ca- tourne en pitaine Maltby, de la Favorite, chaloupe de seize tertre." canons : le Swift, autre bâtiment de seize canons, qui , avec la Favorite, formoit toute la force navale des Anglois après le départ du capitaine Hunt, sombra malheureusement dans le détroit de Magellan ; trois def gens de l'équipage périrent, et ce ne fut qu'avec la plus grande peine que les autres parvinrent à se sauver.
Peu de temps après cet événement, une frégatç es-« \
re-
Juia
82 HISTOIAB d'aNGLETERRE.
Arrivée et pagnole entra dans le port Egmont , sous prétexte tionsdrûn qu'étant partie de Buenos -Ayres pour le port Solaarme- dad, elle étoit en route depuis cinquante-trois lours, paoaol. et se trouvoit dépourvue d eau. Le reste de 1 armement ne tarda pas à arriver; et Ton sut alors que les Espagnols n a voient été que vingt-six jours en mer, ayant mis à la voile dans le dessein exprès de chasser les Anglois du port Egmont. Pour cette entreprise, ils avoient à bord plus de seize cents hommes , cent trente-quatre pièces de canon appartenant aux vaisseaux , et un train d'artillerie et autres objets suffisant pour investir une fortification régulière; tandis que la force des Anglois, à terre, consistoit seulement en quatre pièces de canon, peu propres au service, et un fort de bois. Une large flamme de navire fut immédiatement arborée par les Espagnols. Le<;apitaine Farmer donna ordre aux hommes 'qui formoient naguère l'équipage du Swift de se porter sur le rivage pour la défense de rétablissement ; et le capitaine Maltby, se mettant en devoir de faire faire un mouvement à la Favorite , le commandant espagnol le menaça de faire feu s'il le voit l'ancre. Maltby ne tint aucua compte de cette menace; deux coups furent tirés, mais amortis par le vent; et trois des frégates espagnoles, à l'imitation du commandant anglois,. quittèrent lé port. Un officier envoyé auprès du commandant espagnol , pour lui demander les motifs qui l'avoient porté à faire feu y reçut pour réponse que les coups de canon qui avoieni été tirés n'étoient autre chose que des signaux.
Le capitaine Farmer adressa alors aux frégates un message par lequel elles étoient requises de quitter' YÛe sans délai , puisqu'elles avoient pris les rafraîchis^
sements dont elles avoient besoin. Le commandant es* pagnol , Ignacio Madariaga , écrivit le même jour aux deux capitaines anglois , les engageant à considérer Timmense supériorité de ses forces , à ne pas troubler rharmonie qui régnoit entre le roi de la Grande-Bretagne et sa majesté catholique , et à quitter File sans délai, s'ils ne vouloient pas le réduire , malgré lui, à en venir aux hostilités. Le lendemain , il écrivit une autre lettre dans le même sens, demandant une ré* ponse catégorique en un quart d'heure. Dans sa réplique, le capitaine Maltby insista sur le droit quiil avoit de rester dans Tile ; il protesta contre le dessein des Espagnols de le contraindre , par leur force supé« rieure, à se retirer, et annonça sa résolution de sou«tenir Thonneur du pavillon britannique. Madariaga déclara que ce n'étoit pas le moment de discuter des questions de droit, que d'ailleurs ce n'étoit pas son affaire; mais qu'il feroit ce qu'il croyoit juste, en soumettant ces questions à la décision des cours britan* nique et espagnole. En même temps, il demanda que les capitaines envoyassent un officier pour examiner Tétat de ses forces, et se convaincre de l'inutilité de la résistance.
Dans la nuit, le capitaine Maltby mit à terre cin•^ quante hommes de l'équipage de la Favorite^ avec plusieurs pièces d'artillerie , d'autres armes et des munitions ; le lendemain matin , les Espagnols débarquèrent au nord une partie de leurs troupes , qui s'avança jusqu'à moitié chemin du fort. Le reste de leurs bateaux, de leurs troupes et de leur artillerie prit une autre direction , sous la protection du feu des frégates; les Anglois tirèrent quelques coups; mais, jugeant U
Eipul- résiatance inutile, ils arborèrent un pavillon de trêve, Anglou! ^^ demandèrent à capituler. Les Espagnols exigeoîent que Tile fût immédiatement rendue et évacuée; de telles conditions étoient en elles-mêmes passablement arrogantes; elles furent encore aggravées par une stipulation portant que les forces britanniques i^e pourroient partir avant vingt jours. Pour les obliger à se soumettre à cette clause, on fit enlever et transporter à terre le gouvernail de la Favorite. Le but évident de cette mesure étoit de laisser le temps à un vaisseau espagnol de se rendre en Europe pour y donner avis à la cour de Madrid de ce qui s'étoit passé , avant qu'un semUable avis pût être reçu en Angleterre ; et Tinso* lence d'une telle conduite ne fut point palliée par Tespéce de modération qu'affecta Madariaga ^ en s'abstenant de saisir le petit nombre d'effets sans importance que possédoient les Anglois. Arrivée . Cependant le capitaine Hunt arriva à Plymouth, et capitaine ùiforma Tamirauté que la possession de l'île avoit été Hunt en revendiquée par le gouverneur du port Soladad; mais
Angle- J^ ^ . " -, , ^ ^ , , ,
terre. OU ne Dt pas bcai^coup d attention à cette démarche. M. Harris , chargé d'afÊEÙres de la Grande-Bretagne , qui étoit resté à Madrid lors du départ de sir Jacques Gray, en août 1769, instruisit lord Weymoutb qu'un vaisseau, arrivé de Buenos - Ayres , avoit apporté la nouvelle qu'un armement en étoit parti pour déloger les Ânglois du port Egmont : il ajouta que le succès de cette entreprise étoit regardé comme fort incertain. Enfin la déclaration volontaire du prince Maserano acheva de rendre le fait indubitable : cet ambassadeur espagnol à Londres annonça à lord Weymoutb que don Francisco Buccarelli , gouverneur de Buenos-Ayres,
CEORGES IIÎ. 8S
avoit pris sur lui de déposséder les Angloi&^da port Eg* mont; et le capitaine Maltby^ arrivant bientôt après , envoya de la Motherbank une relation de ce qui s'étoit passé y avec des pièces à Tappui.
Sans doute, les circonstances de cet événement étoient ^Jî**'^''
/ tious.
de nature à justifier des hostilités immédiates; mais i
considérer les affaires intérieures de la Grande-Bretagne , il étoit plus prudent de tenter tous les moyens de régler le différent au moyen d'une négociation amicale. Le peuple étoit furieux de Tinjure feite au pavillon britannique par une nation qu'il considéroit comme un adversaire peu redoutable, et dont les richesses immenses lui sembloient une proie facile. Il n'y a point de principe si juste qui ne puisse être perverti par l'adoption dénotions exagérées; et souvent les raisonnements populaires sont d'autant plus défeo* tueux que l'axiome sur lequel ils tournent est plus incontestable. Un homme d'état ne doit point prendre pour règle de sa conduite les inductions que le vul* gaire tire d'un point hors de toute controverse : il doit, dans chaque circonstaiice , avoir égard aux caractères particuliers de l'événement, et ne point se rendre esclave d'un système qui souvent ne peut être appliqué à deux cas en apparence semblables. Dans la conjoncture présente, il étoit difficile qu'on fût généralement satisfait de la conduite de l'administration : si le ministère adoptoit une marche pacifique , l'honneur outragé de la nation, la facilité de la vengeance , et la certitude de soutenir la lutte avec gloire , ne pouvoient manquer de fournir un texte inépuisable aux déclamations; si, au contraire, il cédoit à l'ardeur populaire , et sengageoit dans des hostilités, d'ailleurs
ministère
86 HISTOIRE D^ANGLETERIIE.
faciles à justifier, le peu d'importance de Tobjet de la querelle y le besoin que le pays a voit du repos après une guerre aussi terrible et aussi ruineuse que la dernière , enfin les lieux communs en faveur de la paix ^ tout cela devoit être sans cesse développé et reproduit sous toutes les formes que peut inventer l'esprit de parti.
Conduite Lg ministère eut le malheur d'éprouver les inconvénients et le discrédit attachés à ces deux modes de conduite , sans obtenir l'approbation due à l'un ou à l'autre. Aussitôt qu'on eut reçu la déclaration du prince Maserano , l'amirauté expédia des ordres pour préparer les vaisseaux garde-côtes ; et lorsque la Favo^ rite arriva , une proclamation royale offrit des primés aux gens de mer, et rien ne fut négligé pour donner un caractère formidable aux préparatifs maritimes. Mais quelque conformes que fussent ces démonstrations aux dispositions de la nation, et quelque sérieuse que fiûtt la crise, l'opposition chercha, par toutie sorte de moyens, à faire avorter les efforts du gouvernement.
Les matelots que l'on avoit toujours vus si empressés jusqu'à ce jour à s'enrôler pour une guerre contre l'Espagne, se laissèrent persuader qu'on avoit usé d'injustice à leur égard dans la distribution du butin fait à la Havane à l'époque de la dernière guerre , et ils éludèrent par tous les moyens en leur pouvoir l'appel que leur faisoit la patrie. Influencés par l'esprit de la faction dominante , ils présentèrent même une pétition à sa majesté, où ils citoient différents actes du parlement , et s'étendoient en longs raisonnements pour montrer combien il étoit illégal et indécent de recruter la flotte par la voie des enrôlements forcés.
GEORGES lïl. 87
Les lords de Faïaairauté s'adressèrent au lord-maire de Londres , et le requirent de sanctionner leurs warrants d'enrôlement; tnais ce magistrat n'eut point égard à leur demande, et répondit que l'usage suivi jusqu'alors avoit été de ne donner d'autorisation qu'à la requête du conseil privé; et lorsqu'ensuite il, eut consenti à sanctionner ces warra/i^, l'esprit de faction s'opposa encore à ce qu'ils fussent exécutés , et M. Wilkes mit en liberté un homme qui avoit été enrôlé de force dans la cité.
Ce ne fut pas la seule circonstance dans laquelle M. Wilkes montra combien il étoit disposé à entraver la marche du gouvernement ^«t à aigrir contre lui l'esprit du peuple. Il se tint une assemblée des membres de deux clubs politiques, dans laquelle on délibéra s'il ne seroit point à propos d'adresser des instructions aux représentants députés par WestminstjBr, pour les inviter à mettre lord North ep accusation. Les dissensions, qui «'étoient calmées pendant la vie de l'alderman Beckford, se renouvelèrent à cette occasion parmi les démagogues de la cité. Sir Robert Bernard faisoit les fonctions de président dans l'assemblée; M. Wilkes vouloit que les instructions transmises demandassent la mise en ac^ «usation du ministre; et l'alderman Sawbridge proposoit de lui faire adresser seulement une remontrance. Ce jour-là l'opinion de Wilkes prévalut : mais le lendemain , une foule immense de peuple s'étant rassemblée à Westminster-Hall, pour y entendre discuter ces propositions, on revint sur l«i résolution de là veille, et il fut décidé que Ton se contenteroit de faire adresser une remontrance au ministre. Quoiqu'ils ne s'accordassent pas dans les mesures qu'ils proposoient , Wilkes et Sawi)ridgepartoientdes mêmes principes > et l'on les vit ri-
26 oct.
Assemblée tenue à Westminster.
3i oct.
88 HISTOIRE d'aNGLETERRC.
valiser 1 un et lautre à qui se permettroit les raîlleriei les plus indécentes et les plus triviales sur les ministres et le souverain. M. Wilkes pour motiver son refus de consentir à une remontrance , alléguoit « qu'une pièce « semblable ne serviroit qu'à faire un cerf- volant au pe- « tit prince de Galles ; » et Sawbridge s'opposoit à une accusation , « parceque lord North , au moyen de son « influence sur les évêques et sur les pairs d'Ecosse « dans la chambre-haute du parlement, et sur les em* « ployés du gouvernement dans la chambre-basse, sefe- « roit infailliblement acquitter, et que le peuple n'auroit « plus, après cela ^ la liberté de présenter de nouvelles « plaintes. ». Entre autres absurdités renfermées dans la remontrance qui venoit d'être votée, étoit celle-ci, « que sa majesté seroit suppliée d'éloigner pour jamais « de sa présence et de ses conseils , tous ses ministres « et secrétaires-d'état, et en particulier lord Mansfield; « et de ne plus faire entrer à l'avenir d'Écossois dans le « ministère (i). »
i3 noT. Cette affaire à-la-fois ridicule et scandaleuse étoit à blée du peine achevée, lorque le parlement s'assembla. Le roi, parle- dans son discours d'ouverture , communiqua aux cbambres quele gouverneur de Buenos-Ayres , en faisant saisir de vive force un établissement britannique , avoit porté une atteinte profonde à la dignité de la couronne, et au maintien des droits nationaux. Il récapitula ensuite les mesures qu'il avoit cru devoir prendre, et conclut en réclamant l'assistance et les conseils du parlement. Dans la chambre des lords , l'adresse en réponse
(i) Voyez Wiikes's Account of the proceedings at the late meeting of the electors of Westminster, Genderoan*s magazine^ '77*' p. 5 19, 538; Ahnuai register^ 177^9 P* i6<>'
GEORGES Ilf. 89
à ce discours fut accueillie sans aucune opposition; il Débats à n'en fut pas ainsi dans la chambre des communes , mais j^ cependant on ne proposa point d'amendement. Seule- l*adres«t. ment le ministre fut blâmé d'avoir fait retomber ses plaintes sur Buccarelii plutôt que sur le roi d'Espagne lui-même, lorsqu'il étoit évident que la conduite du gouverneur avoit dû être sanctionnée par le monarque. liOrd North répondit , que la valeur intrinsèque des îles Falkland ne lui paroissant pas un motif suffisant de commencer les hostilités, il avoit jugé plus convenable d'ouvrir une négociation , et conséquemment de laisser au roi d'Espagne la facilité d'avouer ou de désavouer , selon qu'il lui sembleroit à propos, la démarche du gouverneur Buccarelii.
Ce ne fut pas la seule observation à laquelle ce diffé- 22 not. rent avec l'Espagne donna |lieu dans le parlement. On ^" ^^^ proposa le même jour, dans les deux chambres , de pré- une comsenter une adresse à sa majesté, afin de la supplier de "i^n^jg donner les ordres nécessaires « pour que toutes les pièces pièces reçues par le ministère , depuis le 1 2 septembre ^g^x 1769, jusqu'au i2septembre 17 70, et relatives aux hosti- f-l^amlités commencées ou projetées parl'Espagneouparquelqu'un de ses officiers, fussent mises sous les yeux du parlement. » Cette motion dans la chambre des lords fut présentée par le duc de Richmond, qui , après être entré dans tous les détails historiques de l'événement, fit remarquer que les intentions ennemies des Espagnols ne se bornoient pas à des prétentions sur l'établissement des lies Falkland ; ce que l'on pouvoit facilement reconnoitre par la précaution qu'ils avoient prise de ne laisser embarquer les équipages que long-temps après la capitulation du fort Egmont ; et assura que Ton rete-
noit, dans des ports appartenant à TEspagne, au moins trois mille matelots anglois , enlevés à des équipages de vaisseaux marchands par des garde-oètes, et condamnés à être toute leur vie esclaves ou prisonniers. Lord Hilisborough prétendit dans sa réponse qu'une présentation de pièces ne feroit qu entraver des négociations qui prenoient une tournure favorable; il insista sur la délicatesse vétilleuse des Espagnols au sujet du point d'honneur, et soutint que le ministère avoit fait preuve dans toute sa conduite de prudence , de vigueur et d'activité.
Lord Chatham tourna en ridicule cette complaisance avec laquelle on s'apesantissoit sur Thonneur des Es* pagnols, et affirma que, malgré son insolence et son orgueil, ce peuple étoit aussi fourbe et méprisable, que les Anglois étoient loyaux et généreux. Ensuite il combattit la négociation, et qualifia de fausseté insigne le désaveu supposé de la cour d'Espagne au sujet de la démarche de son gouverneur. Il rappela que lorsque la France s'étoit emparée de la Tortue , le ministre à la tète du trésor, au lieu de songer à négocier, avoit mandé l'ambassadeur françois et lui avoit fait une demande péremptoire à ce sujet; que là-dessus on avoit expédié un courrier pour Paris , et que ce courrier, de retour en en peu de jours , avoit porté des dépêches ordonnant la restitution immédiate de l'île , et de tous les effets appartenant aux Anglois. Il représenta que la négociation actuelle pourroit produire un compromis temporaire, mais qu'au bout de six mois, le gouvernement se trouveroit engagé dans une guerre contre l'Espagne ; et il i*epoussa toutes les imputations dont il pensoit bien qu'on ne manqueroit pas de le charger, comme celle de
GEOROES III. 91
demander, à tout événement, la reprise des hostilités, déclarant que personne ne desiroit la paix plus que lui, mais qu'il vouloit une paix honorable et Rassurée : une paix comme rajustée ne pouvant satisfaire la nation, dans le cas même où elle auroit reçu Tapprobatioti du parlement. Tl s étendit alors en de longs détails pour prouver que le service de la marine avoit été honteusement négligé; il exposa les mesures qui auroient dû être prises aux approches d'une guerre ; et assura que, dans Fespace de plus de deux mois , le ministère n'avoit pas enrôlé huit mille matelots. Cependant, le même ministère se glorifioit hautement d'avoir ordonné Téquipeinent de quarante bâtiments de haut-bord; mais lui, il sa voit d une manière bien positive, qu'il falloit près de quarante mille hommes pour équiper un pareil armement, avec le nombre de frégates proportionné (i).
(i)DaDS cette partie de son discours lordChatham exprima sa façon de penser au sujet de Ja presse des matelots, et comme Topinion d'un pareil politique mérite d'être connue, nous nous faisons un devoir de la rapporter. «Le sujet que je traite maintenant, dit lord Ghatham, .«semble mHnviter à déclarer ma façon de penser sur une question «que Ton 8*est efforcé de dénaturer par toute sorte de moyens, atin «d'aliéner Tesprit du peuple, et d'entraver la marche du gouverne- «ment. Mon opinion peut n'être pas populaire; mais je suis ferme- «ment convaincu, et tout homme qui connoit l'organisation de ki «flotte britannique est convaincu comme moi, que, sans la presse, « il est impossible d'équiper aucun armement respectable dans \p f temps que l'on a coutume d'accorder à cet effet. Gela posé, et la « nécessité d'armer souvent à la hâte étant pareillement incontes- «table, que dok-on penser de ces hommes qui, au moment du « danger, s'efforcent d'enlever à leur pays ses moyens les plus for- « midables de défense? Quel que soit le principe qui les fasse agir, « leur conduite est plus que factieuse : ils veulent , pour ainsi « dire, lier les maiUs à la communauté. Je blâme, je condamne leur «conduite, et suis prêt à appuyer la première motion qu'on pré-
Il déclara ensuite que TEspag^ne avoit dans le Ferrot une flotte formidable toute prête à appareiller, à laquelle l'Angleterre n'avoit rien à opposer; que dans tout le royaume il ne se trouvoit pas douze vaisseaux de guerre entièrement équipés ; et que si la maison de Bourbon ' savoit profiter de la circonstance avec sagesse et vigueur, c'en étoit fait de la nation britannique. Enfin , après un grand nombre de remarques critiques sur l'état général des affaires , lord Chatham conclut en ces termes : a Les ministres balancent actuellement entre une « guerre qu'ils auroient dû prévoir, et pour laquelle ils « n'ont rien préparé, et un ignominieux compromis. Je « vais leur faire sentir le danger où ils se sont eux-mé- « mes engagés : s'ils sont contraints de commencer la « guerre, c'est au péril de leur propre vie qu'ils la sou- « tiendront; si, au contraire, ils sacrifient par un hon- « teux arrangement l'honneur du trône et les intérêts « nationaux , qu'ils sondent le fond de leur conscience « et considèrent ce qu'ils auront à craindre d'un peuple « irrité. »
Différents autres pairs ayant parlé sur le même su-
« «entera pour mander à la barre de la chambre les aldermans qui «ont voulu s*opposer à lexécntion des warrants de ramirauté. «Mylords^ je n'établis pas mon opinion seulement sur la nécessité. « Je vois avec plaisir que la presse est autorisée par un usage con« «stant, et qu'elle est en quelque sorte une portion de la prérogative « royale. Après avoir condamné la conduite de quelques personnes «à cette occasion, je m'empresse de rendre justice à un homme « dont le caractère et la conduite ont été odieusement calomniés , «je veux dire M. Trecothick. Malgré les clameurs qu'on élevoit contre «lui, il a eu la fermeté de rester dans la ligne de son devoir; et ]• « le déclare, je ne connois pas de citoyen plus recommandable dans « la vie privée. «
GEOBGËS III. 93
jet ) loi*d Sandwich fit retomber adroitement sur Topposition le reproche de désunion que Ton avoil adressé tant de foi*« aux ministres; et observa que les membres de ce parti setoient montrés divisés d'opinion, à l'assemblée d'York, à celle de Westminster, et au parle-, ment , et qu'il pourroit présenter avec ordre l'exposé des . sentiments particuliers de chacun. A la fin de ces débats , la demande de la question préalable fut riejetée à une grande majorité (i). Dans la chambre des communes, la discussion , quoique soutenue par les orateurs les plus distingués des deux partis, ne fut remarquable par aucun argument nouveau , autant qu W peut du moins en juger par les rapports publiés à cette époque, et elle se termina , comme dans la chambre des lords , par un vote contre la question préalable (a).
La tournure que prenoient les négociations paroit Marche avoir été le motif pour lequel l'opposition insistoit avec ***J*ji"^ tant d'ardeur sur les questions relatives à la perte d un établissement sans importance. On pensoit en général à l'époque de Tajournement que la guerre étoit inévitable, et la minorité desiroit, avec beaucoup d'empressement, d'obtenir quelque déclaration formelle, par laquelle les ministres se trouvassent engagés à commencer les hostilités , et qui , si elle n'^étoit pas un 4>bstacle insurmontable à la paix, fût du moins capable delà faire long-temps différer. On a déjà dit qu'avant que le capitaine Hunt ne fût arrivé en Angleterre, et n'eût donné des détails sur son expulsion des îles Falkland, lord Weymoutb avoit reçu une lettre de M. Harris, dans la-
(i).65 voix contre ai.
(2) aaS YoiiL contre loi.
g4 HISTOIRE d'aNGLETERRE.
quelle cet envoyé lui faisoit part du projet que les Eâ-> pagnols avoient formé, de s'emparer de ces lies. Ce fut dans le même temps à-peu-près que le prince iMaserano communiqua de son côté au même ministre , les raisons qui le portoient à croire que le gouverneur de Buenos^ Ayres avoit pris sur lui d'employer la force ouverte pour chasser les Anglois da port Egmont ; il déclara que sa cour lui avoit donné ordre de faire cette communication, afin de prévenir les conséquences qui auroient pu résulter, si le cabinet de Saint-James eût appris cet événement par une autre voie, et témoigna son désir que le ministère britannique n'adoptât à cette occasion aucune mesure qui pût altérer la bonne intelligence subsistant entre les deux cours. Lord Weymouth répondit que si l'expulsion avoit déjà eu lieu, il ne pensoit pas que Ton pût en prévenir les suites funestes ; il représenta que les instructions que le roi de la Grande- Bretagne avoit transmises à l'officier commandant au port Egmont , étoient d'éloigner des lies Falkland les sujets des puissances étrangères; mais dans le cas où ils s'obstineroient à rester, de ne pas les empêcher de s'établir, et de laisser la question du droit se discuter en Europe. Le ministre anglois s'informa en même temps si Grimaldi étoit autorisé à désavouer la conduite de Buccarelli. Après avoir reçu une réponse négative , lord Weymouth se pourvut de nouvelles instructions, et fit demander à l'Espagne qu'elle désavouât tout ce qui s'étoit passé au port Egmont, et qu'elle remit toutes les affaires de l'établissement dans l'état où elles étoient au-^ laicpt. paravant. il écrivit aussi immédiatement une lettre à M. Harris, où il lui faisoit part de toutes ces circonstances , et lui mandoit de se rendre chez le ministre es-
OEORGES III. §5
pagnol , et d'insister sur un acquiescement aux demandes de la cour de Londres , comme sur le seul moyen qu'il y eût de suspendre les préparatifs qui se faisoient dans les ports anglois. M. Harris, depuis comte de Malmsbury, et qui étoit alors fort jeune encore, commença sa carrière diplomatique par cette négociation délicate, qu'il conduisit cependant avec beaucoup de discernement et d'habileté. Il se rendit chez M. Grimai- ^5 sepn di, et lui présenta, dans les termes les plus convenables, les plaintes et les demandes qu'il étoit autorisé à lui soumettre. La réponse du ministre espagnol fut incomplète et vague : il déclara que l'Angleterre avoit eu raison de prévoir cet événement , d'autant plus qu'elle n'ignoroitpas que l'Espagne Sésapprouvoit l'établissement du port Ëgmont; il témoigna que cette affaire lui eausoit un vif déplaisir, et dit qu'il avoit dépêché de la Corogne un bâtiment pour empêcher l'expédition , mais que ce bâtiment étoit arrivé trop tard par malheur; cependant il ne pouvoit blâmer la conduite de Buccarelli, qui avoit agi d'après les lois que l'Espagne avoit suivies jusqu'à ce jour en Amérique. Il termina en assurant que la cour de Madrid desiroit le maintien de la paix , ayant beaucoup à perdre et très peu à gagner dans une guerre. M. Harris rédigea alors ses demandes par écrit, et le ministre espagnol promit de les mettre sous les yeux de son souverain : des deux côtés l'on manifestoit un égal désir pour la paix ; mais Griraaldi ne eessoit d'alléguer qu'il ne pouvoit sacrifier l'honneur de son maître, pendant que M. Harris exigeoit que l'on acquiesçât à sa demande , et déclaroit qu'il n'y avoit pas d'autre moyen d'être juste, et de réparer l'outrage fait aux Anglois. Deux jours après, M. Harris fut informé
96 HisToiBE d'Angleterre.
par le ministre que TaFfaire ne pouvant être arrangée qu a Londres même , le prince Maserano étoit autorisé à soumettre à lord Weymouth différentes idées dont il pensoit que quelques unes du moins ne pouvoient manquer d'être adoptées.
On autorisa le prince Maserano à proposer une con* ventioa d'après laquelle TEspagne déclareroit n'avoir donné aucun ordre particulière Buccarelli, et où Ton admettroit cependant que ce gouverneur avoit agi conformément aux instructions générales qu'il avoit reçues, et au serment qu'il avoit prêté à son souverain; on fit savoir en outre au même ministre qu'il pouvoit stipuler la restitution des îles Falkland, sans renoncer toutefm» aux prétentions de l'Espagne sur ces îles, et on lui enjoignit de demander à sa majesté britannique le désaveu de la menace de tlunt. Â cette proposition , par laquelle la cour de Madrid se montroit si éloignée de vouloir satisfaire aux plaintes qu'on lui adressoit, lord Weymouth répondit d'un ton fort animé que lorsque le roi son maître vouloit bien se contenter de la moindre satisfaction qu'il fût possible d'exiger, et ne demandoit à sa majesté catholique que le désaveu de l'entreprise de son gouverneur, et le rétablissement des choses dans l'état où elles se trouvoient avant cette entreprise inoui.e, il ne restoit plus rien à mettre en discussion , si ce n'est la manière dont le désaveu et la restitution dévoient se faire. Il déclara en même temps que sa majesté britannique s'en tenoit irrévocablement à sa pre* mière demande, et que la convention proposée étoit tout-à-fait inadmissible: le roi son maître ne demandant que la moindre réparation que son honneur pût lui permettre d'accepter, et cette réparation ne devant
O^OttGÉS III. §^
j^lûs avoir de valeur, du moment où elle seroit coudi* tionnelley et où il faudroit unç stipulation pour Tobte*nir. Maserano répondit qu il n'avoit le pouvoir de traiter que par convention, et qu'il attendroit de nouvelle^ instructions: et lord Weymouth écrivit là -dessus à M. Harris de se rendre chez Grimaldi, et de demander une réponse définitive à sa majesté catholique.
Les affaires en étoient à ce point lorsque le parle- ^^ ^^^' ment s'assembla. M. Harris s'étant rendu différentes fois auprès du ministre espagnol, et n'ayant pu en obtenir de réponse satisfaisante , apprit enfin que l'on 6 nov. venoit d'expédier une nouvelle dépêche au prince Maserano, par laquelle on autorisoit cet ambassadeur à re^ nouvelerie traité. L'impression que laissa dans son es-. prit la lecture dé cette dépêche > dont M. Grimaldi lui donnii communi<^ion , fut que la. cour de Madrid lui paroissoit^réte à consentir à toutes les demandes qui lui étoient faites , et que le refus de désavouer la menace du cafMtaine Hunt étoit la seule difficulté qui res* tâft encore à lever ( i ) . *
Cependant la conduite de Maserano ne justifia pas ces espérances (2); et comme l'on ne s'attendoit plus guère à voir le différent ^e terminer par ùh arrangement amiable , on jugea convenable d'instruire les né« gqpÛBmts anglois à Cadix, à Âlicante , et dans les autres villes de l'Espagne, du danger qui les menaçoit , et l'on 31 ^é^. «ffltjoignit à tous les officiers appartenant à la garnison ^- Bafi* et Gibraltar, de se rendre immédiatement à }eur poste, ordre d«
(i) La dépêche daDS laquelle étoient renfermées ces instructions fut reçue le 19 novembre, trois jours seulement avant la motion d« duc de Richmond.
(3) Voy€z lord Weymouth*s letters, 23 and aStb nov.
gS HISTOIRE D'AirGLETERRE.
quitter Après l'ajoarnement , la guerre parut tùui-h-hLit inévi* rae/ table , et M. HaFris reç9t ordre du gouvernement an- {flois de quitteria cDur de JMadrid , non sans prendre cependant le congé d'usage* .' La Fran- . Jfiisqttie~tà Grimaldi avoiâ n^\ éa' conséquence desprb-
ce montre . ,.|' • ^ «n* i ^i • i • i
de l'éloi- jet* qïi " avoit concertttsavec M. de CuQiseul, et si le (rnement ministre .€ranoiuâ eût> pnii mettre en exécntion les ded* guerre, seifis q^l'ilméditott, les hostilités aarcnent coiâKdeîicé sans-délai : mais le monarque françois, qui «voit dé|a eu Iieaucoiip de :peine à obtenir les subsides nécessaires au maintien de sa dignité, et^ rachatdes-pbisirs auxquels il s'abandonnoit tout entier, ne Youlat jamais consentir à augmenter les- difficuliés de sa position < en ^'eii^a* géant dans une nouvelle guerre. La turbulence ma-^ nifestée par ses sujets eb beaucoup d-occasioiis ébciit pour lui un grand motif d'éviter un£- m^ure qui , en augmentant leurs charges, né pouvoit maA|uer d^ack croire aussi leur méconteuteraent.
.Le roi d'Espagne ayant tenu un grawd-eo^nseil, où l^n délibéra sur une dernière .proposition , rendit compte au roi de France du résultat de <tette séance, lui demandant S£^ coopération, dans le cas où la guerre deviendront inévitable. Mais le parti qui agissost-d^ concert avec madame Du fiarry, et qoi attèôdoît l'acK eomplissement de ses vues de l'influenee qu'elle ex^fait sur le roi, acquit alors assea d'ascendfint pour ob« tenir le recivoi du duc de Choiseul , évmement qui ne laissa plus^au roi d'£spdgne audun espoir d'être assisté par la France. .
Conces- Maserano ayant fait savoir qu'il avoit de nouvelles l'Espa- propositions à faire, M. Harri s reçut ordre de retour- &"^* ner à la cour dé Madrid , avec les pouvoirs^ de ministre
GEOBG£S m. 99
pleDipotentiaire; et bientôt il fut définitivement con* JABvier venu que FËspagne rendroit au roi de la Grande-Bre- ^'77^* tagne la Grande -Malouine, ou lie Falkland, dans le même état où elle se trouvoit à répoque de l'expulsion de la garnison^ mais que cette restitution ne préjuge* roit rien quant aux pi^étentions que sa majesté catho* lique pouvoit avoir à la souveraineté de- ce territoire. JLe roi d'Espagne désavoua explicitement, dans ré«> nonce de cette convention , la violente entreprise de BuecareUi«
i Durant cette négociation y il s'opéra plusieurs cban- ChangegementSy par lesquels le ministère britannique ucquijt dans le un surcroît de force. Lord Wevmouth résigna les ministère.
1 1 1 r 1 '1 Janvier
sceaux, qui furent donnés à lord Rocbford. Sir Edouard |.^^i. liawke eut pour successeur dans sa place de premier -lord de l'amirauté le comte de Sandwich. La place d^ aeccétaire-d'état pour^ département du nord se trou^ vaut ainsi vacante, on y appela le comte d'Halifax ^ qui céda au comte de Sufiblk celle de lord du sceau-privé-. M^ Bathurst reçut, le titre de baron- Apsley , et fut nommé IfMrd-cbancelier; sir Guillaume deGrey fut fait' ,(ihef de justice de la cour des plaidoyers -oommun^^ M/Tburlow devint procureur-général , et M. Wedderr burne soUioiteur-général et trésorier de ia: reine. Pl.ur ^ieura membres des deux chAmbres qui ^ voient été •personnellement attachés à M. Gc^aville ( i ), et s'étoient moBtréa violents dans leur opposition , passèrent maintenant «sous l'étendard ministériel.
Un incident survenu avant les vacances du parle*- Dispujc meut fit naître entre les deux cbiambres uae anioiQsitf les deux
(«)Iicfoitixiorl It l3 notembre 1770. ...
100 HISTdl&E D^ANGLEtERRE'.
cham- qui dura tout le reste de la sessioQ. Le duc de Mail-<^ Décemb ^l^^ster fit une motion tendant à faire présenter ttne 17'yo. adresse pour demander qu'on accélérât les préparatifs de guerre, et qu'on mît en état de défense les posses-^ sions des Indes occidentales , ainsi qAe Gibraltar*^ l[ voulut entrer dans quelques développements pour éta-^ blir que cette forteresse n'étoit point en sûreté; mais on Finterrotnpit tout*à-coup , et Ton proposa de faire sortir de la salle toutes les personnes étrangères à la chambre. On allégua pour raison de cette mesure qu'il ne convenoit point qu'une motion faite sans aucua avertissement préalable, et qui étoit de nature à dé« voiler les infirmités de Tétat, fût discutée devant des étrangers. Lord Chatham et le duc de Richmond résis* tèrënt ; mais le cri violent de « évacuer la salle » ne leur permit pas de se faire entendi^e. Irrités au dernier point, ces deux pairs et leursgpmis se retirèrent en corps, au nombre d^nviron dix-huit, en disant qu'il y auroit de la folie et de l'imbécillité à rester dans cette e^iiceinte, lorsqu'on leur ravis^oit le privilège de lords du parlement, et qu'il ne leur étoit pas permis d'exercer le droit de libre discussion. Immédiatement après, plusieurs membres de la chambre-basse, qui venoient présenter un bill, eurent ordre de sortir. Envainrepré* sentèreut-ils qu'ils étoiSnt obligés de rester pour remplir leur mission ; ils furent contraints de se retirer ju9qu^à ce qu'il eût été pris ccHinoissance de leur message ; alors seulement ils furent admis avec leur bill ; mais la cérémonie ne fut pas plus tôt terminée, qu'ils reçurent de nouveau l'ordre de quitter la salle. Enflammés d'indignation, ils retournèrent à la chambre-basse, où , il$ rendirent compte en termes très vifs de ce qui s'étoit
* GEORGES III. lOr
passé. Ceux des lords que le mécontentement avoit portés à se séparer de leurs collègues, assistoieat en ce moment aux débats des communes ; le premier mou* vement du ressentiment de cette chambre fut inconsidérément dirigé contre eux. On donna lecture du règlement , et ils furent obligés de sortir, contre le vœu du plus grand nombre des membres. Seize pairs signèrent une protestation ; plusieurs motions furent faite» dans la chambre-basse pour amener une enquête et une discussion; mais elles n'eurent pas de suite, et tout se borna à un esprit de malveillance et d'bostîlité entre les deux chambres. Les lords donnèrent des ordres rigoureux pour qu'à Tavenir il ne fut point admis chez eux d'étrangers, à l'exception des membres de l'autre chambre qui viendroient présenter des bills ; encore ces derniers devoient-ils être tenus de se retirer aussitôt qu'ils auroient fait la révérence d'usage. Dans le cours de la session, les communes mirent des bornes à la rigueur de l'exclusion ; mais les lords demeurèrent inflexibles ( I ).
La négociation concernant les îles Falkland fut ter- OebatH minée quelques heures seulement avant la réunion du *"** ^J^^*"® parlement, après les vacances. Lord Noinh informa la <)if£érent chambre des communes de l'événement, et quelques pa^e!* jours .après il mit sous ses yeux la déclaration dé ^77^* Maserano, et l'acceptation de lord Rochferd. L'opposition désapprouva énergiquement la manière dont le différent avoit été terminé : elle mit sur le compte des
(i) L«8 débats furent remarquables par leur vÎTacité et par les attaques personnelles auxquelles ils donnèrent lieu. Ces attaques occasionèrent un duel entre lord Georges Germaine. et le gouverneur Jobnstone. Le premier fut lëgèrement blessa k la inaiii.
r02 HISTOIRE d'aNGLETERHE.
ixtmistres et de leurs amis toutes les fautes qui poU'» lV)iëKt avoir été commises dans cette transaction. Entre autres choses il fut dit que non seulement on exposoit la nation à se voir méprisée au-dehôrs, mais. qu on la laissoit encore au-dedans en proie a^x agioteurs et aux escrocs. « Un ministre francois , observa le colonel «c Barré en s'adressant au ministère, un ministre fran-^ fi çois , initié dans votre secret , a gagné près d'un demi* n million en jouant sur vos fonds ; et quelques' uns des n plus élevés d'entre vous se sont engagés bien avant tt dans ^ce-scandaleux trafic. » Il fut proposé de deman-* der, par une* adresse au roi, communication des docu-* ments propres à éclaircir l'aftaire. Cette motion passa danâ les deux chambres ; et la production des pièces occasiona plusieurs discussions. La proposition faite par le duc de NeWcastle de présenter une adresse d'approbation passa également, après une contestation très yéhémente. Urne protestation en onze articles, sigoée par dix-huit pairs,- et une autre signée par lord fiad-» nor, furent consignées sur les registres.
Les débats ne fur^iC pas soutenus avec moins de vigueur à la -chambre des communes; la proposition d'une adresse de remerciements dobna lieu à une dis* eussion très animée , mais elle finit par être adoptée (i). Une motion, précédée d'un long discours, fut ensuite faite par le gouverneur Pownall , pour censurer le mi» lii^tère, qui n'a voit pas demandé d'explication sur le sermept' d'office exigé par les gouverneurs espagnols en Amérique, serment en vertu duquel la conduite de Buécàrelli étoif justifiée. Cette motion fut rejetée (2).
(i) ajji voix contre iSy.
(a) x3o voix ffo»l.re43.
CE04iGE5. lU. I03
La popularité des lettres de Juaii^s détermina plu-^ Imprisieurs libraires, propriétuii^fi .d.écrif.^ périckjiques, à traduits les reproduire.. M. Woodi^all.fi^t mi^ ^sn juge^eat pMur en jugeavoir ixaprioié dans le P\iliiq ,A(Jbeitiser une de ces ™!."q* lettres, qui parut constituai* Hû4iJbf&}|ç; et M. :Âla)on fut également poursuivi ^our avoir. iiiséréc^tte «aêi|D|8'. lettre dans le recueil périodique tlie Lôndon Muséum^ L'affaire d'Aloion fut jugée la premières et le jury. le déclara coupable de publication, hç verdict coatre Woodfall fut celui-qi : Çovpaèlp d'avoir imprimé et publié seulement, L avocat d'Almon ,4em9nda qu'il ffûi procédé à up uouvisau jugement , attendu qud les témoignages produits ne suffîsoient .point pour prouver Texistence d'aucun^ intent^n criminelle j ni même pour établir que son client euteucoiuioissance que le Jjondoi^ Muséum se vendît à son magasin. Des attesiatiçns. soua serment ( t^idavjfs) furent produites pour prouver que le recueil, en question étoit la propriété d'un autre libraire nommé MUler; qu'il étoit envoyé au mag^s^ d'Almon à son insu ; que son commis le vendfbit sans le consulter, et qu'aussitôt qu'il s'en étoit aperçu il avoit arrêté la vente. Un des jurés présenta aussi un ciffidayit par lequel il déclai'oit qu'ayant mal conçu un point de jurisprudence, il avoit par erreur donné s^ voix pour ie vei*dict ; mais cette espèce de rétract^tioli ne fut pas admise par la cour^ Il parut ^r le procèsverbal du jugek^ent, lu par lord Mansâçld, qu^ çf magistrat, «n remettant aux jiiré^ son acte d'accusar tion, avoit dit que la publication étoit pi^ouvée, s'ils ajoutcnent foi aux témoignages; et les avoit engagés ^ dans le cas oii ils ne trouveroiept point que les blancs màaagés dans l'accusation fussent i^mplis d'une ma>»
lo4 HISTOIAE d'aNCLETERRC
nière confbrÎDe au vrai sens et à l'esprit de récrivatn, à acquitter le défendeur. Il avoit aussi affirmé que les épi^' tl[||es A%JuuXj scandaleux et malicieux^ employées dans Taccusation , étoient non des faits à prouver, mais des conséquences juridiques tirées de Fécrit en lui-même. L'avocat traita la question avec habileté^; mais la cour, après avoir délibéré sur le cas, émit, à Funanimité» Fopinion qu^aucune des circonstances alléguées en faveur du défendeur, ni la réunion de ces circonstances n'offroient des motifs de procéder à un nouveau jugement. Dans Faffaire de Woodfall, deux motions furent faites; la première par le défendeur, pour suspendre l'enregistrement du jugement conforme au verdict ; la seconde par le procureur -général, pour qu'il fût dressé un verdict conforme à Ta signification légale de la déclaration du jury. Cette dernière motion fut discutée la première, et lord Mansfielci, en faisant son résumé, donna ses instructions au jury dans les termes suivants : « MM. les jurés ont à examiner si le sens des padSages inculpés dans Fécrit en question est réellement tel que le signale Faccusation. Dans le cas où ils qii jugeroient autrement, le défendeur devroît être acquitté; mais si leur opinion s'accorde avec Faccusation, et qu'ils regardent la publication comme prouvée, ils doivent le déclarer coupable. Les épithétes contenues dans Faccusation sont des conséquences formelles de l'impression et de la publication ; on n'exige jamais en pareil cas la preuve d'une mauvaise* intention déterminée ; le plus souvent, il est impossible de la fournir. Lorsqu'un acte, indifférent en lui-même, peut devenir criminel, s'il a été fait dans une intention particulière, il faut nécessairement que Fintenlion soit prouvée et
reconnue ; mais lorsque lacté est en lui-même contraire à la loi, comme dans le cas dont ii s^agit, cfest au défendeur à se justifier, s'il le peut ; et à défaut de justification, la loi tient Tintention pour criminelle. » La cour adhéra à cette opinion ; mais vu Tapplication am* l»guë du mot seulement dans le verdict, elle ordonna un nouveau jugement.
Les sentiments émis par lord Mansfield en cette circonstance et en d'autres semblables donnèrent lieu à beaucoup de discussions parmi les gens de loi , aussi bien que dans le public en général, et furent bientôt Tobjet d'une vive animadversion dans le parlement. Une opposition marquée aux doctrines du lord chef de justice promettoit de donner de grands titres à la popularité : le jugement par jury est et doit être généralement cher à la nation, et toute tentative pour limiter les pouvoirs ou restreindre les décisions de cet inappréciable tribunal, excite une sorte d'horreur à cause de sa tendance manifeste à envahir, et par suite à détruire toute charte et toute immunité sociale. La publication de libelles étoit la manie du jour, et lorsque pour arrêter un mal aussi funeste le personnage placé à la tête de la justice se trouvoit forcé à établir un principe directement opposé aux affections du peuple, et susceptible d être attaqué par beaucoup d'arguments spécieux à la portée de toutes les intelligences , il s^exposoit à une lutte inégale et dangereuse. Ses antagonistes étoient sûrs de la popularité, et la défaveur attachée à sa doctrine suffisoit pour détourner beaucoup de gens de l'embrasser, et un plus grand nombre encore d'avouer l'acquiescement qu'ils y donnoient. Tous les juges de la cour du banc-du-roi et la majorité
des jurisconsultes marquants pensèrent comixie lord Mansfiild; le public étoit décidément hostile, et Taf^ faire occasiona des dissidences d'opinion entre lespro-» fesseurs de législation, qtd ne peuvent ^mais être . entièrement d'accord entre eux. *
Dlscns- Dans la chambre-haute y la discussion fut engagée par doctrine lord Chatham, qui prit occasion d'une affaire alors Bh de lord délibération pour exprimer ses sentiments sur la mafield. nière dont on dirigeoit maintenant les jucés à la eout du banc*4u-roi. Lord Mansfield avona franchement et nettement ce mode de procéder, soutenant qa'il él^it fondé sur la raison et sur lancien usa^. Il déclara; soii opinion que la question de savoir si tel écrit constituoit ou non un libelle étoit une question de loi qui dévoit être décidée par la cour, et que le jury n'a voit autre chose à faire qu'à décider sur le fait de Tinifxression et de la publication. Lord Chatham et lord Camden expri^^ mèrent combien une telle doctrine les.étonnoit et les scandalisoit ; mais la chambre revint à l'objet immédiat de la discussion.
Peut-être ce débat, ainsi amené irrégulièrement^
étoit^l principalement calculé pour tirer duiord^cfaef
de justic6 un aveu positif et irrévocable du jugement
qu'il avoit émis, afin de donner un fendemaat plaui-
sible à une motion que M. Glynn avoit dessein de faire*.
Motion et qu'il annonça quelques jours après^ £lle avoât pour
GWnn. objet la nomination d'un comité qui seroit cbsirgé de
Décemb. jf^^jj.^ ^qç eoquête sur l'administration de la justice crir
' ^ ' minelle, et la manière de procéder des juges à Westr
minster-Hall, particulièrement dans les cas relati£s »
la liberté de la presse, et au pouvoir constitutionnel
des jurés. Cette motion fut appuyée par tous les grajûdà
GEORGES m. 107
talents de lopposition , et Ton n oublia aucun des aiy guments, aucune des expressions qui pouvoient eftn flammer Tesprit public , ou imprimer de^ tacbes sur- le •
caractère de lord MansBeld. M» Glynn affirma quo Topinion générale aqcusoit les juges d'élre ennemis des jurés> dempiéter sur leur pouvoir constitutionnel 9 et de mal exposer la loi , pour leur faire commettre des erreurs dans leurs verdicts. Une grande étendue de Gonnoissances en matière de législation fut déployée par lauteur de la motion, et par M. Dunning, qui le seconda ; ils furent combattus par sir Gilbert Ëlliot et^ le procureur-général de Grey; et le caractère de lord Mansfield fut énergiquevient défendu par lord Clore et M. Jenkinson. Burke et Weddeii>urne tinrent une con-« duite hautement honorable : tout en appuyant la mo^ lion, ces deux orateurs distingués condamnèrent aved force toutes les expressions injurieuses qui avoient été employées en parlant du Ibrd chef de justice^ et rendirent hommage à ses grands talents et à sa remarquable intégrité. La motion fut rejetée à une grande majorité (i).
Il devenoit cependant nécessaire pourlord Mansfield D^inafde placer ses principes sous un point de vue tel qu-ii lord ne fût plus possible de les méconnoitre et de les déna- ***,".*' turer; et à cet effet il provoqua: une réunion, de la chambre des Iqrds. Comme il.n'avoit point indiqué d'une manière précise ses motifs pour cette déikiarche, beaucoup de personnes s'attendoient à Fentendre jus-» tifi^ sa conduite y et expliquer les* principes et* les au«
(i) 184 voix contre 76. Il est à remarquer que ces débats eureut lieu avant les changements dans le ministère, que nous avons rapportés. •> . ' ; ' '
lo8 HISTOIRE d'aN&LETERRE.
torités qui servoient de base à son o|)inion; mais il n'avoit aucune intention de cette nature , et il eût même • été contre la prudence d'entreprendre cette tâche. Il
remit au clerc de la chambre, pour Tusage des membres, une copie de Fopinion unanime de la cour du banc-du-roi dans l'affaire de Wopdfall : cette pièce, rédigée avec beaucoup de précision, contenoit, dans un espace très resserré, lexposé des motifs et de la loi. Lord Camden demanda si cet exposé étoit destiné à être inséré dans les registres : ayant reçu une réponse négative, il chercha le second jour à renouveler la discussion ; mais lord Mansfield refusa le combat , et la question fut laissée à la décision des cours de justice. Une motion que fit plus tard un membre de la chambrebasse pour être' autorisé à présenter un bill qui assurât . les pouvoirs des jurés dans les cas de libelles, n'obtint aucun succès (i).
Une par- Uœ des affaires les plus extraordinaires qui eussent él«îieurs depuis loiig-temps occupé l'attention du parlement se du bourg présenta dans cette session. Une pétition fut faite contre ' Shore- Hugues Robei^s, chargé des opérations relatives aux ham sont électi<ms à Bew-Shoreham . Il v étoit dénoncé comme
prives ■'
de leur ayant déclaré duement élu un candidat qui n'a voit ranc se. ^jj^^jj^ que trente-sept voix, au préjudice d'un autre qui en avoit réuni quatre-ving^sept, nombre que Roberts avoit réduit dç soixante-seize. Dans sa défense, il dévoila le plus scandaleux tissu de vénalité, de parjure et d'hypocrisie. La majorité des propriétaires s'étoit réunie en association,, sous le titre de société chrétienne. Les prétendus motifs de cette association étoient la
(i) Elle fat prartee à wne irnjorité cic 3i8 voix contre 7a.
OK0RGE8 III. f09
piété et la charité. Son but réel étoit la corruption. Les associés faisoient un indigne. trafic de leurs serments et de leurs consciences, offroient le bourg en vente au plus fort enck'^risaeur, et tvouvoient moyen de rendre impossible aux> autres propriétaires tout exercice effir cace de leur franchise, ils étoient engagés au secret et liés les uns envers les autres par de& serments et des obligations écrites, sous des peines rigoureuses^ iencas de violation; et leurs négociations étoient conduites par un comité qui , sous prétexte de scrupules de cour science, ne votoit jamais aux élections, mais qui, une fois qu'il avoit vendu le bourg et «eçu le prix convenu, dirigeoit les suffrages de la masse, dans la perisuasion que la complication de la fraude :en ..empécberoit la découverte, et pern^ettroit ainsi aux coupables de jouir ^ans remords du fruit de leur iniquité. A la dernière vacance^ occasionée par la fQppt de sir Etienne Coraish, cinq candidats 3e présentèrent pour 1^ boiirg^ ejt un comité composé de cinq personnes fut c)xargé par r^fesociation de traiter de la vente. Le général Smith ^ Tun des candidats, offrit de payer trois paille Jivre^ sterling, et de faire cop$^truire à.Shoreham six cents topiçeaux de navire. lif. Ruinl^ld offrit trente-cinq liv^ sterling par électeur : ^a proportion fut acceptée, e^ Ton avertit son agent dp ne point s'embarrasser des notants qui ne faisoient point partie de l'association. . Roberts, qui avoit été membre de cette société, et qui en connoissoit fort bien les manœuvres, i^yant pris ombrage de. quelques ubes de ses. démarches, se dér termina à les traverser. Il prit en conséquence avis <l'un avocat , et quoique la plupart des votants euséent prêté les serments (contn^ la vénalité et la cor-
StO tfiSTOItB d' ANGLETERRE.
ruption^'il les considéra oomme n'ayant plus qualité pour voter, et leurs voix ne furent point comptées. L^ comité nommé conformément à Tacte deM.OrenvilIe; ne pouvant pf^ndre une connoissance ^ssez étendue de ces scandaleuses transactions, en référa à la cham^ bre, et Roberts eut ordre de comparoitre à la barre. Sa défens(e ne paroissant pas ciMnplétement suffisante pour le justi^er, quoique sa conduite fût reconnue fondée sur des principes^ louables, il fut réprimandé par Torateur,^ mais décbargé. Les circonstances ainsi découvertes furent ensuite prises en considération ; on interrogea des témoins, et il fut dressé un bill, qui, après! avoir subi' des amendements, fut définitivement adopté. Par cet acte, quatre-vingt-un propriétaires de Sboreham, nommétoent désignés, fure|il! privés de leur franchise j et rendt^s incapables de voter à aucune ^ec- -tion de metnbres du «parlement; et le droit d'élire des représentants pour ce bourg fut étendu^ à tous les francfs-tebtanciers du district de Bramber, dans le comté de Sussex, qui "pbssédoient des immeubles du revAu annuel dé quarante scbellings au moins. Cette mesure ne patitt pôint^àèâéz sév»ère^à quelques menibres, et it fut fait dé» propositions tendant à'tjeclarer le bourg déchu du drok d'élection ; laaiâ oiï trouva que ce seroit u^ précédent dangereux ; d'autreé au contraire étoient d'aviff de borner la punition aux opérations de la loi cotiire les individus coupaMes ; mais cette opinion fut écairtee comme offrant au* coupables la perspective d une impunité certaine, par k difficulté d'obtenir une évidence légale.
Dans le cours de la 3es$io<i ,■ l'opposiiioia fit plusieurs tentatives pour fait-é- passer des lois ^t agiter des qued*-
GEORGES m. m
tioBs populaires. La chambre des communes rejeta^ à une majorité peu considérable, un bill pour annuler une clause de Tacte de nullum tempus. Le duc de Richmond proposa à la chambre des lords de revenir sur sa résolution de ne point attaquer, directement ou indirectement, le jugement des communes dans TafTaire de Télection de Middlesex ; lordChatbam demanda que le roi fût prié, par une adresse, de dissoudre le parlement; GJL lalderfaan Sawbridge, dans la chambrebasse, fit une motion pour abréger la durée du parlement. Tous ces efforts furent infructueux. L*alderman Sawbridge renouvela sa motion, régulièrement chaque session, jusqu'à sa mort.
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