‹ Histoire D'Angleterre Depuis 1760Chapitre 5 sur 26 · j . r " , . '^ , tionde · texte numérisé non relu

j . r " , . '^ , tionde

ment, les éditeurs de certains journaux etoient dans débats. Tusage de rendre compte des discussions des deux chambres. Ces détails sur les affaires du parlement étoient reçus avidement du public, et le succès d'un journal dépendoit principalement de la manière dont il les présentoit; mais comme chaque parti avoit ses journalistes dévoués, on ne s'attachoit pas beaucoup à rapporter avec fidélité les discours du parti contraire, et même on ne peut pas disconvenir que souvent on les dénaturoit à dessein. Le seul remède à cet abus étoit de donner plus d'extension aux privilèges du parlement ; car si la chambre admettoit une fois qu'il étoit permis de rapporter ses séances , et laissoit aux membres en particulier le soin de poursuivre par les lois ceux qui auroient calomnié leurs intentions, de pareilles poursuites présenteroient des embarras, de Tincertitude et du danger. Jusqu'alors on avoit employé très souvent un mode différent de répression : on soramoit les journalistes de comparoitre à la barre , et Ton les censuroit ou les condamnoit à l'amende, suivant la nature de leur délit.

Durant la session , le colonel Georges Ônslov^ se plaii8, S

Il4 HISTOIRE D'ANGLETERRE.

9 fév. gnit à la chambre de ce que Thompson et Wheble , nel Ons^ tous Ics deux éditeurs de journaux , avoient calomnié low se plusieurs membres et faussement interprété leurs disque Ion cours. Le secrétaire ayant lu les passages qui Eaisoient viole le$ fe gujgt Je SCS plaintes, il demanda que les impri* du parle- mcurs fussent appelés en justice pour avoir violé les nae<it. |.églements établis; il observa que ce honteux abus et oit porté à l'excès , qu'on déshonoroit aux yeux du monde entier les représentants de la nation , en leur prêtant des sentiments exagérés qui ne leur avoient jamais appartenu, et que souvent, par ces infâmes moyens , on parvenoit à leur faire perdre la confiance de leurs constituants. Autrefois l'on ne connoissoit pas cet usage, ajouta-t-il, et au temps même de la plus violente opposition contre le ministre Robert Walpole, on ne publioit les discussions du parlement que pen* dant l'intervalle des sessions; encore on y mettoit tou* jours la décence et la modération convenables : maintenant il est d'une absolue nécessité, ou de punir avec sévérité les délinquants, ou d'annuler les règlements établis. ^

On allégua pour combattre cette motion que les journaux ministériels étoient tout aussi peu modérés que ceux qui défendoient l'opposition, et l'on soutint qu'il étoit dans les vrais principes de la constitution de faire connoître aux commettants la conduite parlementaire de leurs délégués, et que les insinuations calomnieuses Des im- dcvoient être punies légalement sur les plaintes des «^niTman. i^dividus attaqués, et non par la législature, qui paroit dés à la toujours opprcssivc et odieuse dans l'exercice de son autorité. Malgré cela, la motion du colonel Onslow-fut

ÇEOBGES III. IlS

«doptée(i), et Ton manda les imprimeurs à la barre.

L'exécution de cet ordre fut ajournée plusieurs fois, ^^^^ et quand la chambre voulut enfin demander la compa- mace. rution des imprimeurs » elle vit que son intimation ^^fj"^*^* avoit été sans efFet. Une seconde intimation ayant tout aC fév.

1 ■ . ^ / • ^ L'ordre

aussi peu réussi, comme les parties perseveroient en- estdonBé core dans leur contumace, elle chargea son sergent <ïe le»

1» 1 ï 1 • . ^ r conduire

a armes de les conduire en prison. Ce ne rut pas sans en de violents débats qu'on obtint un ordre pareil; et P*'^**"quoique la mittoiité fut peu nombreuse (s), les arguments qu'on fit valoir dans la chambre et le temps écoulé depuis qu'on avoit porté la plainte , firent de cette affaire le sujet de tous les eiitretiens et d'un grand nombre de pamphlets, et permirent au parti de la cité, qui cherchoit à s'opposer au gouvernement, de concerter un plan d'opérations.

Quand le sergent d armes se rendit à là demeure des Procladébnquants, les gens de leur maison dirent qu'ils n'y ^'aôn^ étoient point, et accompagnèrent leurs paroles d'insul- "«"^ ^«"r tantes railleries. Le rapport de cette conduite ayant tion. été fait à la chambre, M. Onslovtr proposa de supplier, ^ ■"**"• par une adresse , sa majesté de publier une proclamation, et de promettre une récompense à toute personne qui se saisiroit des délinquants. La proclamation tut . publiée, et en conséquence M. Wheble fiit arrêté par l'imprimeur Garpenter, et amené devant l'alderman 1 5 mars. Wîlkes, qui non. seulement l'acquitta, mais encore se arrêt^s^et mit en mesure de poursuivre Findividu qui l'avoit saisi, acquittés.

(f ) A la majorité de 90 yqîx contrt SB.

{%) 17 voix ooatrc 160.

Plainte élevée contre d'autres impri* ' meurs.

12 mars.

Leur conduite, 1 4 mars.

Conta-

uiace de

Miller.

Conduite de la minorité.

Il6 HISTOIRE d'aNGLETERBE.

M. Wilkes, en justification de sa conduite, écrivit au comte d'Halifax, secrétaire-d'état, et lui fit observer que la proclamation n accusant M. Wheble d'aucun crime, son emprisonnement seroit une violation ma* nifeste des chartes et des privilèges de la cité et des droits de tous les citoyens anglois. L'imprimeur Thompson fut arrêté de la même manière, et acquitté par Talderman Oliver. Les deux aldermans donnèrent aux personnes qui avoient arrêté Wheble el Thompson des certificats où ils déclaroient qu'ayant conduit devant eux les individus que la proclamation désignoit, ces personnes avoient en conséquence des droits à la ré* compense promise; mais les lords du trésor trouvé-' rent la connivence si palpable qu'ils ne voulurent riea payer.

Déjà l'on s'étoit aperçu clairement que Thompson et Wheble sauroient se soustraire par leur conduite à la peine qu'on leur vouloit infliger. Le colonel Onslow porta une seconde fois plainte à la chambre conti*e six autres imprimeurs , et malgré les efforts de l'opposi-* tion , il fut décidé qu'on les manderoit à la barre. Au jour désigné, quatre d'entre eux se présentèrent: trois furent censurés et acquittés, et l'affaire du quatrième fut ajournée. Pour le cinquième, il ne put comparonre*, la chambre des lords l'ayant fait enfermer à Newgate. Celui qui restoit ^ appelé Miller, refusa d'obéir aux sommations , et sur une motion de M. Onslovir l'ordre fut donné au sergent d'armes de le conduire en prison.

Pendant le cours de cette affaire, la minorité montra un esprit déterminé d'opposition, et dédal*a qu'elle étoit résolue à entraver la marche de la chambre par des motions fréquentes d'amendement et d'ajourné»

CEOlteES III. I 17

ment; aussi dans le premier débat on recueillit vingttrois fois ]es suffrages , et dans le dernier treize fois. Cette conduite donna un nouveau courage aux adversaires du ministère dans la cité, et ce ne fut en quelque sorte que par dérision qu'on arrêta le lendemain Wheble et Thompson. Cependant on ne put prévenir l'ordre de conduire Miller en prison, parcequ'il étoit expédié de la veille; mais on forma le projet de s'opposer à l'exécution du v^rarrant de Torateur, et de susciter des affaires désagréables à Tofficier de la chambre des communes. Quand le messager arriva , Miller re- Le mesfusa de se soumettre à l'arrêt dont il étoit porteur; et ^arréié!**^ au moment où le messager employoit la force, un constable aposté à cet effet dressa une information contre lui , et le conduisit à Guildhall pour qu'il y rendit compte des motifs qu'il avoit eus d'user de violence contre un citoyen. M« Wilkes, qui tenoit audience, ayant terminé les affaires de la journée , refusa de prendre aucune information sur celle-là , et l'on con-* duisit les parties à Mansion-house. Le lord^maire, Brass- Crosby, étant indisposé, l'affaire fut renvoyée jusqu'à six j| ^^ heures du soir(i), et pendant cet intervalle le messa- conduit ger envoya quérir M. Clementson, député-sergent d'ar- lord mes. A six heures, le lord^maire, accompagné des. al- >»ai''^« dermans Wilkes et Oliver, fit comparoître les parties : M. Miller ayant porté sa plainte, le lord-^maire adressa la parole au messager, et lui demanda quel délit l'imprimeur avoit commis, et de quel droit il avoit employé la violence. L'officier allégua qu'il agissoit d'après les instructions de l'orateur, et produisit son warrant. Le

(1) Il en ëcoit trois enTiron lorsqu^iU arrÎTèrent à Mansion-hous*.

Il8 HISTOIRE D'ANGLETERRE.

député-sergent d'armes ^ qui étoit venu pour savoir quelles étoient les circonstaoces alléguées comme caractérisant une violence, s'annonça en ce moment, et déclara qu^il se rendoit en ce lieu, d'après le commandement de Torateur, pour réclamer non seulement le messager, mais Miller son prisonnier, et il fit sa demande de la manière la plus solennelle. Après qu'on eut observé , en peu de mots, qu'il étoit tout-à-fait illégal qu'un citoyen fût arrêté par un individu qui n'étoil ni officier de paix, ni constable, et que les chartes étoient violées par une arrestation faite à l'insu et sans l'autorisation du lord-maire, on rejeta la demande de M. Clementson, et M. Miller fut acquitté. Il fut ensuite prouvé qu'il avoit été usé de violence, et cette violence cousistoit en ce que Miller avoit été pris par le bras pour être conduit devant la chambre des communes. A l'instigation de M. Clementson , le messager refusa d'abord de donner caution pour garantir qu'il répondroit aux charges qu'on intentoit contre lui; en conséquence le lord -maire et les deux aldermans délivrèrent un warrant pour qu'on le renfermât au compter; mais

Éondam- ^"^°^ '' ^it que les affaires en venoient à cette extréné à don- mité , et quc les officiers s'apprétoient à faire leur de-

caution* voir, il donna caution sans hésiter.

Opéra- Le député-sergent d'armes vint sur-le-champ rappor- U^cham ^^^ toute cette affaire à la chambre, qui en fut vive-

bre des ment indignée; elle donna des ordres pour que le

^^nes^"" lord - maire et l'alderman Oliver comparussent à leut place respective au parlement, et M. Wilkes à la barre.

*mar8^^ M. Crosby allégua pour sa défense que dans le serment qu'il avoit prêté comme ald^man de Londres, il avoit pris l'engagement de défendre les chartes de la

GEaRGES III. tig

cité; en même temps il produisit ces chartes ^ et de*^ manda à être entendu par un conseil ; Falderman Trecothick, sir Joseph. Mawbey, et quelques autres , appuyèrent fortement sa demande; .mais elle fut rejetée (i) : immédiateiûent après cependant , Ton arrêta qu'il pourroit être entendu par un conseil sur tous les points qui ne porteroient aucune atteinte aux ptdviléges de la chambre. Le secrétaire du lord-maire reçut Tordre de comparoitre avec le livre des minutes^ et Ton raya sur ce livre tout ce qui concerjioit Fassignation du messager.

L'affaire resta quel(]ues jours suspendue par une in* ^^ "*'"'• disposition du lord-maire ; ensuite il parla lui-même dé du pour sa défense , ayant rejeté le ministère d'un conseil *?*■**' sur l'exposé des conditions qu'on y mettoit, et sur déclaré l'avis que les personnes dont il desiroit le plus d'être la^jon 'dli assisté se trouvoient absentes. L'interrogsttoive étant privilège terminé^ la chambre , après une discussion qui se pro^ chambre. longea jusqu'à une heure du matin , décida a que l'on avoit violé ses privilèges en relâchant un individu arrêté sur un warrant 'de l'orateur, en se saisissant da messager de la chambre, parcequ'rl mèttoit en exéeu-» tion ce warrant, et en condafunant ce messager à fournir caution pour cet acte de violence prétendu. »

Quoiqu'il fut déjà tard, quelqu'un demanda en vmn ^'^^^ÎF' l'ajournement (2); et siur une proposition qui fut faite , ver et le on commença les procédures contre M. Oliver, Cet al* ^l^'^, derman, invité à se défendre^ déclara n qu'il avouoit l'ae^ sont en- « tioir dont on raccuisoit , et qu'il s'en faboit gloire ; il ja'^Xour.

(1) A la majorité de ao3 voix contre 79.

(a) GeUe proposiiioD fut vejçtée à U majorité de 2i4 ▼ois contre 97.

IlO HISTOIRE D ANGLETERRE.

« savoit que rien de ce qu'il pourroit dire ne le sauve* « roit du traitement qu'on lui réservoit; mais, comme « il étoit indifférent à cet égard , et qu'il comptoit peu «sur Féquité de ses juges, il osoit braver leur pou- « voir. V Une motion ayant été faite pour qu'on renfermât à la Tour, le colonel Barré témoigna son indignation dans un discours emporté, et quitta la chambre avec vingt-«inq ou trente membres. On proposa alors un amendement , pour que les délinquants fussent mis à la garde du sergent d'armes, et non pas à la Tour; et sans doute cet amendement auroit passé, si M. Oliver ne se fût refusé obstinément à la plus petite concession (i).

A la seconde comparution du lord*maire , toutes les avenues de la chambre étoient assiégées par une populace insolente; elle poursuivit, elle insulta par de tumultueuses clameurs plusieurs membres ministériels, et en particulier lord North et M. Fox ; elle brava l'autorité civile, et, si quelques représentants populaires ne fussent parvenus à l'apaiser, il est probable qu'elle se seroit portée à de très graves excès. Plusieurs membres de l'opposition ne voulurent pas se montrer à la chambre , et M. Burke et sir Georges Savile se retirèrent avant la discussion , déclarant m qu'ils regardoient « comme un déni de justice le refus d'entendre le lord- « maire par Torgane d'un conseil. » Par égard pour la mauvaise santé de M. Crosby, on proposa de l'envoyer dans la prison du sergent d'armes , mais il rejeta cet adoucissement avec dédain ; il dit que sa santé étoit dans un bien meilleur état, qu'il n'avoit aucune faveur

(i) L'amprisonnement fot décidé par 170 voix cbDtre 3S.

GEORGES TIÏ. lai

à demander à la chambre, et qu'on se montreroit injuste envers son honorable ami , si Ton ne les euToyoit ensemble à la Tour. Il croyoit, au reste, avoir agi comme il devoit, et si une pareille occasion s'offroit encore , il ne se conduiroit pas différemment. On présenta alors un amendement, et après une discussion qui se prolongea jusqu'au milieu de la nuit , le lordmaire fut conduit à la Tour.

La muhitude, qui considéroit ife premier magistrat Zèle de la de la cité comme un martyr de la*cause de la liberté, ^*^^" * détela les chevaux de sa voiture, et la traîna à Templebar; là elle ferma les portes de la ville, et enjoignit au député-sergent d armes de quitter la voiture , et de ne pas s^avancer plus avant : le lord-maire fut obligé d'interposer son crédit , et de la tranquilliser, en l'assurant que les personnes qui se trouvoient avec lui étoient des amis particuliers qui laccompagnoient. Arrivée au palais du lord-maire , la foule se retira , et M. Grosby se rendit secrètement à la Tour. Peu de jours après, la populace témoigna l'indignation qui Fa- ]^^\^ nimoit : elle pendit et décapita en effigie , avec des circonstances honteuses , tous les personnages d'un haut rang qui s'étoieut montrés les ennemis de ceux qui jouissoient de sa faveur.

La cité embrassa avec zélé la cause de ses magistrats : à une assemblée du conseil commun tenue à Guildhall, où M. Trecothick fit les fonctions de lordmaire, on vota des remerciements publics au premier magistrat et aux deux aldermans. On créa pour les assister dans leur défense devant la chambre un comité Condnjte

du

formé de quatre aldermans et de huit autres membres conseil du conseil commun, et on autorisa ce comité à em- •^**™™""'

12% HISTOIRE d'aNGLETERRC.

19 et 21 ployer le ministère de tel avocat qu'il voudrait, et à

"^'^^' tirer des mandats sur la chambre de Londres pour des sommes qui n'excéderoient pas cinq cents livres sterling. Quand Crosby et Oliver eurent été mis eri prison , comme de pareilles dispositions ne pouvoient de longtemps leur être utiles , le comité doniia des ordres pour que les dépenses de leur table fussent payées par

3 et 5 la cité. D après les instructions de ce comité, on sollicita pour les prisoiifaiers des writs dluAeas corpus , et ils furent amenés séparément devant lord Mansfield et le lord chef de justice de Grey. Le conseil s'assembla , mais, après une ample audience, les juges se déclal^èreat incompétents, et l'on renvoya les prisonniers.

aa et 3o D'après de nouveaux 's^rits d'habeas corpus\ on les conduisit ensuite devant la cour des plaids-communs et devant celle de l'échiquier; mais ces deux tribunauit déclarerait pareillement qu'il n'étoit pas de leur compé^ tence de casser les arrêtés de la chambre des commu*

8 mai. j^g^ g^ 1^ prisonniers se virent contraints de rester en prison jusqu'à la prorogation du parlement, époque à laquelle se termina leur captivité. On célébra leur élargissement par des illuminations et des réjouissances publiques : les of&ciers de la cité , sur une décis»<Mn du conseil commun , les accompagnèrent en habit de cérémonie , de la Tour à Mansion-house ; et en même temps une multitude immense faisoit éclater autour d'eux les transports d'une joie immodérée.

de Wil- ^* Wilkes resta seul impuni : il écrivit une lettre à?

kes à se Torateur, et lui déclara qu'il ne comparoitroit pas deauressen- ^^^^ ^^ chambre, s'il n'étoit mandé à sa place comme

timent député de Middlesex. En conséquence, il ne dm au-

ment. cun compte des ordres qu on lui envoya de compa^

GEORGES III. i:i%

roltre. La chambre se trouva alors fort embarrassée , 19^ ao «t et d autant plus que les partisans de M. Wilkes re- ^^ "'"" présentoient qu'il étoit de la dignité du parlement de ne pas laisser échapper un délinquant , pendant qu'on châtioit avec tant de sévérité ses complices. Mais le ministère, qui craignoit de s'engager encore dans une lutte avec un si redoutable a4versaire, évita toute discussion nouvelle à ce sujet par un expédient à la vérité très commode 9 mais peu convenable à sa dignité: M. Wilkes eut ordre de se tenir prêt à comparoître le 8 avril y et la chambre s'ajourna jusqu'au 9.

Dans la vue de maintenir et de défendre la dif^nité ^ ""*'"''•

j 1 .11. . . 1 . Forma.

du parlement, on etabut un comité de vmgt-un mem- tion d'un

bres, qui tint avec assiduité ses séances pendant phis <^<*'*"^®-

d'un mois. On attendoit beaucoup des délibérations de

ce comité, et les amis du lord-maire et de Falderman

sfi préparoient en conséquence; mais il se borna dans

son rapport à recommander que l'on arrêtât Miller de 3o avril.

1 1 1 . j Son

nouveau, pour le mettre dans la prison du sergent rapport. d'armes. M. Burke couvrit de ndicule ce rapport, et l'on proposa, en style si burlesque, de voter des remerciements au comité, que lord North présenta une motion d'ajournement. On ne fit contre Miller aucune nouvelle tentative; et à dater de cette époque, les éditeurs de journaux où autres écrits périodiques ont • toujours été dans l'usage de rapporter les discussions du parlement.

Il s'éleva un autre sujet de contestation entre la légis- Débats lature et la cité : on proposa de dresser un bill pour Durhampermettre à certaines personnes de resserrer par des Yard. atterrissements une portion du lit de la Tamise adja^ cente à Durham-Yard, Salisbury-Street, Gecîl-Street et

aa feV. fieaufort-Buildings. Cette proposition fut renvoyée à un comité, qui présenta un rapport en faveur de la législature, et décida que le bill pou voit avoir lieu. La cité, voyant qu'on menaçoit d'usurper sa propriété, fit plaider sa cause par un conseil : elle produisit une concession que lui*avoit faite Henri VII de tout le lit de la rivière compris entre Staines-Bridge et un lieu

8 mars, voisin de la Medway, et représenta un bail qu'elle avoit passé depuis plus de soixante-six ans , pour un coin de la rivière à Vauxball, et dont on lui avoit toujours payé le montant. De l'autre côté, on fit valoir une charte donnée par Charles If à la cité, et comme ce prince s y réservoit le lit de la rivière, on soutint que la cité, en l'acceptant, avoit renoncé volontairement à tous ses droits. D'ailleurs la charte de Henri VII, disoit-on, ne faisoit mention que de la portion du lit de la rivière comprise dans la cité et les faubourgs; ainsi le bail de Vauxhall étoit une usurpation de la cité. Ces arguments triomphèrent : le bill fut présenté, et passa dans les deux chambres du parlement ; trois pairs seulement firent insérer une protestation dans les registres de leur chambre. Chacun sait qu'en ce lieu appelé Vauxhall on avoit élevé, depuis l'époque du bail , des bâtiments magnifiques qu'on nommoit les Adelphi.

mai. Dans le discours de la couronne, qui termina une de la session si active et si longue, le roi félicita les chambres

session, sur les mesures qui a voient éloigné la guerre, et lui permettoient de promettre avec confiance le naaintien de la paix; il les exhorta à travailler avec zélé à compléter le bonheur de la nation, en dissipant tous les soupçons mal fondés, en apaisant tous les troubles domestiques. « Le désir le plus naturel, dit-il, le seul

« intérêt que je puisse avoir, c'est de régner sur le cœur « d'un peuple libre et heureux; et le plus ardent de « mes vœux , c'est qu'aucune erreur, qu'aucune ani- « mosité funeste n'empêche mes sujets de jouir de tous « les bienfaits qu'ils ont droit d'attendre d'un gouver* ' « nement légitime et modéré. Notre devoir, notre inté- « rêt commun, est de veiller au maintien de l'excellente « constitution qui nous gouverne : je desirerois que « mon peuple apprît à juger par elle de tous les prin- « cipes, de toutes les doctrines politiques, et à regarder « comme ses plus dangereux ennemis ceux qui, sous « quelque prétexte que ce soit, lui conseillent de violer « les lois et de méconnoître une autorité que* la consti- « tution a établie pour assurer la liberté et le bonheur « de tous les citoyens. »

Dans l'intervalle des sessions, la cité eut recours, P^t««on comme à l'ordinaire, à la voie des adresses et des péti- g juillet, lions, et, comme ses membres avoient manifesté l'in^ tention d'accompagner le lord-maire à Saint- James, le lord-chambellan écrivit à ce magistrat qu'on leur en refusoit la permission. Pour empêcher la liyery de s'as* sembler, on afficha des copies de cette lettre dans différents quartiers de la cité; et à cette occasion il fut adressé au roi une pétition rédigée dans le même esprit lo juiUeu que celles qu'on lui avoit déjà présentées : on se plaignoit que la chambre des cpmmunes avoit agi d'une manière illégale, arbitraire et criminelle, en faisant emprisonner des fonctionnaires de la cité, et en votant l'acte de Durham-Yard ; et l'on supplioit sa majesté de rendre la tranquillité à son peuple, en cassant au plus tôt le parlement, et en éloignant à jamais de ses conseils et de sa présence des ministres despotiques et

126 UI8T0IBB d'aNGLETEBRE.

Krponse pervers. Le roî témoigna dans sa réponse qu^on le ver* *"***' roit toujours prêt à user de sa prérogative constitutioû^ nelle pour redresser des torts réels, et à écouter les plaintes de la cité de Londres, lorsqu'elles seroient bien fondées ; mais il étoit affligé qu'une partie de ses sujets fût encore séduite et égarée au poiiit de lui présenter de nouveau y en des termes peu respectueux, une requête dont il avoit déclaré déjà qu'il ne tiendroit aucun compte.

Dmsîons Ges démarches, cette réponse, si elles avoient eu ^Ytrlotes "^•^ P'**' ^^^» auroient ]x*oduit une vive sensation dans de la cité, le public; mais alors on n'y fit aucune attention. Le moment oh l'on auroit pu séduire le peuple étoit passé; les divisions survenues entre les patriotes de la cité étoient la source d'une vive animosité personnelle , et chaque parti, occupé de ses seuls intérêts, voyoit avec indifférence tout le reste. Des causes qu'il seroit peut important de rechercher avoient donné lieu à des dif-' férents interminables parmi les chei^ politiques dé la' cité; leurs assemblées publiques étoient des scènes d'hostilité; elles retentissoient de leurs clameurs et de leurs plaintes , et des pamphlets inj urieux se succédoient rapidement. Les^ciétés qu'ils avoient formées n'existoient plus, ou du moins elles étoient devenues sans importance par l'éloignement ou l'esprit de rivalité de leurs membres, que leurs indécentes querelles rendoient 21 et 1:1 moins populaires chaque jour. Pendant l'emprisonne*-^ avril, ment du lord-maire, le quartier de Farringdon sollicita vivement pour qu'on élût shérif M. Wilkes; et celui-ci promit d'accepter cette charge, si les voix se réunissoient en sa faveur. Ayant jugé à propos d'aller trouver M, Oliver, qu'on s'attendoit à voir nommer shérif, il

GEOAGES lit. t!k'}

lui annonça quil seroit probablement son collègue. M, Oliver, alors en prison montra de l'opposition à ce projet, et après avoir fait pendant long-temps de vaines rieprésentationd à M. Wilkes, il lui fit enfin remettre une lettre où il lui déclaroit que leurs vues politiques étoient entièrement opposées, et qu'il étoit résolu pour ce motif et pour beaucoup d autres de ne pas remplir les fonctions de shérif conjointement avec lui. M. Wil« kes, malgré cette déclaration, ne laissa pas de se pré* ^^ J"*°* senter comme candidat, et au dépouillement du scrutin il fut nommé avec Talderman Bull à une grande majo-* ^J"*^'«*rite (i). Avant que d'entrer en fonction, les nouveaux shérifs firent ^n appel aux préjugés du public dans une ^ '

adresse à la li^ery^ où ils déclaroient qu'ils étoient résolus à ne pas souffrir qu'une administration sans jurincipes se servit du ministère des soldats pour faire exécuter la loi sur les criminels. Us cherchèrent ensuite à fixer l'attention par quelques frivolités factieuses, mais le public ne parut'pas s'intéresser plus long-temps à leurs manœuvres (si).

,(i) La populace Umoifjna 3i cette occasion combien M. Wilkes lui étoit açrëabie, en brûlant en effigie Jean Horne, dernier recteur de Brentford, qui s*étoit fait remarquer comme, un de ses principaux adversaires.

(a) ( i6 oct. ) M. Wilkes ayant requis par un message Taldermaii Nash, qui venoit d*étre élu lord-maire, de ne faire servir aucun vii| françois dans les festins donnés à Old-Bailey; celui-ci lui répondit fort à propos que, puisqu'il vouloit rester le maître de donner ce quUl jugeroit convenable , il ne poavoit avoir aucun prétexte pour «nlever aux autres ce privilège. Pour complaire à la populace , les shérifs , au commencement de la session ( a3 oct. ) firent tenir ouvertes les portes et les galeiies dé Old-Bailey, et défendirent aux portiers de recevoir de l'argent; mais cette mesure n*eut d';taQre

128 HISTOIBE D'ANGLETERRE.

Mort du Eq effet, il n'y avoit pas en ce moment de plausibles fl'ilalifax. sujets de plainte. L'union sembloit régner parmi les Chan e- ™'"istres ; ils avoient réuni plus de partisans qu'aucune meutdans administration précédente , et leur crédit s'accroissoit *^j^^*°"" encore chaque jour. Pendant la séparation du parlement, la charge de secrétaire-d'état, devenue vacante 8 juin. p3j. la mort du comte d'Halifax, fut conférée au comte la juin, de Suffolk, et le duc de Grafton succéda à celui-ci dans la place de lord-du-sceau-privé. Lord Hyde fut nommé à la chancellerie du duché de Lancastre en remplacement de lord Strange, décédé; mais tous ces changements n'eurent aucune influence sur le système politique du ministère.

3f janv. Comme aucune affaire publique ne réclamoit une '^7^- attention particulière, le parlement ne s'assembla pas Assem- avant les fêtes. Le discours d'ouverture de sa majesté blëe du jjg renferma rien d'important, et les adresses dans les ment, deux chambres furent votées sans aucune opposition. ^ Les débats dans la chambre des communes commen-

Un augmente les cèrent au sujet d'une proposition qui fut faite de voter

** me*r vingt-cioq mille matelots pour le service de l'année courante. Pour appuyer cette proposition, on passa en revue l'état des .possessions et des relations de l'Angleterre dans toutes les parties du monde. La France, fut-il dit, entretenoit sur les mers des Indes une flotte nombreuse, qu'elle venoit de renforcer tout récemment, et la défense des établissements britanniques exigeoit que l'on y déployât des forces plus considérables. Les inquiétudes manifestées pour les Antilles , lors (les derniers bruits de rupture, obhgeoient aussi le ministère

effet que de troubler Tordre de la cour, et d^incommoder le çraad^-

GEORGVS III. f2<9

fâe fair6 passer à la Jamaïque un armement capable de tenir TEspagne en échec; et il falloit qu'il prit dé^ mesures vigoureuses pour faire respecter le Commerce anglois dans la Méditerranée, tout le temps que la , guerre coutinueroit entre la Porte et la Russie ; enfiti Ton représenta que le gouvernement trouveroit uU • grand avantage à avoir une marine puissante toujoiiris à sa disposition.

Ces arguments furent* combattus par les amiraUk Keppel et Saunders ; ils affirmèreùt qu'un pareil nombre de matelots étoit trop considérable si la paix étoit assurée, et qu'il ne Tétoit pas assez si l!on s'attendok à la guerre; en même temps ils attaquèrent et con^ damnèrent letat où se tr^uvoit la flotte, et la manière dont elle étoit administrée. D'autres membres accu^ soient le ministère d'avoir, peu de jours auparavant^ annoncé dans le discours du trône la continuation dé la paix, et de se préparer maintenant à la guerre. Ils faisoient observer que ce surcroît de dépense s'éléveroit • k cinq cent mille livres sterling, et que les arguments qu'on faisoit valoir en sa faveur pourroient avec autant de raison être répétés les années suivantes. Lord North représenta que ces forces ne serviroient pas seulement à contrebalancer dans Ifes Indes la puissance des Frari^ OQis, qu'elles tiendroient encore en respect les officiera de la compagnie, sur l'infidélité desquels il s'étoit élevé de grandes plaintes; et il promit que quatre- vingtà vaisseaux de ligne seroient au bout d'une année prêts à être employés pour ce service ; armement bien supérieur à <îeux que pourroient équiper la France et i'Es^ pagne réûaies. Cette mesure fut adoptée, i On fit différentes tentatives pendant le cours de la i8. 9

i^3o HISTOIRE d'Angleterre.

l'etition- sessiOn pour opérer quelques changements générant naires qui ^^ particuliers dans la constitution et les règlements dent à de Téglise. Une des premières fut la motion de sir Guilf^nchis l^^°ae Merecjith, pour que Ton soumît à la chambre une del'adbé- pétition de quelques membres du clergé, et de plusieurs écrit aux profcsscurs de droit et de médecine, qui demandoient articles de à être affranchis de Fadhésion par écrit aux trente»-

religion. a . , . v " • i /• • . ^ .

5 fe'v. neut articles. L intention des pétitionnaires etoit con*^ nue ; depuis long-temps ils tenoient des assemblées à Feathers-Tavern, et, par des avertissements publics, ils- invitoient toutes les personnes qui se considéroient comme gênées par les lois relatives à. ladhésion , à se réunir à eux pour obtenir qu'elles fussent supprimées. Leur conduite étoit devenue le sujet de différentes contestations, et on avoit attaqué et défendu tour-à-tour leurs intentions par des pamphlets. Ainsi les membres de la chambre avoient une opinion formée d'avance ; ils .savoiént que cette pétition leur seroit sounvise, et , connoissoient toute la force des arguments et tous les moyens d'influence qu'on emploieroit pour la soutenir. Dans leur requête , les pétitionnaires réclamoient certains droits et privilèges qu'ils ne tenoient que de Dieu seul, qui ne relevoient que de son autorité, et dont ils étoient cependant presque totalement dépouillés par des lois d'adhésion qui les obligeoient à reconnoître, comme entièrement conformes aux Écritures , des ar» ttcles et des professions de foi rédigés par des hommes qui avoient pu être induits en erreur. Indépendamment de cette usurpation de leurs droits, ils représentoient une pareille adhésion comme injurieuse au christianisme, en interdisant toute recherche sur le sens .véritable de l'Écriture , en autorisant les incrédules ài

GEORGES III. l3l

reprocher au clergé qu'il se montroît prévaricateur et flexible devant des considérations de politique et d'intérêt , en laissant aux papistes l'avantage dapouvoir accuser d'inconséquence le système religieux du royaume , en semapt la division dans le clergé , et en faisant naître enfin dans la conscjence d'hommes graves et réfléchis des scrupules et des troubles capables de les empêcher de se destiner au sacerdoce ou d'en continuer avec tranquillité les fonctions. Ceux des pétitionnaires qui appartenoient au cierge se plaignoient d'être obligés de faire cause commune avec les incrédules. On les avoit placés, disoient-ils , dans l'alternative d'admettre que le sens véritable de l'Écriture étoit expliqué dans le système de croyance établi, ou d'être accusés d'infidélité dans leurs engagen^ents , soupçonnés de mauvaise ^oi , regardés comme mal intentionnés envers l'église , et rendus de cette manière inutiles à leurs administrés , et incapables d'obtenir des succès contre les ennemis du christianisme. Les pétitionnaires professant ou se destinant à professer le droit civil ou la médecine se plaignoient de ce qu'on exigeoit , à leur admission dans l'université, qu'ils adhérassent sincèremept à plusieurs propositions théologiques, quoiqu'on ne pût supposer, vu leur jeunesse et leur manque de loisir, qu'ils les eussent suffisamment examinées, et ils soutenoient que c'étoit faire injure à la génération fïrésepte que de la lier irrévocablement aux opinions d'un siècle moins éclairé que le siècle a€;tuel. Ils déclaroient, en terminant, qu'ils reconnoissoient la suprématie du roi, et qu'ils abhorroient le papisme; ila supplioient qu'on les relevât d'une obligation si incom-* patibje avec le droit que chacun a de juger, et si ca«

l32 HISTOIAC J>'aNGLKTERRE.

pable de<;ûnipro](Qettre la véritable religioa et 4'^raa^^ la conscience de plusieurs hoxniaes pieux ; et ils aba]|- ..donaoiejpt leur c^usje à la sagesse et à la justice du parlement britanniqi^e, et a la piété d'un roi protestait poMr en décider comme il pl^iroit à Dieu.

La motion par laquelle on a voit proposé d'accueillir cett,e pétitio\i fut appuyée par M- Thomas Pitt. Sir Guillaume lyf.e'^edith , qui Tavoit faite-, soutint que rien ne répugnoit davantage à Te^prit libéral du siècle, qi^ d'obliger certaines ^rsonnes à donner par écrit leur adhésion à des articles qu'il leur étoit impossible d'ad* ^mettre. Une nécessité pareille reqdoit fréquentes dans l'église la prévarication et la licence , et ruinoit insensiblement la charité du christianisme, au lieu que lar réforme proposée assoieroit sur une base inébranlable rétab)issement religieux du royaume.

Pour etnpêchef que cette pétition ne fût accpeilliet, ,o^ fit valoir un grai\d nombre de motifs et d argumei^ts .divers, qui furent le ^ujet de longs débats. Sir Roger Newdigate pombattit vivement la mesure proposée, coïnme tendante àconipromettre le salut de la religion protestante; il reprocha aux membres du clergé d'sr ^voirsigqé une pareille pétition , après avoir donné l&çkp adhésion aux trente-neuf articles , tourna en riflic^il^ les scrupules prétendus de leur conscience, et dit que^, dans le siècle dernipr, des consciences ainsi timorées avqient bouleversé topte Téglise; il nia enfin «pie ]$k chambre eût le pouvoir d'accueilnr la pétition et dp dispenser 4u serment, sans violer ouvertement le traité d'union subsistant entre l'Angleterre et l'Éçosse,: le roi lui-u)ême s'étant engagé par semienj;' à ne jamais souffrir ({u'on altérât en aucune manièrç ivi.la liturgie ni ce traité.

*'M. Hans Stanley développai sôii opinion avec iine* modération rdmarcfûable. La pétition lui sembloit renfermer une' Sorte de côntradictiob, cpii île- piéi^niettoit pas qu'elle devint le sujet d*àucuné dcltbéràlioii . D^a^ bord c'étoit uhfe foibîe ittinoricéqui venoit soliciter du plas gfand nonibreuBé altération' importaiite dans le .systèttie religieu:?^ (i) ; ensuite il avoit ^néraleinent ouï dil^ que Imténtion primitîve des pétitionnaires' avoit été 'de réclamer doiatre quelques uns des trente-neuf articles , et contre certaines parties de la liturgie; mais que ûe pouvant pas s'accorder eiitre eux sur tous ces ploints, 1I3 avoient mis la chambre dails Tembarras , où ils se trouvoient eus^-niêmes. Quoique partisan sinCère d€f la tolérance, il contestait' à to«t sectaire le droit de prêcher des doctrines schismatiques en se couvrant du manteau de Féglise. De tous les réformateurs dont le- nom avoit pâs^sé avec honnèurà la postérité, aucun n'avoit eu Tidée absurde de mettre de niveau tous les symboles^ dé croyance: « Si tous ceux qui ont fondé des systèmes religieux étoient en vie maintenant , je suis persuadé , dit-il , qu'ils surpasseroient en nombre Farmée qui sôus Alexandre subjugua T-empire dès Perses ; et chacun d'eux cependant auroit la prétention d'avoir saisi le véritable sens des Écritures. C'est pour cela que , dans tous les pa^ de la chrétienté , on a mieux aimé suivre les explications d'une pieuse et i^espectable hiérarchie, après un travail sérieux et de mûres réfiexiônâ, que les opinions mal digérées de quelques sbi-disant dogmatistes, n'ayant d'autre objet que de se

(i) La pétiiion étoit revêtue de 24*^ signatures. Celles des eccle- . siastiques entroient dans ce nombre pour 200. On a calculé' que \% ' nombre' total de* membres dû clergé -s*élève à 20,000. *

t34 uistoire d'angleterbe.

faire remarquer par la singularité de leurs idées. » Il nia ensuite que ce ftit une grande peine pour les per-^sonnes qui , par scrupule de conscience , ne vouloient pas s'attacher à l'église, que de chercher ailleurs desfonctions honorables , et conclut eh disant que là paix entre les citoyens lui paroissoit un quarantièine:€rticle non moins important que les trente-neuf autres , et. que>, depuis ravénement au trône de la maison de Hanovre, le royaume avoit joui, pour les affaires; ecclésiastiques, de plus de tranquillité que jamais 4,. qaioiqu'il se fût élevé de grands débats au sujet de r,administration civile. Il déclara en même tejBps qu'il ti'o«voit inconséqiient et dangereux de soumettre une proposition semblable au parlement. Quoiqu'un pays . libre, dit-il, ait le droit de changer ses lois, lèt que la législature qui le^ a créées puisse aussi les abolir, il y ea a cependant de si fondamentales qu'on ne peut y toucher sans mettre en danger le salut public.

M, Wedderburne, tout en «'opposant à ce qu'on accueillît la pétition, nia qu'elle renfermât rien de conr ; traire au pacte d'union entre l'Angleterre et l'Ecosse,' et cita dès exemple.s pour prouver que l'oq avoit déjà modifié utilement le gouvernement de l'église.

M. Burke rejeta la pétition, non qu'il pensât cjue. Téglise du royaume ne pût subsister sans les trente- neuf articles , mais parceque les pétitionnaires avoient pris fine telle latitude qu'il étoit impossible de spécifier l'objet de leur demande. « Qu'entendent -ils par les sailites Écritures, dit-il, sur lesquelles ils désirent fairie une profession de foi? Les canons romains admettent les livres apocryphes ; ceux de Luther rejettent quel- <jiïes parties du Pentateuque et toute l'épître aux Hé-

/GEORGES m. l3S^

Dreux, et quelques anciens pères 6nt rejeté le livre des révélations. Il est vraisemblable que les pétitionnaires sont aussi peu d'accord sur ce point que sur tout autre. »

Sir Georges Savile et M. Thomas Pitt défendirent et la pétition et le caractère de ceux qui Tàvoient faite ; ils appuyèrent en même temps les prétentions des pétitionnaires , qui demandoient à être affranchis d'itae adhésion par écrit à des symboles compliqués j et assurèrent qu'il n'y avoit aucun argument allégué contre leur requête, qui ne pût porter atteinte à la réforme.

Lord North , M. Fox , et divers autres membres remarquables par leurs talents , s'opposèreût à ce qu'on accueillît la pétition. Sawbridge,Siitton et Dunning leur répliquèrent. •

En général , on discuta sur- tout, dans cette affaire , c^ qui concernoit le clergé^ la chambre paroissant considérer comme peu importantes pour le public les dispositions relatives aux professeurs de droit et de médecine. Cependant on témoigna le désir de voir les universités montrer aux jeunes étudiants, à Tépoqu© de leur admission , quelque indulgence sur ce point. Lord Georges Germaine s'étendit longuement sur l'inconvenance de cette réserve , et M. Soame Jenyns , a§rès avoir pris la défense des universités, et de celle de Cambridge en particulier, soutint qu'il n'étoit pas en leur pouvoir d'abolir l'usage de l'adhésion par écrit, attendu que cet usage étoit fondé sur un statut royal de Jacques L

ij3L discussion fut longue et animée , et l'on défendit et Ton attaqua tour-à-tour, avec habileté et avec zélé ,» la cause de l'église et celle des pétitionnaires. Mais»

^ i36^ HisT0Ui9 d'angleterre.

quoiqu^on eût attaché beaucoup d'importance à ceUe question, et quon en eût discuté tous les points, la motion par laquelle, on deœandoit queia pétition fùkt accueillie fut rejetée à une majorité considérable (i). Bill I Peu aprè$ , Ton dirigea une nouvelle attaque contre nullum '^^ rciglements ecclésiastiques du royaume. M. Henri iempus. Seymour demanda la permission de soumettre un bill à la chambre, pour assurer les propriétés des sujets contre certains droits de l'église dont elle n'usoit pa& ^actuellement , mais qui subsistoient toujours : ce bill fut. appelé le bill church nullum tempiis, A Tappui de cette proposition, on répéta des arguments souvent pi^oduits , pour prouver que Ton ne devoit pas souffrir plus long-temps de pareils droits , et qu'il falloit prévenir Tusage oppressif et tyrannique que pouvoit éa faite le clergé. Mais, d'un autre côté, l'on démoiitrà que le nulluniiempus étoît réclamé par la couronne,, et q^e , si l'oii portoit une ordonnance pour le supprimer, ce sei'oit mettre entre les mains de la force une arme

(i) ai7 voix contre 71. Fm puisé en (grande partie les détails de cette disçussioQ dans ihe Hisioryof lord NortK s administration. L'auteur de cette histoire assure qu'il a tiré ses renseignements de pièces originales prises dans la chambre, et non encore publiées. J'ai consulté pareillement la compilation intitulée Dehrett's Vebates^ qui rapporte cette discussion de deux manières différentes, diverses brq^ chures et sur-tout l'Adresse de Wollaston au clergé, et d'autres écnts tels que ceux-ci :. Rçflexions sur le danger qu'on auroit à. craindre da papisme et dds sectaires, si l'on abolissoit les lois d'adhésion par écrit aux trente-neuf articles; Lettres au sujet de l'adhésion par écrit à la' liturgie et aux trente-netif articles, publiées sous le nom dç-PauIinu^; Lettre aux membres de. la châmbnp des communes sur la pétition demaodjint la révocation des lois d'adhésion, par un whi£^ chrétien. On' trouve aussi une lettre curieuse et originale sur le néme sujet dans Olbbon's Posthumous Works, vol. ly p. 447-

CBoacE^s iii. r37

pwir opprimer là foibicsse , au lieu que le mtllnm tcmpus de Téglide pi^otégeoii la foiblesse contre les usurpations de la force. La motion fut rejetée (i).

Ije docteur Nowell , supérieur de Sainte-Màry-HaU 3« j»»^- ^Oxford, dans un sermon qu'il prononça devant la du chambre des communes, à Tariniversaire du jour de l?^**^"r

* . 1 1 ./. 1 Nowell

la mort du roi Charles I, masiifesta des sentiments que sur le Ion considéra comme tout-à-fait Contraires aux liber- ""/""^y*

du roi

tés du royaume, telles que les a consacrée» la glorieuse Charlei. révolution de i688. Ce discours occâsiona encore une discussion , pu Ton fit des tentatives pour changer les règlements de J'égUse. Comme il n'y avoit eu que Tofateur et quatre membres, qui l'eussent entendu prononcer (3) ; la chambré accueillit sans dilSculté la pro- position qui fut faite de ^tér des remerciements au docteur, et de faire imprimer son discours ; mais quand tous les membres en eurent pris oonnoissance , bii vit s'élever les réclamations les plus amèred contré les doctrines de Nowell.

:M. Thomas Townshend propos*, dit -oh, de faire Débats Drùler par la main du bourreau le sermon de Nor\yell , dé< larer comme prêchant Tarbitraire et la tyrannie : et sa mo- ""** ^?*

* . • . . . . remercie-

tion auroit été probablemeiît accueillie, si la chambre ments ne se fût rappelé son vote antérieur. On demanda alors ^^^^^1* qu'à l'avenir on ne pût voter des actions de grâce au 21 fér. prédicateur qu'après que son sermon auroit été imprimé; mais cette demande fut écartée par une motion d'ordre du jour. La discussion ne fut cependant pas terminée : l'honorable Boyle Walsingham , secondé

(1)141 voix contre 117.

(2) Gibbon's Posthumbus Work^i vol. i^ p. 45ou

ï3« HISTOiBE d'aSCLETEBRE.

par Thomas Townsbend , proposa de déclarer nuls ïiw remerciements votés à Nowell, et sa proposition, après de violents débats, fut adoptée sans division (i).

On chercha pendant le cours de ces débats à élever des questions générales de gouvernement, et l'on §t des réflexions injurieustes sur le caractère de Charles I. Lord Folkstone prit ironiquement la défense d'un prédicateur dont la doctrine étoit, disoit-il, en harmonie avec le service du jour composé par le P. Pierre, confesseur de Jacques II. L'alderman Sawbridge jastifia la condamnation de Charles, et la représenta comme un juste châtiment de sa dissimulation , de sa tyrannie et de sa cruauté; en même temps il demanda, avec un ton mordant d'ironie, si c'étoient là les vertus i^ue le docteur Nowell se proposoit Ée recommander au roi (2). %et ^: Montagùe parla dans le même sens, et proposa de révoquer révoquer l'acte qni ordonnoit de célébrer le 3o janvier, — " qui observant qu'un acte pareil étoit en quelque sorte Was-

(1) L'ordre du jour pftposé pendant le coors de la discuMÏon fut rejeté pjr 1 5î voix contre 4 ;. •

(») J'ai appris, depuis la première édition de x:et ouvrage, qui» ce fut sur la demande expraese de l'orateur que le docteur Nowell consentit » débiter son sermon. L'prateur, après l'avoir entendu , observa, d'un ton de bonne humeur, que certaines gens y trouve,roient à redire. Avant que ce discours ne fôt livré à l'impression» comme la chambre venoit de l'ordonner, le docteur Nowell alla trouver l'orateur, et lui offrit de modifier ou de faire disparottre toutes les expressions que l'on pourroit trouver répréhensibles; mai, .1 reçu, pour réponse: .Ne cl..-,n„ez rien. , Plusieurs autres personnes dist.ng„ées par leur esprit de modération et leurs lumièL, «t auxquelles il communiqua" également son discours, le louèrent l euv., mats aucune-d'elles ne lui conseilla d'y faire quelque changement. Aussi ce ne fut pas sans une extrême surprise que Nowell ap. prit qu'on avoit censuré sçn«ermop.

l'acte

GEORGES lit. ^ iSp

pllématoire , puisqu'il établissoit un parallèle entre orJonti* Charles I et notrp Sauveur.. Sir Roger Newdigate prit j^j,^^ 1^30 la défense de la liturgie, et la mption fut réietée(i). janvier.

,, , . . 2 mars.

Dans cet intervalle , les ministres protestants non- efforts conformistes se concertèrent dans la vue de présenter ^^^ ^J^^ nne requête au j)arlement pour obtenir « une garantie misies. légale contre certaines amendes auxquelles restoient exposés ceux à qui leur conscience ne permettoit pas , de remplir les conditions de l'acte de tolérance, et aussi pour faire affranchir les professeurs et les maîtres d'école des lois oppressives auxquelles ils étpient encore soumis, et des désagréments qu'ils avoient actuelle-, ment à souffrir en demandant la révocation de ces lois (2). » Les Jois pénales portées dans l'origine contre les non-conformistes étoient d'une extrême sévérité;, ma^is par l'acte de tolérance , passé aussitôt après la rjéyolutipn, on affranchit de ces lois tous ceux d'entre eu^ qui v.oudroient donner leur adhésion aux points de dpctrinede l'église anglicane , compris dans trente- , cinq des trente:neuf articles (3). Cet acte reçut à cette époque l'assentiment, de tous les non-conformistes, qui éloient des calvinistes rigides; mais peu après, des schismes étant. survenus parmi eux^ plusieurs nièrent qu'une société chrétienne eût le droit d'imposer à aucun de ses membres des articles dressés par la main des hommes. De tels principes empêchèrent un grand . ^mbre de non-conformistes de donner leur adhésion

.(i) 125 voix contre 97.

(2) Ces détails sont pris mot à raot dans a Free and Dispassionate Account ofthe late Application to Parliament^ hy dr. Stennett.

(3) Les articles exceptes sont le trente-quatrième, le trente-ciâquième, te trente-sixième, et une partie du vingtième.

Googie

r4o HISTOIRE d'aNGLETERRE.

à ces articles, et sous les derniers régnes ils JSrént de fréquentes tentatives pour se faire affranchir de toutes les lois sur le âepmen^. Leurs efforts re^tèreût cepefndant infructueux ; lâais le gouvernement leur montra de la recotinoissance pour les sentiments louables qu'ilsavoient t'ait éclater à Tayénement au trôpé de la maisdd* dfe Hanovre , et en raison de leur conduite exèniplaii'e^ oh considéra les lois portées contre eux comme tombées dans Tôublî.

" Dans les. discussions relatives à la pétition contre: Tadhésion , et dans les écrits dont elle fut le sujet , on répéta les àrguiriénts déjà produits en faveur des noii^ conformistes, et Ton manifesta le désir de les voir bientôt délivrés de cette nécessité de donner leur adhésion par écrit. Craignant de laisser échapper le^ avantages que leur pk^omettolt'Une occaèioiï si favorable en* apparence , lès ministres non-6onformistes de Londres,dont'une partie avoit entendu les débats du parlement, • entrèrent immédiatement en conférence, et convinrent c[u'il étoit pour eux du plus haut intérêt dé profiter* des dispositions favorables que la chambre montroifà leur égard, et de demander une exemption si longtemps attendue et désirée. Cependant, comme le peu de temps qui leur restoit pour dresser des pétitions s*opposoit à ce qu'ils pussent solliciter la coopération de leurs frères dès provinces, ils résolurent de différer leur requête jusqu'à une autre session. Ils en étoient à ce point, lorsqu'il fut donné avis à l'une de leurs assemblées des dispositions favorables du gouvernement, et des offres de l'un des membres les plus disjiijgués du parlement , qui leur proposoit de soumet-

GEORGES III. l4'I

tre leur demande à la chambre par voie de motion (i). Les non- conformistes, pleins de confiance, ne mi^|t: plus de bornes à leur espoir ; ils distribuèrent à touHe membres du parlement un état exagéré de leurs griefs , et se félicitèrent par avance dé leurs succès. Sir Henri j^*ij"„' Houghtott demanda par une motion qu'il fût permis de pour U soumettre à la chambre un bill pour leur soulagement , J^^n ac» et sir Georges Sa vile appuya sa demande. On débattit lois d'ad

, , ." 1 ri hésion.

longuement a cette occasion les motiis des mesures adoptées contre eux ; on développa avec étendue et avefc force toute Tinjustice des lois qu'on leur avoit imposées , et Ton invoqua pour les en faire exempter les principes de générosité et de tolérance de la constitution britao^ nique. D'un autre côté, Ion observa que. les lois en question n'étant pas exécutées, les ndn-conformistes n'avoient pas lieu de se plaindre ; qu'ils demandoient à être soulagés d'un fardeau dont ils n'avoient jamais senti le poids , et qq^^ls n'étoient exposés à aucune peine, puisque jamais l'on n'exigeoit leur adhésion. Oes lois n'étoient donc pas un mal pour eux ; et cependant on renverseroit , en les révoquant, toutes les barrières que la prudence dps anciennes léjjislatures avoit élevées contre les ennemis de l'église. On verroit'des hommes fanatiques ou perfides se succéder sur la chaire, et, sans redouter aucun châtiment, semer (jie pernicieuses doctrines dont on ne pourvoit prévenir.lçs suites funestes .Xes écrits pubUés contre l'église ou la religion chré-

(i).Foyez the Case of llie.Dissenting.Minislers,. by Israël Maudui' ; a Free and Dispassionate Account Jb( ihe late Application , by dr. Stennett; ei Vindication of the Protestant Disssnting Ministère, by dr. Kippis^.

in

<42 HISTOIRE D'*A?rGtETERRE.

tienne, étoifent peu dangereux, parcequ^on pouvort leur poser d autres écrits, et qu'ils totnboient entre les lins de personnes désintéressées pour la plupart et sans préjugés; mais Ton ne pouvoit trop se précaùtiouner contre les attaques insidieuses de la thaire , auxquelles on ne répondoit jamais, et qui étoieut dirigées , le plus souvent, contre des auditeurs préparés à recevoir toutes les impressions qu'on voudroit leur faire éprouver. Si les non-conformistes, qui formoient un corps respectable , demandoient que l'on eût des égards pour la susceptibilité de leur conàcience , les membres de l'église établie, bien plus nombreux et non moins respectables, faisoient valoir de leur côté'les décisions des législatures précédentes. On dit aussi que l'acte qu'on venoit de proposer auroit dû être intitulé Acte pour encourager les presbytériens j et affaiblir et détruire la religion anglicane; et Ton ajouta qu'un pareil acte tendoit à £^ire renaître les hainfs éteintes entre le peuple et les non-conformistes , et à établir une religion républicaine qui s'étoit montrée dans tous les temps ennemie déclarée de lar monarchie.

Le bill Cependant la cause des presbytériens fot défendue ar*s^1a ^^®^ ^^^ habileté remarquable; et comme le ministère chambre- protégeoit ouvcrtcment la mesure proposée en leur faveur, le bill passa rapidement dans la chambre-basse, et presque sans opposition. Dans la chambre des lords, il éprouva un sort contraire : il fut lu d'abord une-pre- II est re- mîèrc fois , mais à la seconde lecture , la proposition de ' j*?ic par |g renvoyer à un comité fut rejetée à une majorité considérable (i).

(i) 103 voix coDlre 2g. Les principaux urfenseurs du Lill t'toî<»nt U duc de Richmond , lord Chailium ^ lord §ciLurue ^ et lord LvuU«

GEORGES III. l'45

ïl S éleva dans le parlement des discussions fort ani- Mariage' mées et d'un grand intérêt pour le public , à loccasion ^^ [^J^ d'un message du roi , relatif au mariage des princes du sang, qui fut adressé aux chambres pendant le cours de cette même session. Dans Tété de 1 77 1 , le duc de Cumberland, un des frères de sa majesté, éponsa secrètement madame Horton , veuve de Christophe Horton , écuyer, de Catton-Hall, dans le comté de Derby , et fille de lord Irnham : lorsqu'il annonça pubHqûement son mariage, le roi lui fit défense de se montrer à la cour. Cependant, malgré le mécontentement témoigné par sa majesté, le dnc dé Glocester, au printemps suivant, reconnut secrètement pour son épouse la comtessedouairière de Waldegrave, à laquelle il s^étoit uni en 1766.

Ilétoit avancé, dans le message de sa majesté, que ao feV. les mariages de la famille royale étant une affaire d'un du^^ol^ intérêt national , le droit de les approuver avoit toujours appartenu au monarque, et les deux chambres étoient invitées à examiner bien sérieusement s'il ne seroît pas avantageux et sage de corriger le vice des lois , et , par de nouvelles mesures plus efficaces , de veiller à ce que ceux qui pouvoient être les successeurs#^t les héritiers du roi ne se mariassent pas avant d'avoir obtenu son consentement. En conséquence de ce message , on soumit à la chambre des lords un bill portant que les membres de la famille royale, aucj^sous de vingt-cinq ans, ne pourroient se marier sans Te consentement du ro^ ; qu'à cet âge ils auroient la liberté, si le roi leur ré-

lOB. Il avoit pour principaux opposaats Jord Bruce et lord Gower ; Drummond , archevêque d'York; Terrick , évéque de Londres;. Lowth , alors évêque d^Oxford ; Hinchcliffe , évéque de Péterborough; et Barrington , évéque de Landuff.

l44 HiSTOIAE D'ANGLETERRE.

fusoit son aveu , de s'adresser au conseil privé eu déclarant le nom de la personne qu ils avoient riaiention d'épouser, et de célébrer légalement leur mariage , si, ' au bout d'une année , aucune'des chambres n'avoit manifesté son opposition par une adresse à sa majesté.'Le bill prononçoit en outre certaines peines contre toute . personne qui auroit servi les projets d'un membre de la famille royale cbercbant à éluder ces formalités, ou qui ayant eu connoissance de ces projets ne les auroit pas révélés. •

^J^^' . Le bill rencontra la plus vive opposition : à la seconde les maria- lectujre, la^chambre en mit en délibération le piiéâm^ /r? iiniUe^"^^ et chacun des articles, et rejeta tous lesatnenderoyale, mcuts proposcs ; et à la troisième, le marquis de* Roô- ™'* ' kingham s'éleva contre les incooivéïiients qu'il feroit naître, dans le cas où la famille, royale comprendroit plusieurs milliers d'individus, ce qui pouvoit absolument arriver ; et le lord chancelier en ayant alors défendu toutes les clauses, lord Camden le combattit par les .mêmes raisons qu'avoit fait valoir le marquis dôBoo kingham, et demanda qu'on ne pût s'opposer au mariage Protesta- t^es personn^. d'un âge mûr. Gebill passa néanmoins lions. san& amenden^ent (i) : deux protestations véhémentes furent insérées dans les registres de la chambre, la pre- ,mière signée par quatorze pairs , .et la dernière par si^r; deux de ceux-ci a\^ient également signé la première. Il y eut en outçe un article additionnel qui ne fut signé i3-24 que par le comte de Radnor.

Le bill Dans la chambre des communes on vit éclater une

passe opposition non tnoins vive, et tous les articles^du fcill

furent débattus avec un acharnement signalé; à la fin

(ï) 90 voix contre 26. - "' :

6E0BGES III» l^i

cependant le biU passa sans amendement. Le roi , en dans la .terminant la session, témoigna sa satisfaction de la pru- ^ ^^^^ dence et de la modération que Ton avoit montrées dans commatout le cours des discussions ; il rendit grâce au parle- clôture ment des mesures qu'il avoit prises pour assurer Thon- àe\a aeur et la tranquillité de sa famille, et l'engagea à re- ,© juin! doubler encore ses efforts pour entretenir et pour ac^ croître dans le peuple Fesprit de confiance et de paix.

La marche du gouvernement paroissoit en ce ino^ Vigueur ment plus ferme , plus suivie , plus régulière qu'elle ne Fadminis- Vavoit encore été depuis la première résignation de ^i^^^w^*. M. Pitt. Le ministère, par une conduite modérée , tran- .quillisoit le plus grand nombre de ses adversaires , et ga^ gnoit chaque jour quelques nouveaux partisans, pendant que la prospérité croissante de Fétat le mettoit à même d'annoncer avec confiance 'la réduction, prochaine de la dette nationale. Le parti des patriotes de la citéétoit divisé, affoibli et dispersé; il avoit perdu sa popularité, et l'on prévoyoit que de long-temps il ne pourroit agiter le peuple ni donner de l'inquiétude à la cour(i). ^

. Mais au moment où les affaires publiques permet*- Mailbenre toient au roi de jouir de quelque repos , il trouvoit dans fg^i|J|*

(i) Le conseil commun (a4juin)Nfit présenter des coupes à 1MM« Crosby, Oliver etWilkes, «n rem^erciement de la conduite qu'ils a voient tenue a l'égard des imprimeurs ; mais le public ne fit aucune attention à cette démarche. Six mois après leur entrée en fonction ( 6 avril), les shérifs Wilkes et Bull adressèrent des félicitations à la llveryy lui annonçant que le nombre des prisonniers confiés à leuf surveilkince n'avoit été accru par aucune 'proclamation Ulégah de 5^ majesté^ et qu'aucune des chambres n'avoit ordonné d'emprisonnement pour un temps indéterminé. Cette manœuvre ne produise dUcup effet.

là. t9

i46 HISTOIRE d'angleterre.

royale est le seÎD de Sa famille le sujet des chagrias les pli^s am6k*s.

.affligée, g^ dignité lui paroissoit cotnprorifiise par lé mariage dfe ses frères ; il s'étoit vu contraint d'en témoigner son mécontentement , et d'avoir recours à là législature pouir que des actes semblables tie se renouvelassent plus à

J? ^^^: Tavenir. Il eut encore , dès le commeticetïient de l'an-

fPIort de

la priu- née , le malheur de perdre sa noière , pour laquelle il ct^ti"cesse sei*voit touiours 1 amour et le respect d'un boô fils. Le*

douai- J r^

rière de caiomnies auxquelles cette aimable princesse a voit été en hutte pendant les dernières années de sa vie li'avoient fait qu exciter la juste indignation du roi cotatt'C des calomniateurs malveillants , et il avoit considéré le bon* heur, et la tranquillité de sa mère comme sacrifiés à Feè^* prit séditieux des ennemis de son gouvernement. Gett^ princesse ihourût subitement da^s la cinquantë-qua« trième année de son âge.

Revola- Uii événement qui se pas6a dans une autre partie àé tion en l'Europe fut encore pour sa majesté le sujet d'une afmarck. AictioD bieu sensible. L'honneur de sa sœur fut gravement compromis; la position où elle se trou voit ne làis^ soit pas au roi le moyen de te protéger, et elle ûe pou* voit avoir recours aux bienfaits de ces tribunaux équitables où chacun, sans secours étranger, peut défier l'oppression, et, fort de sa seule innocence, faire échouer les plus criminels complots. Le maridge de la princesse Carôline-Mathilde avec Christian VII, roi de t)anemarck , avoit semblé promettre des résultat^ avantageux à la cause du protestantisme et au coin-' merce de la Grande-Bretagne; mais à considérer le caractère des deux époux, il paroissoit être formé sous les plus fâcheux auspices; leur esprit étoit tout-à-fait opposé. Méprisable par sa crédulité et sa foiblesse. Chris*

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tkn se laissoit aller à des inconséquences de toute espèce; tfétoit un homme trop lâche, trop efféminé , trop dissolu , pour agir avec quelque régularité (1). Au flOmhi*e de ses favoris se trou voit Struensée^ homme dune naissance obscure, mais d'un grand talent. Gè Struensée avoit d'abord été médecin : joignant à ses eonnoissaUces médicales quelque connoissànce du droit, il avoit obtenu un avancement rapide à la cour de Ck)penhague, et étoit parvenu en peu de temps au poste de premier ministre : son principal coadjuteur étoit un nommé Brandt, jeune homme d'une famille il« lustre et d'un grand courage, mais moins habile que lui« Lai reine douairière de Danemarck, Julie-Marie, voyoit avec Un oeil de jalousie sa belle-fille; et la principale cause de sa haine étoit un désir ambitieux de tenir les rênes de l'état, et d'assurer la couronne à son jeune fils^ le prince Frederick; projets auxquels elle pensoit bien que Mathilde seroit toujours un obstacle. La foiblesse d'esprit et de corps du roi le rendant un personnage entièrement nul, il s'agissoitde savoir si ce seroit son épouse où la reioe-nkère qui gôuverneroit en son nom. J&Iie-Marie éntretenoit dés émissaires qui avoient recours à toutes les manœuvres pour indisposer le peupla contre Mathilde, et qui réussirent à faire tomber sur elle les soupçons les plus odieux. Plusieurs cduitisans, mécontents de lia faveur dbnt jouissoit Struensée, grossirent le parti delà reine-mère : l'imprudence du minis- î^ ^\ ^^

1 1 I 1 janvier.

tre et le caractère trop confiant de Mathilde donnèrent à leurs ennemis de grands avantages sur eux; et l'on réisolut d'arrêter à-la-fois la reine, Struensée, Brandt, et

\i) Voyez Gibbon's Posihuraaus Works, voK i, p. 44^-

ko.

i48 HISTOIRE D'ANGLETERRE.

tous leurs partisans. Ce projet fut exécuté dans le pa* lais du roi à Ja suite d'un bal masqué : Struensée et Brandt^ précipités en un instant du faite de la grandeur, furent chargés de fers et traînés dans une prison d'où ils ne sortirent, après avoir été abreuvés des derniers outrages, que pour être conduits à Féchafaiid.

La malheureuse reine, après avoir rempU auprès de ses enfants tous les devoirs d'une mère tendre, goûtoit les douceurs du repos , quand , à cinq heures du matin, une de ses femmes vint la réveiller, et lui présenter un ordre du roi de se retirer pour quelques jours dans une des maisons royales de la contrée; elle comprit alors toute l'étendue de son malheur, se précipita de son Ut, et courut vers l'appartement de son époux ; mais à la vue du comte de Rantzau, un de ses ennemis, qui se tFouvoit dans l'anti-chambre, elle s'aperçut de l'état de nudité où elle étoit, et rentra dans sa chambre pour s'habiller ; quand elle voulut ensuite sortir de nouveau , im officier que Rantzau venoit d'aposter tenta de s'opposer à son passage : cejt obstacle ne l'arrêta point, et elle ne craignit pas de passer outre , malg(^é deux soldats qui mettoient leurs fusils en travers de la porte de l'anti-chambre ; parvenue, avec d'extrêmes difficultés, à l'appartement de son époux , die trouva qu'on Favoit conduit dans une autre partie du palais. C'étoit une précaution des conspirateurs , qui redoutoient l'inr fluence de la reine ; ils avoient eu beaucoup de peine à décider le roi à sanctionner ces mesures , et un moment d'entrevue aurolt pu ruiner leurs complots et les en rendre eux-mêmes les victimes. L'infortune deMatbilde fut complète; entourée d'ennemis qui la voyoient entièrement en leur pouvoir, et traitée avec une insolent^

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ironie, elle fut aussitôt transportée au château de Cronsburgh , à vingt - quatre milles de Copenhague , pour y rester prisonnière.

Après Texécution de Struensée et de Brandt, le parti de la reine*mère se montra disposé à se porter à Fégard de Mathilde à de pareilles extrémités; mais les démarches de Georges III Tempéchèrént d'exécuter ces projets. Il n'est pas douteux cependant que Ton éleva des charges contre elle, et que Ton examina des témoins; mais Ton ne peut actuellement connoître avec exactitude le résultat de ces informations. On rapporte communément que les chefs d'accusation qu on préteadoit avoir été prouvés contre elle furent envoyés à Lon- ^ dres, et communiqués aux jurisconsultes les plus éclairés, et que ceux-ci, quoique consultés séparément, déclarèrent à l'unanimité quelles dépositions des témoins, loin d'entraîner la conviction , ne faisoient pas même soupçonner que la reine dût être coupable; Ton dit même qu'ils ajoutèrent à cette déclaration, que non seulement ils refusoient leur confiance à depareils faits, comme jurisconsultes, mais iqu'ils étoient encore obligés à "ne pas y croire comme hommes.

Ce méprisable triomphe sur un monarque foible et trompé, et sur une reine confiante et sans artifice, est ce qu^on appelle la révolution de Danemarck. Les démarches du gouvernement britannique procurèrent l'élargissement de la reine environ quatre mois après sa j^^j réclusion dans la forteresse de Cronsburgh. Conduite à Stade dans le Hanovre, sous l'escorte d'une escadre an« ^oise, cetje princesse fut reléguée au château de ZeH., où le roi son frère pourvut généreusement à ses besoins. Elle vécut honorablement dans cette 4*etraite jusqu'à

l5o HISTOIRE d'aNGLETERRE.

l'époque de ssi mort, arrivée dans la vingt quatrième année de son âge(i).

(]) lo mai 1774* Ces renseignements ont ^té principalement puiftés dans les Mémoires de Wraxall sur les cours de Berlin , Dresde , Warsovie et Vienne, en 1777, 8 et 9, vol. i, lettre 2. Les détails suivants donnés par M. Coxe, dans ses Voyages en Pologne, etc., livre 9, chap. i , sur le départ de cette reine infortunée et sa manière de vivre dans le lieu de sa retraite, m*ont paru assez intéres-. sonts pour m*autoriser à interrompre un moment le fil de T-histoire, et à arrêter les yeux du lecteur sur le tableau attendrissant des souffrances de Mathilde. « Pendant le temps que cette princesse vécut reléguée à Cronsburgh, elle y occupoit l'appartement du gouverneur, et il lui étoit permis de se promener autour des batteries ou sur la tour. Elle ignoroit le sort qui Tattendoit , et avoit de puissantes raisons de croire que le parti qui Tuvoit fait arrêter ne borneroit pas là sa vengeance. Cependant le ministre anglais à Copenhague obtint par la fermeté de ses démarches qu'elle seroit élargie; quand il vint lui annpncer qu'elle étoit libre, elle fut si frappée de cette nouvelle inattendue, que ses larmes coulèrent en abondance, et qu'embrassant le ministre dans les transports de sa joie, elle l'appela son libérateur. Celui-ci, après un moment d'entretien, lui proposa de s'embarquer immédiatement à bord, du vaisseau qui l'avoit accompagné, et de s'éloigner d'un royaume on elle avoit éprouvé tant d'infortunes. Quelle que fût son envie de partir, une cîrcon^ stance tempéroit l'excès de sa joie; peu de mois avant d*étre emprisonnée, elle avoit donné le jour à une princesse, qu'elle nourrissoit elle-même; les soins qu'elle lui prodiguoit avoient été son unique consolation , et elle avoit conçu pour elle un attachement inexprimable, l'ayant eue pour compagne constante de ses malheurs. If'enfant étoit en ce moment attaquée de la rougeole, et la reine, qui l'avoit soignée avec la plus tendre inquiétude, desiroit de lui continuer ses soins. On s'attache bien plus fortement dans une prison qu'au milieu des distractions d'une cour; aussi toute» ces circonstances loi avoient tellement rendu chère cette enfant ^ que lorsqu'on vint lui signifier l'ordre de s'en réparer, elle fut en proie à la plus vive douleur, et l'on ne put la décider, pendant longtemps, à lui dire le dernier adieu. Enfin, après avoir, à bienMles reprises, couvert de ses caresses le tendre objet de son affection, eHe

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se laissa entraîner sur le vaisseau dans une agonie de desespoir. Elle resta sur le pont, et, tant tjue la clarté le lui permit , elle tint ses regards fixe's sur le château de Cronsburgh , qui renfcrmoit ce précieux dépôt. Comme le vaisseau ne fit que 1res peu de chemin pendant la nuit, elle éprouva, au retour de la lumière, une sorte de satisfaction de revoir encore le château, et jamais elle ne voulut rentrer dans sa chambre tant qu'elle put en apercevoir le faite. La reine Mathilde , continue le même auteur, étoit d'un naturel aimant, mais ses malheurs lui firent contracter de bonne heure.une habitude de mélancolie et de tristesse, qui absorboit toutf s les facultés de son esprit. En compagnie, elle s'efPorçoit de dissimuler ses chagrins, et prenoit un air de satisfaction auquel son cœur restoit toujours étranger. Elle recherchoit avec passion la solitude , et là elle soula-' geoit sa douleur par des soupirs et des sanglots. Elle conserva, jusqu'à ses derniers moments, la même affection pour ses enfants restés en Danemarck; elle diiinandott sans cesse de leurs nouvelles a^ec l'inquiétude d'une mère, et se plaisoit à apprendre jusqu'aux plus petits détails de leur santé, de Uurs études et de leurs jeux. Ayant obtenu de fuire venir leurs portraits de Copenhague, elle les pUçst dans son appartement le plus recal^éA et là elle leur pariqit souvent avec la plus toiiçliante ^ipotion, fiomzne e|le l'e^t Aut à sç$ ç^àfa^ts eux-mêmes. »

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