LIVRE XX
•Affaires de Mode» ^- Causes de leur dérangement. — Naufrage des inspecteurs, — Famine dans l'Inde. — Mono- !pole. -=r Extrême détresse des naturels. — Morlalité prodigieuse. — Retenue des sommes stipulées dans le traité.
— Effet que ces événements produisent en Angleterre. — Impuissance de la compagnie. — Difficultés pour régulariser ses actes. — Imprévoyance de la compagnie. — 'tomité nommé dans la chambre des communes. — La détresse de la compagnie augiriente. — Elle négocie un emprunt. -^ £lle nomme des inspecteurs. -^ Extrait du discours dû Tpi, relatif à la compagnie^ — J^mination
, d'un comité. -*- L'ancien comité est maintenu. — Premier -rapport du comité secret» — Discussion sur la présemation d'un bill pour empédher l'envoi des inspecteurs. — Conduite des directeurs. -^ Pétition contre le bill. — Discours de Burke. -^ Le biH est adopté par les commîmes.
— Opposition dans la chambi^«<}es pairs. — Pétition. ' — Le biU est adopté. >^ Réduction des dividendes. — De^ mande d'un 'emiprùnt. -^ Pétition. ^^ Motion de lord Nortli.
— Obligations imposées à la compagnie. — Permission d'exporter le fbé,i8ans droit, pour l'Amérique. — Régie*ments généraux. ^— Opposition à ces mesures. — Attaque dirigée contre lord Clive. ' — Sa défense. -^ Réplique. -=- Attaque renouvelée. *— Motion du général Burgdyne. — * Accusation de lord 'Clive. — Sa défense. — Décision qui le disculpe. — L'animosifé contre lui n'en continue pas moins. — Il est habilement défendu par Wedderburne. — Contestation avec les Caraïbes de Saint-Vincent. — Histoire de dette île. — Distinction entre les Caraïbes noirs et les Caraïbes rouges. — Les François s'y établissent. -»- Arrangements dans le traité d'Aix-la-Chapelle. — Con^ duite du gouvernement anglois. — Conduite des Caraïbes* — Mémoire de M. Young. -^ L'arpentage est ordonné, — ^
TÎEORÔES TU. l53
Arrangement. — Leurs nouvclle^s violences. — Buses des François. — Inquiétudes et remoùtrances des colons. — Efforts du gouverneur. — Ordres du gouvernement. — L'insolence des Caraïbes augmente. — Représentation des. colons au roi. — Députation des Caraïbes à la Grenade, — Entrevue des commissaires. — Leur rapport. — Trahison des François. — Remontrances de l'île. — Hostilités contre les Caraïbes. — Discussion dans la chambre des communes. — Examen des témoignages. — Fin de la contestation. — Augmentation de la paie des capitaikies d« la v marine. — Le bill en fiaveur des presbytériens est rejeté.
ÏmES affaires de Flacle appeloient de nouveau ratténtîon 1 1770. publique et rintervention du parlement. Les brillantes /^p|„j1 espérances de Tannée 1766 étoient anéanties. On ne parloit que de rapine, de tyrannie et de misère dans les rapports qui arrivoient de ce pays ; et il paroissoit impossible de rétablir les finances de la compagnie^ dont le commerce étoit devenu presque nul.
L'éloignement où se trouvoit le conseil des directeurs Causes de du pays soumis à son administration facilitoit les abus. >«"*■ ^^' Lom a exécuter ses ordres, on les recevoit avec mépris, ment. Des hommes enrichis par leu^ désobéissance envers ceux qui les employoient, et par la violation des lois ordinaires de la justice, revenoient triomphants avec les trésors qu'ils avoieat acquis. Non seulement ils dé* fioient la punition qui leur étoit due, mais ils accusoient ceux qui avoient partagé ou empêché le succès de leurs opérations ; et leurs cris augmentoient encore la haine imiverselle et bien fondée qu'inspiroit ladministration dans Tlnde.
Xa fortune même se déclara contre la compagnie. Le
Naufrage vaisseau qui portoit les inspecteurs, dont la vigilance inspec- dcvoit avoif les plus heureux résultats, se perdit, et leurs, on ne put jamais savoir exactement Tépoque et les dé- . tails de ce malheureux événement. On laissa ainsi quelque temps continuer les abus, par la suspension des mesures quW avoit prises pour les faire cesser. Tant que le sorties inspecteurs deipeura incertain, on ne crut pas pouvoir en nommer de nouveaux.
d^n"^ Dans Tannée qui suivit la guerre imprudente et ruirjnde. ùeuse avec Hyder-Aly, la sécheresse extraordinaire de la saison fit manquer la récolte du riz. Malgré la défense expresse du conseil des directeurs à ses agents de se mêler du commerce intérieur, plusieurs d'entre eux> poussés par un intérêt coupable, profitèrent avec em-. pressement de cette malheureuse circonstance pour spéculer sur la misère publique et acquérir d'imniense& richesses. Leurs spéculations produisirent la famine et Mono- 1^ désespoir. Quand Tétat de la saison fit juger que la récolte du riz seroit généralement mauvaise, les capitalistes anglois achetèrent tout ce qu'ils en purent trouver ; et tel fut Teffet de ce coupable monopole, que les, naturels du pays furent exposés aux horreurs du besoîa avant d'avoir pu s'apercevoir des dangers de ces spéculations. Ils se plaignirent au nabab de ce que les Anglois avoient accaparé tout le riz. Alors commença un trafic dont la perfide scélératesse n'avoit encore point eu d'exemple. On avoit acheté le riz une roupie les cent vingt Qu cent quarante mesures ; on fit payer aux mar-chauds noirs la même somme pour quinze mesures. Avri] et II n'en falloit pas davantage pour réduire au dernierdésespoir les habitants de l'Inde, dont le riz est la^ principale nourriture. Leur détresse s'accrut en/core pai;
mui.
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rincendie de plusieurs magasins où les iDaixhands noirs avoient déposé leur$ achats* Lorsque le nabab et les principaux du pays eùnent v«idé leurs greniers par dés largesses envers les pauvres, et que les chi^mps n'offrirent plus aucun moyen de subsistance, les villes extrême
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furent remplies de malheureux affames, qui, luttant des contre l'agonie d'une mort cruelle, imploroient un »»^"*^®"terme à des maux dont ils ne pouvoient plus espérer d être soulagés. Chaque jour ils mouroient par milliers ^^°^J^j|^ dans les rues : l'air étoit infecté d'exbalaisons pestilen- gîcuse. tielles. La compagnie employoit constamment à Cal* ^ cutta cent hommes à enlever les morts sur des charriots et à le$ jeter dans le Gange. Un nombre extraordinaire de chiens, de jackalls et de vautours dévoroient les cadavres,, et aUgmentoient encore la désolation universelle par cet horrible spectacle.. Les Européens , qui n'a voient plus qu'une très petite quantité de riz, ne purent pas venir au. secours des malheureux indigènes ; et ils souf«frirent eux-mêmes de l'effet imprévu de leur injuste monopole. Le fleuve étant couvert de cadavres, le poisson ne fut plus une nourriture saine. Les porcs, les oies, les canards se Dourrissoient également de corps morts. Le mouton devint le seul aliment qui ne f^^t pas nuisible, et cette ressource même étcnt très foible dans une saison d'extrême sécheresse. Telle fut l'horrible situation des malheureux habitants jusqu'à ce qp'on pût trouver les moyens de leur procurer de3 subsistances en attendant la moisson prochaine. L'intérêt sordide de quelques hommes , au mépris des ordres de leurs chefs et des lois de l'humanité , fit peser sur le nom anglois un reproche qu'ils ayoient seuls mérité, Loin d'être çifri- ^ chie par ces spéculations, la compagnie en souffrit un.
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dommage irréparable. Elles ne tournèrent qti au proBt de leurs auteurs, qui acquirent d'immenses richesses, tandis que les directeurs virent leurs coffres se vider et leurs espérances s'anéantir (i).
Retenue Qn n'essaya aucune mesure courageuse pour rétablir sommes Tordre dans l'administration et la prospérité dans les stipulées gnances. On crut trouver flans4|uelques reprises et dans traite', la violatîou du traité de 1765 des moyens de réparer %°o* le déficit, qui menaçoit d'une ruine complète. Dans ce but, le comité qu'on avoit élu donna l'ordre au résident de la compagnie de retenir au moins trente lacks de roupies sur les tributs et autres redevances, de manière à pouvoir établir quelque balance entre les recettes et les dépenses (2).
Effet que La uation angloise ne pouvoit voir ces iniquités et nements ^^ désastres sans éprouver des sentiments d'inquiéprodui- tude et de crainte» La compagnie des Indes orientales
sent en,^., . , , ^ , . g* i
Aiw;le. netoit plus une société de négociants, trafiquant de terre. Jeurs fouds particuliers dans une terre éloignée; les possessions, dans l'Inde n'étoient pas seulement des apanages productifs de la couronne : tel étoit le lien intime des revenus de la compagnie avec les finances publiques, de son commerce avec la prospérité de l'état, et de ses intérêts avec ceux du gouvernement, que sa ruine paroissoit devoir entraîner celle de l'Angleterre (3).
(1) Relation de la dernière famine dans Flnde. Événements ^e nnde,€hap. 5.
(2) Il faut remarquer qu*à la mort de Najim-ul-Dowîah ( le 8 mai 1766), l.e tribut au nabab fut réduit de 55 lacks à 4'? c'est-à-dire, de 8i,i3i roupies par an.
(3) Droits, intérêts et devoirs du {jouvernement relativement aux affaires des Indes orient»l€», par le gouverneur Pownall , pag. 4-
GEORGES III. li'J
La compagnie ne pouvoit pas, par elle-même ni par Impuislautorité dont elle étoit revêtue, remédier au progrès îâcompat du mal. Elle étoit réellement sans pouvoir dans les 6"^®affaires ; elle n'y présidoit que de nom. Les vices radi* eaux étoient dans son institution même. La distajnce du lieu de sa résidence au théâtre de ses opérations; Fignorance des membres du conseil, arrachés à des occupations bornées et peu importantes pour diriger des travaux aussi étendus et d'un intérêt politique aussi grave ; son autorité éphémère , dont la durée sufBsoit à peine pour la transmission de ses ordres ; le défaut de connoissance de letat local des pays soumis à sa direction ; voilà les causes auxquelles doivent être attribués la facilité avec laquelle on trompoit la compagnie, la foible considération dont elle jouissoit, et le iiiépris que souvent on môntroit pour ses ordres. Plusieurs fois on ne sollicita une place dans le conseil des directeurs que pour se faire un patronage et pour procurer des emplois à ses parents et amis. Comme il étoit facile d'apercevoir ce motif, les ordres de pareils maîtres , exprimés en style pompeux et d'une insolence despotique , étoient presque sans effet auprès des agents qui les recevoient, et qui n'y obtempéroient que lorsque ces ordres ne contrarioient pas leurs vues. Ceux qui revenoient de l'Inde après s'être enrichis, et qui prenoient place au conseil, usoient de leur pouvoir pour s'assurer l'impunité, et pour protéger leurs amis, qu'ils aVoient laissés amassant par des voies iniques une fortune considérable (i).
L'état actuel de la compagnie étoit un problème dif-^
(i) Histoire de la compagnie des Indes orientales, chi^p. 6»
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IHfficul- ficile à résoudre en administration. Son autorité et r^RulaX ^^* possessioùs lui étoient garanties par ses chartes de ^r ses ctéatîeii ; mails il étoit évident que jamais ces chartes né lui avoient accordé des possessions et une autorité telles que celles dont elle jouissoit. Elles n etoient point «compatibles avec la nature du gouvernement, et jamais rhistoire ancienne ou rtioderne n'en avoit présenté de semblables. En principe général, le droit de possession de la compagnie n'étoit pas soutenablé (i) ; cependant , comme ses acquisitions s'étoient Faites peu-à-peu, et que ses prétentions avoient été sanctionnées par deS actes officiels du gouvernement , on ne pouvoit tenter de la troubler dans sa jouissance sans être accusé dé jalousie et de crainte.
Impré- Mais le ilioment étoit arrivé où Tinterventiôn du gou- ^ tfe la vernement étoit devenue nécessaire : les malversations compa- avoient passé toutes les bornés. La compagnie se plongea dans des dépenses illimitées , a^ec une prodigalité irréfléôhie. Elle consuma , en fortifications seulement , trois millions sept cent vingt-huit mille cinq cent cinquante-deux livres sterling; et, quoiqu'elle ne put satisfaire à ses erigagetrifents, elle annonça dé très forts dividendes. Les factions, qui la divisoient alors, tendoient plutôt à perpétuer sa détresse, en amenant Fanarchie daus son sein, qu'à la tirer de son embarras, en y établissant la prudence, l'ordre et la persévérance.
(î) Dans Tanûéë 1767, le procureur et ravocat-^ënéral , MM. Pratt bt Yorke, reconDurent également qu'il étoit inusité, contraire à là âii^ne politique et aux chartes, décéder à une compagnie commerçante, non seulement les conquêtes faites, mais encore les conquêtes futures sur une puissance , soit européenne, soit indienne. (Écrit au gouverneur Pownalt déjà cité. )
GEORGES iil. iSg
iDaiis la dernière session, on proposa uïi bill pour ComUë régler le nombre des agents et des membres du conseil "j^^T^ de la compagnie des îndes orieptales. Cette tnesure prit la chamnaissance dans la compagnie métne. La motion eti fut co^imtifaite par M. Sullivan , député-président du conseil des »«sdirecteurs. II affirma que le mauvais état des affaires ^^J^^^ de rinde provenoit de Fimpuissance où étoieùt les directeurs de punir la désobéissance oii les malversations de leurs subordonnés; que les désordres dont on se plaîgnoit n'avoient pas d autre cause que la permissiôii accordée aux gouverneurs de ce pays de faire le commerce; et que cet abus avoit donné naissance au mo*nopole le plus odieux et le plus funeste. Le bill fut présenté, après quelque opposition, à la chambre des communes, qui le rejeta. Mais, comme uile des plus fortes objections fut le défaut de valables informations, on nomma un comité de trente-trois membres (i), sur i3 avril, la motion du colonel Burgoyne, pour prendre les renseignements nécessaires sur la nature et la situation de la compagnie des Indes orientailes^ et sur Fétat deâ affaires de l'Angleterre dans ce pays.
Durant la séparation du parlement, la détresse de La déla compagnie s'accrut encore considérablement : et le V^^^^ ^^