Il
l6a UISTOIKE D'ANGLETERRE.
présenta un rapport sav la mesuré proposée d'envoyer des inspecteurs, et demanda la présentation d'un bill pour en empêcher l'exécution.
7 dAs. M. Harley, ayant fait le rapport, comme président sionTsur ^" comité, proposa sur-le-champ la présentation du ]a préten- bîll. La promptitude avec laquelle on fit ce rapport, et d'un biQ la manière inattendue dont il fat prétenté, n'échappé* P^l" rent point aux observations de plusieurs directeurs, renvoi qui 'étoient membres de la chambre, lis prétendirent . ^^^^ que ce rapport étoit inconstitutionnel et inutile, puis* teurs. qu'on iftivoit point encore déterminé les dépenses de la commission nommée, et que les directeurs avoient résolu de suspendre la mesure proposée jusqu'à ce que kl décision du parlement fût connue. Lord North, calculant ce qu'avoit coûté la dernière commission d'inspecteurs, en conclut que les dépenses de la nouvelle commission ne pouvoient pas s'élever à moins de cent-' vingt mille livres sterling par an ; et M. Wedderburne démontra combien on devoit peu compter sur la promesse du conseil des directeurs. « Il n'est pas en leur a pouvoir, dit41, de tenir leur engagement, ils sont (c soumis à un conseil général : et si , durant la sépara-' « tion du parlement, ce conseil général est convoqué, ^ « un vaisseau peut être équipé , et les inspecteurs très « loin en mer, avant que les chaonfbres puissent être « rassemblées. Dans ce cas, ni la promesse des direc- « teurs, ni même l'opinion des deux chambres ne peuavent être une garantie suffisante; il faut un acte du « parlement. » M. Burke traita le bill proposé comme un eifvahissement des droits de la compagnie et une violation directe des lois du pays. Il dit, en se moquant du comité secret : « On a nommé l'année dernière um
\^ GEORGES lU. l63
A comité, on nombreux et brillant comité, qui n'a rien çc fait. Il ressembla à une femme légitime, mais stérile, 4 que Ton quitta pour une maîtresse. Cette maîtres^i^ • « est le comité secret, et ce bill est son premier enjftnt ; « mais à Textrême diligence de cet accouchement ex-^ « traordinaire, je suis porté à croire qu'elle étoit en- « ceinte ayant la noce. » Puis il ajouta, en continuant la plaisanterie, mais en Tappuyant de plus forts argiiments : «Si nous adoptons ce bill, nopa devenons , de » fait , la compagnie des Indes orientales , et vous , « monsieur, vous siégerez dans ce fauteuil avec un « petit marteau à Ja main , pour tenir un encan. Le banc «de la, trésorerie contiendra les acheteurs, et nous «serons les vendeurs. Cette chambre deviendra une j^^^^ « salle de vehte, et le président un crieur d'enchère. » La motion fut, cependant adoptée, et trois joiirs après le biU fut présenté. •
Les directeurs n'étoient point assez abattus par leurs Conduite revers pour voir avec indifférence ce qui se passoit au parlement. A la nomination du comité secret , un conseil général des directeurs résolut ^ présenter une pétition contre le droit d'inspecter leurs livres, droit que le parlement réclamoit ; mais la célérité du comité ayant fait ayorter leur projet, ils firent entendre leuc avocat contre le bill présenté. Leur pétition ne parut pas mériter beaucoup d'attention ; elle étoit foiblement 14 et i s conçue, et n'étoit pas signée |)ar plus de quatorze ac- if/,i,ioâ tionnaires. Ils établissoieot^ en point principal, que contre les malversations dans l'Inde étoient énormes, et que les avantages qu'une commission d'hommes probes et éclairés procureroit à la compagnie seroient si considérables, que la dépense qu'elle nécessiteroit p^roîtroit
desdireateurs.
i64 HISTOIRE D*ANGLETERRE.
de peu d'importance;- mais ils ne purent prouver que la compagnie eût assez de pouvoil* sur ses agents dans ♦ rinde pour réprimer ces abus , qu'une longue tolérance avoit enracinés. Le progrès do ces malversations étoit clairement démontré, et on avoit mis dans tout leur jour les moyens odieux employés pour opprimer les indigènes, sans profit pour la compagnie; mais on n'avoit .point avancé qu'une autorité^- déléguée par la compagnie seule, pût suffire pour remédier au mal , qui parofssoit devoir plutôt gagner les inspecteurs eu-xmêmes qu'être écarté par leurs soins. M. Burke parla Discours avec son esprit et son éloquence ordinaires, et déploya Barke. ( pour se servir des expressions d'un auteur anonyme ) toutes les rares qualités de l'esprit et du cœur, dont ii étoit doué à un si haut degré (i). Il s éleva avec force contre les ministres, qui avoient reçu, depuis l'anoée ' 1767, de la compagnie des Indes quatre cent mille livres sterling par an, et qui cependant toléroient sa mauvaise administration bien connue, pour la. mettre entièrement à leur merci, dilapider ses propriétés et envahir sans cranté et sans sciiipule les droits qui Jui étoicnt octroyés par une chatte. Faisant ensuite allusion à la lenteur du premier comité et à la diligence extraordinaire du comité secret, il dit : « L'un a été si «lent dans ses opérations, que la compagnie avoit « perdu depuis long-temps tout espoir de le voir arrêter a le mal; et l'autre a éte^si «xpéditif, que personne ne « sait où il s'arrêtera. Le comité secret a eu la rapidité « de faite d'un tournebroche^ le premier comité, la lenteur « du poid^ opposé; c'est ainsi qu'ils ont rôti la compagnie
(i) Histoire de radniiniitration d« lord IHorlh, p. 92.
«des Indes. » Gepeudant la nécessité abfiolue, et lesLcbiHwt avantages des mesures proposées étoieiit trop évidents p, °^eg pour que ces mesures fussent repous&ées par des argu- commaments de rhétorique. A la troisième lecture, Le bill fut adopté à une majorité de cent cinquante-trois voix contre vingt- huit. ^
Dans la chambre-baule, le bili fut combattu princi- "PP®"-
' ' non dans
paiement par le duc de Ricbmond, qui, comme ac- la chamtionnaire, s'étoit fait remarquer, dans le conseil de la paj^g** compagnie, par son opposition aux mesures du gouvernement. Une pétition, semblable à celle quavoit 23 dëc. reçue la chambre des communes, fut présentée contre * *'*°"* la troisième lecture du bill : le même avocat fut entendu et les mêmes faits examinés (i). On ne montra pas. un
(i) D*;)près les comptes présentés à la chambre, il par^'soît qne les droits payés au gouvernemeiu et rindemnité sur le thé s'éle voient à une somme annuelle de près de 3,000,000 Hv. st. ; que rindemnité avoit fait perdre à la compagnie, depuis le commencement, au moins 1,000,000 Ht. st., dont 700,000 appartenoient au (]^ouver* nement, et 3oo,ooo aux acheteurs; que la Tente de 3i,ooo,ooo \U vres de thé, daas les cinq dernières années, avoit produit 100,000 liv. st. de moins que les 3i,oooliv. vendues dans les cinq années précédentes; d*où il rcsultoit que la compa(;nie avoit perdu 100,000 I. iierl. et 10,000,000 livres de thé: que le (jouvernement avoit veçà de lu eompa{];Qie, pendant les cinq dernières années, 3,396^000 liv. s»terl. ; savoir^ a,aoo,ooo liv. st. pour la prodjiit des cinq années, e» la moitié des 4o<),ooo liv. st. par. an. que la comjgagnie étoit con? venue de payer, et 1,195,000 liv. st. d*ai]{;meotation des revenus, rclatVcmcnt nu terme moyeu &(ss cinq années préôédèntes: que toute la i<«Gette.de la compagnie, pour le dividende^ pendant Uscinq mêmes ^Kufiées, étoit de g^^oooJiv. st. au-dessus de su pour^ cent, dividende le plus bas en temps de guerre; et que les profits éiiJiit de 464,000 par an, ils présentoient un dividende de douze, et demi, pour cent; d*oii il cloit évident que le gouverne» ciu retiroît un bénéfice de 3,395,000 liv. st. ; et la compagnie, ainsi que les pco-^ prictaitcs,^pa9 uu seul sclielVng.
l66 HISTOIRE D'ANGLETERRE.
Lebillest grand talent danis la discussion, et le bill fut adopté à
30 5éc ^^ troisième lecture (i). Une protestation, signée par
cinq pairs , et qui n'étoit remarquable ni par le raison^^
nement ni par la sincérité, fut consignée dans les jour-
naux. •
Bédoc- Pepdant la séparation du parlement, le conseil deê
tion des '^ . *' t- » , . .
dividen- directeurs prit une mesure que ia prudence et la justice auroient dû suggérer plus tôt : le dividende fut réduit à six pour cent. Cette mesure, qui n'étoit qu'un palliatif,
la fëv. j^Q pouvoit cependant pas rétablir Tordre dans les fi-
^Itéy, nances ; et le conseil , sentant la néces(^ité de s'adresser Demande au parlement pour faire uu eiuprunt, chercha d'abord emprunt, à counoître le plan général que le ministère avoit l'intention de proposer dans l'intérêt du gouvernement et dans cilui de la compagnie. Lord North refusa de^ répondre à cette demande; et le conseil général ftit obligé d'arrêter qu'on s'adresseroit au parlement pour être autorisé à faire un emprunt d'un million cinq cent mille livres sterling au plus, pour quatre ans, à quatre pour cent d'intérêt , avec la faculté de s'acquitter par des pai'ements successifs de trois cent mille livres sterl. chaque.
3 mars. £n conséquence, la compagnie proposa au parlement, dans une pétition , de ne pas établir un dividende de plus de six pour cent jusqu'à l'acquittement de la moitié de l'emprunt, d'affecter le surplus des bénéfices au paiement de la dette de la compagnie, jusqu'à ce qu elle fût réduite à un million et demi, et de partager également les autres bénéfices entre le trésor public et la compagnie. Elle demandoit ensuite à être dégrevée
(i) a6 Yoix pour et 6 contre.
des amendes rigourei|ses encourues pour défaut de paiement des sommes dues, en vertu des derniers actes relatifs aux indemnités sur les thés, ainsi que du paiement annuel de quatre cent mille livres sterling, au trésor public pendant les cinq années qui i^estoient en* core à courir d'après le traité. Lord North , après avoir 9 mars, défendu le gouvernement contre les accusations rela- ^e^iord tives au paiement des quatre cent mille livres sterling, North. lit, en comité général, une série de j>ropositioRs, qui, ea établissant la nécessité de lassistance du parlement et d'un emprunt, accordoient un secours d'un million quatre cent mille livres sterling, sous la condition qu'à l'avenir on auroit soin de prévenir de semblables em* barras.
A cet effet, il proposa de défendre à la compa({nie 33 mars. d établir un dividende de plus de six pour cent, jus- tions îmqu'au remboursement de l'emprunt, d'aftigmenter son Posées à dividende au-delà de sept pour cent, jusqu'à la ré- pa^nie. ' duction de sa dette à un million et^demi, et d'allouer plus de huit pour cent, jusqu'à ce que le trésor public et la compagnie pussent avoir part aux bénéfices. Gett^ 8 a^riJ; répartition devoit avoir lieu de la manière suivante» Après le remboursement de l'emprunt etJa réduction de la dette à un million cinq cent mille livres sterling, les trois quarts du surplus des revenus territoriaux de la compagnie dévoient être versés au trésor public, et le quart restant devoit être mis en réserve, comme un fonds disponible en cas de besoins imprévus.
Lord North proposa ensuite d'accorder à la compa- 26 avril. gnie la permission d'expoiter le thé pour L'Amérique, sio^n d"it- SUBS payer de droit. Cette permission lui étoit d'autant porter le plus avantageuse qu'elle avoit alors en magasin Ai^- rl^X
l68 HISTOIRE D'ANGLETERRE.
qae sans sept millions de livres de thé. £«fin il proposa son plan
^droh * général pour régler les affaires de la compagnie, tant
Règle- dans Tlnde qu'en Europe. Les points principaux étoient
"néra^ux. ^^® le conseil des directeurs seroit élu pour quatre ans ;
que six membres seroient renouvelés annuellement,
mais qu'aucun d'eux ne pourroit siéger plus de quatre
années ; qu'on ne pourroit concourir à l'élection des
directeurs si l'on n etoit pas actionnaire, depuis douze
mois^ pour une somme de mille livres sterling, au lieu
de cinq cents comme auparavant ; que la juridiction du
conseil du maire à Calcutta seroit restreinte aux petites
^ affaires de négoce, comme elle l'étoit avant les acqui*
sitions territoriales ; qu'on établiroit pour le remplacer
un nouveau conseil, composé d'un juge président et
detrois juges inférieurs, nommés par la couronne ; et
que la présidence du Bengale auroit la prééminence sur
les autres présidences de l'Inde (i).
Opposi- Ces propositions donnèrent lieu à plusieurs disons*
'mesurer ^^^^^ ^^^ animées, dans lesquelles les droits de la
couronne, les privilèges de la compagnie, la conduite
des ministres , et l'utilité des mesures proposées , furent
vigoureusement attaqués et habilement défendus. La
compagnie des Indes orientales, la cité de Londres,
et les actionnaires pour plus de cinq cents livres sterling
28 mai. et moins de mille, adressèrent des pétitions contre ce
bill. La compagnie fut entendue par l'intermédiaire de
son avocat ; elle manifesta même le désir de retirer sa
demande de l'assistance du parlement, en déclarant
(i) Le traitement «les juges fut fixé à 8,000 Ht. st. pour le président, et à 6,000 pour fes autres ju{*e8. Le çonyerneur-génëral eut a5,ooo liv. sterl. par an, et les membres du conseil lo^ooo iiv. sterl. chaque.
qu'elle aimoit mieux se soumettre à des'^embarras momentanés que d'accepter un prêt à des conditions aussi onéreuses. Tous ces efforts furent inutiles : le bill, rédigé d'après les propositions énoncées, fut adopté à 10 juin. la troisième lecture par une forte majorité (i): On nomma Warren Hastings, gouverneur-général, le lieutenant-général Clavering, l'honorable Georges Monson , Richard Barwell, et Philippe Francis, conseillers de la présidence, du Bengale.
Ce bill trouva également une vive opposition dans la chambre des pairs, où il y eut deux protestations^, Tune signée par sept pairs , l'autre par treize (2).
Dans le cours des discussions sur les affaires de ^,Î*?^V®
dirii^ce
l'Inde, la conduite de lord Clive donna lieu à plusieurs contre observations. Pendant la délibération sur le bill présenté par M. Sullivan , lord Clive se défendit lui-même, dans un discours étendu et éloquent, contre les ca- Sa 'dé lomnies dont on l'accabloit. Sa justification ne s'étendoit qu'aux actes de sa dernière administration. Il peignit, avec force et vérité, le bonheur dont il jouissoit, et l'absence de tout motif qui pût exciter son avarice ou son ambition, lorsque, dans un fâcheux état de santé, il avoit abandonné sa maison, sa famille, et sacrifié son repos, pour aller, dans un climat éloigné et malsain, remplir la tâche pénible d'exercer des réformes. Il montra les difficultés sans nombre qu^il avoit éprouvées par la per^die des instructions du conseil des directeurs, la. facilité avec laquelle il auroit pu
(i) i3i voix contre ai.
(a) Cette discussion est très imparfaite dans Debrett. J*ai trouy^ des' renseignements positifs sur ces faits dans l'Histoire de l'administration de lord liorth.
lord Clive.
3o mars.
fense.
170 HISTOIRE Ïi'aNGLETERRE.
augmenter sa fortune en participant aux abus qu^il étoit chargé de réprimer, ou ne consulter que Tintérét de son repos, en reconnoissant l'impossibilité d'arrêter le mal. Il avoit au contraire suivi une route toute hérissée d'obstacles et de dangers. Le salut de la compagnie exigeoit une marche «vigoureuse, et il avoit résolu de nettoyer les écuries d'Augias. « C'est cette «conduite, dit-il, qui m'a attiré les railleries et les a injures dont les papiers publics sont remplis depuis fl mon retour; c'est cette conduite qui a fait naître ces f< accusations ; mais c'est cette même conduite qui me «permet, au jour du jugement, de regarder mes juges a en face. Cette conduite me donne aujourd'hui le droit « de déclarer solennellement et la main sur le cœur, à <f cette chambre, à l'assemblée et au monde entier, que ftje n'ai pas un seul moment perdu de vue ce que ^< j'ai cru de l'honneur et du véritable intérêt de mon it pays et de la compagnie ; que je ne me suis jamais «Vendu coupable d'actes de violence ou d'oppression , (( à moms qu'on ne regarde comme tels d'avoir livré les a coupables à la justice ; que jamais l'idée d'une exac- » tion ne m'est entrée dans l'esprit; que je n'ai permis « à aucun de me*s subordonnés de commettre des actes « de violence ou d'oppression ; que je n'ai jamais exercé ■ff mon influence à l'avantage de qui que ce soit, en ^( violant les principes les plus sévères d'honneur et » d'équité, et que loin d'avoir i^ccru ma fortune dans « cette expédition, je suis revenu en Angleterre moins « riche de plusieurs milliers de livres sterling. »
Lord Clive se défendit ensuite contre plusieurs accusations de monopole sur les cotons, les diamants, le sel et le tabac, de fraudes dans l'échange des pièces
d'or et dans leur monnoyage, et d'acceptation des présents de Mir-Jaffier. Il démontra la (utilité et la fausseté de ces accusations. Quant à la dernière sur -tout, il prouva que, loin d'avoir reçu de l'argent du nabab pour son compte, il avoit joint un legs de soixante-dix inille livres sterling qui lui appartenoit à quarante mille qu'il âvoit obtenues du nabab, pour former un fonds militaire, destiné au soulagement des officiers et soldats invalides et des veuves.
La partie la plus intéressante de la défense de lord Clive fut celle où il peignit la situation de l'Inde et fit le tableau des crimes qui déshonoroient le nom anglois et ruinoient la compagnie, tandis que leurs auteurs s'enrichissoient rapidement et que les naturels du pays gémissoient dans l'oppression. Il fit voir clairement d'où provenoit le mal, en traçant un portrait animé du jeune homme qui va chercher fortune sur le rivage indien. « Ârrétons-nous un moment, dit-il, pourexa- « miner quelle est l'éducation de la jeunesse destinée « à aller dans l'Inde. Les avantages qu'on trouva au «I service de la compagnie sont bien connus mainte- « nant, et chacun désire voir nommer son fils clerc de « la compagnie au Bengale; ce qui se fait ordinairement « à l'âge de seize ans. Ses parents lu» font envisager 'k la certitude de fqire fortune, exckent son ambition « en lui nommant les pairs et les membres de la chambre « des communes qui ont acquis d'immenses richesses « en peu de temps. C'est ainsi que ses principes sont « corrompus de bonne heare ; et comme ces jeunes gens «partent ordinairement en grand nombre ensemble, « ils s'enflamment tellement les uns les autres dans « leurs projets de fortune, pendant la traversée, qu'a-
l-Jtl HISTOIRE ANGLETERRE.
» yant leur arrivée ils ont déjà fixé Tépoque de leur » retour. Suivons maintenant un de ces clercs arrivant « au Bengale, et n'ayant pas quatre sous à lui. A peine « est-il débarqué, qu'un banyan, possesseur peut-être <( de cent mille livres sterling, lui demande rhonneur « de le servir pour quatre schellings et six sous par mois. « La compagnie lui a préparé des chambres, mais elles tt ne lui plaisent pas ; le banyan lui en trouve de plus » belles. Le jeune homme, en se promenant dans la « ville, remarque que les autres clercs, arrivés un an «avant lui, ont de somptueux appartements, qu'ils » sont même propriétaires de maisons, qu'ils montent « de beaux chevaux arabes et vont en palanquins ou en ft phaëtons, qu'ils ont des sérails, et qu'ils boivent du « vin de Chanapagne ou de Bordeaux. Il fait part de ses « observations au banyan , qui l'assure que .bientôt il •c pourra jouir des mêmes avantages. Il lui donne de « l'argent, et prend sur lui un pouvoir absolu. Les pro- « fits du banyan croissent avec le rang de son maître, « qui, tout en acquérant de grands biens, et^ dépense a trois fois autant. Mais ce n'est pas tout. Il tombe (f ainsi dans la dépendance du banyan , qui commet H des actes de violence et d'oppression , sous la préten* (( due sanction 4'un agent de la compagnie. De là les a clameurs qui s'élèvent contre les jeunes Anglois dans « rinde. »
Lord Clive termina par le détail de tous les avantages qu'on pourroit retirer de la situation des Anglois dans rinde. Il exposa les dangers qui menaçoient leur prospérité, et indiqua les n/byens de les éviter. H prouva l'utilité des réformes qu'il avoit faites, et démontra qu'il suffisoit de suivre avec modération le système
GEORGES m. 173
qu'il avoit établi pour rendre au gouvernement anglois en Asie une autorité durable, honorée et avantageuse.
Le gouverneur Johnstone répliqua ; mais Teffet du Rëpliqq«. discours de lord Clive n en fut point affoibli. Ce discours parut une justification complète et une noble leçon de sage politique.
JLe système de persécution contre lord Clive ne s-ar- Attaque rêta pas là ; mais sa dernière administration ne fut plus "^J"j^^" lobjet de Tattaque. On crut devoir remonter *à une contre époque plus éloignée, à la déposition de Surajah^Dow* ^ *^^* lah, en 1757. f
L'examen de sa conduite à cette époque fut mis en 3o mars discussion devant le comité. Les ennemis de lord Clive ^77^* profitèrent de cette occasion favorable pour s^efforcer de tourner à sa honte et à sa perte les actions même de sa vie dont il se faisoit le plus honneur.
Le général Burgoyne , en présentant le troisième rap- Troisièport du comité, déclara qu'il contenoit une relation de portïJ crimes qui révoltoient Thumanité. Il fit d'abord quel- comité, ques propositions générales, dans lesquelles il établit que les acquisitions faites par Tinfluence d'une force militaire ou par un traité avec des puifssances étrangères , apparténoient de droit à Tétat ; que se les approprier étoit un acte illégal ; et l|ue des sommes d'argent consid^bles avoient été obtenues par cette voie des princes souverains de l'Inde. Ces propositions furent adoptées, mais non sans une forte opposition.
Le jour suivant, le général Burgoyne revint sur le 2' «y"'* même sujet , et fit une motion directe et personnelle da contre lord Clive ; elle fut appuyée par sir Guillaume |^n««*al Mereditb et combattue par M. Wedderburne, qui fit ne. habilement sentir Finconvenance d'accuser un homme
174 HISTOUE d'aNOLETERRE.
d'un crime > sur le simple rapport d'un comité. Oh m discuta point alors sur la validité de la motion ; mais on décida que les témoins seroient entendus à la barre.
3 mai. Après avoir récapitulé les faits contenus dans l'accu*tion sation , le général Burgoy ne dit qu'il règardpît la dcpo-
de lord sition de Suraîah-Dowlah et la révolution en faveur de
Clive. . T r#» 1
Mir-Jaffier comme la cause de tous les maux qui avoient produit, sinon 1^ ruine complète de la compagnie, du moins»sa détresse momentanée, il s'étendit sur laperfi^ die qu'on avoit employée pour amener cette révolution4 Il établit que le traité n'avoit été imaginé que pour éin^ der le paiement promis à Omichund , commerçant noir et confident de Surajah-Dowlab , que lord Clive et b comité de l'Inde avoient entraîné dans le complot pour détrôner son maître. 11 exposa la conduite de lord Clive, qui avoit fait signer ce traite' par l'amiral Watson , msi* gré son opinion bien prononcée; et il ajouta que la per^ fidie envers Omichund étoit des plus atroces. Il conclut en demandant qu'il fût déclaré que Robert lord Clive, à Tépoque de la déposition de Surajah-DoviFlah, nabab du Bengale, et de la promotion de Mir-Jaffier, avoit, par l'influence du pouvoir dont il étoit revêtu , reçu di* verses sommes qui s'élevôient à deux cent trente-quatre mille livres sterling; qtife, par cette conduite^ il avoit abusé de son autorité, et donné un exemple funeste aux agents du gouvernement. On proposa quelques amendements; et, dans la discussion, lord Clive défendit sa conduite avec une grande supériorité, fia II examina en détail les rapports des comités, en tout
ce qui le coqcerc^oit, et, en réponse aux imputations alléguées contre lui, il lut des documents authentiques qui prpuvoient qu'alors sa conduite avoit été jugée d'une
défense.
GE0B6ES iri. I.7&
manière toute différente y par des hommes qui étoient ea position de mieux juger. Ils coasîstoient dans les let-* très que le nabab lui avoit écrites , comme président du comité , dans celle du comité aux directeurs , et dans la réponse approbattve que les directeurs lui avoient adressée. Il se plaignit de la négligence que les précédentes administrations avoient apportée dans les affaires de la compagnie des Indes orientales , et de la mal-., veilladce personnelle qui avoit fait naître cette accusation aussi intempestive que mal fondée. « Les directeurs y dit>^il , soit par ignorance , soit à dessein , avoient , depuis deux ans, tenu secrètes les affaires delà compagnie: ils s'étoient livrés au luxe et à la dissipation; et, négligeant entièrement leurs devoirs, ils avoient chargé un homme d'y penser pour eux, et lui donnoient quatre cent livres sterling par an. Il en résultoit que leurs ordres étoient quelquefois si tdisurdes et si contradictoires que leurs agents ét<»ent presque excusables d'avpir refiisé de leur obéir. »
LordClive développa ensuite la manière odieuse dont les comités faisoient leurs enquêtes, en les bornant à sa conduite personnelle , au lieu de les étoidre à des objets d utilité générale. Il dit qu'il avoit été interrogé par eux platét comme un voleur de moutons , que comme un membre de leur diambre. Il justifia lacceptation des présents , comme étant alors parfaitement légale , et uniferse|||^ent en usage ; et il prouva que si lavarice avoit été sa passion/ il auroit pu acquérir une fortune bien au-delà de celle qu'un sujet peut avoir.
Il entra dans le détail de tous les faits^ui le concer-v. noient; et, après avoir dépeint la situation désespérée des affaires de la compagnie, lorsqu'il plut à Dieu de
faire de lui l'instrument de son salut , il rapporta les circonstances de la ruse dont on s'étoit servi pour gagner Omichund. «Nous découvrîmes bientôt, dit-il , que Surajah-Dowlali n'attendoit que le départ de la flotte pour exterminer les Anglois« Mais le nabab, comme tous les traîtres , étoit entouré de gens aussi perfides que lui. Omichund , son confident , lui dit que les Anglois et M. Dupré avoient fait un traité dans Fintention de l'attaquer ; et il rteçut , pour avoir donné cet avis, quatre lacks de roupies. Certains que c'étoit Thomme en qui le nabab avoit la confiance la plus entière, nous crûmes trouver en lui Tinstrument le plus sûr pour la révolution que nous projetions. Nous ftmes en conséquence avec lui un marché. Quand tout fut disposé et le jour pris', Omichund alla trouver M. Watts , qui étoit à la. cour du nabab, et lui demanda trente lacks de roupies et cinq pour ceflt sur tous lès trésors que Ion trouveroit ; en menaçant, si on n'accédoit pas à sa demande, de découvrir le complot au nabab , et de faire mettre à mort dans la nuit même M. Watts et deux autres Anglois qui étoient avec lui. M. Watts m'envoya sur-lechamp un exprès au conseil. Je n'hésitai point à chercher une ruse pour leur sauver la vie et assurer le succès de l'entreprise. Nous fimes un autre traité qu'on appela le traité rouge ; le premier fut nommé le traité blanc. Il fut signé par tous les membres du conseil, excepté par l'amiral Watson. Et j'aurci|| pu Aie croire suffisamment autorisé à y mettre son nom, par une conversation que j'eus avec lui. Cependant ce fut une autre personne qui signa pour lui , en sa présence ou non « je ne puis le dire ; mais je sais qu'elle s'y croyoit autorisée. Ce traité fut transmis à Omichund , qui ne soupçonna
GEORGES Ht. t>j*j
point la ruse; et le succès en 'fut la suite. La chambre , j'en suis convaincu, conviendra que, lorsque l'existence même de la compagnie étoit menacée , et la vie de tant de monde exposée à un péril certain , il étoit aussi juste qu'utile de tromper up bomme aussi profondément scélérat. » Lord Clive lut ensuite des lettres de Famiral Watson et d'autres personnes, qui approuvoient entièrement sa conduite. Il exbiba des pièces de même nature émanées du conseil des directeurs , qui lui avoient donné une épée ricbement ornée de diamants , et qui , après lui avoir prodigué les plus grands éloges , appeloient la promotion de Mir-Jaffier une glorieuse et utile révolution. En terminant cette partie de sa défense , il dit : « Un ministre précédent , lord Cbatbam , dont les talents ont bonoré son pays , et que cette chambre révérera toujours , viendra , j'en suis certain, à cette barre et vous dira non seulement la haiute opinion qu'il eut d'abord de mes services , mais encore celle qu'il en a aujourd'hui. »
Il se plaignit d'être traduit devant la chambre comme un criminel, après avoir présenté des téimoignages aussi éclatants, et de voir ses actions les plus honorables transformées en crimes contre l'état : « Je ne puis pas dire, ajouta-t-il, que je suis à mon aise, puisque tout ce que je possède au monde est confisqué, et que l'on ne me préteroit pas un schelling sur ma signature. Il est terrible de rester dans une situation aussi pénible , et je n'ai plus d'autre ressource qu'une banqueroute. On ne m'a rien laissé que ma fortune patrimoniale de ciuq cents liv. st. par an, qui est dans ma famille depuis des siècles. Elle me suffira pour exister, et je lui devrai peut-être un bonheuf plus réel qu'à l'opulence d'une