‹ Histoire d'Angleterre, depuis l'avènement de Jacques IIChapitre 53 sur 63 · I VII I I · texte numérisé non relu

I VII I I

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Vers une heure du matin (lundi, 6 juillet), les rebelles se trouvèrent dans la plaine, mais ils étaient séparés de l'ennemi par trois larges fossés remplis d'eau et de boue. Monmouth savait qu'il fallait traverser deux de ces fossés, nommés le Black-Ditch et le Langmoor- Rhine; mais, chose étrange à dire, aucun de seséclaireurs ne lui avait mentionné l'existence d'une troisième tranchée appelée le Bussex-Rhine, qui protégeait le camp royal, placé dans son voisinage immédiat.

Les chariots qui transportaient les munitions restèrent à l'entrée du marais. L'infanterie et la Cavalerie, en une longue et étroite colonne, passèrent le Black- Ditch sur une chaussée. îl y avait une semblable chaussée sur le Langnioor-Rhine, mais le guide perdit sa route dans le brouiHard; il y eut quelque retard et quelque tumulte avant que l'erreur pût être réparée. Enfin le passage s'effectua; mais dans la confusion un pistolet partit. Quelques gardes du corps, qui étaient en vedette, entendirent le coup, et aperçurent à travers le brouillard une troupe nombreuse qui s'avançait. Ils déchargèrent leurs carabines et galopèrent dans différentes directions pour donner l'alarme. Quelques-uns se dirigèrent en toute hâte sur Weston-Zoyland, où campait la cavalerie-, un autre courut à bride abattue jusqu'au camp de l'infanterie, et cria que l'ennemi s'approchait. Les tambours du régiment de Dumbarton battirent le rappel, et les soldats furent bientôt en ordre. Il était temps, car Monmouth préparait déjà ses troupes pour l'action. Il ordonna à Grey d'ouvrir la marche avec sa cavalerie, et il le suivit à la tête de l'infanterie. Grey poussa en avant, jusqu'à ce que sa marche fût inopinément arrêtée par le Bussex-Rhine. De l'autre côté de la tranchée, l'infanterie royale se formait en toute hâte en ordre de bataille.

«Pour quiêtes-vous? cria un officier des gardes à pied. — Pour le roi,» répondit une voix sortie des rangs é&h?

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Cependant son infanterie, quoique abandonnée à ellemême, fit une vaillante résistance. Les gardes du corps attaquèrent sur la droite, les bleus sur la gauche ; mais les campagnards du Somersetshire firent face à la cavalerie royale, avec leurs faux et les crosses de leurs fusils, comme de vieux soldats. Oglethorpe fit une vigoureuse tentative pour les disperser et fut vaillamment repoussé. Sarsfield , brave officier irlandais, dont le nom obtint plus tard une triste célébrité, les chargea d'un autre côté. Ses hommes furent également repoussés, il fut lui-même jeté à terre et y resta un moment comme mort. Mais la lutte de ces hardis paysans ne pouvait pas durer; ils avaient épuisé leur poudre et leurs balles. On entendit crier : Des munitions ! au nom de Dieu, des

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Ainsi finit le dernier engagement, méritant le nom de bataille, qui ait en lien sur le sol anglais. L'impression qu'il fit snr les simples habitants dn voisinage fut profonde et durable. Cette impression , il est vrai, a été fréquemment renouvelée, car, même de nos jours, la charrue et la pioche découvrent souvent de lugubres témoignages du massacre : des crânes, des ossements et des armes étranges faites avec des outils de laboureur. Les vieux paysans racontaient, très- récemment encore, que dans leur enfance ils avaient l'habitude d'aller sur la bruyère jouer au combat entre les hommes du roi Jacques et les hommes du roi Monmouth, et que ces der-

la rébellion de l'Ouest, tenu par M. Edouard Dummer, servant dans le train d'artillerie, envoyé par Sa Majesté pour combattre cette rébellion^ — Ce dernier manuscrit se trouve dans la Bibliothèque de Pepys et est extrêmement précieux, non par rapport aux faits qu'il contient (il en contient peu de remarquables), mais par rapport aux plans qui nous montrent la bataille à cinq ou six moments différents.

« L'histoire d'une bataille, dit le plus grand des généraux vivants, ressemble assez à l'histoire d'un bal. Plusieurs individus peuvent se rappeler tous les petits événements dont le résultat général est la perte ou le gain de la bataille, maig personne ne peut se rappeler l'ordre dans lequel les faits se sont succédé ui le moment exact où ils se sont présentés, ce qui établit toute la différence entre eux pour la valeur ou l'importance. Pour vous montrer te peu de confiance qu'on doit accorder aux récits de bataille, même à ceux que l'on regarde comme les meilleurs, je déclare qu'il y a plusieurs circonstances mentionnées dans le récit du général *** qui ne se sont point présentées comme il les raconte. Il est impossible de dire quand et dans quel ordre de succèssien elles sont arrivées. » — Papiers de Wellington, 8 et 17 août 1815.

La bataille dont parlait ainsi Wellington était celle de Waterloo, qui s'était livrée quelques semaines auparavant, en plein jour, sous son œil vigilant et expérimenté. Quelle doit donc être la difficulté quand il faut rechercher, dans douze ou treize narrations différentes, le récit d'une bataille livrée il y a plus de cent soixante ans, dans de telles ténèbres, qu'aucun de ceux qui s'y trouvaient ne pouvait voir à cinquante pas devant lui ! Or la difficulté s'accroît encore par cette circonstance que les témoins les mieux placés pour savoir la vérité n'avaient aucun intérêt à la dire. Le document que j'ai placé en tète de la liste de mes autorités historiques est évidemment très-partial en faveur de Feversham. Wade écrivait sous la crainte du bourreau. Ferguson, qui était rarement scrupuleux dans ses assertions, ment dans cette occasion comme

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métier des armes, et les troupes de Feversham, si on les compare aux troupes anglaises de notre époque, pourraient être également appelées une cohue.

Il était quatre heures, le soleil se levait, et l'armée en déroute rentrait précipitamment dans Bridgewater. Les clameurs, lesang, les blessures, leslugubres physionomies des mourants qui tombaient pour ne plus se relever, tout cela répandit dans la ville l'horreur et l'effroi. Les troupes qui poursuivaient les fugitifs approchaient. Les habitants qui avaient favorisé l'insurrection , s'attendant au sac et au massacre, implorèrent la protection de ceux de leurs voisins qui professaient la religion catholique romaine ou qui s'étaient fait remarquer par leurs opinions tories, et les historiens whigs les plus passionnés se sont accordés à reconnaître que cette protection leur fut généreusement et affectueusement accordée ' .

Pendant toute cette journée, les vainqueurs continuèrent à poursuivre les fugitifs. Les paysans des alentours se rappelèrent longtemps avec quel bruit de chevaux et quels tonnerres d'imprécations passa ce tourbillon de cavalerie. Avant le soir, cinq cents prisonniers étaient entassés dans l'église paroissiale de Weston-Zoyland. Quatre-vingts d'entre eux étaient blessés, et cinq expirèrent dans l'enceinte du temple. Un grand nombre de paysans furent mis en réquisition pour ensevelii les morts, et quelques-uns, dont l'affection pour le parti vaincu était connue, furent spécialement choisis pour remplir l'odieuse fonction de couper en quartiers les captifs. Les sous-constables des paroisses voisines furent employés à préparer des gibets et à chercher des chaînes. Pendant ce temps-là, les cloches de Weston-Zoyland et de Chedzoy carillonnaient joyeusement, et les soldats chantaient et buvaient sur la bruyère au milieu des cadavres, car les fermiers du voisinage s'é-

1 Oldmixon, 704.

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gnons lui conseillèrent de passer l'eau et de chercher un refuge dans le pays de Galles. C'était incontestablement le meilleur parti qu'il put prendre. Il serait arrivé dans le pays de Galles longtemps avant que les nouvelles de sa défaite y fussent parvenues, et dans un pays si sauvage et si éloigné du siège du gouvernement, il aurait pu rester longtemps caché sans être découvert. Il se décida à se diriger vers le Hampshire, dans l'espoir qu'il pourrait se cacher dans les cabanes des braconniers, sous les chênes de New-Forest, en attendant qu'il pût se procurer les moyens de gagner le continent. En conséquence, il tourna vers le sud-est accompagné de Grey et de l'Allemand Buyse. Mais la route était semée de périls. Les trois fugitifs avaient à traverser un pays où tout le monde connaissait l'issue de la bataille, et où aucun voyageur d'apparence suspecte ne pouvait échapper à un minutieux examen. Ils marchèrent tout le jour, évitant les villes et les villages. Cela n'était pas aussi difficile que nous pouvons nous le figurer aujourd'hui, car des contemporains se rappelaient encore le temps où les daims sauvages couraient librement à travers une longue suite de forêts, qui allait des bords de l'Avon, dans le Wiltshire, jusqu'à la côte méridionale du Hampshire'. Enfin à Cranbourne-Chase les chevaux ne purent plus marcher. Les fugitifs les laissèrent aller en liberté et cachèrent les brides et les selles. Ils se procurèrent des habits de paysan, se déguisèrent et s'avancèrent à pied vers New-Forest. Ils passèrent la nuit en plein air, mais avant l'arrivée du matin ils se trouvèrent de toute part environnés d'embûches. Lord Lumley, qui campait à Ringwood avec un corps considérable de la milice du Sussex, avait envoyé des détachements dans toutes les directions. Sir William Portman, avec la milice du Somerset, avait formé une ligne de postes qui allait de h

1 Aubrey, Histoire nalwelle du Wiltshire, 1 69 i «

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