‹ Histoire d'Angleterre, depuis l'avènement de Jacques IIChapitre 52 sur 63 · I : L'U'lle .lui I II in III l · texte numérisé non relu

I : L'U'lle .lui I II in III l

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tombait par torrents, et les routes étaient de vraies fondrières. On n'entendait pas parler des secours promis par le Wiltshire. Un messager apporta la nouvelle de la dispersion des troupes d'Argyle en Ecosse. Un autre vint apprendre que Feversham, ayant été rejoint par son artillerie, était sur le point de se mettre en marche. Monmouth connaissait trop bien la guerre pour ne pas savoir que ses hommes, malgré tout leur courage et tout leur zèle, étaient incapables de tenir tête à des troupes régulières. Il s'était jusqu'alors flatté de l'espoir que quelques-uns des régiments qu'il avait autrefois commandés passeraient sous ses drapeaux, mais il était forcé maintenant de renoncer à cette espérance. Son cœur se troubla. Il pouvait à peine trouver assez de force^pour donner des ordres. Dans son abattement, il se plaignit amèrement des conseillers perfides qui l'avaient poussé à quitter son heureuse retraite du Brabant. Il s'emporta particulièrement contre Wildman en imprécations violentes1. Puis une pensée honteuse s'éleva dans son esprit faible et agité. Il eut l'intention d'abandonner à la merci du gouvernement les milliers d'hommes qui, à son appel et par amour pour lui, avaient quitté leurs champs et leurs habitations paisibles, de s'échapper avec ses principaux officiers, de gagner quelque port de mer avant qu'on ne pût soupçonner sa fuite, de se sauver sur le continent et d'y aller oublier son ambition et sa honte dans les bras de lady Wentworth. Il discuta sérieusement ce projet avec ses principaux conseillers. Quelques-uns d'entre eux, tremblants pour leur tête, l'approuvèrent; mais Grey, qui, de l'aveu même de ses détracteurs, était toujours intrépide quand il n'entendait pas les épées s'entre-choquer et les canons tonner autour de lui , s'opposa avec véhémence à ce lâche projet, et supplia le duc d'affronter tous les périls

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656 RÈGNE DE JACQl'ES II, 1685.

jours auparavant. Les renforts qu'il y trouva étaient peu considérables. L'armée royale le serrait de près. Un moment il pensa à fortifier la ville, et des centaines de laboureurs furent appelés pour creuser des tranchées et élever des remparts. Puis il reprit l'idée de marcher dans le Cheshire, idée qu'il avait rejetée comme impraticable lorsqu'il était à Keynsham , et qui assurément ne l'était pas moins maintenant qu'il était à Bridgewater1.

Tandis qu'il flottait ainsi entre des projets également désespérés, les troupes du roi apparurent. Elles se composaient d'environ deux mille cinq cents hommes de troupes régulières, et de quinze cents hommes de la milice du Wiltshire. Elles quittèrent Somerton de grand matin, le dimanche 5 juillet, et plantèrent leurs tentes le même jour, à trois milles environ de Bridgewater, sur la plaine de Sedgemoor.

Le docteur Peter Mew, évêque de Winchester, les accompagnait. Ce prélat avait dans sa jeunesse porté les armes pour Charles 1er contre le parlement. Ni ses années ni sa profession n'avaient pu entièrement éteindre son ardeur militaire, et il pensait probablement que la présence, dans le camp du roi, d'un père de l'Église protestante pourrait raffermir la fidélité de quelques hommes honnêtes qui balançaient entre leur horreur pour le papisme et leur horreur pour la rébellion.

Le clocher de l'église paroissiale de Bridgewater est, dit-on, le plus élevé du Somersetshire, et commande une vue étendue sur tout le pays voisin. Monmouth, accompagné de quelques-uns de ses officiers, monta sur le sommet de la tour carrée d'où s'élance la flèche, et observa à l'aide d'une lunette la position de l'ennemi. Sous ses pieds s'étendait une plaine, maintenant couverte de champs de blé et d'arbres fruitiers, mais qui

1 Aveux de Wadc.

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A une plus grande distance de Bridgewater se trouve le village de Middlezoy. C'est dans ce village et dans son voisinage qu'était campée la milice du Wiltshire, sous le commandement de Pembroke.

Non loin de Chedzoy, quelques bataillons d'infanterie régulière campaient au milieu de la plaine. Monmouth, en les contemplant, devint sombre. Il ne pouvait oublier que quelques années auparavant, à la tête d'une colonne composée de quelques-uns de ces mêmes hommes , il avait mis en déroute et chassé devant lui les farouches enthousiastes qui défendaient le pont de Bothwell. Il pouvait distinguer, dans les rangs ennemis, cette troupe vaillante qu'on appelait alors, du nom de son colonel, le régiment de Dumbarton, qui, depuis, a été connu sous le nom de premier régiment de ligne, et qui a noblement soutenu dans le monde entier son ancienne réputation. « Je connais ces hommes, dit Monmouth, ils se battront. Si seulement je les avais, tout irait pour le mieux 2. »

Toutefois, l'aspect de l'ennemi n'était pas entièrement décourageant. Les trois divisions de l'armée royale campaient à de grandes distances les unes des autres. 11 y avait dans tous leurs mouvements une apparence de négligence et de discipline relâchée ; on avait rapporté que les soldats s'enivraient avecle cidre de Zoyland . L'incapacité de Feversham, qui commandait en chef, était

1 Matt.West. Flor.Hist., a. d. 788 ; chronique manuscrite citée par M. Sharon Turaer, dans son Histoire des Anglo-Saxons, liv. IV, chap. xix. — Drayton; Polyolbion, III. — Leland, Itinéraire. — Oldmixon, 703. Oldmixon était alors à Bridgewater, et vit probablement le duc sur la tour de l'église ; le plat que nous avons mentionné est en la possession de M. Strndling, qui a pris des soins dignes d'éloges à conserver les reliques et les traditions de l'insurrection de l'Ouest.

2 Oldmixon, 703.

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rent de l'accusation aveuglément portée contre eux pai leurs frères de l'autre rive du lleuve. « Le Seigneur Dieu , le Seigneur Dieu des dieux le connaît et Israël le connaîtra. Si c'est par rébellion contre le Seigneur et en transgression de ses lois, qu'il ne nous épargne pas en ce jour ' . »

L'attaque, qui devait être faite à la faveur de la nuit, n'était pas un secret à Bridgevvater. La ville était pleine de femmes qui s'y étaient rendues des contrées avoisinantes pour voir une fois encore leurs maris, leurs fils, leurs amants et leurs frères. Il y eut ce jour-là de bien tristes adieux; beaucoup se séparèrent pour ne plus jamais se revoir 2. Le bruit de l'attaque projetée arriva aux oreilles d'une jeune fille dévouée à la cause du roi. Quoique d'un caractère timide, elle eut le courage de se résoudre à aller en personne informer Feversham de ce fait. Elle se glissa hors de Bridgevvater et parvint jusqu'au camp de l'armée royale. Mais ce camp n'était pas un lieu où l'innocence d'une femme pût être en sûreté. Les officiers eux-mêmes, méprisant également et les forces irrégulières qu'ils avaient à combattre et le général indolent qui les commandait, s'étaient permis de copieuses libations et se trouvaient tout disposés à n'importe quel excès de licence et de cruauté. Un d'entre eux saisit la malheureuse jeune fille, refusa d'écouter son message et l'outragea brutalement; elle s'enfuit en proie aux tourments de la rage et de la honte, abandonnant à son destin cette coupable armée 3.

Le moment suprême où le destin allait être tenté approchait. La nuit se présentait assez bien pour une telle

' Oldmixon, 703. — Observaieui*, 1er août 1685.

2 Récit de Paschall dans l'appendice d'Heywood.

3 Kennet, édition de 1719, III, 432. — Je suis forcé de tenir pour vraie cette lamentable histoire. L'évéque déclare qu'elle lui fut racontée en 1718 par un brave officier des bleus, qui avait combattu à Sedgemoor, et qui avait vu la paivre fille partir desespérée.

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