‹ Histoire d'Angleterre, depuis l'avènement de Jacques IIChapitre 57 sur 63 · III · texte numérisé non relu

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septembre, Jeffreys, accompagné de quatre autres juges, partit pour une tournée, dont le souvenir durera aussi longtemps que notre race et notre langue. Les officiers qui commandaient les troupes dans les districts qu'il devait traverser avaient ordre de lui prêter toute l'assistance militaire qu'il pourrait réclamer. Son caractère n'avait certes pas besoin de stimulants, et cependant on le stimula. La santé et le courage du lord garde des sceaux s'étaient affaiblies. Il avait été profondément humilié par la froideur du roi et l'insolence du grand juge, et il ne pouvait guère trouver de consolation dans les souvenirs de sa vie passée, pure, il est vrai, de tout crime atroce, mais souillée en revanche par la lâcheté, l'égoïsme et la servilité. Le malheureux se sentait si profondément abaissé que, la dernière fois qu'il parut dans la salle de Westminster, il prit un bouquet pour se cacher le visage, n'osant, ainsi qu'il l'avoua plus tard, supporter les regards du barreau et de l'auditoire. La perspective de sa fin prochaine semble lui avoir inspiré un courage inaccoutumé. Il se détermina à décharger sa conscience, demanda une audience au roi, lui parla avec chaleur des dangers inséparables des actes violents et arbitraires, et condamna les cruautés illégales que les soldats avaient commises dans le Somersetshire. Il se retira bientôt après de Londres et mourut. Il rendit le dernier souffle quelques jours api ; le départ des juges pour l'Ouest. On fit immédiatemer, savoir à Jeffreys qu'il pouvait compter sur le grand sce comme récompense de ses loyaux et énergiques servi * i\

Le grand juge ouvrit d'abord 1 assises à Winchester. Le Hampshire n'avait pas été k héàtre de la guerre, mais un grand nombre de rebelles, comme leur chef lui-même, y avaient cherché un refuge. Deux d'entre

1 North, Vie de Guildford, 260, 263, 273. — Mackintosh, Aperçu du règne de Jacques II, note de la page 16. — Lettre de Jeftïeys à Sunderland, 5 septembre 1G3 5.

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Dans le Hampshire, Alice Lisle fut la seule victime; mais le jour qui suivit son exécution, Jeffreys arriva à Dorchester, la principale ville du comté où Monmouth avait débarqué, et le massacre judiciaire commença.

Par ordre du grand juge, la cour fut tendue de rouge, et cette innovation parut à la multitude un présage d'actes sanglants. On raconta aussi que lorsque l'ecclésiastique qui prêchait le sermon pour l'ouverture des assises avait insisté sur l'obligation de la clémence, une grimace de mauvais présage avait contourné la bouche féroce du grand juge. Tout cela faisait donc mal augurer de ce qui allait arriver2.

Il y avait à juger plus de trois cents prisonniers. La tâche était lourde ; mais Jeffreys avait sa méthode pour la rendre légère. Il fit très-clairement entendre que la seule chance d'obtenir grâce ou sursis était de s'avouer coupable. Vingt-neuf personnes qui voulurent en appeler au jury furent condamnées et pendues sur-le-champ. Les autres prisonniers se déclarèrent coupables par douzaines. Deux cent quatre-vingt-douze furent condamnés à mort. Dans le Dorsetshire , le nombre total des personnes pendues fut de soixante et quatorze.

De Dorchester, Jeffreys se rendit à Exeter. La guerre civile avait à peine effleuré la frontière du Devonshire. Il y eut donc dans ce comté peu d'exécutions capitales comparativement. Le Somersetshire, principal siège de la rébellion, avait été réservé pour la dernière et la plus terrible vengeance. Dans ce comté, deux cent trentetrois prisonniers furent en quelques jours pendus, écartelés et coupés en quartiers. A tous les carrefours des

1 Procès d'Alice Lisle, dans la Collection des procès d'État. — Statut, I, Guillaume et Marie. — Burnet, I, 649. — Caveat contre les Whigs,

2 Les Assises sanglantes.

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Pour punir un pair tory, lord Stawell, qui ne pouvait cacher l'horreur que lui inspirait l'impitoyable boucherie qu'on faisait de ses pauvres voisins, il fit suspendre un cadavre enchaîné à la porte de son parc1. C'est dans ces spectacles que prirent naissance bien des contes terribles que les fermiers du Somersetshire racontèrent longtemps en buvant leur cidre, au coin de leur feu, durant les soirées d'hiver. Il n'y a pas quarante ans, les paysans, dans quelques districts, connaissaient encore les endroits maudits, et ils n'y passaient pas volontiers après le coucher du soleil \

Jeffreys se vantait d'avoir fait pendre plus de traîtres que tous ses prédécesseurs ensemble depuis la conquête. 11 est certain que le nombre des personnes qu'il fit exécuter en un seul mois, et dans un seul comté, dépassa de beaucoup le nombre de tous les condamnés politiques qui ont été exécutés dans notre île depuis la révolution. Les rébellions de 1715 et de 1745 durèrent bien plus longtemps, s'étendirent bien plus loin et eurent un aspect bien plus formidable que la rébellion qui fut abattue à Sedgemoor. On s'accorde assez généralement à dire que, soit après la rébellion de 1715, soit après celle de 1745, la maison de Hanovre n'a pas péché par excès de clémence. Cependant les exécutions de 1715 et de 1745, mises ensemble, ne présenteraient qu'un chiffre très-minime comparativement au chiffre des exécutions qui déshonorèrent les assises sanglantes. Le nombre des rebelles que Jeffreys fit pendre dans cette tournée fut de trois cent vingt 3.

De tels massacres auraient excité le dégoût, quand

1 Locke, la Rébellion de l'Ouest.

3 Je puis attester le fait d'après mes souvenirs d'enfance.

3 Lord Lonsdale dit sept cents ; Burnet, six cents. J'ai suivi la liste que les juges envoyèrent à la trésorerie, et qu'on trouve dans la Letler Book de 1685. — Voyez les Assises sanglantes. — Locke, Rébellion de l'Ouest. — Le Panégyrique de lord Jeffreys. — Burnet, I, 648. — Eachard, III, 77S. — Oltltuixon, 70b.

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fracassé sur le champ de bataille, et comme aucun chirurgien ne se trouvait là, l'intrépide vétéran s'amputa lui-même. 11 fut amené à Londres et interrogé par le roi dans son conseil , mais il ne voulut faire aucune soumission. «Je suis un vieillard, dit-il , et ce qui me reste de vie ne vaut pas la peine d'être conservé au prix d'un mensonge ou d'une bassesse. J'ai toujours été républicain et je le suis encore. » 11 fut ramené dans l'Ouest et pendu. Le peuple remarqua avec étonnement et stupeur que les chevaux qui devaient le mener à la potence étaient devenus rétifs et reculaient. Holmes lui-même ne douta point que l'ange du Seigneur ne se tint sur la route, comme dans les anciens jours, l'épée à la main, invisible aux yeux mortels, visible seulement aux créatures inférieures. « Arrêtez, messieurs, cria-t-il, laissez-moi aller à pied. Ce fait en dit plus que vous ne pensez. Rappelez-vous que l'âne vit celui que le prophète ne pouvait voir. » Il marcha courageusement à la potence, harangua le peuple en souriant, pria avec ferveur pour que Dieu hâtât la chute de l'Antéchrist et la délivrance de l'Angleterre, et monta l'échelle en s'excusant de la monter si gauchement. « Mais vous voyez, dit-il, je n'ai qu'un bras '. »

Non moins courageusement mourut Christophe Battiscombe, jeune étudiant en droit, de bonne famille et de grande fortune, qui, à Dorchester, charmante ville de province, fière de son élégance et de ses bonnes manières , était regardé par tout le monde comme le type d'un parfait gentleman. On fit de grandes démarches pour le sauver. On racontait comme certain, dans l'Ouest de l'Angleterre, que sa fiancée, jeune personne de sang noble et sœur du shérif, s'était jetée aux pieds de Jef-

1 ' Les Assises sanglantes. — Locke, la Rébellion de l'Ouest. — Mémoires de lord Lonsdale. — Récit de la bataille de Sedgemoor dans les papiers d'Hardwicke. — Le récit de Clarke, dans la Vie de Jacques II, II, 43, n'est pas tiré des manuscrits du roi, et se réfute suffisamment de lui-même.

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706 RÈGNE DE JACQUES II, l68ô.

vous souhaite bonne chance dans votre entreprise, ditil à la jeune fille, pendant qu'ils attendaient dans l'antichambre. Mais ne vous bercez pas de trop grandes espérances. Ce marbre — et il posa la main sur le manteau de la cheminée — n'est pas plus dur que le roi.» La prédiction se réalisa ; Jacques fut inexorable. Benjamin Hewling mourut avec un courage intrépide, au milieu des lamentations du peuple, auxquelles les soldats qui montaient la garde autour de la potence ne purent s'empêcher de se joindre \

Cependant les rebelles condamnés à mort furent moins à plaindre que quelques-uns des survivants. Divers prisonniers contre lesquels Jeffreys fut incapable de porter l'accusation de haute trahison furent poursuivis pour délits et condamnés à des flagellations non moins terribles que celle qu'avait subie Titus Oates. Une femme, pour quelques paroles en l'air, telles qu'en avait dû dire la moitié des femmes dans les districts où la guerre avait éclaté, fut condamnée à être fouettée dans toutes les villes à marché du comté de Dorset. Elle subit une partie de son châtiment avant que Jeffreys fût revenu à Londres ; mais lorsqu'il ne fut plus dans l'Ouest, les geôliers, de connivence avec les magistrats, prirent sur eux la responsabilité de lui épargner de nouvelles tortures. Une sentence encore plus terrible fut prononcée contre un jeune garçon nommé Tutchin, mis en jugement pour paroles séditieuses. Comme d'habitude, il fut interrompu dans sa défense par les injures grossières et le langage ordurier du grand juge. « Vous êtes un rebelle , et toute votre famille est rebelle depuis Adam. On me dit que vous

1 Sur la mort des Hewlings, j'ai suivi les Mémoires de Kiffin et le récit de M. Hewling Luson, que l'on trouvera dans la seconde édition de la Correspondance de HunheS) vol. II, appendice. Les récits que donnent Locke, Rébellion de l'Ouest, et le Panégyrique de Jeffreys, sont pleins d'erreurs. Une grande partie du récit des Assises sannlailtes fut écrite par Kifîin, et s'accorde mot pour mot avec ses Mémoires,

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pas être émancipés avant dix ans, et que le lieu de leur exil serait une des îles des Indes occidentales. Ce dernier article était habilement conçu pour aggraver les souffrances des exilés. Dans la Nouvelle-Angleterre et dans le New-Jersey, ils auraient trouvé une population trèsbien disposée en leur faveur et un climat qui n'eût pas été défavorable à leur santé et à leur vigueur. Aussi se détermina-t-on à les envoyer dans des colonies où un Puritain ne pût espérer d'inspirer beaucoup de sympathie, et où un travailleur né sous la zone tempérée ne pût espérer de jouir d'une bonne santé. La demande était si forte sur le marché aux esclaves, que ces captifs, malgré la longueur de la traversée et les maladies qui ne pouvaient manquer de les assaillir, se trouveraient encore d'un grand prix. Jeffreys estima qu'en moyenne, toutes dépenses payées, chacun d'eux vaudrait de dix à quinze livres sterling. Aussi la concurrence pour obtenir ces concessions fut-elle très-animée. Quelques Tories de l'Ouest pensèrent que leur dévouement et les dommages qu'ils avaient soufferts pendant l'insurrection leur donnaient droit à une part de ce profit, que leur escamotaient avec empressement les sycophantes de Whitehall. Toutefois, les courtisans l'emportèrent'.

Les souffrances des exilés égalèrent celles des nègres qui de nos jours sont transportés du Congo au Brésil. 11 parait, d'après les meilleures sources, qu'un cinquième des transportés fut jeté en pâture aux requins avant la fin du voyage. Cette cargaison humaine fut entassée cà fond de cale dans de petits bâtiments. Les malheureux, dont beaucoup souffraient encore de blessures non complètement cicatrisées, ne pouvaient se coucher sans s'étendre les uns sur les autres. On ne leur permettait jamais de monter sur le pont ; l'écoutille était constamment gardée par des soldats armés de sabres et d'espin-

1 Lettres de Sunderland à Jeffreys, 14 septembre 1685; et de Jeffreys au roi, 19 septembre 163% dans les archives des papiers d'État.

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pr.j Dans massacrés, le grand juge se ramassait une fortune avec les dépouilles des Whigs d'une classe plus élevée. Il faisait largement le commerce des pardons. Son marché le plus lucratif en ce genre fut celui qu'il passa avec un gentleman du nom d'Edmond Prideaux. Il est certain que Prideaux n'avait pas pris les armes contre le gouvernement, et il est probable que son seul crime fut la fortune dont il avait hérité de son père, avocat éminent qui avait rempli de hautes charges sous le Protecteur. On fit tous les efforts possibles pour trouver un prétexte à une accusation. On offrit leur grâce à plusieurs prisonniers, à condition qu'ils témoigneraient contre Prideaux. Ce malheureux, depuis longtemps en prison, vaincu enfin par la crainte du gibet, consentit à payer quinze mille livres sterling pour sa délivrance. Jeffreys reçut cette somme énorme, et s'en servit pour acheter une propriété à laquelle le peuple donna le nom d'Haceldama, en souvenir du champ maudit qui fut acheté avec le prix du sang Innocent '.

Il fut assisté, dans cette œuvre d'extorsions, par cette foule de parasites qui avaient l'habitude de boire ot de rire avec lui. L'office de ces hommes était de conclure de durs marchés avec les condamnés en proie aux terribles frayeurs de la mort, et avec les parents qui tremblaient pour la vie de leurs enfants. Jeffreys abandonnait à ses agents une partie des dépouilles. On raconte que, dans une orgie, il jeta par-dessus la table, à un de ses compagnons de débauche, le pardon d'un riche condamné. Il n'était pas prudent d'avoir recours à d'autre intercession qu'à celle de ses créatures, car il veillait avec un soin jaloux à ce que cet avantageux monopole de clémence n'échappât pas de ses mains. On soupçonna même qu'il avait envoyé plusieurs personnes au gibet, unique-

1 Procès-verbaux des communes, 9 octobre, 10 novembre, 2G décembre 1 690 — Oldmixoii, 706. — Panégyrique de Jeffreys.

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de cette cargaison, tous comptes faits, et en retranchant des bénéfices les pertes occasionnées par ceux des déportés qui moururent de faim ou de fièvre pendant la traversée, ne peut être estimé à moins de mille guinées. Nous ne pouvons nous étonner que ses suivantes aient imité une cupidité si contraire aux devoirs des princes, et une cruauté si contraire à la nature de la femme. Elles arrachèrent mille livres à Roger Hoare, marchand de Bridgewater, qui avait contribué à fournir de l'argent à la caisse militaire de l'armée rebelle. Mais la proie sur laquelle elles s'abattirent avec le plus d'avidité fut une de celles que les plus dures natures auraient épargnées. Quelquesunes des jeunes filles de Taimton qui avaient offert un étendard à Monmouth avaient déjà cruellement expié leur offense. L'une d'elles avait été jetée dans une prison où sévissait une maladie contagieuse. Elle y tomba malade et y mourut. Une autre se présenta au tribunal, devant Jeffreys, pour demander grâce : « Prenez-la, geôlier, » vociféra le juge avec un de ces froncements de sourcils qui maintes fois avaient frappé de terreur des cœurs plus intrépides que celui de la jeune fille. Elle fondit en larmes, baissa son capuchon sur sa figure, sortit de la cour avec le geôlier, tomba malade de frayeur, et n'était plus qu'un cadavre au bout de quelques heures. Toutefois, la plupart des jeunes filles qui avaient composé le cortège vivaient encore. Quelques-unes avaient moins de dix ans. Toutes avaient agi d'après les ordres de leur maîtresse d'école, et sans savoir qu'elles commettaient un crime. Les dames d'honneur de la reine demandèrent au roi la permission de faire payer rançon a ux parents de ces pauvres enfants, et la permission fut accordée. On envoya à Taunton l'ordre de faire saisir et emprisonner toutes ces petites filles. Sir Francis Warre, de Hestercombe, représentant tory de Bridgewater, fut chargé d'exiger les rançons. On lui ordonna de déclarer, dans les termes les plus formels, que les dames d'hon-

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La règle qui doit guider un prince dans le choix des rebelles à punir après une révolte est simple et évidente. Les meneurs, les hommes d'un haut rang, d'une fortune et d'une éducation élevées, dont l'influence et les artifices ont induit en erreur la multitude, doivent être l'objet de sa sévérilé. La multitude égarée , au contraire, une fois que la répression est complète et la bataille gagnée, ne saurait être traitée avec trop de douceur. Cette règle, si évidemment conforme à la justice et à l'humanité, non-seulement ne fut pas suivie, mais fut encore intervertie. Pendant qu'on massacrait par centaines les gens qu'on aurait dû épargner, on épargnait les quelques hommes qu'on aurait pu avec justice abandonner à la dernière rigueur des lois. Cette clémence excentrique a surpris plusieurs historiens et a inspiré à d'autres des éloges ridicules ; mais elle n'était ni surprenante ni digne de louange. On peut très-aisément la rapporter en toute occasion à un motif sordide ou cruel, la soif de l'or ou la soif du sang.

A l'égard de Grey, il n'y avait aucune circonstance atténuante. Ses talents et ses connaissances, le rang qu'il occupait dans l'État par droit de naissance, le commandement supérieur qu'il avait exercé dans l'armée rebelle, l'auraient désigné à un gouvernement juste comme méritant sa sévérité bien plutôt qu'Alice Lisle, que William Hewling, que ces centaines de malheureux paysans dont les têtes et les membres étaient exposés sur toute la surface du Somersetshire. Mais les propriétés de Grey étaient considérables et substituées de manière à échapper à la confiscation. Il n'avait qu'un intérêt viager sur ses propriétés, et on ne pouvait lui confisquer rien de plus que ce qu'il possédait. S'il mourait, ses terres passaient à l'instant à son plus proche héritier. Si on le laissait vivre , il pourrait payer une forte

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chefs importants de L'insurrection de l'Ouest, on les laissa vivre parce qu'ils pouvaient fournir des renseignements qui mettaient le roi à même de massacrer et de piller certaines personnes qu'il haïssait, mais qu'il n'avait pu jusqu'alors convaincre d'aucun crime1.

Comment Ferguson échappa à la mort fui alors et est encore aujourd'hui un mystère. De tous les ennemis du gouvernement, il était sans contredit le plus criminel; il était le principal auteur du complot qui avait eu pour but l'assassinat du roi et de son frère; il avait écrit cette fameuse déclaration qui, pour l'insolence; la malignité, la fausseté, reste sans rivale, même parmi les libelles de cette orageuse époque. C'est lui qui avait poussé Monmouth d'abord à envahir le royaume, ensuite à usurper la couronne. On pouvait raisonnablement supposer que de strictes recherches seraient faites pour atteindre l'archi-traître, comme on l'appelait souvent, et il était difficile qu'un homme d'une physionomie et d'un accent aussi singuliers pût échapper à ces recherches. On raconta dans les cafés de Londres que Ferguson était pris, et cette rumeur trouva du crédit chez des hommes qui avaient toute opportunité de connaître la vérité ; puis, après cette rumeur, la première nouvelle qu'on apprit touchant sa personne fut qu'il était arrivé sain et sauf sur le continent. On le soupçonna beaucoup d'avoir été en relations constantes avec ce gouvernement contre lequel il complotait perpétuellement, et d'avoir, en même temps qu'il poussait ses complices aux actes les plus téméraires, envoyé assez de renseignements sur leurs projets et leur conduite pour sauver sa tête. En conséquence , toujours dans cette hypothèse , on aurait donné des ordres pour le laisser échapper 2.

Maintenant Jeffreys avait achevé sa tâche et revenait

1 LanscUrwne, Mss. 1152. — Harl. Mss, 6845. — Gazette de Londres, 20 juillet 1685.

3 Beaucoup d'écrivains ont affirmé, sans la moindre preuve, que Jac-»

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main, esquissé le récit de ce qu'il appelait facétieusement la campagne de l'Ouest de son lord grand juge. Quelques centaines de rebelles , écrivait Sa Majesté h La Haye, ont été condamnés; quelques-uns ont été pendus; il en sera pendu beaucoup plus encore, et les autres seront envoyés aux plantations. Ce fut en vain que Ken écrivit pour demander grâce en faveur de malheureux égarés, et dépeignit, avec une pathétique éloquence, l'état lamentable de son diocèse. 11 raconta avec douleur qu'il était impossible de passer sur les grands chemins sans contempler quelque terrible spectacle , et que l'air du Somersetshire tout entier était imprégné de mort. Le roi lut ces remontrances et resta, selon l'expression de Churchill , froid et dur comme le marbre de la cheminée de Whitehall. Le grand sceau de l'Angleterre fut remis à Windsor entre les mains de Jeflreys, et il fut solennellement déclaré, dans la Gazette de Londres, que cet honneur était la récompense des nombreux, éminents et fidèles services qu'il avait rendus à la couronne '.

Plus tard, alors que les hommes de tous les partis parlaient avec horreur des assises sanglantes, le mauvais juge et le mauvais roi essayèrent de se justifier en se rejetant mutuellement le blâme. Jeffreys , détenu à la Tour, déclarait que, dans ses cruautés les plus extrêmes, il n'avait pas outrepassé les ordres de son maître, et qu'au contraire il était resté en deçà. Jacques, à Saint- Germain, aurait volontiers voulu faire croire qu'il penchait du côté de la clémence, et que c'était la violence de son ministre qui lui avait attiré ces reproches immérités. Mais aucun de ces deux hommes au cœur de pierre ne doit être absous aux dépens de l'autre. L'excuse donnée par Jacques peut être démentie par les écrits mêmes

1 Burnet, I, G 48. — Jacques au prince d'Orange, 10 et 24 septembre 1 085. — Ncmoircs de lord Lonsdale. — Gazelle de Londres, i11' oc» tobre 1G8 5.

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