CHAPITRE lY
\jk province du Maine en France , vertu du testament de Hébert , le derpier comte, était tombée sous la domination <Jç puillaume quelques années avant qu^il^e^ conquis TAngleterre. Mais les habitaps | peu satisfaits de ce nouveau gouvernenient| et aiguillonnés paV Foulques, comte d^An^
jou ^ qui avait quelques droits à cette sucçê$$ipn ^ ^e soulevèrent , çt ç^a$^reu( le$ iBagistrata que le roi leur avait donnés* Son entier afTermissement en Ap|;f6terre liii laissa le loisir d^aller châtier cette afi-
6 fiisToiEK (^oyS)
teinte portée à son autorité ; maïs ne voulant pas tirer de son royaume les troupes normandes qa^il y entretenait , il mit sur pied une armée considérable, presque toute composée Anglais , y joignit quelques corps lèves en Normandie , et euUa dans ^a province révoltée. Les Anglais parurent • jaloux de se distinguer dans cette occasion, et de recouvrer la réputation de bravoui'e qui les ayait caractérisés long-temps , mais que leur prompliludc à recevoir un joug étranger avait en quelque sorte obscurcie et dégradée. Peut-être espéraient-ils aussi que leur zèle et leur activité regagneraient •la confiance de leur souverain, comme «
leurs ancêtres avaient autrefois regagné Taffection de Ganute, et qu'ils déracine-* ibibnt enfin les préjugés défavorables qui Siibsistaient contre leur nation. Les opérations de Guillaume, secondées par de
si braves troupes, firenl aisément rentrer le Maine dans son devoir. Les babitans se soumirent, et le comte d'Anjou fut obligé de renoncer à ses prétentions*
Pendant que Guillaume terminait ses affaires du dehors, ces mêmes étrangers
qui devaient toni à sa bontés et qai
étaient les seuls objets de sa bienveDlance et dé ses ^rds , fomentaient les troubles . les plus violens en Angleterre. Les chief-» tains qui s^étaient engagés avec lui lorS"* qu'il tenta sa fameuse conquête avuent naturellement Tamour et le géuie de Fiadépendance; quoiqu'ils eussent obéi dansle champ de bataille aux ordres de leur général y ils auraient regardé les acquisi* tions les plus ricbes avec dédain , si on y avait attaciié la condition de se soumettre pour le gouvernement civil à la volonté arLitraire d'un seul 5 mais le caractère im^ périeuxde Guillaume, souvent excité à.se montrer !par la nécessité des affaires , en* bardi par sa puissance absolue sur les Anglais, osa maitriser les Normands , même avec trop peu de ménagemcns pour que ce peuple libre et victorieux put le soute**nir sans murmure. Les méconténtemens se répandirent parmi ces barons altiera, et gagnèrent jusqu^à Roger, comte d*He« reford , fils et héritier de Fitz-Osbern , le plus cher des favoris du roi. Ce seigneur, projetant de marier sa sceur à Ralph de
9 misToisB (1074)
Chpader^ 'comte de Ndif0lk9 ônit qnHI
était de son devoir d'en informer son mai-» tre et de lui demander soa agrément* Mais âaiUauine , au lieu dHj souscrire , op-> posa : Boger n^en conclut pas moins le mariage y et assembla tous ses amis et ceux
de Guader pour en solenniser la féte. Les deuic comtes, piqués du refus qu'ils ayaient mayé , craignirent que leor dësobëitt«nc6 n'eut vivement déplu & la cbur , se préparèrent à étaler des motifs de rébellion, s'en ouvrirent au milieu du festin des noces, tancMsque touslesconvivesétaientéchaultes de Tin et de joie ; déclamèrent sans mëna* gement contre Tadministration despotique de Guillaume, contre sa tyrannie sur les Anglais, qu en ce moraenl ils affectèrent de plaindre j contre sa conduite impérieuse avec les barons de la plus haute naissance , et contre son intention apparente d'asser*. w les vainqueurs et les vaincus au même l^^Qteux esclavage. Parmi leurs griefs et leurs plaintes , Thumiliation de se soumet** tre à un bâtard ne fut pas oubliée (1) : on
p ) ÇuilUupc^oo^siait $i peu de sa uaissance.
(ion S) B^ÀiTGûTmRV. q
insista sur rexpectatiye certaine 4u ^cf^ d^une révolte appuyée par les Danois et par les Anglais mécontens. Tou^ le^ cop^ iheS y animés des mêmes sentimens , ejt enflaoïmés par le feu des plaisirs de ^ table ^ ^Vngagèrent solenneUement à 8e«couer le joug de Fautorltc royale. Le comte de Wallheof même , (|ui était pr§r sent, approuva inconsidérément la çqçspiration^ et promit d^j concourir.
* Ce'àeîgîieur) le dernier defs Anglais quj
conservât encore du crédit et du pouvoir^ était en faveur auprès de Guillaume depuis jia capitulation dTork ; il avait mém? épousé Judith^ nièce d^ ce conquérant, et obtenu les comtés de Huntington et de No9>
thampton. Cospatrik, comte de Nortliumberïand , disgracié de nouveau à 1^ cour d'Angleterre , s^étant réfugié en Ecosse, oii Halcolm lui donna le comté de Duoi^ar, •
qu'il affecta de prendre le tître de bâtard dan§ quelques unes de ses lettres et de ses chartes. . Le doètebr Lingard prétend que ce nom n'était ppfiuim reproeke^ ètll râjf^porte, h ee SDfec, la
lipraiol^ fu^ipç Ûont se servait Guillaume i Eg9
lo 'mstoikk (1074)
Waltheof ayait été nommé au gouverae-
mcut très-important que le fugitif perdait^ dans sa patrie, et paraissait posséder de plus en plus la confiance ctFamitié de son souverain. Mais il est vraisemblable que la ty-* rannie exercée suivies Anglais étoiiiSaitdan& l'ame fière et généreuse de ce zélé patriote toute la satisfaction que sou rang et sa fa* veur pouvaient lui procurer. Lorsqu'on lui ouvrit la perspective de la liberté de ses concitoyens, il se fixa donc précipitamment à ce point de vue, surtout dans un moment où les fumées du vin et l'impétueuse ardeur des autres conjurés ne lui permettaient pas de réfléchir sur les conséquences de cet extravagant complot. Mais lorsque sa raison fut dégagée et refroidie , il prévit que la conspiration de ces barons mécontens n'ébranlerait pas sans doute Tautorité établie de Guillaume, ou que si elle parvenait à la renverser, Tesclavage des Anglais , au lieu d'être allégé par cet événement, deviendrait* plus insupportable sous une multitude de tyrans étrangers, factieux , ambitieux, et dont Funion ou la discordeserait également oppressive pour le peuple. Tourmenté par
ces réEexions ^ il ouvrit son cœur à 6qu
(l074) D^AUGLETEEILE. Il
épouse Judith , dont la fidélité ne lui était nullement suspecte : mais Judith aimait secrètement quelqu'un, et saisit cette occar . sien de perdre son trop facile et trop crédule époux. £Ue fit instruire le roi de la conspiration , et en aggrava toutes les cii>constances qu^eUe crut capables d'irriter le prince jusqu'à le rendre implacable. Dans ces entrefaites , le comte, toujours troublé du rôle dont il sMtait chargé ^ en parla au tribunal de la confession à Lanfranc, dans le jugement et la probité duquel il avait la plus grande confiance* Ce prélat le convainquit qu il ne devait nulle fidélité aux barons rebelles ^ qui avaient surpris son consentement pour l'engager dans une action criminelle , et que son premier devoir était envers son souverain , son bienfaiteur et son allié, et le parent si proche de ses enfans : il insista sur ce que , s^il ne saisis^ sait pas Tunique moyen d^expier sa faute en la révélant à son maître , la témérité des conjurés était si grande qu'il procurerait h un autre que Ijni le mérite de la découverte. Widtbeof, persuadé de la solidité de çes raisons I partit pour la NoiTuandici o\\
était Guillanme; mais quoique ce prince lui fît un bon accueil et le remerciât de sa fi déiitë , le premier avis donné par Judith avait laissé une impression profonde dans Tame du roi , tpii 6ta tout le prix du re-pentir de Waltheaf.
Les conjures , ayant appris le départ du comte, en conclurent $ur«*le-champ que leur dessein était découvert , et coururent aux armes avant que leur plan fut tout-àfait digéré , et avant Tarrivée des Danois y sûr lesquels ils fondaient leurs principales ressources. Walter de Lacy, baron tout
puissant dans ces proviuccs, seconde de î'évêque de Worcester et de l'abbé d'Evesfaam , leva quelques troupes , repoussa le comte de Hereford , Tempècha de passer la Saveme et de pénétrer dans le cœur du royaume. Le comte de Norfolk fat défait à Fagadun , près de Cambridge ^ par Odo le régent, soutenu de Richard de Bienfaite et de Guillaume de Warenne , les
coupa le pied droit aux prisonniers qu'eu fit dans cette action , pour les châtier de leur trahison* NorfoDi s'enfuit en Norwège,
(I0j4) D'jkKGLETERBE. ï3
et de là en Danemarck , où la flotte dsL^
noise , qui avait fait une tentative iuli uctueuse sur les côtes d'Angleterre , étant rer^ venue, lui apprit que tous ses confédérés étaient dispersés^ tués, mis en fuite ou faits prisonniers (i). Ralph, désespéré, se rô<« tira en Bretagne , où il possédait des ieri-es considérables par leur étendue et leurs droits.
Le roi , qui hâta son retour en Anglesterre pour faire rentrer les rebelles dan$ leur devoir, trouva en arrivant, qu'il ne lui restait plus qu^à ordonner la punition de3
coupables^ ce quil cxccuLa avec beaucoup de sévérité. Plusieurs furent pendus, quelques uns eurent les yeux crevés , et dVu* très les mains coupéesi. Mais, selon sa maxime ordinaire , il traita les che£s plus modérément : le comte de Hereford fut seulement condamné k la coufi^oation de
(i ) Ou croit que pinsienrs des Normands fa^ gîtîfs se retirèrâDt en Ecosse, oh Malcolm les protégea, aussi bien que les Anglais mccontens. De là viennent plusieurs maisons françaises et normandes 5|ai se trouvent encore dans ce royaume»
l4 HISTOIKE (1075)
ses biens et à garder prison tant qu^il plairait au roi j ce prince aurait même été disposé à lui remettre cette dernière partie de son chaLiment, si Hogerne l'avait pas excité par une nouvelle insolence à rendre sa détention perpétudle. H s^en fallnt bien que Waltheof , comme Anglais , fut traité avec la même humanité^ quoiqu'il eut toujours été moins coupable que ses complices y et qu'il eût réparé son crime par le repentir et un prompt retour à son devoir* Guillaume, que sa nièce et ses courtisans, ayides d une si riche confiscation , obsédaient , le fit juger, condamner et exécuter (i). Les Anglais, qui regardaient ce seigneur comme la dernière ressource de leur nation , gémirent amèrement sur. son sort, et se persuadèrent qne ses tristes restes avaient fait des miracles pour attester son innocence et sa sainteté. L'infâme Judith, disgraciée peu de temps après , fut abandonnée de tout le monde , et passa le reste
(i) Waltlieof fnt condamné à mort, et ex^cnté le matin saivant» de bonne heure, avant (jue le« citoyens eussent connaissance' du sort ^ai Tat-
teuiliiii. ( Lingard')
( 1 07 5) d'ahgleteree. x 5
de sa vie dans l'opprobre , les remords et rindîgence (i).
Bien ne manquait à Tenlière satisfaction de Guillaume que le châtiment de Ralph de Guader^ et il repassa promptement en Normandie y dans Tintention d'épuiser sa vengeance sur ce criminel* Mais , malgré l'inégalité apparente du combat entre ce seigneur et le roi d'Angleterre, Ralph fut si bien défendu par le comte de Bretagne et le roi de France , qu'après l'avoir assiégé quelque temps dans sa ville de Dol , Guillaume fut obligé de renoncer à son entreprise et 4p f^i^c la paix avec ces puissans princes , dans laquelle on comprit Ralph. L'Angleterre resta tranquille pendant Fabsence du roi^ et il ne s'y passa rien de remarquable , excepté deux synodes ecdésiasiiques que Voa convoqua , Tun à Lon-
(i) Selon le ddctear Lingard, Gaillaamc ordonna à Judith 'd'épouser un genlilhomme élranger, noromé Simon; maïs elle refasa de donner
sa main k un mari diflbruie. Le roi ta^'aîi commvnt punir sa (î* soljt issnnce. Simon cpousa la fille aîne«î f]c Wallh«?or cl recnt les domaines ân père. Cette lady se nommail Afathtide : après la mort de $«mpn, elle cpousfi X^nyidy qpi dwn^
roi d'Ecoise^en u^S*
l6 HISTOIEE
dres , l'autre à Winchester. On décida de ta préséance des sièges épiscopaux dans premier, et quelques uns aeux furent transférés des petits villages où ils étaien^ à la ville la plus considérable du diocèse. Mais on traita dans le second d*une affaire plus importante.
Rien n^est si siu^rénant que Vadresse e| la persévérance des papes à thésauriser ^ pour ainsi dire y leuf puissance et leurs
prétentions pendant les siècles d^ignorance. Chaque souverain pontife employait toutes les supercheries possibles pour accréditer des pratiques de piété imaginaires , et saisissait avec un zèle infatigable tout ce qui pouvait tourner àTavantage de son succès-» seur, quoiqu'il ne put s'attejadre à profiter lui-même du fruit de son travail. Ce fonds immense d'autorité spirituelle et civile, accumulé si patiemment, était alors entre les mains de Illldebrand , surnommé Grégoire vu, Thomme le plus eutreprenant et le moins retenu par la crainte ^ la décence ou la modération, qui eut jamais rempli la chaire pontificale* Peu satisfait dVyoir se-» coué le joug des empereurs, qui jusque là avaient é(é en posses^oa de nomnter le
pape à chaque yaeaace du saint-olége , ou
du uioius de raiiiler son élection , il osa tenter encore de séparer entièrement la puissance spirituelle de la puissance civile^ et (^'enlever à tous les proianes laïques le ' droit qu'Us s'étaient attribué de nommer aux évéclies, aux abbayes $i aux dignités spirituelles* Les souverains qui avaient
long-tempsexcrcé ce droit, et qui seréLaicnt acquis, non pas en Tusurpant surTEglise^^ mais sur le peuple, auquel il appartenait originairement , s'opposèrent à cette prétention de la cour de Rome; Henri nr, alors empereur, défendit cette prérogative de sa couronne avec toute la vigueur et la fermeté qu'exigeait son importance. Le peu d'oflices, ou civils ou militaires, que les institutions féodales permettaient aux souverains d'accorder, rendaient la prérogative de conférer Tanneau pastoral et la crosse un des plus' beaux ornemens du diadème , surtout pendant ces siècles de •ténèbres, où Taveuglemeut général procurait aux dignités ecclésiastiques une plus ' grande étendue de propriété et de puis-» sance qu'il ne leiu' en appartenait naturel-» lepient. supex*stition , iiUe de rigno-*
l8 BISXOIEE ' (1076)
rance , prodiguait au clergé une autorité presque sacrée. Gomme les ecclésiastiques passaient alors pour les hommes les plus savans, leur interposition devenait nécessaire dans les affaires civiles: ainsi une utilité réelle était encore ajoutée à la sainteté de leur cafactère.
Lorsque les usurpations de TEglîse furent donc parvenues au point de maturité capable de Tenhardir à tenter d^arracher le droit des investitures à la puissance temporelle, toute TEurope (et particulièrement ritalie et rAllcnjaijnL') fut aerîtcc des plus violentes convulsions. Le pape et l'empereur se déclarèrent de ce moment une guerre implacable. Grégoire eut Taudace de lancer ses foudres spirituelles contre Henri et ses adhérens , de le déclarer légitimement déposé, et de dégager ses sujets de leur serment de fidélité. Au lieu d'indigner le genre humain par un attentat si téméraire sur Fautorité civile , il trouva le stupide peuple prêt à seconder ses prétentions les plus outrées. Tous les ministres , les domestiques ou les vassaux de l'empereur , qui en avaient leçu quelques mécontenteiiiens , couvrirent leur yen-
(1076) D^ANGLETEBM. IQ
geance àa prétexte d^obéir à la religion , «
et abandonnèrent leur maître. Sa mère même, brisant tous les liens de la nature^ se laissa séduire jusqu^à autoriser Finsolence des ennemis de son fils par son propre exemple. Les autres souverains y trop pe» attentifs snr les conséquences pernicieuses que ces entreprisesdusaint-siégepourraient avoir dans la suitè, s^en servirent pour fa«* voriser leur» desseins actuels. L'esprit de controverse qui s^était répandu dans toutes les villes d'Italie engendra les guelfes et les gibelins ^ les deux factions les plus in* vétérées , et qui ont subsisté le plus longtemps , de toutes celles que le mélange de f ambition et de la superstition a jamais formées. Indépendamment des assassinats innombrable^, des troubles, des fermentations qu^elles occasionërent , on compte au moins soixante batailles sous le règne de Henri iv , et dix^huit sous celui de ton successeur Henri v , où enfin les prétentions du pape l'emportèrent.
Le génie hardi de Grégoire^ plus aiguisé qu'abattu par la résistance opiniâtre de Tempereiu* , étendit ses usurpations sur toute r£urope. U connaissait assez Tes-
Digiiizixi by Coogle
30 msTOiBB . UonS^
les plus imprudentes dans le premier mor ment de sa surprise; ainsi il résolut us mettre aucunes borpesà la monarchie spirituelle^ ou plutôt temporelle, qu'il voulait ériger. Ce pontife prononça donc une sen-? tence d'excommunication copl^g l^icé;^ pbore , empereur d'Orient : Reoert GuÎ3-? car, cet aventurier de Noripandiç^ gjyi avait acquis le royaume de pi% frappé des mêmes annesj Grégoire déposa Boleslas, roi de Pologne, et priva cet état dii titre de royaume : îl tenta de traiter Phîr lippe, roi de France, avec autant de sév^j " rite que Tempereur* H prétendit à Uk âo^ mination entière de TEspagne, et la partagea entre les guerriers qui entreprirent de conquérir ce pays sur les Sarrasins, à cony dition d'en rendre foiet homauige ausaiat** siége. Jusqu'aux évèques, sur Iç secours desquels Grégoire comptait pour asservir les souverains, qui s'aperçurent que sou projet était de les réduire eux-mêmes au plus dur esclavnge , et , en s'attribuant la puissance législative et juridique de TEglise, de con<^
centrer toute Tautorité entre ses m^in^. ,t
Digitizcû by
Au milieu de ses succès cclaLans, Guil- Iaume4e- Conquérant (i), le plus puissant, le plus fier et le plus înlrcplde prince de r£urope , n était pas à Tabri des attaques Ae ce pape entreprenant. Grégoire lui écrivit pour le sommer de remplir sa promesse, éH faisant homimage de sa couronne d'An-» gleterre au siège de Rouie , et en lui envoyant le tribut que tous les rois ses pré'^ déce&sétirs avaient coutume de payer aii vicaire de Jésus-Christ. Par ce tribut, le pape voulait parler du denier de saint Pierre , ^ue la pieuse charité des princes saxons avait accordé autrefois, mais que la cour de Rome interprétait, selon son usage de tirer parti de tout, comme une marque du vasselage de ce royaume. Guillaume répondit que Targent serait donné comme à Fordinaîre , mais qu^il n^avait jamais promis de faire hommage de sa couronne au saint*siége, et que rien n^était
(i) C?est en 1067 qucGuillaume avait reçu le surnom de conqutrant , nom qni , cîaiis le langt^î^e du tei9ps, n'entraînait pas oficessau^menil idce de éonqaéte « mais qne l'on €ni{)loyait îndiiFt*^ rénunent ^our designer une personne qui avait Me tabit ses ixaiU succè». ( Lingard.)
d2 HISTOIBE (^^77)
plus éloigné de son intention qued'imposer une pareille servitude sur ses états. Pour mieux montrer ensuite son indépendance à Grégoire, le roi refusa aux évêques an'-> glais , maigre les plaintes fréquentes du. saint^père , la permission de se rendre au concile général que ce pontife avait asserublé poui' condamner ses ennemis*
Quoique le roi marquât tant de fermeté à soutenir la dignité royale , il était imbu de la superstition générale de ce' siècle , et ne démêlait pas le but ambitieux de ces institutions i il n^apercevait pas qu'en les introduisant ou en les favorisant , Grégoire cachait des vues politiques sous le manteau de la religion , et que ce pontife, tandis qu'il jetait toute FEurope dans le trouble par ses violences et ses impostures, affectait un soin particulier de la pureté des mœurs, jusqu'à regarder les chastes douceurs de Tamour conjugal comme incompatibles avec la sainteté du sacerdoce.
£n conséquence de son opinion sur ce sujet, il prohiba le mariage des prêtres , excommunia tous les ecclésiastiques qui ne répudieraSent pas leurs femmes , mit au rang du péché de fornication ce commerce
(1077) d'angleterre. 23
inégitîme , et déclara coupable tout laïque
qui entendrait Toflice célébré par de tels profanes ministres des autels. Cette nou* TeDe discipline était un objet important pour les politiques de la cour de Rome , et leur coûta infiniment plus de peine à éta* blir que toutes les absurdités spéculatives qu^ils eussent jamais tenté d'introduire. Plusieurs synodes furent convoqués dans les diiférentes parties de l'Europe avant que le clergé consentît à cette réforme. On observa même quc^ parmi les ecclésiastiques, ce furent constamment les plus' ■ jeunes (jui acquiescèrent volontiers à ce décret du pape 9 tandis que les plus âgés té* moignèrent la plus forte répugnance ; ce qui parut si peu conforme à Tefiet auquel le public s'attendait, que, malgré Taveugle superstition du siècle, on ne put s'empêcher d'en plaisanter. Guillaume permit au légat du pape d^assembler en son absence un synode à Winchester, pour régler le célibat du clergé; mais l'église d'Angleterre ne fut pas aussi docile qu'on s'en était flatté : le synode se contenta de statuer que déoormais les cvèqaes u ordonneraient
plus de prçtres ou de diacres sans exi||;er
^ 24 EISXOiJELE (2^97)
d'eux la promesse de rester célibataires 5 mais y excepté ceux qui appartenaient aux églises collégiales ou cathédrales 5 on n'en obligea aucun de se séparer de sa femme* Le roi passa quelques* années en Nor^»
mandie : le long séjour qu il y fit ne fut pas totalement Tefict de sa préférence pour ce «inché. Sa présence y était nécessaire pour pacifier les troubles qui s'étaient élevés du sein de sa propre famille , et qui agitaient . la plus chérie de ses possessions. Robert, json fils aîné, surnommé Courtes-Cuisses^ à cause de ses jambes courtes , semblait avoir hérité dctpute la bravoure de sa mai* son et de sa nation ^ mais il n^était pas doué de cette pohtiquc adroite, et dç cette dissimulûtioa profonde , qui avaient rendu son père si supérieurj et ii\ivaicuL pas eu inouïs de part à ses succès que sa valeur et son habileté militaire. Avide de gloire , împa- ' tient à la moindre contradiction , ami sans réserve, ennemi déclaré, ce Jeune prince ne pouvait soutenir aucuue sorte de coutrainte , pas même de la part de s6 n impérieux père; et il aspirait ouvertement à cette indépendance à laquelle son carac^
tëre et quelques drconstances de sa posi-«
biyilizûu by GoOglc
(1077) B^AffGtËTËBRE.
tiou rinvitaient fortement. Lorsque Guillaume reçut d'abord les soumissioiiâ lâ province du Maine , il promit aux habitans que Robert les gouvernerant. A là prièré de la cour de France , il Tavait même déclaré son successeur en Normandie, dès ayant d'entreprendre Fexpédition qu'A projetait contre l'Angleterre , et lui avait fait prêter serment de fidélité par les barons de ce duché, comme à leui' fiitur sourerain. A la faveur de tous ces artificeâ^ Guillaume s'était efforcé d'apaiser la jalousie de ses voisins , en paxaissaut déterminé à séparer un ^onr de ses états conquis les possessions qu il avait sur le continent. Mais lorsque Robert lui demanda rexéctt<* tîon de ses engagemens , il n'en tira qu'un refus positif, appuyé de la maxime vulgaire , « çîi*il ne faut pas sè déshàbiltet ^ aidant V heure de se wettre'au lit, » Robért fit éclater alors son mécotitentement , et fut soupçonne d'avoir excité le roi de France et le comte de Bretagne à protéger la ville de Dol contre GuiQaûme, qu'ib avaient forcé en effet d'en lever le siège : . comme cette désunion s'aigrissait toujours, Robert prit de Tombrage contre ses deux
26 filSTOIRE (^^77)
frères Guillaume et Henri ( car Richard ,
le troisième , avait été tué par ua cerf à la chasse )f qui ^ à force de soumissions et de complaisances , s'étaient empares de toute rafifection de leur père. Dans une pareille disposition d'esprit , la plus légère bagatelle suffisait poui' produire une ruptui-e ouTcrte entre eux, et cette bagatelle arriva.
Les trois princes demeuraient avec le roi au château de TAigle en Normandie. Un jour qu'ils se divertissaientensemble familier rement, après plusieurs plaisanteries , les deux plus jeunes imaginèrent de jeter quelques goutles d'eau sur leur aîné, dans le moment qu'il traversait la cour en sortant de son appartement. Ce badinage aurait naturellement été regardé comme inno* cent 9 si un courtisan ne reùt envenimé. Alberic de Grentmesnil , fils de Hugues de Grentmesnil, que Guillaume avait dé** pouillé autrefois de toute sa fortune , lorsque ce baron l'abandonna dans le moment le pins critique de ses affaires en Angleterre, saisit cette occasion de brouiller la famille royale , pour venger la sienne. Ce jeune seigneur, encore rempli de ses pi ofx^s giiels ^ ût entendre Kobert que U
(1077) b'^gutebre* 27
prétendue plaisaoterie de ses frères était une insulte publique dont il devait, par honneur, tirer raison. LHmpétueux Ro- 'bert, déjà trop prévenu contre eux, se
laissa persuader, mit Tépée à la main , et monta Tescalier dans l'intention de ne garder aucun ménagement avec les princes. Tout le château fut en rumeurj le roi même sortit au bnût , et n^apaisa le tu-^ multe qu*avec peine ; il ne put calmer le ressentiment de son fils ainé , qui , se plaignant de la partialité de son père, et mécontent de la satisfaction qu on lui avait faite pour Finjure quHI imaginait avoir reçue , quitta la cour le même soir, et se rendit à Rouen, avec le dessein de se rendre maître de la citadelle de cette place. Mais la vigilance et les précautions de Roger d'Ivery, qui en était gouverneur, Tayant déconcerte, il se réfugia auprès de Hugues de Neufchâtel, baron normand, très-puissant dans son pays, qui lui donna asyle dans slss châteaux , où ce prince déduira ouvertement la guerre au roi son père.
La sympathie de mœurs et Fattrait du caractère affable de Robert engagèrent toute
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5j8 msToiRE (^^79)
ja jeune noblesse cle Normandie, du Maine
çt de TAujou à se jeter dans son parti : ou 'Soupçonna même que Mathilde, dont était renfant le plus cher, le favorisait sous main dans ça révolte ^ en lui faisant tenir secrètement deTargent, et en accordant sa protection à ses partisans.
Toutes les proyinces héréditaires deGuil* laume, ainsi que sa famille , furent agitées pendant plusieurs années par cette guerre ; ce monarque fut obligé à la fin d'avoir recours à l'Angleterre, ou l'espèce de gou- Ternement militaire qu^U y avait établi lui donnait plus d'autorité que rancien gouyernement féodal ne lui permettait d'en exercer en Normandie. 11 mit sur pied une armée d'Anglais y dout il donua le commandement à ses anciens capitaines , qui chas- * sèrcnt Robert et ses adhéreus de leur retraite, et rétablirent Tautorité souveraine dans toutes ces provinces. Le jeune prince fut obligé de se retirer dans le château de Gerberoi en Qeauvoisis , oii le roi de France, qui avait fomenté secrètement tous ces troubles, lui avait assuré un asyle. Il fut assiégé vigoureusement par son père, contre lequd* soutenu d'une forte garnison , il fit
(f079) D'AiraLBTEME. • 2^
une braye défense. Il se passa plusieurs ten*
contres sous les murailles de et ite place , qui ressemblaient plutôt à des actions de chevalerie qu'à des combats entre des ar<mëes j mais il y en eut une surtout de remarquable par ses circonstances et par révé« nement quV^lle produisit. Robert se trouva lui*méme aux mains avec le roi , que sou armure cachait à ses regards. Tous deux ^ d'une valeur égale, combattirent avec intrépidité jusqu'à ce que le jeune prince blessa son adversaire au bras, et le renversa de dessus son cheval. Guillaume appela du secours; son fils Je reconnut à fa voix. Frappé de Thorreyr ^u. crime qu^J avaij; commis 9 de celui plus terrible encore dont il avait été si prés de se rendre coupable, il se précipita aux genoux de son père, implora sa miséricorde, et offrit d'acheter 80i| pardon par tout ce qu il lui plairait d'ordonner de son sort. La colère qm aniiçai^ Guillaume était si enflammée, que, loin de répondre à cette marque de repentir avec la même tendresse, il donna sa malédiction à Robert, et sortit de sou camp sur le cheval de ce prince, qui lui aida luiwètue il y «jLoniçr. Le roi leva le siège, ejt
30 USTOIBJK (1081)
marcha en Normandie, oiiles bons offices de la reine et des autres amis communs achevèrent une réGonciîiatîon que Robert ayait déjà préparée par sa conduite généreuse dans Taction et ses regrets sur ses fautes passées* Guillaume parut si sincèrement apaisé y qu'il Temmena avec lui en Angleterre, où illul confia le commandement d'une armée.pour repousser rinvasiou de Malcolm , roi d'Ecosse , et s*en venger par représailles , en entrant dans son pays. Robert remplit parfaitement l'objet de sa campagne, et força Tennemi de demander la paix* A peu près dans le même temps ^ les Gallois , bors d^état de résister à la puissance de Guillaïune, furent contraints de lui donner toutes les satisfactions qu'il vou« lut , et la tranquillité fut entièrement établie dans cette île*
Cette situation calme des affaires donna le loisir à Guillaume de commencer et de finir une entreprise qui prouve le génie vaste de ce monaïque^ et fait honueur à sa mémoire* Ce fut un état de toutes les terres du royaume, de leur étendue dans cbaque district ^ de leurs propriétaires ^ de
leurs rçderance^* de leur "râleor: de la
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quantité de prairies , de pâturages ^ de bois et de terres labourables qu'elles contenaient; et dans quel(]^es provinces, du nombre des fermiers , des paysans et des esclaves qui vivaient dessus. Il nomma des commissaires pour cet eifet, qui. entrèrent dans tous ces détails j les inscrivirent sur leur registre en conséquence du rapport des jurés, et, après environ six ans que cet ouvrage dura , portèrent au roi un état exact de toutes les propriétés terriennes deson royaume(i). Ce monument, appelé Domesda^-Booky le morceau d^antiquité le plus précieux quVucune nation puisse posséder, est encore dans l'échiquier. Quoiqu'on n'en ait publié jusqu'à présent qu'un petit nombre d^extraits, il sert à nous éclaircir plusieui^s particularités de rancien état de TAngleterre. Le grand Alfred avait fait un terrier de son royaume ' tel qu'il était de son temps , qu'on avait gardé à Winchester, et qui probablement
(i) Les troisprovincesdunordyle Westmoreland, le Camberland et le Ronhamberland , ne fareat
|)as comprises clans ce registre. Il est à stipposcr cjue ce fui à cause de leur ^ut de nou'CuUuf e,
fut }e piodèle que Guillaume suiYit; pour Je sien*
Ce monarque était naturellement éconoine , quoique aucun prince n^eût jsunais paru si libéral pour ses officiers et les gens 4e sa maison : il ne les récompensa avec tant de profusion que parce qu*il était devenu propriétaire universel de TAugleterre , et qu'il avait un royaume entier k partager entre ses créatures; il réserva uu revenu considérable à la couronne, et, dans la distribution générale qu'il fit des (erres parmi ceux qui l'avaient suivi, il retint la propriété d'au moins treize cent vingt-deux fiefs en dlfTérentes provinces , qui lui payaient une rente en argent, ou en blé, en bestiaux, et autres productions du sol. Un ancien historien calcule que sou revenu annuel, sans compter les aubaines, les amendes, les reliefs et autres profits casuels d'une grande valeur , se mpntait à près de quatre cent mille livres sterling (1), somme qui paraîtrait incroyable, si on y faisait une sérieuse attention.
Nous avons déjà observé que, dan^ ces
(i) Environ i,oCo liv. stcrl. et «jnel^aes scbeK lings et pences par jonr.
teiups-Ià 9 une livre coateaait UPi^ le poid&'de la livre d'aujoûrd^uî ^ <{ae U.
même poids d'argent, selon le calcul le plua
probable, suitirait pour acheter dix Çaij^ 4^yantage des choses nécessaires k la ije^ quoique non dans la même proporUau4^.
plus belles manafactures. Le Tevenu de Guillaume équivaudiaii au moins à neuf ou dix millions d'à présent : or^ comme ce prince n^entretenait ni flotte ni armée y la . dépense de sa marine n^étaut qu'accidentelle y et celle de ses troupes étant & la charge de ses vassaux militaires^ et non à la sienne , il faudrait conclure <iue jamai9 prince ou empereur , dans aucun temps et dans aucun pays, ne pourrait être compa* rable tfb richesses à ce cpnquérant. Cette réflexion nous conduit à' soupçonner de rerreur dans le calcul de rhistorien. Cep^i^ dant , si nous considérons Tavarice constamment attribuée à Guillaume , et que , s^étant rendu maître à la pointe de Tépée de toutes les terres de sou royaume , il en a?ait gardé une gt*ande portion poor ji^i«^ même , nous ne risquerons rien d'assurer qu'aucun roi d'Angleterre n'a jaxpais éf.é assert* opulent pour soutenir uae aoyx 99fii
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splendide que la sienne , et pour donner autant que lui à ses plaisirs et à ses libé^ ralités envers ses domestiques et ses favoris*- L^aimisement que Guillaume ^ comme tous les Normands et les anciens Saxons, sdmait passionnément , était celui de la chasse. Mais il s^en procura le plaisir bien moins à ses irais qu^aux dépens de ses malheureux sujets, dont les intérêts lui furent: toujours fort indîfFérens. Peu content desî forêts yastes que les anciens rois possé^ daient de toutes parts en Angleterre , il résolut d^en planter une nouvelle près de Winchester , lieu de sa résidence* En con* séquence|de ce projet, il dévasta eiiviioii trente milles du pays de Uampshire, chassa les habitans de leurs maisons, s^emflara de leurs biens, démolit même les églises ellesmonastères, et n'accorda aucun dédonuna-* gement aux propriétaires si inhumainement dépossédés. 11 pubhade nouvelles lois dans le même temps , par lesquelles il était dé-fendu à tous ses sujets de chasser dans au* cune de ses forêts , sous des peines d^une
sévérité sans exemple pour de telles Tautes. Ou cuvait les yeux à quiconque tuait un cexf , ou sanglier ^ pu même un lièyre | et
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cela dans un temps oii le meurtre i}*un
Tfiommc n'était puni que par une amende modérée , et des dommages et intérêts à la partie civile.
Ce qui se passa dans le reste de ce règne peut être considéré plutôt comme affaires domestiques, qui regardaient le prince seulement , que comme des événemens natioiQiaux. Odo , évêque de Bayeux , frère ute'rin du roi , qui avait été créé comte de Kenty et entre les mains duquel Guillaume avait toujours cpnfîé une grande pai tie de rautorité royale, s'étaib excessivement en-» ïichi. Bientôt il recommença, selon le progrès ordinaire des vues humaines , à ne regarder son avancement prodigieux que comme un premier pas vers le faîte de grandeur auquel il se proposait d'attein-* dre. n forma le chimérique projet d'acheter, pour ainsi dire^ le saiut-siége : quoique Grégoire , le pape régnant alors , ne fût pas très-vieux, Odo se fiait si fort aux prédictions d'un astrologue, qu'il comptait sur ]a mort prochaine du pontife , et sur la possibilité d'acquérir la tiare, Tobjet de tous ses vœux , à force d'intrigues et d'argent. }1 résolut donc de transporter tou^