‹ Histoire d'Angleterre, depuis l'invasion de JulesCésar jusqu'à la révolution de 1688Chapitre 2 sur 19 · HISTOIRE (loBl · texte numérisé non relu

HISTOIRE (loBl

aes richesses en Italie , et persuada à plu- «îeursbarbns, entre autres à Hugues, comte de Chester, de faire le intmc voyage , dans Tespoir que, lorsqu'il serait monté au trône poniifical , il pourrait leur procurer des établibsemens considérables dans ce pays. Le roî, à qui on avait soigneusement caché toute cette tranie, la dccouviît à la fîn^ et idpnna Tordre d'arrêter Odo. Ses oiîiciers, qui respectaient les immunités auxquelles les ecclésiastiques prétendaient alors, se firent tant de scrupule d'exécuter cet ordre, que Guillaume fut obligé d'aller en per- ^sônne se saisir de celle d Odo. Ce prélat Voulut à ce litre insister sur ce qu'A ne devait être soumis à aucune puissance lem- ,porelIe ; mais le roi lui répondit qu'il l'arrêtait non pas comme évtijuc de Cayeux, mais comme comte de Kent. Il lut conduit en iSormandie, et, malgré les prières elles menaces de Grégoire , retenu prisonnier 'péndant le reste de ce règne.

"du autre événement domestique intéressa hesaucQup le roi j ce fut la mort de la reine Mathilde , son épouse, qu'il avait toujours tendrement aimée. Trois ans après

il passa en Normandie. Ëdgard Atheling

{to83) D^UTGIiETERRE. 3^

raccompagna, et obtint de lui la permission d^aller en pèlerinage à la Terre-Sainte* Guillaume fut retenu sur le continent par la mésintelligence qui se mit entre le roi de France et lui à roecasion de qudques incursions faites en Normandie par des barons français établis sur la frontière* IL était en général assez difficile aux souverains de ces temps-là de conlenir l'indocile noblesse de leurs états j mais Guillaume soupçonna que ces barons n'auraient ce* pl^ndant pas osé encourir sa colère ^ s'ils * n'eussent été certains de la protection de Philippe* Une raillerie échappée à ce prince sur son compte lui parvint, et l'irrita encore* Il était -devenu d'un embonpoint énorme; une autre incommodité l'obli^ geait de garder le lit quelques jours: Philippe rapprit j et dit en badinant qu'il était .surpris que son frère d'Angleterre restât si long-temps en couche* Guillaume ^ piqué du mot, lui fit dire que, dès qu^il serait relevé, il irait présenler tant de cierges à Notre-Dame , que le roi de France ne s'en réjouirait guère, faisant allusion à la cérémonie des relevaiiles, pratiquée ordinairement par les femmes en parei) 2. ^ 3

% HUXOUUC ( 1 087)

cas (i). Immédiatement après sa guérison, il conduisit en effet une armée dans Tllede-France, où 0 porta le fer et la flamme^ et. prit la ville de Alan tes ^ qu'il réduisit en^ oeodres. Mais les succès de ee prince furent interrompus par un accident qui lui 'doàta la m* Son cheval, en s^élançant toutà-coup, lui donna une secousse si vîolentcf, qu'il se meurtrit le ventre siu* le pommeau de la selle. Comme il n^était pas en bonne . santé; et qu'il était déjà avancé en âge, il eraignitles suites de cette contusion, et se fit porter en litière au monastère de Saint- Gervais. Sa maladie augmenta j il sentit les approches de la mort , et aperçut alors la vanité des graudeui^ humaines. Le souvenir inengeur des cruautés et des injustices

horribles qu'il avait commises pendant le cours de son règne eu Angleterre Fagita des remords les plus vifs ; il tâcha de racheter ses crimes par des legs pieux aux églises et aux monastères , donna ordre de rendre la liberté au comte de Morcai', à Siuard

(t) Guillaume jura qu'à ses rclevailles il mettrait toute la France en Inuiinairc. Ji étaïi d'^usage jque là femme qai relevait de couche perlât ua «ierga à la main. ( Lingard, ) -

(1087) D*AIÏGLETE11RE. 3q

Bearn , et à d^autres Anglais qu^il retenait

en prison j consentit même , non sans ré* pugnance , qu'à son dernier sottpir on re«-

lâchât son frère Odo, contre lequel il étaît extrêmement courroucé; laissa la Normandie et le Maine & son fils ainë Robert; éoriyii à Lan franc, pour lui marquer le désir que son fib Guillaume fàt couronné T6i d'Anî^leterrc ; ne donna rien à Henri que le bien de sa mère Mathilde, mais lui prédît qu'il surpasserait un jour ses frères en puissance et en richesses ( 1 ), et expira dans la soixante-troisième année de son âge, la vingt et unième de son règne sur l'Angleterre y et la cinquante-quatrième sur là Normalidie (2). Peu de princes furent atts^i

(f) Voici comment le docteur Lingard rapporte ce qui regartic Henri : « Guillaniiie n'a va il fait aacunc meniion de Henri , le tvoisiriue ftrrc j cl le prince, impatient, demanda à son père qaeHe part il loi reservait? Cinq mille livres d\n î^rMit , * fut sa réponse. — Mais quel usage ferai-je de eét argent , dit le prince , si je n^ai auonn lîeu où je puisse reposer? — Sois patient , reprit Je roi , et tu hériteras de fa fortnne de tes deux frères. » Lingard ajoute que cette prophétie fut probahlcnient inventée après ravénemcnc de iienri au trône.

(3) Le g de septembre , sur le grand mâdn, fe

4o nsTOiBE (1087)

iavorisés de la fortuae que ce monarque, et eurent autant de droits que lui au point de grandeur et de prospérité où il parvint par la supériorité d'ame et de courage qu'il déploya dans toute sa conduite. Son es« prit était entreprenant et hardi, mais toujours guidé par la prudence ; son ambition excessive, peu subordonnée aux lois de l'équité, encore moins à celles de rhumanité, fut toujours soumise aux règles de la raison et de la politique. Né dans un siècle ou les esprits étaient intraitables et peu accoutumés à Tobéissauce, il eut l'art de les diriger selon ses projets; et, partie par Teifet desoa caractère véhément, partie par sa profonde dissimulation ^ il réussit à se procurer une autorité sans bornes. Quoiqu'il ne fût pas incapable de générosité , il n'était guère susceptible de compassion , et semblait mettre autant d'ostentation à faire éclater

roi enLciulit le son d'une cloche, et s^înforma de ce qu'il signitiaît. On lui dit qu'elle sotinait riieurc de prime dans Tegiise de Sainte-Marie. « Hé! bien, s'écria-l-il ea étendant les bras, je recommande mon aine â ma dame , mère de Dieu ; qae par ses saintes prières elle me rccoacîlie avec son lils, mon seigneur Jésus-Christ. » Et immcdiaiemeui il expira, {Liti^ard,)

(1087) ^ D'A»GL£X£a&£« J^t

fia sévérité que sa clémence. Les maximes de son adjQdiûi&Uation étaient austères; elïes auraient pu être utiles dans un gou- Temement affermi , si elles eussent été ap- - pliquées seulement au maintien du bon ordre. Mais elles étaient mal entendues pour adoucir les rigueurs qui^ sous la domination la plus sage , sont toujours les suites de la conquête d'un état. Celle de TAngleterre est la dernière de cette espèce qui ait parfaitement réussi en Europe pendant le cours de sept cents ans» Le génie vaste de Guillaume osa franchir les limites que les institutions /éodales, alors le chefdWyre de la politique des princes, avaient d'abord fixées dans les divers états de la chrétienté. Quoiqu'il se fut rendu odieux , & ses sujets anglais, il transmit sa puissance à sa postérité, et le trône est encore rempli par ses descendans. Rien ne prouve ï»îeux que les fondemens qu'il en avait jetés étaient fermes, solides, et que, tandis qu'il paraissait ne suivre que sa passion daqs tous ses actes de violence , il portait 9^6 vues sur l'avenir.

' Quelques écrivains voudraient [refuser à ce prince le titre de conquérant dans le

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où il 65t communément entendu ; et f sous prétexte que ce mot est quelquefois employé dans de vieux livres où il ne si*

gniGe que faire une acquisition de territoire dç quelque manière que ce soit ^ ils çontestèrent à Guillaume le droit de conquête sur la couroaue d'Angleterre. U est inutile d'entrer dans cette discussion 9 qui ^ par sa nature , dégénérerait nécessairement en une dispute de mots. U suilit de dire que la première invasion du duc de Nor-» mandie d^ns Tiie fut comme ennemi, et son gouvernement toi|t*à-fait militaire ; que dans la foime même de ses lois il distingua ]aB Normands des Anglais k l'avantage des , premiers 5 qu'il régna en maître absolu sur . les naturels du pays , dont il dédaignsdt 'les intérêts et Taffection, et que s^il y eut un moment où il ailecta les apparences d'un magistrat l^al^ ce moment très-court ne fut qu'un sacrifice passager qu'il se crut obligé de faire de ses inclinations à sa po^ litique, comme la plupart des conque-^ rans. On trouve peu.de ces révolutions connues dans l'histoire et dans le langage ordinaire sous le nom de conquêtes, qui

^ieat aussi violentes et mieiix ca^aotérin

(1087) p'anou^sam. 4^

sëes par le chaogemeut $ubit diàm le pouvoir et la propriété , que la eonquéle

d'Angleterre faile par Guillaume (ij. Les

Romains , qui étendirent leur dooiiaatiou sur TËurope, ne dounèreut, peur «ainsi dire , aucune atteinte aux droits dea par"* ticuliers« Ces conquérant dviliiés, qvâ de leur propre pays faisaient le siège de r empire , trouvèrent mieuit leur compte k laisser jouir le9 habitans de» provinces aa« Sttjetties de leurs lois et de leurs posse^ sions* Les Barbares qui sub juguèrmt Feai*' pire romain^ encore accoutumés à une vie grossière, quoiqu'ils s'établirent dans le pays conquis, eurent assez dWe petite • portion de terre pour fournir à leurs be^ soins, et ne s'avisèrent pas de s^aoïparev de possessions plus étendues /qu'ils n'auraient su ni cultiver ni employer. Mais les

(1) Sous le règne de Guîtlaumc , ie peuple anglais fut expose h (les calauiitL's de touLc espèce. Ce rèen^e commença par des années de massacre et de dévastaUOD : ses progrès furent marques par an système régolicr de cooBscaiion q| d'oppve»» sîon f et cette série de maux se termina par la lamine et la peste, a Quel est Phomme an cœnr dur 9 sVcrîe nn témoin ocnlaire , qui ne pleurerait ^dn buî: de lelies calamités? » ( Lingard. )

44 ai&Tomj^ (^087)

Normands et les autres étrangers conduits par Guillaume , en faisant le siège de leur domination du royaume subjugué, étaient assez policés pour connaître les avantages dVne vaste propriété. Lorsqu'ils eurent entièrement asservi les naturels du pays y ils poussèrent les droits de conquête , aussi étendus aux yeux de Tambilion et de la cupidité que resserrés à ceux de la raison ^ jusqu^à ses derniers excès. Excepté la pre^ ' mière conquête de FAngleterrc par les Saxons mêmes , que des circonstances particulières excitèrent à exterminer la nation^ il serait difficile de trouver dans toute l'histoire une révolution plus destructive , et suivie d'un asservissement plus complet des aneiens habitans. Une raillerie insultante semble même avoir été jointe à Toppression. Ces peuples furent avilis à un tdi excès de bassesse et dindigeuce y que le nom d'Anglais devint un reproche. Plusieurs générations se succédèrent avant qu'aucune famille d^origine saxonne parvînt à quelques honneurs j pas même au rang des barons du royaume (i).

(i) Aoisi 'tard que le règat da roi Etienne , le Gomse d*Albémarle , avant la bataille de Téten-

(1087) d'akoleteiiib* 4^

Ces faits sont prouvés si clairement dans tonte l'histoire d^Angleterre , que personne n^auTâit été tenté de les nier ou de les éluder, si les disputes à cet égard n^avaient • pas été échauiTées par Tespi it de faction y tant qu'un parti a poussé Tabsurdité jusqu'à craindre les conséquences aussi absurdes que le parti contraire voulait tirer de cet événement. Mais il est évident que lesdroits et les privilèges actuels du peuple^ formé du mélange des Anglais et des !Nor«* mands, ne peuvent plus ùtre intéressés à ce qui s^est passé il j a sept cents ans* Ainsi comme tous les anciens auteurs qui vivaient aux environs de ce tempsdà

dard^ s'adressa aux officiers clc son armée en ces termes : Proceres Anglim ciarissimi fetgû' nere lYormanni f etc. Tous les barons et les militaires d'Angleterre se donnaient fc enx-mémes le nom de Normands. *

' (t) Les paroles saivantes d'un faislorien qot est très-ancien sont très -remarquables et dignes

d'être ti ausci ilcs : liex itaqnc facLus JV illielmiLS^ quid in principes Anglorum ^ qui tantœ cladi superesse potera/it , fecerit ^ dicere , ciim nihil prositf omitto» Quul enim prodesset^ si neo unum in toto regno de illis dicerem pristind potestaie MUi permissùm^ sed omnes €uU in grap&n

4^ WTOIAK (^0%)

qui comiaisçaient le mieux Tétat du pays , parlent unanimement de la domi*

nation normande comme établie par le droit de conquête et la force de& armes ^ "nul homme raisonnable lie rejettera ja^ mais le coucoui^ certain de leurs témoir gnages, par la crainte des conséquences imaginaires qui pourraient en résulter.

Guillaume eut y outre les trots fils qui lui survécurent , cinq filles j Cécile , d'à* bord religieuse dans le monastère de Fécamp, ensuite abbe$se delà Saiute-Trînité à Caea, ou elle mourut en 1117; Gonstancia ^ mariée à Alain Fergan (i), comle de BieLagne, et qui ne laissa point d'en-

paupertatis œrumnam detrusos , aut exhœredw^ toSf paUidpubos^ aut effosis oculiSf velcasê^ ris amputatis membris , opprobrium haniinwn fados j aut cerêè ¥niserrimè affUcios , viiâ pri^ uatos. Simili modo utilitate carere existimo di" cere quid in mtnorem populuin , non solum ab co, sed h suis actum sit , ciun id dictu sciamus difficile y et ob immanem crudelitatem JbrLassis ineredibile*

(1) Le docteuu Lingard écrit Fcrgant, et assure qu^il se nommait Alain Forgent. Cette olr nvatiou parait nécessaire, en ce qu^ la fawiuc de

biyiliz

fans i Âlix , promise à Uarold ^ Adélaïde y qui ëpouia Etienne , comte de Blois y dont elle eut quatre fils, Guillaume , Thtobald , Henri et JStienne ^ desquels rainé iigura pea dans le monde , parce qu'il était im*^ becile j Agathe , qui mourut ?ierge j mais qui fut cependant fiancée au roi de Galice, qu'elle allait joindre pour Tepouser, lorsque la mort la surprit eu chemin.

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